Sans chicihi – San Ichi Ichi

 

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Enchevêtrement de voies et absence de style caractéristiques du centre de Tokyo.

 

Conurbation la plus peuplée du monde connu (43 millions d’habitants – Shanghai est la ville la plus peuplée avec 24 millions d’habitants), mais qui peu à peu amorce sa dépopulation : les prévisions démographiques la font rétrograder à la septième place en 2050 (33 millions d’habitants, soit le niveau de 1990), ville la plus chère, ville la plus riche devant New York (PIB), ville tentaculaire, chaotique, laide, cacophonique, sans repères possibles (hors avenues, il n’y a pas de noms de rues ou de numéros) mais aussi paradoxale, fluide, sécure, disciplinée, à la pointe d’une certaine mode, présentant une profusion de formes et de signes qui perturbent constamment le regard… Les qualificatifs excessifs ne manquent pas pour décrire Tokyo qui, à elle seule, concentre le tiers de la population nippone ainsi que la quasi-totalité des pouvoirs.

Ville phœnix  sans véritable urbanisme, elle renaît déjà deux fois de ses cendres au cours du XXème siècle. Ville qui vit sous une menace constante du « Big One » (le grand tremblement de terre) mais surtout d’une dégradation accélérée des conditions de confinement des particules radioactives liées à « l’accident » toujours en cours de Fukushima. Dans un contexte de déni de réalité à la limite du négationnisme entretenu par le gouvernement, les habitants s’adaptent, se résignent, feignent l’insouciance et se ruent dans les plaisirs instantanés. C’est cette forme d’amnésie collective que les bien-pensants nomment admirativement « résilience » tout en s’ébaudissant aux prouesses du Premier Ministre Abe faisant son Super Mario en vue de Tokyo 2020.

 

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Le sanctuaire shinto Yasukuni – construit à la mémoire de ceux (soldats, civils, animaux) ayant donné leur vie au nom de l’Empereur du Japon depuis 1869.

 

Dans la nuit du 10 au 11 mars 1945, 1700 tonnes de bombes au phosphore, magnésium et napalm sont déversées sur la ville par les B29 du général May responsable de l’opération « Meeting house ». De ses propres mots, 100 000 personnes sont « brûlées, bouillies et cuites à morts ». Il est à noter que cette opération de massacres de civils, autant qu’à Hiroshima, n’a pas empêché le lâcher ultérieur, par les USA, des bombes nucléaires sous le motif fallacieux de hâter la fin de la guerre du Pacifique. A l’issue du bombardement, 51 % de la ville est détruite.

Le brasier rappela aux survivants du séisme du Kanto (1er septembre 1923 – 140 000 victimes) les incendies attisés par un typhon sur la mer du Japon qui détruisirent les trois quarts de la ville alors construite en bois, à l’exception du palais impérial, mystérieusement épargné.

La physionomie de la ville qui ne parait pas être construite pour durer, le chaos, la confusion, la diversité de hauteurs, de matériaux est liée à la reconstruction qui suivit, favorisée par les américains.

 

San Ichi Ichi (311, c’est-à-dire Mars 11 mais aussi trois en un) est le nom donné à la catastrophe de l’explosion et de la fusion des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi le 11 mars 2011 suite à un séisme d’intensité 9 et au tsunami qui en résulta. L’accident (comme il est de bon ton de rebaptiser la catastrophe) s’est déroulé à 120km des banlieues nord de la capitale ; le gouvernement s’est interrogé sur l’opportunité d’évacuer 50 millions de personnes.  Heureusement… les vents facétieux -Kamikazes au sens vrai-  sauvent la situation.

Résultant d’une interprétation originale et audacieuse des seuils de protection radionucléaire avec l’accord tacite des acteurs internationaux, seulement 400 000 civils sont évacués de la zone contaminée en 2011 ; 5 ans plus tard 160 000 ne sont toujours pas rentrés chez eux, survivant péniblement en préfabriqués, nouveaux parias d’une société d’exclusion ce qui n’est pas sans rappeler la discrimination à l’égard des 300 000 hibakusha, survivants des bombes atomiques.

Une particularité du désastre de Fukushima est qu’il est exclusivement « Made in Japan » et surtout pas accidentel : choix stratégique du tout nucléaire, implantation de centrale en dépit du risque sismique afin de minimiser les coûts de refroidissement,  mise en œuvre technique défaillante (choix type centrale, stockage combustible, piscine), gestion de crise mensongère qui perdure de nos jours (mise en sécurité des installations, fuites – ordre de grandeur  100 tonnes par jour –  à répétition de liquides radioactifs, traitement des 900 000 m3 d’eau radioactives à fin 2015).

 

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Shibuya vendredi soir – C’est avec Shinjuku et Roppongi un des quartiers de nuit célèbres pour leurs illuminations de néon. Pendant quelques mois au printemps 2011, tout était éteint après 22h.

 

Le désastre illustre la collusion entre la haute administration et les conglomérats (keiretsu) reconstitués dès 1952 et trouve ses racines fort loin dans l’histoire ou bien dans une histoire qui ne cesse d’être réécrite à petites touches.

L’invasion de la Mandchourie en 1931 : « l’incident » de Mandchourie ; le sac de Nankin en 1937 (2 à 300 000 civils exécutés) : quelques dizaines de dérapages des forces armées ; l’unité 731 (expérimentation bactériologique, 300 000 victimes) : n’existe pas ; la responsabilité de la famille Impériale dans les atrocités de guerre : aucune – merci Mac Arthur ; perdu la guerre du Pacifique : que nenni, l’utilisation d’armes « illégales » a seule arraché la capitulation; les criminels de Guerre : amnistiés dès 1952 avec la bénédiction des USA – guerre de Corée oblige.

 

 

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Roppongi – Où la ville se donne encore des allures de Blade runner, film de Ridley Scott de 1982.

 

Plus récemment, Minamata et son mercure, Teshima et ses déchets toxiques et l’on finira de nos jours avec Mitsubishi, le gigantesque conglomérat qui contrôle entre autre : Banque of Tokyo, Asahi/Kirin brasseur, Nikkon, Nippon Oil Corp, Mitsubishi Electrics, Mitsubishi Heavy Industries (le célèbre Zéro !!) ainsi que Mitsubishi Motor qui vient d’exploser en vol suite à une fraude basique depuis 1991 sur les rapports émissions de particules de ses moteurs… sa société sœur Mitsubishi Nuclear, qui elle ne fraude pas bien évidemment, fabrique les cuves des réacteurs EPR d’Areva/EDF dont certains commencent à s’inquiéter…

 

Le mystère de la singularité japonaise, « the Japanese way », colonne vertébrale d’une société oppressive reste entier et presque insupportable.

 

Et pourtant, des îles les plus reculées de l’archipel jusqu’aux métropoles d’Osaka-Nagoya-Tokyo, cœur du pouvoir japonais, nous n’avons rencontré que des gens charmants, tout au moins ceux qui ont accepté de discuter avec nous.

 

 

 

 

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La légende du grand poisson sur laquelle est posé le Japon et qui s’ébroue de temps en temps fait partie de la mythologie.

 

2011 : 21 février, séisme de Christchurch (NZ), 11 mars, séisme de Fukushima (JP).

2016 : 13 novembre, séisme de Kaikoura (NZ), 21 novembre, séisme au large de Fukushima (JP)

 

Corrélation n’implique pas causalité… le dragon a bon dos.

 

 

En complément pour les curieux un album photo plus détaillé :

https://goo.gl/photos/FyTwo5ABK86sYoi19

 

Et en vidéo, le carrefour des benêts :

https://youtu.be/CQSTJMd3BSc

 

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Paris 10 décembre 2016

Laisse béton

Au milieu des rives bétonnées de la Seto Naikai (la mer Intérieure), trois îles ont été choisies par la Fondation Benesse pour devenir un sanctuaire dédié à l’art contemporain : Naoshima – l’île mère -, Teshima et Inujima.

 

 Empreinte distinctive de Tadao Ando, le « stararchitecte » de Naoshima.

Empreinte distinctive de Tadao Ando, le « stararchitecte » de Naoshima.

 

 

Plus que la citrouille à pois de Yayoi Kusama -égérie japonaise de Andy Warhol et plus grande artiste vivante du Japon- désignée comme mascotte de Naoshima, ce sont les constructions de Tadao Ando qui figent les partis pris artistiques de l’île. Intensément marqué par Le Corbusier (lequel avait bétonné le Musée d’Art Occidental de Tokyo dès 1959), l’architecte est célébré pour ses travaux en béton nu verni, l’utilisation de formes géométriques simples et l’immersion des œuvres dans la nature.

 

« Chichu » signifie dans le sol. Tout comme en Ethiopie où les églises sont creusées dans la roche, le « Chichu Art Museum », au sud de Naoshima, gomme la structure architecturale. La loi du secret, l’exclusivité ont été ici reprises pour solenniser le saint du saint de l’art contemporain dicté par un collectionneur. La mise en scène retenue permet de combler les « arterati » venus du monde entier en pèlerinage. Habillées et chaussées de blanc, les hôtesses sont transformées en vestales. Jeunes et transparentes, elles évoluent au milieu des visiteurs en murmurant les rappels de consignes : interdit de parler ou de rire trop fort, de claquer des talons, de filmer, de photographier, de toucher aux œuvres, de les reproduire, d’utiliser un stylo à encre, de fumer, de boire, de manger, d’utiliser des téléphones portables…   interdit d’interdire ?

 

Le « Teshima Art Museum », fruit de la collaboration entre l’architecte Ryue Nishizawa et l’artiste Rei Naito sur l’île voisine, constitue une remarquable œuvre d’art-fusion intérieur/extérieur, d’inversion contenant/contenu. La structure en forme de goutte posée au bord des rizières est ouverte aux éléments. Le sol est irrigué par un mécanisme de fontaines qui créé un réseau de fines pellicules d’eau qui se font et se défont et auquel s’adjoint la pluie ou la rosée. C’est une magnifique invitation au concept d’impermanence.

 

Goutte d’eau sur le sol du Teshima Art Museum

Goutte d’eau sur le sol du Teshima Art Museum

 

C’est par la ténacité de deux entrepreneurs père et fils que ces îles apparaissent aujourd’hui sauvées de l’acharnement industriel et de la désertification de la Seto Naikai. En 1971, le fondateur de Fukutake Publishing, société spécialisée dans l’éducation à distance débute une collection d’art en utilisant une partie des bénéfices de la compagnie.

 

Son fils Soichiro Fukutake change en 1986 le nom de la compagnie en « Benesse Corporation » des mots latins : « vivre bien » et poursuit son développement. Elle est devenue durant la décennie « perdue » une des plus grosses sociétés mondiales spécialisées dans l’éducation avant de se diversifier vers les maisons d’accueil pour seniors (CA : 4 milliards € en 2015 – 20 000 salariés). A la place du centre d’activités culturelles créé par son père sur l’île de Naoshima, Soichiro ouvre progressivement l’hôtel (1992 – 400 à 1000$/nuit) qui abrite la collection familiale d’art contemporain puis collabore avec Tadao Ando pour l’ouverture du Chichu Art Museum (2004) et du musée Lee Ufan (2010). Les déploiements sur Teshima et Inujima datent de 2008 et 2010.

 

Le « Benesse Art site » devient un outil de communication pour la compagnie qui exerce un contrôle très jaloux de son/ses images et préserve l’exclusivité par les tarifs pratiqués et les événements VIP. Cette démonstration éclatante que l’art est réservé aux élites s’inscrit dans la continuité de l’objet social de l’entreprise : un élève japonais ne peut espérer entrer à l’université s’il ne suit pas des cours privés (3 à 4 h par jour) en sus du système scolaire  classique (8 h par jour). C’est la base de la réussite de Benesse Corporation.

 

 

Obsession pointilliste de Yayoi Kusama

Obsession pointilliste de Yayoi Kusama

 

Outre les avantages fiscaux du mécénat d’entreprise et l’arrogance d’un collectionneur qui veut s’assurer l’éternité -pour au moins 1000 ans- par la sélection d’œuvres intemporelles et immatérielles, l’objectif du « Benesse Art site » est de revitaliser les zones touchées par la dépopulation. Le « Art House Project », en faisant revivre des maisons abandonnées par l’installation d’œuvres d’art inspirées du vernaculaire, a pour objectif de s’inscrire dans une démarche d’Art total. Arpentant le village de Honmura, les visiteurs sont invités à s’imprégner du mode de vie « ancestral » et à interagir avec les habitants. Dans les faits, ces derniers montrent une complète indifférence et laissent développer une « foutraque rébellion » par négligence ou par goût ; de plus, peu d’œuvres s’inspirent de l’histoire locale ou environnementale. Plus récente, mieux pensée, moins imposée, l’intégration semble mieux réussie sur l’île de Teshima (Needle factory) ou Inujima (Sereinsho).

 

Enfin, la création du « Benesse Art site » et son extension apparaît comme un exercice de Responsabilité Sociale i.e. le dédommagement offert par un entrepreneur local richissime à la population de sa préfecture. Le deal obtenu auprès du maire de Naoshima pour installer le site permit à ce dernier de compenser l’image d’une île non respectueuse de l’environnement. Environ 600 000 tonnes de déchets toxiques ont été déversés illégalement entre 1978 et 1990 sur l’île de Teshima avec la complaisance de la préfecture de Kagawa et des autorités locales. Après 25 ans de procès intentés par les résidents,  un accord a été trouvé : les boues toxiques chargées sur des barges sont envoyées à Naoshima pour retraitement dans la fonderie/raffinerie de Mitsubishi, puis incorporées dans du béton. Encore.

