TransPac

Yo ! et Salish seawolf dans le port de Victoria – Ile de Vancouver
(Salish Seawolf : Loup de la mer de Salish, mer locale)

 

Nixit means Nixit, cela rappelle quelque chose à l’observateur attentif des mœurs de nos cousins grand bretons ;  si l’on mesure l’ampleur de leur tâche à l’aune de notre expérience, ils ne sont pas sortis de l’auberge…

Nous oui !

Départ de Mito Mikawa  le 3 juin 2017, nos amis insistaient pour que l’on reste encore un peu sous de fallacieux prétextes de mauvais temps ; cela faisait dix jours qu’ils nous accueillaient dans leur marina et comme un vent de fiesta avait emporté les week-ends, encore, encore.

Effet du hasard ou planification magistrale, la sortie du Japon s’effectue le jour anniversaire de l’entrée, preuve éclatante du dessein intelligent pour certains, supériorité du Pastafarisme pour d’autres, ramen.

41 jours de mer dans des conditions Dantesques, Ubuesques ou Croquignolesques c’est selon, pour finalement embouquer le détroit de Juan de Fuca  et atterrir dans la capitale de la BBC (Beautiful British Columbia), Victoria la bien nommée, un 14 Juillet, belle occasion de porter haut les couleurs nationales.

La descente sur Panama via les USA, Mexique, etc… est entrecoupée de stops ethnologiques et ne constitue pas une longue navigation en tant que telle.

Les « Longues routes pacifiques »  sont finies, [téléchargeable (pdf) ici : Yodyssey – Tome 5 – Longues routes pacifiques 2014-2017], recueil  magique qui s’adresse aux marins initiés, à ceux que le lent balancement de la houle berce des jours durant, à ceux que la mer forte et, bien sûr, croisée, emporte en fuite vers des ailleurs rêvés ou redoutés, à ceux qui estiment n’être jamais à plus de 5 miles de la côte (en vertical s’entend au plus profond des grandes fosses océaniques), à ceux qui connurent ou imaginent le lent dérèglement des sens causés par l’accumulation de roulis, de tangage, de fatigue, de privations, à ceux que n’effraient pas ces moments fugaces où la raison vacille, où les mots prennent vie pour nourrir les idées, où l’on commence à douter de sa propre santé mentale.

Il s’adresse également à tous les autres, terriens curieux, qui se demandent ce que cela représente d’être plusieurs semaines durant sur une coque de noix, voguant au grès des vents sur l’immensité de l’océan.

 

Un florilège extrait de la Goyava (Nagoya/Vancouver) suit ci-après si le temps presse.


La route du Japon au Canada est la plus longue (41 jours de mer) que nous ayons eu la chance de parcourir. La plupart des bateaux qui quittent le Japon passent d’ile en ile à partir d’Hokkaido, les Aléoutiennes puis descendent le long de l’Inner Channel en Alaska. 

Nous avons fait un choix différent pour plusieurs raisons :

  • Nous n’avons aucune appétence pour les navigations polaires (40knts de vent ou moteur), ni pour rester enfermés au mouillage à écouter les glaciers craquer sous un ciel sombre.
  • La route dite Great Circle n’est plus courte que de 350 nautic mile.
  • En restant Sud, nous bénéficions des vents portant des systèmes frontaux dépressionnaires.

 

Ceci étant, les conditions météo  rendent la navigation complexe et passionnante.

La traversée du Pacifique Nord ne peut s’envisager qu’au début de l’été, alors que la saison des typhons n’a pas encore commencé au Japon, que la genèse des systèmes dépressionnaire sur la Russie Orientale est bien établie et que l’Anticyclone est suffisamment remonté pour dévier les dépressions au Nord vers le golfe d’Alaska.

 

La partie de la route qui consiste à quitter les cotes japonaises le long du 35°N jusqu’au 165°E est la plus difficile en raison des coups de vent brutaux perturbés par l’archipel Nippon qui occasionnent de nombreux détours, font vent contre gros courant.

La deuxième partie, courte conduit à remonter en diagonale jusqu’au 40/45°N et la ligne de changement de date pour aller prendre les trains dépressionnaires, ce sur fond de brouillard à couper au couteau.

La troisième partie revient à surfer sur les queues de dépressions -une petite dizaine sur la période- tout en longeant la marge anticyclonique dont l’extension brutale est  synonyme d’absence de vent sur des centaines de miles.