 

 

La forêt des murmures – Christian Boltanski - Teshima Au fin fond de la forêt, une plaque transparente qui porte le nom d’une personne décédée est accrochée sous chaque grelot. Dans une pure tradition bouddhiste, le vent rend ainsi hommage à l’âme du défunt.

La forêt des murmures – Christian Boltanski – Teshima
Au fin fond de la forêt, une plaque transparente qui porte le nom d’une personne décédée est accrochée sous chaque grelot. Dans une pure tradition bouddhiste, le vent rend ainsi hommage à l’âme du défunt.

 

 

Par la singularité des réponses apportées, les îles musées démontrent une nouvelle fois le particularisme de la mentalité îlienne dont le Japon constitue une bien originale occurrence, au point d’avoir gagné un droit de cité évolutionniste. Le terme « syndrome de Galápagos » fait référence à l’évolution sans influences extérieures ou échanges (constatée par Darwin), d’espèces endémiques qui se spécialisent au détriment de toute capacité adaptative. Initialement adoptée dans un contexte économique – parfaite adaptation au marché local protégé par de nombreuses barrières non-tarifaires, de produits aux standards technologiques élevés ( impropres à l’export ou à l’utilisation par des non-japonais : téléphones mobiles, voitures, monétique) mais inadéquation dans un contexte mondialisé où l’innovation (et non plus la capacité à copier/produire mieux et moins cher) est reine  – le « syndrome de Galápagos »  peut aisément être généralisée à la société toute entière, y compris ses valeurs fondatrices : chape de plomb gouvernementale, sacrifice de groupes non-productifs, négationnisme, esclavagisme et discrimination.

La « Japanese way » comme voie unique s’appuie sur  une forte résistance au changement à travers un isolationnisme revendiqué et une méfiance vis-à-vis de l’étranger, alors que Berlitz leader mondial de l’apprentissage des langues est possédé à 100% par Benesse Corporation depuis 1993.

C’est sans doute ce type de paradoxe qui pour un voyageur au long cours, pare le Japon d’une étrangeté à la fois attachante et irritante.

 

En complément pour les curieux deux albums photo plus détaillés :

Art Islands: https://goo.gl/photos/E3jeUCvBGCM2TPxw5

Pèlerinage mythique du Kumano Kodo: https://goo.gl/photos/xtFh5WTmtp7BnJkk7

 

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Tokyo

31 octobre 2016

Wasabi ? Non. Wabi-sabi

Sculpture à l’entrée du Shotengai d’Onomichi. Shotengai : galeries de magasins du centre-ville présentes dans la majorité des villes japonaises aujourd’hui remarquables par leurs produits « vintage » et qui connaissent un déclin certain.

Sculpture à l’entrée du Shotengai d’Onomichi.
Shotengai : galeries de magasins du centre-ville présentes dans la majorité des villes japonaises aujourd’hui remarquables par leurs produits « vintage » et qui connaissent un déclin certain.

Cette sculpture exprime très simplement les contradictions de la société Japonaise actuelle telles que nous les avons perçues dans cette ville du bord de la mer intérieure et dans les iles environnantes. La jeune fille porte un kimono mais sa coiffure légèrement ondulée n’est pas japonaise. Elle voyage seule, ce qui ne traduit pas le manque d’émancipation encore aujourd’hui de la femme japonaise, ni l’aversion au risque, ni le rejet de la différence. Posée au bord de la route, sans mise en valeur, cette sculpture mate, patinée, de couleur rouille s’inscrit dans un des concepts clés de l’esthétique japonaise : Wabi-Sabi.

Le Wabi-Sabi célèbre l’art de l’imperfection, de l’impermanence et de l’incomplétude. Trouvant sa justification dans une forme dévoyée du bouddhisme, le Wabi-Sabi accorde une valeur méditative aux objets les plus simples et vise à révéler, même dans ce qui à première vue parait laid et décrépit, l’esthétique du quotidien marqué par l’usure du temps et des éléments, affirmant l’intégrité des choses naturelles par opposition à la perfection manufacturée.

Les caractéristiques de cette esthétique incluent l’asymétrie, l’irrégularité, la simplicité, l’économie et l’austérité. Par le choix de matériaux bruts attestant l’altération par le temps, elle transmet des émotions de mélancolie, tristesse et solitude. Ce principe a été porté à la fascination de l’Occident dans l’essai de Junchiro Tanizaki : « Eloge de l’ombre ». Publié en 1933, la relecture récente nous a laissé comme un arrière-goût de cendres.

Le clair-obscur, le culte de la mélancolie, le rappel du temps qui passe ne sont pas l’apanage des artistes japonais. L’Europe peut s’enorgueillir du Caravage, de Verlaine et les natures mortes rappellent très bien dans l’instabilité des objets qu’elles exposent l’impermanence (carpe diem). Au XXème  siècle l’Arte Povera minimaliste a instauré un dialogue entre l’excès et le vide. Cette alternance est ici absente.

 

Onomichi – le long de la balade des temples

Onomichi – le long de la balade des temples

Depuis trois mois, nous avons exploré l’archipel des Ryükyü, l’île de Kyushu et maintenant  les trois quarts de la Seto Naikai (la mer intérieure), 20% de la superficie du Japon pour 20% de la population ; est-ce représentatif ?

Parcourant les villes et villages, à la recherche de l’esthétique japonaise, nous avons observé un goût exacerbé pour les choses vieillissantes et l’accumulation d’objets périmés, des maisons laissées à l’abandon, des éléments rouillés, des bois sombres, des pièces sans clarté. Au contraire d’un sentiment d’apaisement, s’expriment une grande désolation, la renonciation, la solitude, la pauvreté, le repli sur soi, la souffrance.

 

Sur le port de Miyaura – Omishima

Sur le port de Miyaura – Omishima

Dans ces lieux, il semble que le goût pour la nostalgie d’un temps révolu et ces vies enfouies résultent d’un consensus social. Déjà, aux 19ème  et 20ème siècles, une majeure partie des traditions (culte de l’empereur, règles de sumo, étiquette…) a été tardivement codifiée par les élites à fin de  forger l’identité nationale dans le cadre d’une société qui, à marche forcée, embrassait la révolution industrielle sous influence Occidentale. Aujourd’hui, la préservation de ces décors figés depuis 30 ans, permet de garantir l’équilibre d’une société profondément inégalitaire (hommes/femmes – Vieux/Jeunes – Nantis / Pauvres).

La culture du particularisme et de la différence japonaise conduit à un très fort nationalisme fédérateur (« We, Japanese… )  qui semble facilement dégénérer  en xénophobie. Les entreprises étrangères ne peuvent que difficilement exister sans passer sous les fourches caudines d’un partenaire solide. Peu d’objets sont directement importés, ils subissent une transformation souvent minime mais qui permet l’appropriation où sont simplement introuvables (riz basmati). [Exception notable : la gamme Apple que le Japon n’a pas réussi à cloner en temps et en heure].

 

Onomichi – Spleen de 7h30 à l’embarquement du ferry pour aller au collège, 8h-16h en moyenne….et les quasi-obligatoires cours du soir au-delà.

Onomichi – Spleen de 7h30 à l’embarquement du ferry pour aller au lycée, 8h-16h en moyenne….et les quasi-obligatoires cours du soir au-delà.

Apanage d’une société assise sur le culte des ancêtres, le concept de Wabi-sabi justifie une économie fondée sur le recyclage et le saccage de la nature telle qu’il a été pratiqué avec systématisme sur toutes les rives de la mer intérieure ; il en découle une austérité imposée comme mode de vie qui permet d’éliminer l’expression de toute créativité et prive l’individu de la recherche du plaisir autrement que par de complexes jeux de constructions mentales.

Le Wabi-sabi  préserve la notion de vague et d’ambigu dans les communications entre individus, enfermés dans le respect des codes et lois du groupe, et favorise le goût du mystère qui trouve son aboutissement dans le maintien du culte Shinto : un syncrétisme pour certains, l’expression profonde de la culture ancienne des Japonais pour d’autres, première religion animiste dans le monde de par le nombre de pratiquants bien loin devant le Congo.

 

Amer bassin que la mer intérieure, vide de poissons, vide de gens, vide de sens, légèrement désabusés nous plaçons de grands espoirs dans l’exploration à venir des mégalopoles, de ces  8% de territoire qui abritent 45% de la population, peut-être y découvrirons-nous le « vrai » Japon, celui de la mutation postindustrielle?

 

Onomichi – Walk on the wild side? No way.

Onomichi – Walk on the wild side? No way.

 

En complément pour les curieux deux albums photo plus détaillés :

https://goo.gl/photos/x95QmHV9nLD4byGH8

https://goo.gl/photos/WjhGN1jt7oAr79e67

Et (bonus !)  un mini film, balade en vélo sur le Shimanami Kaido, la plus belle piste cyclable du pays : https://youtu.be/7zgcppSq3fU

 

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Onomichi – Seto Naikai

20 septembre 2016, MALAKAS, 18ème système cyclonique de la saison s’atténue au-dessus de nos têtes…

‘Tu n’as rien vu à Hiroshima’

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Mizaru, le singe aveugle, Kikazaru le sourd et Iwazaru le muet

Les trois singes de la sagesse sont une représentation du principe : « Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal. » Cette maxime serait apparue au Japon au 17èmesiècle (d’aucun en doutent) et a été popularisée par Mahatma Gandhi qui en avait fait un symbole de paix et de tolérance.

 

Ce principe de neutralité bienveillante est tout à fait compatible avec le culte du Jizo Bosatsu très populaire au Japon. Jizo est un Bodhisattva (un Bouddha en devenir) qui a choisi de repousser son entrée dans le nirvana jusqu’à ce que tous soient sauvés. Passeur entre la vie et la mort, plein de compassion, Jizo est le protecteur des voyageurs et des faibles donc des enfants et en particulier des enfants morts avant leurs parents, ou avortés ou ayant fait l’objet d’une fausse couche.

Selon la religion bouddhiste, le mérite acquis dans cette vie conditionne la suivante. Les enfants morts en bas âge n’ont pas eu le temps d’en acquérir suffisamment et sont donc condamnés selon la mythologie japonaise à empiler des pierres sur la berge de la rivière Sanzu (sorte de styx local) renversées la nuit par les démons. Jizo est vénéré dans le but d’alléger la punition de ces « petites âmes ».

Certaines statues sont entourées de stupas élevés par les parents, de jouets ou habillés. Les Jizo sont aussi vénérés pour accroître la fertilité.

 

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Glace matcha – Hondori Alley Hiroshima

 

Il existe une autre signification aux trois singes mystiques : « ne pas vouloir voir ce qui pourrait poser problème, ne rien vouloir dire de ce qu’on sait pour ne pas prendre de risque et ne pas vouloir entendre pour pouvoir faire « comme si on ne savait pas ».

Rien ne peut absoudre l’atrocité des bombes A. Celle d’Hiroshima obéit à un soupçon de raison ce qui n’est même pas le cas pour Nagasaki. Mais la présentation locale des faits ne laisse aucune place à la responsabilité du Japon dans l’enchaînement conduisant à la guerre pas plus que dans les crimes contre l’humanité commis dans les territoires occupés du Pacifique.

Dans ce pays qui nie toute prise de position individuelle (« We Japanese… »  est une expression si courante), tous les actes, du plus simple au plus élaboré semblent répondre à un pur acte de dévotion au groupe, au drapeau, à l’entreprise. Du Samouraï au « Salaryman » en passant par le Kamikaze, personne n’est vraiment responsable, même de sa propre vie, tant que le respect forcené de règles édictées est conservé. L’absurde est institutionnalisé par le Samouraï engoncé dans une étiquette militaire complexe qui fort souvent déboucha sur Seppuku (suicide par ouverture du ventre).

Dans ce contexte de servilité extrême, le fait que le Japon ait, en trois décennies, atteint le niveau de seconde économie mondiale interpelle ; est-ce la primauté du collectif sur l’individuel ? le respect de « la coutume » est-il suffisant pour stabiliser le système totalitaire? existe-il des mécanismes de réponses adaptatifs aux modifications de l’environnement ?

 

Le film Hiroshima mon amour (Resnais-Duras) décrit une relation éphémère mais passionnée entre une actrice venue tourner un film sur la paix à Hiroshima et un japonais.

Par des dialogues ânonnés, un mix d’images historiques et de prises de vue, le film tente d’effectuer un parallèle entre l’horreur absolue et collective vécue par les habitants d’Hiroshima le 6 août 1945 et l’histoire personnelle d’une jeune française, maîtresse d’un officier allemand tondue et forcée de quitter Nevers (Never, Ah ! Ah !) à la Libération.

Lui : Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien.
Elle : J’ai tout vu. Tout. Ainsi l’hôpital, je l’ai vu. J’en suis sure. L’hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir ?
Lui : Tu n’as pas vu d’hôpital à Hiroshima. Tu n’as rien vu à Hiroshima.
Elle : Quatre fois au musée…
Lui : Quel musée à Hiroshima ?
Elle : Quatre fois au musée à Hiroshima. J’ai vu les gens se promener. Les gens se promènent, pensifs, à travers les photographies, les reconstitutions, faute d’autre chose, à travers les photographies, les photographies, les reconstitutions, faute d’autre chose, les explications, faute d’autre chose.