Enfin, elle conduit à naviguer sur des eaux aussi froides que 7°C.

 

Mascaret dans le détroit de Fuca

 


Lundi 05 juin 2017 – 8h UTC (10h Paris / 17h locale Japon)

Position : 32°N 44 – 141°E 30

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h): 103 nm / Restant : 4384 nm

Kuro Shio : une des fonctions du courant noir -en fait il est bleu outremer- est qu’il transporte les larves de Todorades Pacificus ou seiche du Pacifique qui éclosent le long des côtes japonaises et que les autochtones pêchent abondamment (la dégustation vivante est un mets très raffiné avec lequel les natifs se régalent d’embarrasser les gaijins bégueules. En ce qui nous concerne, les photos de préparation de “délice des dames” suivi d’une explication sournoise de la provenance desdits délices permettent de remettre les choses en perspective. Un partout, balle au centre).

 

…/…

 

 


Mercredi 07 juin 2017 – 8h UTC (10h Paris / 18h locale)

Position : 32°N 14 – 143°E 02

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h) : 50 nm / Restant : 4316 nm

Depuis notre départ, le Captain observe l’aube de plus en plus précoce ; on commençait au petit matin à pouvoir discerner un fil blanc d’un fil noir (sans pour autant, malheuleusement, blisel le jeune du lamadan – tladition japonaise) dès 3h15, c’est dire !

Le jour se lève à l’heure d’aller se coucher, c’est pas normal, on se croirait Place Blanche.

Et donc depuis que la brafougne #2 s’est calmée, le Captain compute, suppute et finalement répute (non, non, il ne s’agit pas de remplacer les cirés de rigueur par des bas résille et des déshabillés vaporeux) que aujourd’hui est le jour putatif du premier grand chambardement horaire: à 17h il sera localement 18h; dont actes, les puttis baguenaudent dans les toiles du Botticelli, nos cytoplasmes en frémissent du putamen, les putiers nous lâchent leurs grappes, le réchauffement climatique est imputée à pas de chance et 550 députés peut-être dépités se présentent aux burnes (euh, non aux urnes) car leur réputation commence à être mise à mal (ceci étant, ils ont encore de la marge, suffit de voir le Donald qui, depuis qu’il grabe les pussies, ne sait plus s’il doit swinguer ou putter, pôv Mélanie….)

 

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Jeudi 08 juin 2017 – 7h UTC (9h Paris / 17h locale)

Position : 32°N 55 – 145°E 26

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h): nm 128 / Restant : 4188 nm

L’Abomination Pacificus Japonicus est méconnue car peu de marins l’ont parcouru ; elle s’étend à l’Est du Japon central (30 à 40° nord) sur une distance de 600 miles vers l’Est. Sa fonction première est d’empêcher les Japonais d’aller embêter les Américains, Dieu s’étant rendu compte que ces derniers étaient plus gentils et puis, ils ont inventé l’iPhone (Pentateuque XII, 1-9).

 

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Samedi 10 juin 2017 – 8h UTC (10h Paris / 18h locale)

Position : 34°N 19 – 150°E 28

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h) : 132 nm / Restant : 3905 nm

 

Et le 7ème jour, le seigneur vit que cela était bon alors il se reposa et se fit un café.

[Il s’agit d’une pratique introduite dans le Panthéon divin par Thor, le Dieu Scandinave ; ce dernier, lors de visites ethnologiques en ce bas monde avait eu l’occasion d’étudier les avancées sociales à La Poste et s’en inspira, car Thor est facteur…mmmh ?]

 

…/…

 


Jeudi 15 juin 2017 – 8h UTC (10h Paris / 19h locale)

Position : 33°N 44 – 160°E 29

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h) : 93 nm / Restant : 3458 nm

 

Ce soir on sort.

Petit matin Ouest Nord-Ouest, partiellement ensoleillé, aprem pétole, un albatros se régalait de frôler l’eau de la pointe de son aile, tranquilles peinards, accoudés au comptoir…

Mais ce n’était pas une soirée genre Clos des Fées, rêveurs sous les platanes qui nous attendait.

19h : Est 15-20 kts, la mer lève -mise à la cape en attendant que ça rotationne et premières gouttes de pluie. Inutile de descendre plus au Sud, même si le Sud toujours en été on voudrait que ça dure un million d’années… et tout ça et tout ça. Nous, têtus, on vise de l’Est.

Minuit : le système frontal rentre brutalement. Gentleman, le Captain a beau dire ” Dry Martini Milady, stirred, not shaken.”, c’est parti pour le shaker : Est Sud-Est, Sud Est, Sud, 35 kts, pluie abondante, mer croisée du fait de ces rotations multiples.

2h : les bars ferment, direction After sous trinquette 3ris. “Je vous en remets un ?”. “Sans trop d’eau. Et, sans glace s’il vous plait ». C’est déjà ça.

6h : SW 6/7. Le sol tangue. Va falloir songer à rentrer à la maison. Tiens vers l’Est finalement. Heureusement le bateau connait la route tout seul.

C’est pas tout, demain on bosse.

 

…/…

 


Vendredi 16 juin 2017 – 8h UTC (10h Paris / 19h locale)

Position : 33°N 53 – 163°E 20

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h) : 136 nm / Restant: 3352 nm

 

Aujourd’hui : le HOG

Le circumnavigateur Japonais est un Japonais qui a fait le tour du Japon à la voile (enfin le vrai Japon quoi, pas l’archipel d’Okinawa, c’est chez les Chinois) ; nos premières rencontres avec des circumnavigateurs ont été émaillées de quiproquos :

– alors le canal de Panama ?

– euh….

– tu as aimé la Polynésie ?

– euh….

– ah bon, c’était donc le passage du Nord-Ouest ?

– …..

– ???

– ben oui, j’ai fait le tour de Hokkaido, Honshu, Shikoku, Kyushu. Je suis un circumnavigateur Japonais.

 

Nous en avons déduit que dans la psyché locale le Japon constitue l’intégralité du monde connu (ou bien digne d’être connu) et donc un œcoumène local, ceux qui en font le tour sont donc des circumnavigateurs. CQFD.

 

Notre ami Kakihara-san est un circumnavigateur Japonais, il nous aime bien, adore le bien boire et le bien manger. Un jour que nous devisions gaiement, nous en vinrent à parler de navigation vers Hokkaido (grande île du Nord) et là, dans son sabir habituel un tantinet alcoolisé, Kakihara-san nous met en garde avec beaucoup de véhémence au sujet du “hog”, et le “hog” par-ci, et le “hog” par-là et qu’il faut être très prudent etc…

Le Captain et la Skipette se regardent, écarquillent les yeux, le “hog” ? Dans nos esprits défilent les bêtes mythologiques, orc, méduse, pnume, dirdir, cyclope, depardiou mais aucun ne semble correspondre. Le ton grave, Kakihara-san précise, “pendant des jours et des jours, partout du hog” et zoup, encore un verre derrière la cravate. Notre incompréhension croît. On insiste, les explications défilent et soudain, fiat lux, le “fog”, pas le “hog”, le brouillard ; juste que le “fo” n’existe pas dans le syllabaire Japonais, le “fu” oui comme dans Fukuoka ou dans Fuck mais le “fo” non ; encore une particularité.

 

Détente adabiatique

 

…/…

 


Mardi 20 juin 2017 – 8h UTC (10h Paris / 20h locale)

Position : 37°N 07 – 172°E 10

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h) : 99 nm / Restant: 2852 nm

 

Que la montagne est belle…

Mais elle nous emmerde genre cailloux dans la chaussure ou bien, alors que retentit l’appel des Alpages, cette petite voix qui susurre à l’oreille “tu ne devrais pas avaler tout ce Nutella”…

Oui, on imagine le Pacifique, 4000m de profondeur en moyenne, la moitié de la superficie mouillée de la planète à lui tout seul, tant en superficie qu’en volume, une grande baignoire remplie d’eau, de l’eau….

Et bien surprise, nous sommes par 36°N-172°E et il n’y a que 300 mètres de fond, autant dire qu’on est quasi à pied sec, que les tentacules des pieuvres facétieuses s’introduisent subrepticement la nuit dans les bannettes (l’équipage en témoigne), que la canopée des forêts de kelp caressent les bouchains de “Yo!” et que l’on pourrait mouiller l’ancre (en raboutant nos deux chaînes).

Drôle d’idée d’ancrer en plein milieu d’ici avec rien autour à perte de vue, c’est dire si c’est pas grand-chose. Pour certains, le sentiment de Dieu s’impose comme une évidence en ces moment-là, une preuve par l’épreuve en quelque sorte, pour d’autres c’est la pleine conscience qu’il n’est pas possible d’aller acheter un paquet de clops au bureau de tabac juste comme ça.