Nous non plus, nous n’avons rien vu à Hiroshima, rien de plus. Et s’il n’y avait rien à voir à Hiroshima ? Ou rien qu’on nous laisse voir ?

 

3 Zatoichi

Beat Takeshi dans le rôle de l’épéiste aveugle. « Zatoïchi est un voyageur aveugle, qui gagne sa vie en tant que joueur professionnel et masseur. Mais son handicap dissimule un guerrier stupéfiant dont l’extrême précision et la rapidité au sabre font un combattant de kenjutsu hors pair. » Lion d’argent au festival de Venise en 2003.

 

Les concepts de Honne et Tatemae qui décrivent le contraste entre les véritables sentiments et désirs d’une personne et la conduite et les opinions qu’elle expose en public sont souverains dans les relations sociales au Japon. Le principe de Tatemae est assimilable à la pensée unique et correspond à celle que l’interlocuteur veut entendre. Il est justifié par l’obligation d’éviter le conflit, de préserver l’harmonie du groupe ou de sauver la face. L’expression « La vérité, rien que la vérité, toute la vérité » n’a absolument aucun sens. C’est même perçu négativement, honnêtement stupide surtout s’il n’y a rien à gagner. L’expression « Uso mo hoben » (le mensonge est justifié par l’atteinte des objectifs) résume l’attitude générale de tolérance vis-à-vis du mensonge.

En entreprise, l’employé récalcitrant est rattrapé par le « Ijime » qui le force à rentrer dans le rang par toutes les formes de harcèlement.

Extrapolé au niveau de la société ce comportement conduit à poser la question de savoir si tout le monde ment, sur quoi / qui repose la confiance ? Il génère un refus d’accepter toute responsabilité allant jusqu’au révisionnisme imposé aux voisins Chinois ou Coréens suite à la guerre du Pacifique ou la négation des conséquences de l’accident de Fukushima.

Hiroshima – Fukushima, la boucle est bouclée.

 

Elle : Tu ne peux pas savoir.
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Tu me tues.
Tu me fais du bien. 
J’ai le temps.
Je t’en prie. 
Dévore-moi. 
Déforme-moi jusqu’à la laideur.

4 Fujitora

L’avatar de Zatoichi ans le manga à la mode One Piece, l’amiral Fujitora.

 

 

En complément pour les curieux deux albums photo plus détaillés :

https://goo.gl/photos/uvxM2umU8X9YdWrF6

https://goo.gl/photos/VbzzzJfWXJhxSbfMA

 

Om ka ka kabi sanmaei sowaka.

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Onomichi

6 septembre 2016

Japan – Seto Naikai: Au son du Kanmon

Sennin-do shrine

Sennin-do shrine

 

Le petit sanctuaire shinto sur l’ile de Himeshima dans la mer Intérieure (Seto Naikai) symbolise l’idéal japonais que ceux qui ne sont jamais allés au Japon, imaginent se trouver harmonieusement réparti dans tout l’archipel et dont l’esthétisme et la sérénité imprègnent toute chose. Ce n’est pas tout à fait le cas…

 

2 Seto naikai

 

L’entrée dans la Seto Naikai par le Kanmon Kaikyo, une des trois passes qui permet au grand lac coincé entre les îles de Kyushu, Honshu et Shikoku, de respirer au rythme des marées (jusqu’à 4 mètres de marnage), nous a donné l’occasion d’apercevoir une face industrielle du Japon. Bénéficiant d’un emplacement favorable au pied des montagnes, au bord d’un axe de transport sécurisé jusqu’à Osaka, le littoral étroit de la préfecture de Yamaguchi a été sacrifié à l’implantation des chantiers, aciéries et usines lors de l’industrialisation forcée de l’ère Meiji. Après la défaite de 1945, dans un contexte de guerre froide déplacée de l’Europe vers l’Extrême-Orient et accru par la « menace » communiste en Chine, les Américains qui occupent le pays jusqu’en 1952 encouragent une reprise économique rapide. Pour le Japon, privé de dépenses militaires structurantes en raison du Pacifisme imposé, la guerre de Corée donne un coup de fouet grâce aux commandes de l’armée Américaine, les conglomérats d’avant-guerre sont bien vite reconstitués…

 

Ube

Ube

 

L’intervention de l’Etat par la création du MITI (Ministry of International Trade and Industry), la stabilité politique (ultra conservateurs dont relève de nouveau le parti de Abe San, premier ministre actuel), une population nombreuse (rapatriement des colons des territoires perdus en Chine et en Corée) éduquée et formée (reconversion des ingénieurs de l’industrie militaire) que les traditions portent à être docile et dévouée à son entreprise furent les clés du miracle japonais. La reconstruction est basée sur le développement de l’industrie lourde (sidérurgie, métallurgie, pétrochimie…) puis transformée en industrie spécialisée (automobile, électronique…) et enfin stratégique (l’informatique et le nucléaire qui sont déclarées priorités nationales après la crise pétrolière de 1973). Au plan national l’objectif de conquête commerciale mondiale par les produits japonais permet la reconversion pilotée d’une force belliqueuse ruinée et frustrée.

L’économie connait une progression fulgurante qui permet au Japon d’afficher le deuxième PIB mondial dès 1968 jusqu’en 2010 où il est dépassé par la Chine. L’apogée se situe à la fin des années 1980 et précède l’éclatement de la bulle spéculative boursière et immobilière de 1990.

Cette date signe le début d’une défaillance des indicateurs économiques : croissance faible, déflation persistante accompagnée d’un vieillissement inexorable de la population et d’une diminution de celle-ci à partir de 2005 (– 1 million depuis 2010) par refus de l’immigration.

 

Port de pêche d’O Shima. Toute la flotte est équipée pour la pêche à la seiche de nuit. Environ 10% des bateaux sortent encore.

Port de pêche d’O Shima. Toute la flotte est équipée pour la pêche à la seiche de nuit. Environ 10% des bateaux sortent encore.

 

Tous les ports qui ont été inscrits dans les multiples plans de relance de l’économie japonaise, présentent des structures surdimensionnées, bien entretenues mais vieillissantes et inadaptées. La proportion croissante de personnes âgées a un impact significatif sur la structure sociale (les femmes s’occupent des ancêtres) et sur les dépenses du gouvernement qui économise sur l’éducation, et le bien-être des jeunes pour redistribuer en soins de santé pour les plus les âgées et édifier des structures d’accueil. Au pays de l’inventeur du baladeur, du caméscope et de l’écran plat, on trouve encore des K7 dans les supermarchés comme si le virage digital avait volontairement été raté. Par désintérêt ? Par incompétence ? Par économie ?

Avec un peu de recul, peu d’inventions proviennent du Japon, de l’amélioration oui, massive, mais de nouveauté, que nenni.

Cette mise en retrait du monde, l’effacement progressif et désiré du pays (de 127 millions d’habitants aujourd’hui à 86 millions dans 40 ans)  présentent une déconnexion complète avec l’attitude de fermeté affichée face à une Chine qui exprime avec arrogance sa volonté expansionniste dans la zone.

Alors que Abe San -premier ministre- vient d’obtenir le quorum lui permettant de réviser la Constitution,  l’annonce par l’Empereur de son souhait d’abdiquer qui ne peut passer que par une révision Constitutionnelle, fournira l’occasion de réunir la Diète et peut-être enfin de parvenir à supprimer  l’article visant l’interdiction au Japon de posséder une armée…. Si la reconversion du matériel logistique civil en matériel militaire ou l’existence de compétences spatiales & nucléaires  ne laissent aucun doute, l’appétence au conflit d’une population dont 26% a plus de 65 ans (19% en France) semble plus hypothétique.

 

 

Où est le Tech ? le selfie, le selfie

Où est le Tech ? le selfie, le selfie

 

En complément pour les curieux deux albums photo plus détaillés :

Fukuoka:                                    https://goo.gl/photos/epqNLidvtzUpLfj98

Seto Naikai, indus et sereine:    https://goo.gl/photos/z4z7fW9FEfdRUMSQ7

 

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Hiroshima

15 août 2016

Japan – Kyushu Gotô Reto & Huis Ten Bosch: Shoshu in Kyushu

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Le Shōchū est une boisson typiquement japonaise originaire de l’île de Kyushu qui reste le lieu de production principal. A ne pas confondre avec le saké, cet alcool produit majoritairement par distillation de la patate douce dépasse rarement les 25°, soit moins que le whisky ou le rhum mais plus que le saké ou le vin. La manière la plus commune de le boire est dilué avec des glaçons et de l’eau. Depuis les années 2000, il connait un véritable boom de consommation et il est courant de voir dans les bars, les bouteilles numérotées ou nommées des habitués. On lui prête des vertus médicinales comme la prévention des thromboses ou des arrêts cardiaques. Il causerait également moins facilement la gueule de bois (l’équipage doute). La patate douce a été importée dans l’archipel de Ryūkyū au 16ème siècle d’Amérique du Sud par les Philippines puis, 100 ans après, cultivée dans la région de Kagoshima.

 

Détroit d'Ojika

Détroit d’Ojika

Il existe 6 852 îles officiellement recensées au Japon. Parmi celles-ci, l’archipel de Gotô, à l’extrême ouest du Japon constitue un ensemble particulier. Premier point de contact des marchands ou des missionnaires venant de Corée ou de Chine il fait désormais partie des îles éloignées et peu à peu oubliées.

 

3 Goto Reto

Persécutées par les Shoguns, les communautés de Kakure Kristians, chrétiens cachés ont trouvé refuge sur ces îles mêlant pratiques shinto et chrétiennes pour mieux passer inaperçues. On y trouve également des églises gigantesques.  Par tradition la source de richesse principale était la chasse à la baleine. Les flux migratoires se sont déplacés vers l’Arctique toujours suivis par les flottilles de pêche qui continuent à alimenter les supermarchés de Kyushu.

 

Huis Ten Bosch

Huis Ten Bosch

Les dédales d’îles cachent parfois des surprises originales, telle la ville d’Huis Ten Bosch entièrement artificielle, construite sur le modèle d’une petite Amsterdam avec des matériaux importés des Pays Bas. Parc d’attraction pour Japonais en mal d’Europe, elle tente de survivre à sa première faillite.

 

En complément pour les curieux deux albums photo plus détaillés :

Huis Ten Bosch : https://goo.gl/photos/hpXPYSYDZ7zDrAvc6

Gotô Reto : https://goo.gl/photos/WZiC4x7Y2VaE5PiH7

Et enfin, un publi-reportage Hong-Kongais: Yo! Team HK report

De wa mata,

Stephanie / Christophe

Yamato – Seto Naikaï

4 août 2016

 

Japan – Kyushu: Nagasaki & Unzen

Chantier Mitsubishi

Chantier Mitsubishi

Le nom de Nagasaki évoque immédiatement la bombe, la deuxième, celle du 9 août 1945, 3 jours après celle d’Hiroshima, celle dont on se demande bien pourquoi, si ce n’est tester le plutonium en lieu et place de l’uranium. L’ironie de l’histoire fait que Nagasaki n’était pas la cible initiale, mais la couverture nuageuse a fait que c’est là que « Fat man » a été larguée à 11h02, visant les usines Mitsubishi mais en fait au-dessus de la plus grande cathédrale d’Asie (pour le coup, l’expression foudre divine prit tout son sens), causant la mort d’un tiers de la population, 75 000 personnes.

La deuxième ironie de l’histoire est que Nagasaki fut le premier port ouvert du Japon. Au 17ème siècle, le Shogun du clan Akutagawa banni tous les étrangers du Japon, tous sauf initialement les Hollandais auxquels fut allouée, au cœur de Nagasaki,  l’ile artificielle de Dejima en forme d’éventail  rappelant celui de l’Empereur… Dejima resta le seul point de contact avec le monde Occidental  jusqu’en 1856, date à laquelle l’Amiral Perry ouvrit le Japon à coup de canon, on retrouve bien là la délicatesse Etats-Unienne.

 

On s'habille le Dimanche

On s’habille le Dimanche

Nagasaki est aujourd’hui une petite ville tranquille où flotte une impression de nostalgie et de regrets pour des temps révolus. Au-delà du sentiment d’impermanence propre à la civilisation asiatique et renforcé par la bombe, l’architecture, la préservation des sites abandonnés tel Gunkan Jima, les vêtements, les objets, les attitudes donnent l’impression que le temps s’est arrêté il y 30 ans, pic du modèle économique japonais.

 

Sulfureux n'est-il pas?

Sulfureux n’est-il pas?

A une heure de Nagasaki, Unzen nous fait prendre conscience du volcanisme présent sur toute l’ile de Kyushu. Cette petite ville est située à quelques dizaines de kilomètres de Kumamoto fief de Miyamoto Musashi (Traité des 5 roues). Le dernier tremblement de terre d’avril 2016 a endommagé le château célèbre comme lieu de reddition des derniers samouraïs lors de la seconde moitié du 19ème  siècle laissant ainsi la voie libre à la révolution Meiji.

 

4 Nepartak

Notre stop à Nagasaki coïncide avec la fin de la trêve cyclonique de l’hiver 2015 – 2016. Le 4 juillet Nepartak est classé en super typhon. Le suivi de sa trajectoire devient partie intégrante de l’activité journalière, dès le réveil avant même le café, à midi, le soir… Après avoir oscillé entre Sud Japon et Sud Taïwan, Chine, la bête s’effondrera finalement sur Taïwan le 7 juillet. Les vents atteindront 130 nœuds avec des rafales à 175 nœuds et des vagues de 17 mètres. A 1000 km de là, on s’en tirera avec des pluies diluviennes et des vents à 30 nœuds.