Toujours est-il que ces montagnes sous-marines s’inscrivent dans le prolongement de l’arc Hawaïen (on entend l’ukulélé le soir dans le gréement, la lune, les vahinés en ombre chinoise dans la grand-voile…) et qu’elles mettent la panique dans l’écoulement du courant Nord Pacifique qui nous accompagnait jusqu’à présent de son nœud horaire, hommage océanique à Rocco Sifredi.

On espère bien avoir passé le sommet ce soir, pouvoir redescendre dès demain matin vers notre plancher des vaches à nous, 6000m sous la surface et éliminer ce foutu mal d’altitude.

La mer est un peu cafouilleuse ce jour, notre esprit aussi.

Tout va bien à bord, on raccroche le piolet. Demain le baromètre baisse, dépression n°4 en approche.

 

…/…

 


Samedi 24 juin 2017 – 8h UTC (10h Paris / vendredi 23 juin 2017 – 20h locale)

Position : 41°N 18 – 179°W 16

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h): 137 nm / Restant: 2393 nm

 

Aujourd’hui, toute la journée, nous avons eu le choix dans la date, et oui !!!

Vrai de vrai, nous naviguons actuellement dans le Sud du Pacifique Nord, venant de l’Extrême Orient par l’Ouest, après avoir traversée le bassin Nord-Ouest, nous faisons route Nord-Est en direction de Vancouver tout à l’Est du bassin du Pacifique Nord-Est.

Ce jour 24 juin 2017, vers 14h heure locale (UTC +12 soit 2hUTC) nous étions par 179°E59, naviguant plein Est lorsque la ligne fut franchie…

Tagada !! 179°E59…180°Est=180°Ouest…179°O59…179°O58… etc… et du coup, nous qui étions à l’Est nous sommes retrouvés à l’Ouest, de quoi perdre le Nord.

 

Jusque-là tout va bien, mais la ligne est aussi celle du changement de date, c’est là qu’il faut du doigté. Pourtant, les lignes, on aime plutôt, la poudre bien blanche, le billet de 200 roros roulé fin, l’inspiration, mmmhhh mais bon faut pas rêver, quand même pas en plein milieu du Pacifique Nord, déjà que côté inspiration, ça fait trois semaines que les lecteurs sont tenus en haleine…

Reprenons à la ligne : ce 24 juin 2017 vers 14h heure locale (UTC+12 soit 2hUTC), nous nous sommes retrouvés hier, en effet subitement UTC +12 c’est fini, vive UTC-12 !!!

Ce bon vieux samedi 24 juin 2017 14h locale (UTC+12) qui correspondait au 24 juin 2017 2h UTC devient donc vendredi 23 juin 2017 14h locale (UTC-12) ; on est devenu hier quasi instantanément, Phileas Fogg n’a qu’à bien se tenir.

Du coup, on ne sait pas s’il faut recommencer depuis hier matin, la toilette, la vaisselle, le déjeuner, etc… ou bien si la journée présente est blanche, auquel cas on peut faire ce qu’il nous plaît, plaît, plaît, cinq heure du mat, j’ai des frissons, etc… en tout cas, vu que c’est Shabbath, on va peut-être organiser quelque chose de spécial, d’un autre côté, si on est vraiment hier, il faut aller faire la prière vers la Mecque. Ce serait intéressant d’avoir l’avis d’un Rabbin et d’un Iman sur le sujet et pourquoi pas d’un Prêtre, il suffit de se mettre à la cape et Dimanche deviendra Samedi. Aussi, le problème est global ; [on notera que seul des grands monothéismes, le Pastafarisme apporte une réponse sensée : il n’y a aucun problème à manger des pâtes plusieurs fois par jour, hier, comme aujourd’hui, comme demain, ramen].

 

Jim Morrisson chantait “Love me two times, one for today and one for tomorrow” mais nous, c’est dans l’autre sens, enfin manière de parler car il ne s’agit pas de discuter ici de pratiques tantriques ; “love me yesterday” ça ressemble à un hit des Beatles pourtant ce n’est pas trop notre style. D’ailleurs, on se voit mal guincher au baloche en susurrant : “aimes moi hier pour aujourd’hui”. En première approximation, on peut imaginer le regard vide, le QI proche d’une moule puis le côté embarrassé (comment vais-je pouvoir me dépêtrer de cet abruti), quoique lorsqu’on à la curiosité de lire les paroles de Johnny, ce n’est guère plus brillant et pourtant tout le monde l’aime, à croire que ses paroliers ont délibérément visé le segment de marché “QI de la moule” et que ça a fonctionné au vu du nombre de disques vendus.