 

Pour les curieux, album photo plus détaillé sur :

https://goo.gl/photos/tmocBU3ZuYsimudUA

 

De wa mata,

Stephanie / Christophe

Hirado – Archipel de Gotô

20 juillet 2016

Japan – Archipel de Ryuku

 

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Hari festival – Ishigaki

Les iles Yaeyama situées dans l’archipel de Ryuku sont les îles les plus méridionales du Japon, situées à une centaine de miles à l’Est de Taîwan. Arrivant directement de Hong Kong, nous avons fait l’entrée officielle au Japon dans le port d’Ishigaki. Pour l’occasion la douane, la quarantaine et les Japan coast guards se sont succédés à bord de « Yo ! ».

 

Les échanges toujours courtois se sont déroulés dans un sabir anglo-nippon. Ce n’était qu’une première fois, car ce manège va se reproduire fréquemment, les autorités japonaises tenant à savoir précisément où se trouve chaque voilier étranger. Nous avons également vite confirmé qu’il est impossible de se procurer une carte sim avec un numéro de téléphone japonais sans permis de résidence [sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme ou l’abus de la mafia chinoise quant au trafic d’Iphone !]

Port de Maedomari - Tarama Shima - Quai des ferrys , 2m50 de marnage

Port de Maedomari – Tarama Shima – Quai des ferrys , 2m50 de marnage

Les digues et les infrastructures à l’entrée de tous les ports du Japon sont impressionnantes. Elles sont destinées à protéger des typhons – Taifu = grand vent. La période court du mois de juin au mois d’octobre. La première dépression tropicale de la saison a pointé le bout de son nez lorsque nous étions à Amami, l’occasion d’explorer la cohérence des systèmes d’information et les stratégies de protection et d’évitement.

 

Le royaume de Ryuku, longtemps indépendant, a de tout temps privilégié les échanges commerciaux entre la Chine et le Japon. L’archipel a été annexé par le Japon lors de la restauration Meji au 19ème siècle qui a pratiqué une acculturation forcée similaire à ce que fit la France avec la Bretagne.

Shuri castle - Okinawa CAMERA

Shuri castle – Okinawa

 

La bataille d’Okinawa fut la dernière grande bataille de la seconde guerre mondiale et la plus sanglante de la guerre du pacifique. Les pertes humaines sont estimées à 200 000 dont 100 000 civils. L’île est rétrocédée au Japon par les Américains en 1972 en échange de l’implantation de bases militaires de plus de 20 000 G.I.

L’attitude coloniale du Japon au 19ème siècle, le traumatisme de la population enrôlée de force et/ou poussée au suicide par l’armée de l’empereur en 1945 suivi de la présence  imposée d’un corps militaire étranger (les US) alimentent le particularisme revendiqué aujourd’hui par une majeure partie de la population, nul ne doute cependant que la Chine surfe allègrement sur ce ressentiment et pousse à des revendications autonomistes…

Amami - KakeromaAu début de l’été, les archipels du sud sont les plus exposés au risque de typhon. Une bonne raison pour ne pas s’attarder trop longtemps et remonter rapidement sur Kyushu et Nagasaki vers le « vrai » Japon.

En complément pour les curieux un album photo plus détaillé: https://goo.gl/photos/smqxgsV3sU3RhJ5S7

Ainsi qu’un brief sur les cyclones: De la nature des bêtes

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Huis Ten Bosch Marina – Sasebo.

12 Juillet 2016

 

Chinatowns

0 Parcours

 

Ce billet est le dernier (provisoire) de la série ethnautique; en véritable feu d’artifice, il clôt la série consacrée à l’Asie du Sud-Est et à la Mer de Chine par deux cités mondes qui nous ont bluffés, Singapour et Hong-Kong, deux Chinatowns l’une pensée, l’autre auto-organisée, de filiation Anglaises toutes deux mais au combien proches de Pékin. Bien sûr nous avons passé du temps en Malaisie, en Thaïlande, havres de tourismes et de vie facile, l’envie n’est pas forte d’en trop décrire, nous préférons rester sur nos Chinatowns…

Trois ans de routes 2013-2016, 25000 miles nautiques, bien plus qu’un tour du monde ; fini les longues navigations, une pause s’impose, il est temps d’apprendre le Japonais. Les longs billets sont en suspens, place désormais aux mini reportages photos de Japanouilleries. Pastafarisme oblige.

 

Villes monde, ordres de grandeur

01 métropoles

 

Singapour – Marina Bay Sands et Lotus musée des sciences. Le Marina Bay Sands est un hôtel de 2560 chambres. Il abrite un casino et une piscine à débordement posée sur le dernier étage, le tout sis à côté d’un immense centre commercial où se côtoient les enseignes de luxe. Il est le symbole de la démesure de Singapour mais a pour fonction d’accroître la durée moyenne de séjour touristique sur l’ile, de 2.5 à 3 jours…

Singapour – Marina Bay Sands et Lotus musée des sciences.
Le Marina Bay Sands est un hôtel de 2560 chambres. Il abrite un casino et une piscine à débordement posée sur le dernier étage, le tout sis à côté d’un immense centre commercial où se côtoient les enseignes de luxe. Il est le symbole de la démesure de Singapour mais a pour fonction d’accroître la durée moyenne de séjour touristique sur l’ile, de 2.5 à 3 jours…

 

Hong Kong – Kowloon vu du bar Ozone au 118ème étage. Objectif : faire la nique à Dubaï.

Hong Kong – Kowloon vu du bar Ozone au 118ème étage. Objectif : faire la nique à Dubaï.

 

Singapour – Gardens by the bay. Grâce au sable acheté/trafiqué en Indonésie, 23 % de la ville est bâtie sur de la terre conquise sur la mer (reclaimed land). La politique verte menée par Lee Kwon Yew -le grand jardinier- a transformé la cité en jardin. Le surnom « Red Dot » fait référence au minuscule point sur la carte du Sud-Est Asiatique que représente S’pour par opposition aux géants de l’Indonésie et de la Malaisie. Il symbolise également le contraste « communiste » face aux deux régimes musulmans.

Singapour – Gardens by the bay. Grâce au sable acheté/trafiqué en Indonésie, 23 % de la ville est bâtie sur de la terre conquise sur la mer (reclaimed land). La politique verte menée par Lee Kwon Yew -le grand jardinier- a transformé la cité en jardin. Le surnom « Red Dot » fait référence au minuscule point sur la carte du Sud-Est Asiatique que représente S’pour par opposition aux géants de l’Indonésie et de la Malaisie. Il symbolise également le contraste « communiste » face aux deux régimes musulmans.

 

Hong Kong – Skyline et Star ferry. La dernière jonque promène les touristes dans la baie.

Hong Kong – Skyline et Star ferry. La dernière jonque promène les touristes dans la baie.

 

Singapour – porte de Lune et Marina Bay Sands. L’élément rond est présent dans tous les jardins chinois. Il symbolise le passage dans un autre monde. Selon la philosophie taoïste celui qui la franchit s’intègre à l’univers.

Singapour – porte de Lune et Marina Bay Sands. L’élément rond est présent dans tous les jardins chinois. Il symbolise le passage dans un autre monde. Selon la philosophie taoïste celui qui la franchit s’intègre à l’univers.

 

Hong Kong – Temple Man Ho, Hollywood road. Le temple, un des plus vieux de Hong Kong, écrasé par les cités d’habitation se situe à mi- pente du Peak. Il rassemble les dieux de la guerre et de la littérature.

Hong Kong – Temple Man Ho, Hollywood road. Le temple, un des plus vieux de Hong Kong, écrasé par les cités d’habitation se situe à mi- pente du Peak. Il rassemble les dieux de la guerre et de la littérature.

 

Singapour – Tiong Bahru. Ce quartier, un des plus anciens projets d’habitat social a fait l’objet de réhabilitation dans les années 1970 et 1980. Les immeubles en forme de bateau abritent aujourd’hui la communauté bobo de Singapour.

Singapour – Tiong Bahru. Ce quartier, un des plus anciens projets d’habitat social a fait l’objet de réhabilitation dans les années 1970 et 1980. Les immeubles en forme de bateau abritent aujourd’hui la communauté bobo de Singapour.

 

Hong Kong – Causeway bay. Ce trou à typhon naturel coincé entre Kowloon et l’ile de Hong Kong est considéré comme le centre de la ville. Bordé de gratte ciels, il concentre les plus grands centres commerciaux et les loyers parmi les plus élevés du monde.  Sous le port, tunnels routiers et ferroviaires, un entrelacs multidimensionnel de commodités qui irrigue l’île.

Hong Kong – Causeway bay. Ce trou à typhon naturel coincé entre Kowloon et l’ile de Hong Kong est considéré comme le centre de la ville. Bordé de gratte ciels, il concentre les plus grands centres commerciaux et les loyers parmi les plus élevés du monde.  Sous le port, tunnels routiers et ferroviaires, un entrelacs multidimensionnel de commodités qui irrigue l’île.

 

Messieurs les Anglais

 

Singapour                         Il était une fois Sir Raffles…

Au Sud de Singapour, l’archipel de Riau ; les marchands Malais y avaient établi leurs comptoirs de tout temps. Au début des années 1600, les Hollandais cherchant à briser le monopole des Portugais (qui avaient piqué Malacca aux Malais en 1511) ont développé un partenariat avec le Sultan de Johor et ont commencé à implanter un comptoir au lieu-dit Singapour, un territoire marécageux où sévissait la malaria. Ils poussent leurs pions bien plus avant en créant Batavia (Jakarta) en 1618 et s’assurent, à travers la VOC, le monopole du commerce avec l’Asie via l’Indonésie et le contrôle des épices. Arrivés plus tardivement sur le terrain des compagnies à charte avec l’EIC, les Anglais se satisfont d’une partition de fait de l’Asie en deux zones d’influences, à eux la Perse et l’Inde, aux Bataves l’Asie du Sud-Est. Cette situation dure jusqu’aux guerres Napoléoniennes, les cartes sont redistribuées : aux Hollandais le monde Malais au Sud de l’équateur, aux Anglais, les territoires du Nord. L’acquisition par Rafles en 1819 de Singapour est un coup de maître : il la décrit comme la Malte de l’Orient. Rafles donne à la ville un statut de port franc, encourage les entrepreneurs Chinois à s’y installer (transbordement des jonques Chinoises) et ceux-ci supplantent rapidement les commerçants Malais. En parallèle, la ville s’impose comme acteur incontournable dans le financement des opérations de plantation (hévéa puis palme) acquérant un statut de place financière complémentaire de celui d’entrepôt.

Joyau de la Couronne Britannique, citadelle inexpugnable, Singapour tombe aux mains des Japonais en 1942. Les Anglais ont perdu la face, il en est fini de leur contrôle sur la péninsule Malaise. La transition s’organise doucement vers une fédération Malaise associant les Sultanats à la ville franche.

 

Hong Kong                      Les guerres de l’Opium…

A l’embouchure de la rivière des perles, au large de Canton. Jusqu’au 19ème siècle, la Chine est un empire refermé sur lui-même commercialement ainsi que dans le domaine de l’échange des idées et des innovations. Ceci est dû à un protectionnisme strict appliqué par la bureaucratie impériale et soutenue par une population conservatrice et fortement xénophobe.

Parallèlement, l’Europe devient « sinomaniaque », raffole des bibelots chinois (porcelaine, soie, objets laqués) et surtout s’entiche de thé. Ceci induit un déséquilibre commercial que la toute puissante EIC va chercher à combler. Autosuffisante, la Chine ne veut pas d’échanges marchandises contre marchandises mais exige de se faire payer en argent uniquement. Les Anglais contrairement aux Espagnols (Amérique du Sud) ont peu d’argent et cherchent à écouler leurs marchandises en provenance d’Inde dont l’opium. Malgré les interdictions de fumer de l’opium promulguées par l’Empereur, la contrebande s’organise, facilitée par la corruption des fonctionnaires Chinois. Le commerce de l’opium, très lucratif, finance la Royal Navy qui écrasera la puissance navale de la Dynastie Qing.

Le traité de Nankin est signé en 1842. Il force l’ouverture au commerce de 5 ports dont Shanghai et Canton, demande le paiement d’indemnités de guerre et de réparations pour les stocks d’opium détruits et enfin entérine la cession de l’ile de Hong Kong aux Anglais.  Considéré comme un des « traités inégaux » entre la Chine et les puissances d’occident, il inaugure pour la Chine un siècle d’humiliation qui s’achèvera en 1949 par la fondation de la République Populaire de Chine. Cette violation de la suprématie Chinoise fondée sur le commerce de la drogue continue à alimenter, par esprit de revanche, le désir de leadership du pouvoir actuel.

 

Singapour – China District

Singapour – China District

 

Hong Kong – Sampan en maraude dans le port d’Aberdeen situé au sud de l’ile dans un trou à cyclone. Le village flottant de jonques et de sampans, incendié le 25 décembre 1986 – 150 sampans coulés –, bordel traditionnel de la ville a été remplacé par une marina et les immeubles d’habitation ont grignoté la jungle. Quelques sampans continuent à faire taxi.

Hong Kong – Sampan en maraude dans le port d’Aberdeen situé au sud de l’ile dans un trou à cyclone. Le village flottant de jonques et de sampans, incendié le 25 décembre 1986 – 150 sampans coulés –, bordel traditionnel de la ville a été remplacé par une marina et les immeubles d’habitation ont grignoté la jungle. Quelques sampans continuent à faire taxi.

 

Tiong Barhu – Hawker center. Dans un souci d’hygiène et d’urbanisme les restaurateurs de rue Chinois, Malais ou Hindus ont été regroupés (en dépit de mouvements protestataires rapidement jugulés) au-dessus des marchés. Ceux-ci répondent à une organisation stricte où cohabitent plateaux et vaisselle Halal et non Halal (phénomène récent d’adaptation à la clientèle moyen-orientale). Le shopping et manger au restaurant constituent les principaux hobbies des Singapouriens « prisonniers » de la Cité-Etat, le sexe n’est pas à l’ordre du jour, la transition démographique est très avancée, voire blette.

Tiong Barhu – Hawker center. Dans un souci d’hygiène et d’urbanisme les restaurateurs de rue Chinois, Malais ou Hindus ont été regroupés (en dépit de mouvements protestataires rapidement jugulés) au-dessus des marchés. Ceux-ci répondent à une organisation stricte où cohabitent plateaux et vaisselle Halal et non Halal (phénomène récent d’adaptation à la clientèle moyen-orientale). Le shopping et manger au restaurant constituent les principaux hobbies des Singapouriens « prisonniers » de la Cité-Etat, le sexe n’est pas à l’ordre du jour, la transition démographique est très avancée, voire blette.

 

Hong Kong – Mac’s noodles à Wellington street. Mac’s est célèbre pour sa “Wanton noodle soup”, soupe de ravioli servie en petites portions et pour ses serveurs en livrée. Le bouillon non bu est reversé dans la marmite. Les amateurs dégustent leur soupe plutôt en fin d’après-midi, les bouillons reversés ont eu le temps de se faire culture. 

Hong Kong – Mac’s noodles à Wellington street. Mac’s est célèbre pour sa “Wanton noodle soup”, soupe de ravioli servie en petites portions et pour ses serveurs en livrée. Le bouillon non bu est reversé dans la marmite. Les amateurs dégustent leur soupe plutôt en fin d’après-midi, les bouillons reversés ont eu le temps de se faire culture.

 

Singapour – Emerald Hill. La rue constitue une enclave de maisons traditionnelles chinoises au bord d’Orchard road.

Singapour – Emerald Hill. La rue constitue une enclave de maisons traditionnelles chinoises au bord d’Orchard road.

 

Singapour – Orchard road. Cette artère qui concentre toutes les enseignes de marques de luxe est une attraction touristique majeure de Singapour.

Singapour – Orchard road. Cette artère qui concentre toutes les enseignes de marques de luxe est une attraction touristique majeure de Singapour.

 

Quel degré de « Chinicité » ?

 

Singapour                         « Speak Mandarin it’s your language »

En raison de son particularisme, une enclave chinoise en monde malais et une enclave potentiellement « communiste » en monde d’Islam, Singapour a été expulsé de la fédération malaise en 1965. Privée de ressources naturelles, la Cité Etat a bâti son succès en une génération sur le commerce, le service et le capital humain.  Le peuplement continue de faire l’objet d’une planification minutieuse destinée à préserver la suprématie de l’ethnie chinoise. Au dernier recensement, 74 % des résidents sont d’origine Chinoise, 13 % d’origine Malaise, 9% d’origine Indienne et 4 % d’autres origines. L’anglais est communément parlé par tous.

Le taux de fertilité est un des plus bas au monde. Pour assurer le renouvellement de la population et ainsi la productivité nécessaire au maintien de la ville parmi les premiers rangs mondiaux (hub de transport et financier, raffinage et trading pétrolier, indice de développement humain, pénétration de la téléphonie mobile, sécurité, qualité de vie…), l’immigration choisie est encouragée par le gouvernement. La population de 5.5 millions de personnes comprend 70 % de citoyens et résidents permanents, et 30% de travailleurs étrangers et d’étudiants. Le mélange de capitalisme et de servitude a pour conséquence un niveau d’inégalité de revenus parmi les plus élevés au monde.

La richesse de Singapour est la conjonction de 3 éléments : la position géographique qui facilite la logistique du transport maritime international, le libre-échange instauré par les Anglais et confirmé par un demi-siècle d’économie planifiée et l’esprit d’entreprise Chinois.

Coincée entre l’Indonésie et la Malaisie, Singapour est idéologiquement plus proche de la Chine. Mais sur le plan diplomatique, la Cité-Etat entretient avec son grand-frère une neutralité prudente et nuancée tout en préservant les relations avec les Etats-Unis. Cette position d’équi-proximité avec les 2 géants reste ambiguë, il est clair qu’en cas de conflit, le soutien de la population ne peut aller qu’à la Chine. Sur le plan économique, les principaux partenaires sont dans l’ordre la Malaisie, la Chine et les Etats Unis perçus comme un contre-pouvoir à la Chine.

Apres l’indépendance, la plus grande crainte est l’invasion par la Malaisie.

Pour limiter sa vulnérabilité Singapour décide de se doter d’une force militaire performante et se rapproche d’Israël qui présente les mêmes caractéristiques d’isolement en monde musulman. Ces derniers conçoivent les forces de défense et inspirent le système de conscription et de réserve. Israël est le plus gros fournisseur d’armes.

En parallèle, Singapour conduit une épuration radicale des communistes, véritable chiffon rouge agité au nez des monothéismes radicaux environnants, tout en en conservant les structures organisationnelles (commissariat au plan,  polit bureau, contrôle par les pairs).

 

Hong Kong                       On y colle les pavés

Le 1er juillet 1997, la location à 99 ans de Kowloon et des Nouveaux Territoires s’achève. Les Anglais agréent également de rétrocéder l’île de Hong Kong ; par application du principe ‘Un pays, Deux systèmes’, Hong Kong devient une Région Administrative Spéciale autorisée à conserver son économie de marché, sa monnaie, son système légal indépendant, sa force de police, sa politique douanière et d’immigration et obtient la garantie d’un haut degré d’autonomie pendant 50 ans.

La population est composée à 91% de résidents d’origine Chinoise et la langue majoritaire est le Cantonais. L’immigration récente de plus de 45 000 chinois par an en provenance de Mainland China contribue largement à la croissance de la population. A celui-ci s’ajoute un flux croissant de touristes chinois de métropole. En raison de différences culturelles et linguistiques marquées, ces mouvements de population accroissent les tensions entre les résidents de Hong Kong et ceux de la Chine Continentale accusés de comportement irrespectueux.

Les résidents de Hong Kong tiennent à préserver leur statut privilégié. Le projet non abouti de Pékin de proposer un suffrage universel indirect pour la désignation du chef de l’Exécutif (choix de candidats patriotes agréés par Pékin) déclenche en 2014 des manifestations et un mouvement de désobéissance civile initié par les étudiants, appelé Révolution des Parapluies. Bien que le mouvement de protestation se soit rapidement essoufflé, il a montré l’obsession de Pékin de toute différence de conscience politique afférant à l’emprise sur le destin individuel, social et collectif face à la mainmise du Parti compromis avec les milieux financiers.

Port ouvert situé à l’embouchure de la rivière des Perles, Hong Kong a été pendant des décennies l’unique point d’import/export de la Chine.

Trafic d’opium et transport de coolies se trouvent à l’origine de bien des fortunes de la colonie. Hong Kong assurait cependant des activités commerciales plus respectables d’entreposage. Plus récemment, c’est l’apposition de l’étiquette « made in Hong Kong » sur les biens de grande consommation produits par les ateliers de Canton et l’enlèvement des marchandises hors taxes par cargos qui ont consolidé sa richesse.

La politique d’ouverture de la Chine menée par Deng Xiaoping dans les années 1980 a promu l’émergence de Shanghai comme premier port du monde et première place financière d’Asie provoquant le déclin de Hong Kong. La rétrocession du territoire par les Anglais a accéléré le processus, Pékin assurant une vigilance appuyée sur la majorité des flux. La ville est devenue le point de concentration où les enseignes de marques de luxe se battent pour conquérir les millionnaires Chinois et où les banques facilitent la conversion des renminbis en dollars ou en euros. La capacité d’enrichissement est toujours présente, les idéaux quant à eux sont en voie de normalisation… les forces de Police collent les pavés au mastic avant chaque manifestation.

 

Singapour – Pharmacie traditionnelle, au fond, trépang ou holothurie séchée.  La médecine traditionnelle prête au concombre de mer des vertus permettant de soigner l’anémie, l’impuissance et d’augmenter la longévité en nourrissant l’énergie vitale au même titre que l’aileron de requins ou la soupe de nids d’oiseaux. Très prisé en gastronomie, l’aileron de requin au même titre que les accessoires de luxe symbolise la richesse, la puissance et le prestige. Le prix est d’environ 400 usd/kg et le bol de soupe (30g) est commercialisé entre 15 et 150 usd, ce qui en fait un des produits de pêche les plus chers au monde. Le marché mondial représente 15 000 tonnes et est alimenté par des pêcheurs de plus de 100 pays.

Singapour – Pharmacie traditionnelle, au fond, trépang ou holothurie séchée.  La médecine traditionnelle prête au concombre de mer des vertus permettant de soigner l’anémie, l’impuissance et d’augmenter la longévité en nourrissant l’énergie vitale au même titre que l’aileron de requins ou la soupe de nids d’oiseaux. Très prisé en gastronomie, l’aileron de requin tout comme les accessoires de luxe symbolise la richesse, la puissance et le prestige. Le prix est d’environ 400 usd/kg et le bol de soupe (30g) est commercialisé entre 15 et 150 usd, ce qui en fait un des produits de pêche les plus chers au monde. Le marché mondial représente 15 000 tonnes et est alimenté par des pêcheurs de plus de 100 pays.

 

Singapour – Temple de la relique de la dent d’or du Buddha.

Singapour – Temple de la relique de la dent d’or du Buddha.

 

Hong Kong – Temple Man Ho

Hong Kong – Temple Man Ho

 

Hong Kong - Temple de Tin Hau, la déesse de la mer à Aberdeen

Hong Kong – Temple de Tin Hau, la déesse de la mer à Aberdeen

 

Singapour – Bruce Lee. Caractérisé par des démonstrations d’arts martiaux et des scènes d’action spectaculaires, le cinéma de Hong Kong a rapidement atteint une notoriété internationale et s’est facilement exporté à Hollywood. Pêle-mêle : les acteurs Jackie Chan, Chow Yun Fat, Maggie Chueung, Tony Leung, Jet Li, les cinéastes John Woo et Wong Kar-Wai.

Singapour – Bruce Lee. Caractérisé par des démonstrations d’arts martiaux et des scènes d’action spectaculaires, le cinéma de Hong Kong a rapidement atteint une notoriété internationale et s’est facilement exporté à Hollywood. Pêle-mêle : les acteurs Jackie Chan, Chow Yun Fat, Maggie Chueung, Tony Leung, Jet Li, les cinéastes John Woo et Wong Kar-Wai.

 

Hong Kong – A bord d’un sampan à Aberdeen

Hong Kong – A bord d’un sampan à Aberdeen

 

Hong Kong – Jumbo floating restaurant à Aberdeen

Hong Kong – Jumbo floating restaurant à Aberdeen

 

Hong Kong – Chungking mansion à Kowloon. Chungking Mansions est considéré comme le quartier africain de Hong Kong. Le complexe abrite environ 4000 résidents, des restaurants de curry, des magasins de sari, des agents de change, des vendeurs de mobile et près de 2000 chambres éclatées en guesthouses aux tarifs les plus bas de la ville (20 usd).

Hong Kong – Chungking mansion à Kowloon. Chungking Mansions est considéré comme le quartier africain de Hong Kong. Le complexe abrite environ 4000 résidents, des restaurants de curry, des magasins de sari, des agents de change, des vendeurs de mobile et près de 2000 chambres éclatées en guesthouses aux tarifs les plus bas de la ville (20 usd).

 

Singapour – Little India

Singapour – Little India

 

Singapour – Tekka market in Little India. Pour favoriser l’intégration des communautés, toutes les instructions officielles sont traduites en 4 langues : anglais, chinois, malaise et sanscrit. En 2013, un accident mortel impliquant un bus, a déclenché la première émeute à Singapour depuis 40 ans. Cet évènement a attiré l’attention sur les conditions de vie des travailleurs immigrés, les inégalités de revenus et les tensions entre les différentes communautés. Depuis ce jour la consommation d’alcool dans Little India, les jours de congés est interdite.

Singapour – Tekka market in Little India. Pour favoriser l’intégration des communautés, toutes les instructions officielles sont traduites en 4 langues : anglais, chinois, malaise et sanscrit. En 2013, un accident mortel impliquant un bus, a déclenché la première émeute à Singapour depuis 40 ans. Cet évènement a attiré l’attention sur les conditions de vie des travailleurs immigrés, les inégalités de revenus et les tensions entre les différentes communautés. Depuis ce jour la consommation d’alcool dans Little India, les jours de congés est interdite.