 

…/…

 


Jeudi 6 juillet 2017 – 8h UTC (10h Paris / mercredi 5 juillet 2017 – 23h locale)

Position : 47°N 29 – 147°W 35

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h) : 130 nm / Restant : 971 nm

 

Mille milliards de mille sabords,

mille excuses,

mais sans vous mettre au trente-six mille dessous,

on vous le donne en plein dans le mille,

il nous reste moins de mille miles à faire.

 

Ce n’est pas un conte des mille et une nuits,

non plus vingt mille lieues sous les mers,

mais plus tech que le bug de l’an 2000,

plus home cinéma que Cecil B de Mille,

il nous reste moins de mille miles à faire.

 

Des milles et une manières de faire,

sans tout casser en mille morceaux,

sans qu’il en coute des mille et des cents,

la plus originale de jouer au mille bornes,

il nous reste moins de mille miles à faire.

 

L’haleine de la baleine

 


Lundi 10 juillet 2017 – 8h UTC (10h Paris / lundi 10 juillet 2017 – 0h locale)

Position : 48°N 27 – 137°W 3

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h) : 143 nm / Restant : 573 nm

 

En ce dernier dimanche de l’avent, nous nous recueillons, mes frères et sœurs, sur l’apprêt de l’arrivée. Jouez hautbois, résonnez musettes, revêtons habits de fête, pour célébrer le mystère de l’atterrissage.

Il est écrit dans le livre  “c’est en lavant avant que l’on est prêt après” et nous avons besoin de toutes nos facultés d’introspection pour comprendre le sens profond de la révélation.

Oui, en vérité, je vous le dis, mes frères, sœurs, cousins, cousines, c’est le sixième dimanche de l’avent ; l’hexa, ce chiffre exceptionnel, divin, la demi somme du nombre des apôtres, le nombre de tribus d’Israël retournant de visite chez Nabuchodonosor, le nombre de faces d’un cube parfait, le double-six qui rafle la mise sur la table (euh…).

Oui, six dimanches que vogue au grès des vents le frêle esquif de nos amisssionnaires (que nous saluons bien fort en mondovision) partis vers de lointains rivages prédicater l’indigène ; et la septième semaine, ils se reposèrent. Le sept, chaud sept, ce n’est pas comme le six, chaud six (de Toulouse), les deux sont en odeur de sainteté différentes, le Ying et le Yang de la narine, l’Alpha et l’Oméga des senteurs éthérées, le commencement et la fin qui fusionnent, ô mystère des mystères, dans le trois en un, car il n’y avait rien et un jour il y eût, big bang : « bang, bang, he shot me down ».

Les exégèses classiques, mes frères et sœurs, cousin et cousines, oncles et tantes, parents et enfants, Roux et Combaluzier, Dolce et Gabbana, les exégèses donc, démontrent l’invariance du prédicat aux permutations : en effet, “c’est en lavant après que l’on est prêt avant” renseigne sur la temporalité et montre, encore une fois, la glorieuse attention de notre tout puissant à l’hygiène, mais encore “c’est après un lavement que l’on est prêt à temps”, à nouveau, époustouflant de prescience. Ce n’est plus du dessein intelligent, c’est du nettoyage industriel !!!

Mes frères, mes sœurs et les autres qui sont bien gentils mais trop nombreux pour être nommés ici, c’est dans la joie et l’amour que nous allons nous retourner vers notre prochain et le saluer afin que ce dernier dimanche de l’avent soit un moment de partage et de communion. A partir de là, tout est à l’avenant… comme la poire.

Tout ça pour dire qu’il pleut des trombes, la dépression Singha (997hPa) est de passage dans le coin, ce n’est pas un temps à mettre un marin dehors, du coup on a fait l’homélie au lit.

 

…/…

 


Jeudi 13 juillet 2017 – 8h UTC (10h Paris / jeudi 13 juillet 2017 – 0h locale)

Position : 48 N 45 – 127 W 34

Distance au but (utile) depuis le dernier point (24h) : 111 nm / Restant: 175 nm

 

Dans l’espace, c’est sûr, nul ne vous entend crier.

Dans le Pacifique Nord non plus.

 

C’est avec une bouteille frondée sur le pont d’un cargo que Moitessier a annoncé lors du Golden Globe Challenge (1ère édition en 1968 de ce qui deviendra le Vendée Globe : le tour du monde à la voile en solitaire sans escale et sans assistance par les 3 caps Bonne Espérance, Horn et Leeuwin) qu’il renonçait à rentrer à Plymouth alors qu’il était en tête, pour repartir à Tahiti et ainsi “sauver son âme”.

Tabarly ne communiquait jamais. Vainqueur de la transat en solitaire en 1976, il demanda en arrivant combien de bateaux le précédait, il ne savait pas que Pen Duick VI était le premier.

Dans les années 80, les bateaux étaient équipés de radios BLU (Bande Latérale Unique) et tout le monde pouvait entendre les conversations des autres, même celles des membres d’équipage des cargos qui appelaient leurs familles. En course, les marins communiquaient avec le PC lors de vacations où chacun devait attendre son tour pour parler.

Aujourd’hui, malgré les efforts des organisateurs du Vendée Globe pour en faire un évènement médiatique et tenir le public en haleine, il est difficile de convaincre les marins de se raconter afin d’intéresser les “people”. Par esprit de course, ils préservent le secret de leurs avaries, de leurs coups de grisou ou bobos. En dépit des moyens mis à leur disposition (satellite comme nous mais autre budget), ils ne racontent que le minimum, par pudeur mais aussi parce ce qu’il n’y a rien à dire.

 

Comment raconter la contemplation des horizons, la  monotonie et en même temps l’infini variété de nuances de bleu ou de gris, de formes de houle et de vagues, la tension permanente à la moindre variation de direction ou de force du vent, l’effroi à l’écoute des vibrations des haubans lorsque ça piaule et que ça gronde, la crainte que quelque chose casse à tout moment, la lassitude qui s’installe avec la privation de sommeil, la rigueur qu’il faut avoir pour déchiffrer un environnement complexe, perpétuellement changeant, le rayon vert juste au coucher du soleil, la lumière particulière de la lune qui projette des ombres inquiétantes juste avant l’aube qui tarde toujours à arriver, le réconfort apporté par des étoiles minuscules lors de quarts glaciaux mais aussi le bonheur d’être juste là où on doit être, la joie et la folie de se sentir roi du monde, en toute humilité au cœur, libre.

 

Tout ceci n’appartient qu’aux gens de mer.

La solitude et l’isolement font partie de l’aventure.

 

En mer, il est plus facile de communiquer avec Dieu quel qu’il soit, ou avec des fantômes, ou soi-même qu’avec ses semblables dont les crispations, agitations et vagissements qui nous parviennent paraissent mesquines et dérisoires.

Pourtant le lien du PointNav que nous avons maintenu avec obstination et abnégation pendant 40 jours a rythmé nos journées – en moyenne 2 à 3 heures par jour : échanges autour du choix du sujet, rédaction, relecture, envoi, attente d’une réponse ou d’un commentaire, et a sans doute contribué à préserver notre santé mentale, évitant ainsi de personnifier les éléments inanimés ou non qui nous entourent et de dialoguer avec eux.

Le délire tapi sur la jupe arrière ou les passes-avant guette, comme Moitessier racontant que c’est le capitaine d’un galion espagnol qui a tenu la barre de Joshua au plus fort de la tempête ou Desjoyaux qui en arrivant aux Sables d’Olonne en 2002 conversait avec les ours qui se trouvaient dans sa grand-voile.

Le Cleach on ne sait pas, c’est une machine. Quant au farfadet Thomson, il fait déjà partie de la légende…

 

Dans ce contexte, vous pardonnerez nos abus de langage.

 

Tout va bien à bord. Dans quelques heures, on met un mouchoir sur notre agoraphobie. Nous nous apprêtons à subir l’assaut des fans et groupies.

 

Stéphanie / Christophe

Makah Tribe Reserve – Neah Bay – Washington State – USA – 23 septembre 2017

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One thought on “TransPac

  1. Bravo pour cette formidable croisière, merci pour ces récits pleins d’émotions et de raison, émaillés de citations multiculturelles et d’élucubrations à quatre mains. Que le Pacifique est grand et varié que les cultures qui l’entourent sont dépaysantes, comme vous expliquez bien tout cela ! A bientôt sous les tropiques, sans souffrances, avec jouissance !!!!!

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