 


Un gout prononcé pour l’esclavage l’exploitation

Singapour est le pays développé où l’écart de salaire qualifié/non qualifié est le plus élevé, de 1 à 10 par opposition à 1 à 5 en Europe. La disponibilité de main d’œuvre peu qualifiée et abondante en est la principale raison : dans les domaines de la construction rivalisent Indonésiens, Bengalis, Tamouls, etc qui sont sous contrat temporaire à des tarifs défiant toute concurrence ; hâves, épuisés, on les voit transiter sur les plates formes (non climatisées) des camions au petit jour ou à la nuit tombée entre le lieu de travail, et les lieux d’hébergement. A l’issue du contrat, le visa temporaire expire, ils traversent le pont vers Johor Bahru pour attendre un éventuel nouveau contrat, l’intermédiaire qui touche le salaire ne va quand même pas leur payer un billet d’avion pour le pays ! Côté domesticité, c’est du pareil au même, les « helpers » (celles qui aident) sont attachées à une famille, nourries, logées (le plus souvent dans la pièce obscure qui tient lieu de refuge anti bombe), payées dans les 300€ par mois via des intermédiaires qui ont financé leur billet d’avion et doivent se faire rembourser… c’est toujours mieux que les 80€ par mois de revenu moyen au pays…

Chirico: "helper" aux délicieux chérubins

Francisco de Goya: “helper” aux délicieux chérubins – Musée du Prado

MAIS Singapour a une vision structurée de la chose et via un subtil mécanisme de levier (“levy”) pilote sa population de travailleurs immigrés ; ceux-ci sont classifiés en « foreign talent », des gens qui ont des compétences, recherchés et encouragés à résider et « foreign workers », de la main d’œuvre qui ne pourra, au mieux, que rester deux ans et pour laquelle le gouvernement lève un impôt (par exemple 200 S$ pour un salaire de 450 S$) … de quoi financer bien des infrastructures.

Sur une population totale de 5.5 millions d’habitants, on compte 1.5 millions de non-résidents (soit 28%) dont travailleurs étrangers :

  • 300 000 « foreign talents »… ceux que l’on veut bien
  • 950 000 « foreign workers »… ceux que l’on tolère (dont 250 000 « helpers »)

 

Hong-Kong, du pareil au même, 336 000 « helpers » pour une population de 7 million d’habitants ; 1/3 de ces « helpers » sont payées moins de 150€ par mois pour 70 heures de présence minimale…  Indonésie, Philippines, Thaïlande, Inde, Sri Lanka, Népal et Birmanie fournissent la majeure partie du contingent.  Côté labeur pénible, c’est plus simple, le Cantonnais fait l’affaire, de plus il parle la langue….

Tout ceci est peut-être à remettre dans un contexte global d’abolition de l’esclavage de 1830 à 1870; sur la même période, quasi 2 millions de Chinois ont été exportés via Hong Kong … le « Coolie Trade » pour la construction de San Francisco ou la voie de chemin de fer Est-Ouest aux Etats Unis.

La plupart des compagnies assurant le transport étaient occidentales tandis que les sociétés secrètes se chargeaient du recrutement, difficile d’émettre un jugement moral sur le présent sans se souvenir du passé.

 

Hong Kong – publicité pour une agence de recrutement d’employées de maison indonésiennes ou philippines

Hong Kong – publicité pour une agence de recrutement d’employées de maison indonésiennes ou philippines

 

Hong Kong – Dimanche après-midi sur le parvis, ombragé, du siège de HSBC, les bonnes Philippines se retrouvent pour festoyer et soigner le mal du pays.

Hong Kong – Dimanche après-midi sur le parvis, ombragé, du siège de HSBC, les bonnes Philippines se retrouvent pour festoyer et soigner le mal du pays.

 

 

Prévoir le futur est incertain surtout lorsque cela concerne l’avenir……

 

Singapour – Gardens by the Bay Structures artificielles, arbres du futur.

Singapour – Gardens by the Bay
Structures artificielles, arbres du futur.

 

Singapour                         Terminus

 Le décès du père fondateur Lee Kuan Yew a précédé de quelques mois la date anniversaire des 50 ans de la création de l’Etat de Singapour. Lors des cérémonies officielles un siège vide orné d’une orchidée est présent pour celui, qui en une génération, a transformé un territoire du Tiers Monde en ville d’hyper technologie.

Ce succès est largement dû à la vision de celui qui a conservé le pouvoir pendant plus de 3 décennies. Blessé de l’exclusion par la fédération malaise, il n’a eu de cesse de prouver la validité de son modèle basé sur une économie et une organisation de la société minutieusement planifiées et la libre entreprise en dépit d’un fort interventionnisme d’Etat dans tous les secteurs stratégiques.

La Cité dépendante de ses voisins pour tous les approvisionnements de première nécessité et très vulnérable à l’économie globale présente la sécurité, la stabilité et l’absence de corruption perçue comme principaux atouts. Tout en préservant les intérêts de la communauté sur le long terme fondés sur des principes de méritocratie et de multiculturalisme, il s’agit de démontrer l’efficacité (« CAN »).

Le totalitarisme mis en place : contrôle des médias, absence totale de promotion de l’art, interdiction de manifester (demande déposée au-delà d’un rassemblement de plus de 5 personnes), application de châtiments corporels (bastonnade) et existence de la peine de mort se trouvent à postériori justifié par l’atteinte de l’objectif. A l’époque du Grand Schisme (1414) l’évêque de Verdun s’exprimait ainsi: « lorsque son existence est menacée, l’Eglise est dispensée des commandements de la morale. L’unité comme but sanctifie tous les moyens, l’astuce, la traîtrise, la violence, la simonie, l’emprisonnement et la mort. Car tout ordre existe pour les fins de la communauté et l’individu doit être sacrifié au bien général ». Lee Kuan Yew avait bien appris sa leçon…

Par l’application d’algorithmes scientifiques permettant la prédiction du futur en termes probabilistes (psycho-histoire), Hari Seldon, personnage mythique de la série Fondation écrite par Isaac Asimov au siècle dernier, annonce la chute imminente de l’Empire Galactique et fonde sur Terminus une communauté de scientifiques dont la mission officielle est de compiler toute la connaissance avant que celle-ci ne disparaisse.

Il s’avère en réalité que cette Fondation a pour objet principal d’œuvrer à la diminution des temps d’obscurantisme et ainsi hâter la résurgence d’un nouvel Empire.

Il pourrait être tentant de jouer à repérer quelques similitudes entre fiction et réalité, entre Hari Seldon et Lee Kuan Yew, Fondation et Singapour, deux villes laboratoires, convoitées par leurs voisins, soumises à de fortes pressions de survie, le dos au mur, toutes deux contraintes d’inventer des réponses originales..

Den Xiaoping, nouvel homme fort de l’Empire, ne s’y trompa pas, rendant visite à Singapour dès 1978, juste avant de réorienter la politique Chinoise vers l’ouverture au marché « peu importe que le chat soit noir ou blanc tant qu’il attrape des souris ».

 

Hong Kong                      « Ten Years »

C’est le titre du film qui a gagné les honneurs de la Soirée des Hong Kong Film Awards (HKFA) en Avril 2016, un projet encourageant les citoyens à penser au futur de la ville ; y est dressé un tableau politique et social de Hong Kong en 2025, une dystopie en cinq volets qui a rencontré un énorme succès et s’est attirée les foudres des autorités chinoises…

Le film a fait les gros titres du « Global Times » (环球时报) » à Pékin, le quotidien porte-parole du Parti Communiste l’a qualifié d’absurde et de pessimiste. Les médias continentaux n’ont fait aucune mention de la récompense du film quand ils ont donné la liste des vainqueurs. Contrairement aux autres années, les chaînes de télévision chinoises avaient renoncé à diffuser la cérémonie.

10 ans, c’est le temps écoulé depuis la rétrocession et le fameux « un pays deux systèmes ». Forte de sa puissance retrouvée, la République Populaire de Chine commence à montrer ses muscles à Hong Kong comme partout ailleurs en Mer de Chine, en matière économique tout comme de super-calculateurs.

Pour Pékin, Hong Kong est une ville pervertie, création artificielle d’un envahisseur honnis. L’ADN de la ville est entaché de lourdes tares congénitales, indépendance, liberté, démocratie, il n’est d’autre possibilité que de diluer les mauvais gênes dans un flux de normalité d’où la politique migratoire de Pékin, d’où la pression à  parler Mandarin et non plus Cantonnais etc….

Dans le cadre de la rétrocession, Pékin avait finalement levé la main de « Walled City », la Citadelle.

Citadelle de Kowloon 1989

Citadelle de Kowloon 1989

Située à Kowloon, poste  militaire historique, la Citadelle demeure une enclave Chinoise en territoire Britannique après la location des Nouveaux Territoires en 1898 pour 99 ans. Possession formelle de Pékin au cœur de Hong Kong, la Citadelle n’a pas de statut juridique clair ; occupant Hong Kong en 1942, les Japonais rasent les murs qui l’entourent pour étendre la piste de l’aéroport, les Anglais reprennent la ville mais ne peuvent en rien changer le statut de la Citadelle, épine dans le pied de la Couronne… un véritable supplice Chinois. La densité de population y grimpe à 2 Millions d’habitants au km2 (40 000 habitants dans un rectangle de 100 x 200m)….

Dès la rétrocession agrée en 1984 sous l’impulsion de Deng Xiaoping, la Chine accepte que les Anglais nettoient le coin et relogent les habitants de Mordor. Hong Kong devient une ville propre, la mariée sera belle.

 

Une salle des marchés ? Non… un des trois étages du Casino du Marina Bay Sand…

Une salle des marchés ?
Non… un des trois étages du Casino du Marina Bay Sand…

 

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Amami o shima – Japon

26 Juin 2016

Borocedur

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Le 19 novembre 2015, « Yo! » se faufile dans la succession ininterrompue de cargos sur le rail le plus fréquenté du monde au droit de Singapour et s’amarre sur un coffre au Changi Sailing Club. La route, de l’archipel de Karimun Java lieu de villégiature des Javanais à celui de Riau, arrière-cour et atelier de Singapour impose de zigzaguer dans les flottilles de pêcheurs. La navigation sur des fonds inférieurs à 60 mètres et la désespérance liée à l’absence de vent au large de Belitung, coincée entre Sumatra et Kalimantan (Bornéo) accentue la sensation d’étouffement. Pourtant, la stratégie d’attente du début de la mousson de Nord-Est permet de naviguer alors que les fumées extrêmement denses dues aux incendies des forêts de Sumatra et Kalimantan sont dissipées par les premières pluies.

Au-delà de ces perceptions liées à l’environnement, la sensation d’enfermement est confirmée lors d’une escapade à Yogyakarta et Borobudur, démonstration flagrante de l’acculturation forcée au grand vide mental dictée par Jakarta.

Alors que la proximité de la Malaisie et de Singapour pousse à s’interroger sur l’insolubilité de l’Islam dans le Communisme, la dernière étape de la traversée d’Est en Ouest de l’Indonésie, des archipels oubliés vers les lieux de pouvoir et de création de richesse est l’occasion de dresser un bilan des quatre mois passés dans le continent maritime, plus grand pays musulman du monde et victime d’attentats à Jakarta quelques semaines après ceux de Paris le 13 novembre.

 

1 Map

 

En dansant la Javanaise

L’ile de Java concentre les 2/3 de la population d’Indonésie, soit dans les 200 millions d’habitants avec une densité proche des Pays-Bas (plus de 800 habitants au km2) ; on imagine sans peine les défis auxquels sont confrontées les autorités.

Elle présente deux caractéristiques complémentaires conduisant à une telle population:

  • une fertilité exceptionnelle (traditionnellement deux récoltes de riz par an, trois de nos jours),
  • située au centre d’un important réseau d’échanges commerciaux (on y retrouve des céramiques Romaines), les Indiens s’y étaient établis dès le VIIème siècle jusqu’au XVème siècle, puis les Musulmans s’implantant successivement à Sumatra (Aceh 1520) et à Java contribuent à l’effondrement de l’Empire Indianisé, ouvrant la porte aux Européens dont les Hollandais qui se taillent la part du lion…. jusqu’à l’Indépendance.

Batavia de son petit nom (fondée par les Hollandais en 1619), Jakarta de nos jours, la capitale – environ 25 millions d’habitants – épicentre économique, vitrine séculaire d’un pays en voie de mutation concentre les fonctions régaliennes malgré la politique de décentralisation menée depuis une dizaine d’années, …. tout en jouant le rôle de directeur de conscience pour l’ensemble des musulmans déclarés (85 % de la population totale).

Java, une île ? Non, un lieu de pouvoir, un lieu d’habitation, un monde en soi…. il y a peu de mouillages « secure » où laisser le bateau, on peut l’imaginer ; hormis l’extrême Nord-Ouest, à proximité immédiate du Krakatoa (1883 – crac boum hue, les explosions entendues en Australie, un tsunami générant des vagues de 20m, des blocs de ponce satellisés observés plusieurs fois en France et le ciel s’obscurcit pour quelques temps, maigres récoltes de par le monde), l’île est peu adaptée à la plaisance, c’est une première pour nous.

La fin de saison de navigation approche sur la zone, objectif Singapour, pour ce faire il faut se glisser entre les deux îles majestueuses de Sumatra et Bornéo (Kalimantan est le nom de la partie Indonésienne de Bornéo), parmi les dernières à héberger de la forêt primaire en Asie. Rivières boueuses, crocodiles, serpents, malaria, peu nous chaud de naviguer dans ces parages, d’autant que les incendies de forêts  rendent la navigation hasardeuse, nous faisons l’impasse, non sans quelques regrets :

  • Le sultanat d’Aceh à la pointe Nord de Sumatra, la Mecque d’Asie, se vante que sa religiosité extrême ait préservé les mosquées lors du tsunami de 2004. Les revendications de sécession se sont tues après que le gouvernement central ait accepté que le sultanat soit, localement, sous le régime de la Sharia. Une autre fois…pas en bateau.
  • A Bornéo, séparée entre la Malaisie (Sabah/Sarawak), Brunei et l’Indonésie (Kalimantan), s’éteignent les derniers Dayaks, redoutables chasseurs de têtes, animistes farouches et longtemps rebelles à l’islamisation tout comme s’étiolent les populations d’Orang Outang (homme singe en Bahasa). Une autre fois… pas en bateau.

Tous les ans, en fin de saison sèche revient la même histoire, les incendies de Sumatra et de Bornéo… et tous les ans, juré, promis, cela ne se reproduira plus, de nouveaux moyens de lutte sont en place, etc…

Ces incendies sont volontaires, provoqués par la déforestation massive pour la culture du palmier producteur d’huile de palme entrant dans la composition de nombreux produits agro-alimentaires -malgré des questions de santé publique- et source de bio carburant. Entre 2000 et 2012, l’archipel aurait perdu 6 millions d’hectares de forêt vierge, une surface quasi équivalente à celle de l’Irlande. A telle point importante qu’il s’agit maintenant de gérer la surproduction cause de décrochage de la cotation de la tonne d’huile de palme à la bourse de Kuala Lumpur.

Malgré son engagement de lutter contre cette destruction systématique dont 40% est le fruit d’actes illégaux, le gouvernement ne parvient pas à enrayer cette tendance. Son impuissance est liée à son incapacité à contrôler la dévolution des concessions aux grandes entreprises d’huile de palme ou de pâte à papier par les gouvernements de province et chefs de district responsables de la gestion de la forêt. De plus, cette industrie représente une génération d’emplois et une manne financière considérable. Ceci contribue à expliquer la réticence à sanctionner les incendies volontaires tout comme la destruction de récifs par cyanure ou explosion, l’arrachage de mangroves ou la surexploitation des ressources halieutiques, pourtant considérés comme des crimes. Enfin, derrière bon nombres de sociétés Indonésiennes s’abritent moultes Malaises à capitaux Chinois…. mais c’est une autre histoire. Enfin, les lobbys de l’industrie agro-alimentaire des pays occidentaux ne favorisent pas la préservation de la forêt primaire. En témoigne les débats autour de la taxe Nutella….

Dans ce contexte, les archipels de la mer de Java sont bien plus accessibles et se situent aux confins de mondes divergents.

  • 50 km au Nord de Java, Karimum Jawa exsude un léger parfum de riviera, c’est un haut lieu de tourisme des Javanais. Y débarquent habitants de Jakarta, Surabaya, Semarang en quête d’eaux claires et d’« authenticité ».

 

  • Plus à l’Ouest, les archipels de Belitung et Bangka, le long des mangroves de Sumatra, pâtissent d’une piètre réputation liée aux anciens (et peut-être encore actuels) foyers de piraterie. Juste sur l’Equateur, l’archipel de Lingga (Penuba), en marge du pôle Singapourien, hésite à choisir son camp entre usines et maisons sur pilotis fortement apparentées à celle des grands deltas d’Asie du Sud-Est.

 

  • Tout au Nord, soit au Sud de l’île-cité-état, juste de l’autre côté du détroit de Singapour, l’archipel de Riau (dont les plus grandes îles sont Batam et Bintan) abrite les actifs Indonésiens du triangle industriel Singapour/Johor Bahru (Malaisie) / Batam&Bintan (Indonésie). Situé tout en bas de la pyramide économique,  il sert d’atelier et marché de gros à Singapour. Les revenus moyens en Indonésie sont de 80 $ par mois, ils atteignent 200 $ à Riau, 400 $ à Johor Bahru et 1500 $ à Singapour… A Singapour la conception et le marketing des grandes firmes internationales, à Johor Bahru la maîtrise d’œuvre, à Batam&Bintan les usines high tech, pilotées de loin selon des standards internationaux mais obéissant à des normes locales en matière d’hygiène, social, salaires  et où travaillent les plus qualifiés des Indonésiens (Samsung en est un exemple parmi tant d’autres). C’est à Riau qu’est apprêtée l’immense production agricole Indonésienne (fruits, légumes, mais également viande dont, on ne rigole pas, le cochon), dernière étape de la chaîne de production, lavés, triés, packagés, bref, prêts à être vendus dans les supermarchés… C’est à Riau que transitent pour leur dernière étape de « traitement » certains flux financiers avant que d’aller se perdre dans les méandres bancaires de la ville lumière « incorruptible ». C’est à Riau que les retraités Singapouriens (Chinois) viennent couler des jours heureux, cession faite de leur appartement. Ils profitent des resorts, terrains de golf, casinos et lieux d’encanaillement.

Pour qui aime les récits de science-fiction, les villes confins de bout du monde, Tanjun Pinang, ville principale de l’archipel de Riau, est une ville magique, frontière, où tout est possible, oui, vraiment et tristement tout.

 

Karimum Jawa - Port de pêche

Karimum Jawa – Port de pêche

Lingga - Régate

Lingga – Régate

Détroit de Kalimantan - Pêcheur au lamparo au mouillage pendant la journée

Détroit de Kalimantan – Pêcheur au lamparo au mouillage pendant la journée

Karimum Jawa - Retour de pêche

Karimum Jawa – Retour de pêche

Karimum Jawa - Office de services touristiques

Karimum Jawa – Office de services touristiques

Penuba - Archipel de Lingga

Penuba – Archipel de Lingga

Penuba - Archipel de Lingga Ojek (moto) à flot

Penuba – Archipel de Lingga
Ojek (moto) à flot

Tanjung Pinang - Ile de Bintan sur l'archipel de Riau Parc d'ojeks

Tanjung Pinang – Ile de Bintan sur l’archipel de Riau
Parc d’ojeks

Karimum Jawa - Volatiles d'agrément

Karimum Jawa – Volatiles d’agrément

Marché de Tanjung Pinang - Volatiles à casserole

Marché de Tanjung Pinang – Volatiles à casserole

Zone de mouillage dans l'archipel de Riau. Sous l'orage : Singapour

Zone de mouillage dans l’archipel de Riau. Sous l’orage : Singapour

 

 

Yogyakarta, capitale acculturelle de l’Indonésie

Yogyakarta jouit d’une réputation de ville industrieuse, centre de production important de batik, de ville universitaire, de ville touristique et artistique, c’est la porte d’entrée de Borobudur et Prambanan, deux joyaux indiens ; bref une petite « capitale culturelle », à voir ?

Jogya, sous son petit nom, ne fait pas grande impression. Le gouverneur est sa majesté le sultan Hamengkubuwono X. La charge est héréditaire. Les tentatives récentes du gouvernement central d’aller vers un processus plus démocratique de désignation se sont heurtées à de fortes protestations, fin de l’histoire.

Un urbanisme moyen peine à dégager les artères bouchées jour et nuit, les colifichets à touristes produits industriellement, sont vendus en vrac, au poids, au sac, à la tête du client, un centre de production artistique certes, qui irrigue une majeure partie des cités du pays. Les cinq prières journalières sont bien distribuées de toute part, les sonos concurrentes se tirent la bourre au mépris des tympans hérétiques. Il est, pour une ville ouverte, fort difficile de trouver à boire un verre (allez voir au Sheraton… peut-être). Les jeunes amoureux, étudiants peut-être, sont si sérieux lorsqu’ils marchent dans la rue, comme une chape pèse sur la ville. Etrange.

Au cœur de la ville, le Kraton : immense bâtiment qui tenait lieu de cour princière, magnifiquement entretenu, peu utilisé, des pièces exposent des reliques à la gloire de la famille régnante : quelques photos historiques, celles de la circoncision du futur sultan et de sa sœur, les chaussures ET les chaussettes d’un militaire, un kriss etc… jolie collection de batik. La partie administrative n’est pas accessible.  A côté du Kraton, un musée, joliment conçu, quelques traductions en Anglais, les œuvres, exclusivement des pièces de la période Indianisée : de jolies marionnettes en cuir qui décrivent le Panthéon des divinités (y compris la Sainte Vierge et l’Enfant Jésus), toute la panoplie de ce que l’on trouve de nos jours sauvegardé à Bali (bijoux, statues, etc), Mandalas…  De local post 16ème siècle, rien, hormis une vague épée, cela ne va sans rappeler un drapeau tristement célèbre. Soit les pièces produites depuis la conquête de l’Islam sont trop précieuses pour être portées à la connaissance du vulgus pecum, soit elles sont inexistantes… Etrange.

De la période Indianisée, deux joyaux architecturaux subsistent : Borobudur le Bouddhiste et Prambanan l’Hindouïste.

  • Borobudur est situé à une quarantaine de km de Jogya, on ne le présentera pas ; les Hollandais s’en foutaient. Après l’indépendance, l’UNESCO y mit son grain de sel, prenant en charge la restauration de l’ensemble – sous le haut patronage du gouvernement Indonésien qui avait d’autres chats à fouetter-, un travail gigantesque. Le site est mis en valeur, un pseudo centre d’étude Bouddhistes justifie un hôtel aux portes de l’ensemble. Des hordes d’étudiants en hijab viennent contempler leur « passé », grimper sur les stupas, crier, piailler… De ferveur religieuse, il n’est pas question. Au fil du temps, l’aspect religieux du site a savamment été gommé pour ne plus laisser que la machine à produire du cash, assez proche de nos Châteaux de la Loire. Les riches touristes (ceux qui disposent de 20$) peuvent bénéficier d’une admission privée au petit jour, ils ne sont qu’une centaine, bruyants, gros gras et suants à gravir les marches, bénissant leur chance de pouvoir profiter de ce lieu magique entre eux, eux qui savent…. Aperçu un moine et sa robe orange en 24 heures.
  • Prambanan l’Hindouïste, une ode au Ramayana, l’épopée où l’on voit Rama (avatar de Vishnu) partir à la quête de sa légitimité. L’ensemble de stupas est prodigieux, le site est enserré dans les excroissances de la ville, promis à étouffement. Capitalisant sur l’expérience acquise avec l’UNESCO à Borobudur, les autorités archéologiques locales ont pris en charge la réfection et l’entretien du temple : repérage des pierres, démontage, réfection éventuelle, investigation, etc… A ce jour, la situation est la suivante : tient debout ce qui n’est pas encore tombé et de nombreux tas de cailloux préfigurent les stupas glorieux remis en état un jour prochain – manque de budget, peut-être, de volonté surtout car la communauté Hindou serait prête à prendre en charge. Pas besoin de faire un dessin.

Jogya, l’enfer et la désespérance acculturelle. No fun. Nous avions abordé les drôles de relations entre la Science et l’Islam, le hasard fait qu’ici l’Art et l’Islam croisent leurs routes sans qu’il n’en reste grand-chose de notable. 

Petit jour à Borobudur, avant que les hordes ne viennent envahir le site où des hauts parleurs diffusent à longueur de journée l'ordre de ne pas escalader les stupas

Petit jour à Borobudur, avant que les hordes ne viennent envahir le site où des hauts parleurs diffusent à longueur de journée l’ordre de ne pas escalader les stupas

Chaque stupa abritait un Buddha

Chaque stupa abritait un Buddha

Prambanan

Prambanan

Au dessus du porche d'entrée du Kraton à Yogyakarta

Au dessus du porche d’entrée du Kraton à Yogyakarta

 

Yogyakarta - Bonsaï Et pourtant la nature est rieuse

Yogyakarta – Bonsaï
Et pourtant la nature est rieuse 🙂

 

Imam ou Politburo – Vert ou rouge.

Au Sud de l’Equateur

2 Octobre 1965 – Jakarta – le Général Mohamed Suharto prend la tête de l’Armée, accuse le Parti Communiste (PKI) de tentative de coup d’état et appelle à l’annihilation de ses partisans. La nuit précédente, six Généraux ont été assassinés, officiellement « enlevés puis castrés par l’aile féminine du Parti Communiste, les Gerwani » ; belle image du communiste, fourbe, athée et sexuellement pervers qui emporte l’adhésion des foules dans un pays très croyant.

Suharto, tout comme d’autres officiers supérieurs, refuse l’orientation séculaire donnée par Sukarno, le père de l’indépendance, à sa politique, tout comme il refuse la constitution d’un axe Pékin-Djakarta. Il prendra officiellement le pouvoir en mars 1966 et instaurera un Ordre Nouveau… qui perdura le temps de six mandats successifs.

Tout ceci serait anecdotique si l’appel à l’annihilation des partisans du PKI n’avait été suivi d’effets, et quels effets : les estimations varient de 1 à 3 millions de tués et d’innombrables déportés (sur l’île de Buru dans les Moluques, un paradis tropical), ce qui en fait un des actes criminels les plus significatifs du XXème siècle. Toutes les tendances de l’Islam Indonésien ont activement participé, de concert avec les militaires, à l’élimination des communistes et (d’une pierre deux coups) à la lutte contre les Chinois (concurrents de longue date). Par rapport aux années 1950, la diversité des idées s’est appauvrie. L’interdiction du communisme a accru la prédominance de l’Islam comme refuge moral et seule expression de protestation contre les inégalités sociales et économiques.

Il est notable que ce renversement stratégique de l’Indonésie en 1965 tombe à pic pour les Etats-Unis et l’Europe qui se trouvent déjà aux prises avec l’URSS et la Chine. Les Etats-Unis ont toujours officiellement nié toute implication. Ce ne serait pourtant pas la première fois que la Bible et le Coran se retrouvent alliés objectifs, la dynastie des Saoud en est une illustration croquignolette….

La chape de plomb est tombée, 50 ans plus tard, peu ne filtre.

 

Au Nord de l’Equateur

L’explosion de la fédération Malaise en 1962 par l’expulsion de Singapour a laissé des traces sévères. L’histoire réécrite en attribue la responsabilité à la cité-Etat. Il n’est de voir que les larmes de Lee Kuan Yew à l’annonce de la chose pour s’en convaincre. A la décolonisation par les Anglais, la fédération Malaise comprenait un ensemble de Sultanats (Johor, Sabah, Sarawak, Penang…) majoritairement Malais PLUS une île, majoritairement Chinoise, gouvernée par le PAP (People Action Party) de Lee Kuan Yew, lequel s’appuyait sur les seules structures existantes… eg. les cadres déjà formés par Mao and co…. Inutile de dire que le gros de la troupe (les Sultans, sans référence mal placée à leur corpulence) a rejeté le corps étranger, la peur du coco, bye bye Singapour. Ce dernier leur rendit, en moins d’une génération, la monnaie de la pièce, hi, hi.

 

Le  Communisme est-il soluble dans  l’Islam ?

D’un côté, ni Dieu ni maître, de l’autre, il n’est qu’un Dieu et Mohamed est son prophète…  un peu comme l’huile et l’eau… immiscible ; « il ne peut pas ne pas y en avoir tout en y en ayant un », on sait que Dieu est mystère mais là, c’est trop….

La plupart des pays sous régime Communiste n’ont guère facilité la vie des Eglises au sens large, de là à interdire les religions, c’est un pas que bien peu ont franchi sur une longue période. Tant que l’Eglise reste assujettie au parti et que ce dernier peut en contrôler les activités « subversives », pas trop de problème. On a même parfois certains exemples cocasses où le pouvoir central parvient à imposer ses valeurs à des Eglises rétrogrades ; c’est le cas en Chine par exemple où au nom de l’égalité homme/femme, certaines régions imposent des Imans féminins, si, si…

A contrario, difficile de trouver un pays majoritairement Musulman qui soit devenu Communiste ou qui accorde une place « raisonnable » à un parti Communiste. Pour l’instant on cherche [l’Algérie fut un laboratoire intéressant mais cela nous amènerait trop loin].

Les textes sont très clair, les religions autres, pour peu qu’elles soient monothéistes ou réductibles avec tortillements à une vision monothéiste, sont juste dans l’erreur et doivent être accompagnées pour apprendre à découvrir la seule, unique, véridique religion. L’athée par contre sssshhhhh, Shaïtan en personne, l’incarnation du mal, figure d’apostat etc… c’est une question de vie ou de mort de la construction Musulmane spécifiquement : en effet, s’agirait-il de théologie ou de dimension spirituelle, pas de souci mais il s’agit également d’organisation sociale, juridique,  politique de la société ; il est impossible de tolérer que certains éléments fondamentaux de la Sharia comme l’exécution de l’apostat et de l’athée ou bien la notion de propriété privée ne soient que symboliques.

Des deux grands totalitarismes considérés, l’un à parti unique, l’autre protéiforme sous le contrôle des Oulémas, le plus sectaire n’est peut-être pas celui qu’on imagine…

 

 

Suites Indonésiennes – le point de vue d’Yodyssey

En 2012, la tournée mondiale de la sulfureuse Lady Gaga passe par l’Indonésie. La jeunesse en est fana, le look, la dance, l’engagement. Les organisations bien pensantes s’en émeuvent et font pression auprès des ministères afin  d’obtenir l‘interdiction des concerts. Djoko Suyanto ministre de la Justice, des Affaires Politiques et de la Sécurité répond laconiquement par texto « EGP », de l’argot de rue (Emang Gue Pikerin), du langage de djeun, en bref « rien à foutre ». Le concert sera pourtant annulé.

Cette historiette illustre à merveille les tensions centripètes  auxquelles est soumis ce pays depuis son plus jeune âge, qui le rendent si attrayant mais tout aussi difficilement compréhensible.

Nous y avons  passé quatre mois, plus que dans tout autre pays (hors hivernage au Kiwiland) que nous avons traversé. En résumé un pays attachant par sa diversité, son enthousiasme et sa jeunesse (nation vieille de 70 ans), par son souci constant de trouver des réponses originales, mais usant en raison de la pression permanente de la croissance démographique, des projets inaboutis, des solutions demi-mesures et de la perception de la pieuvre qui s’étend, favorisant les clivages et la peur et qui pourrait venir perturber les concepts fondateurs de l’Etat actuel.

Et y retourner ? Oui, oui, définitivement oui… il y a tellement d’endroits à découvrir, à plonger, à marcher, à regarder, à discuter. Le budget, peu contraignant, la sécurité, pas de problème majeur…. l’archipel compte juste 16 000 îles, c’est un projet à part entière que d’y vouloir naviguer…

  1. Exploration nautique

L’Indonésie est LE continent maritime, le voilier est un excellent moyen de le découvrir.

De plus, si on prend garde de respecter les contraintes des vents de mousson, il ne présente pas d’incertitudes météo majeures. C’est à Komodo que nous avons eu le plus de surprises : vents catabiatiques violents au Sud de Rinca, courants de marées imprévisibles forts entre les iles. La mer blanche de Banda reste un souvenir inoubliable. Les populations, hormis dans certains villages pervertis on ne se doute trop par qui et comment, sont curieuses, prêtes à aider, trop même parfois, et apprécient toute occasion d’échanger des sourires, des idées, du poisson, des hameçons… La réputation de tracasseries administratives voire de corruption à tous les échelons s’est révélée infondée ; la suppression du CAIT (permis de naviguer obligatoire donné pour une durée limitée) ne pourra que faciliter l’administratif. L’approvisionnement est aisé si l’on accepte de se nourrir de produits locaux et de limiter la consommation d’alcool. Le débit du réseau internet est raisonnable (presque) partout. L’apprentissage du Bahasa (malais) est un investissement judicieux, parlé par 300 millions d’individus, la langue est simple de structure et fait tomber bien des barrières.

Mais ce bassin incite pour l’instant peu à la plaisance : les infos sont parcimonieuses, les structures d’accueil inexistantes ou inadaptées, les mouillages souvent profonds, ou bien ont-ils disparus suite à l’implantation de fermes aquacoles. La communauté de voileux se limite à une centaine de bateaux par an dont la majeure partie sont Américains, Australiens ou Néo-Zélandais qui effectuent une boucle dans le Pacifique ou vont s’échouer dans le désormais cul de sac -depuis que la mer Rouge est fermée- de Thaïlande ou des Langkawi.

On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une navigation en situation d’isolement, bien au contraire, il y a vraiment du monde, beaucoup de monde, par contre en situation d’autonomie, oui, très clairement ; ceci nécessite une attention permanente génératrice de tension constante. Not easy.

2. Perspective historique

L’Indonésie (avec la Malaisie) a été fortement marquée par :

  • les empires Indianisés jusqu’au 15ème siècle, structure & culture
  • la conversion Musulmane & l’arrivée des Chinois 15ème-17ème siècle, avènement des princes marchands
  • la prédation Européenne 18ème-20ème siècle, partition forcée, aux Anglais le Nord, aux Hollandais le Sud.

Deux siècles de férule Hollandaise balayés en 1945, c’est un pays sans infrastructures aucune, sans cadres (hors Imans), sans écoles (hors madrasas) qui va tout inventer à partir de 1949, y compris cette route commune avec l’Inde des non-alignés… Beaucoup reste à faire et d’aucuns voient le verre vide mais quelles performances et quels challenges : tout le monde mange, les fluides vitaux, eau, électricité, internet sont accessibles, le PIB par habitant est passé de 60 à 600$/an, sans états d’âmes et ceux qui ne sont pas avec le pouvoir central sont réputés contre, couic.

3. Retour dans la cour des grands….

Pendant que l’Indonésie, pays le plus touché par la crise financière asiatique de 1998, empêtrée dans des considérations de successions politiques peine à se relever (depuis 25 ans il faut bien le dire), la Malaisie et Singapour ont pris une avance considérable. Aujourd’hui alors que débute une période politique plus stable, l’Indonésie se pique de rattraper peu à peu ses voisins et vise également à normaliser ses relations avec l’Australie…

Pour cela, elle dispose d’avantages concurrentiels certains. Sur bon nombre d’indicateurs, l’Indonésie arrive souvent dans les 5 premiers : population, superficie, biodiversité, pétrole, bois, huile de palme, métaux, terres rares, telcom, développement des énergies durables, riz, pêche,… ce qui la place en très bonne position pour acquérir une reconnaissance régionale et une place influente dans le groupe des pays musulmans.

Mais la reprise économique tout comme la situation florissante d’avant l’effondrement repose essentiellement sur l’exploitation et l’exportation sans discernement de ces richesses, souvent en raison de l’incapacité à opérer les processus de transformation/valorisation sur place. Il en résulte gaspillage et appauvrissement.

4…mais une gestion des Ressources Humaines calamiteuse…

Le pourcentage de la population vivant avec moins de 2 $/ jour a considérablement baissé en 15 ans (1995 : 75% –  2010 : 46%). Mais il est à mettre en regard avec celui de la Malaisie (2%) et de la Thaïlande (5%).

Malgré un taux de scolarisation élevé, le niveau d’éducation est faible. Le corps professoral souvent obligé d’exercer un second métier démontre une incompétence notoire. Il en résulte un taux d’alphabétisation réel, un accès aux mathématiques de base parmi les plus bas au monde et un chômage massif (>25%) malgré les besoins, qui reflète crûment l’inadéquation niveau d’éducation/emploi. L’expatriation pour des emplois peu qualifiés –un semi esclavage- est la norme.

Les Javanais les plus entreprenants sont incités à tenter l’aventure du Far-Ouest en entrant dans des programmes de « transmigratie », offrant un lopin de terre remboursable sur 15 ans en Papouasie, à Sumatra, Bornéo, à mettre en valeur et où la réduction de la diversité ethnique est un objectif non-avoué.

Les minorités raciales, religieuses ou politiques sont maltraitées.

La décentralisation menée depuis les années 2000 avait comme objectif d’harmoniser le développement des iles et de minimiser les velléités de sécession des régions les plus puissantes. La conséquence est une bureaucratie foisonnante, une confusion administrative, un frein à la prise de décision et une corruption rampante.

« Bhinneka Tunggal Ika »: unité dans la diversité – pas sûr que la devise nationale fasse sens.

  1. …laisse la place aux censeurs.

L’Indonésie, plus grand pays Musulman au monde. Quelle drôle d’étiquette ! Comme si c’était l’unique dénominateur commun, suffisant pour effacer l’incroyable diversité de ce pays.

Le fait Musulman est présent, très, c’est un enjeu de pouvoir (peu de candidat à quelque élection que ce soit qui ne se vante d’avoir fait le pèlerinage), c’est un enjeu économique de captation du zakat Saoudi (les mosquées sont relookées Moyen-Orient), c’est un enjeu social de maintien de la condition féminine « à sa place »,… La liste serait longue.

De nos observations, le fait Musulman en Indonésie est tout sauf une force de progrès, inutile de s’appesantir sur le sujet, par contre la question à 100000000 Roupies est de savoir s’il parviendra à éteindre la flamme d’énergie d’une population projetée dans la vie, à tourner ce petit paradis en un lieu de grisaille où les gens rasent les murs.

Nous ne le souhaitons pas…

 

 

Goodbye Indonesia

Et le 19 novembre 2015, en compagnie de notre ami Christophe H., cap au Nord, le « Yo ! » quitte les eaux Indonésiennes, enquille le détroit de Singapour et change de monde…..

We sail tonight for Singapore
We’re all as mad as hatters here
I’ve fallen for tawny moor
Took off to the land of Nod
Drank with all the Chinamen
Walked the sewers of Paris
I danced along a colored wind
Dangled from a rope of sand
You must say goodbye to me.

S 11-19 and we sail to spore 2

We sail tonight for Singapore
Don’t fall asleep while you’re ashore
Cross your heart and hope to die
When you hear the children cry.
Let marrow bone and cleaver choose
While making feet for children shoes
Through the alley Back from Hell
When you hear that steeple bell
You must say goodbye to me

Wipe him down with gasoline
Till his arms are hard and mean,
From now on boys this iron boat’s your home
So heave away boys.

S 11-19 and we sail to spore 1

We sail tonight for Singapore
Take your blankets from the floor
Wash your mouth out by the door
The whole town is made of iron ore
Every witness turns to steam
They all become Italian dreams
Fill your pockets up with earth
Get yourself a dollar’s worth
Away boys, away, boys, heave away

The captain is a one-armed dwarf
He’s throwing dice along the wharf
In the land of the blind, the one-eyed man is King
So take this ring

*Paroles Tomi Waitsu (1985)

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Hong Kong – République Populaire de Chine

17 mai 2016

www.yodyssey.com