GAFA 1 – Flower Power 0

Il n’y a pas d’été indien en British Columbia ! cap au Sud.
A l’avant des premières dépressions hivernales, Yo ! a franchit sous Code 0 le Golden Gate fin septembre.

Le Golden Gate, icone de San Francisco, de couleur originale « International Orange » intensément visible dans le brouillard -plus de 100 jours par an-  ferme la baie de San Francisco sur le Pacifique depuis 1937. Emprunté par plus de 100 000 véhicules par jour, le ruban d’acier de 1300m relie Sausalito au nord, à la ville et ses 48 collines, puis à la Silicon Valley qui concentre le Googleplex, l’anneau de l’Apple Park, le MPK20 en référence aux 2 milliards d’utilisateurs de Facebook et le campus de l’université de Stanford. Des géants du web identifiés sous l’acronyme GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), seul Amazon s’est exilé à Seattle où le siège côtoie celui de Microsoft.

 

Dès sa fondation à la fin du 18ème siècle, San Francisco, dernière ville frontière, est réputée pour sa tolérance. On est loin du pont Mirabeau et de sa pale mélancolie existentielle, même si le Golden Gate, est un haut lieu de suicide -on pourrait remonter les protections, mais pourquoi faire ?-, il demeure un symbole de liberté, d’espoir et de nouvelles opportunités qu’il suffit de créer et de faire financer.

 

Ville phœnix, elle renait perpétuellement de ses cendres. D’abord celles du grand incendie de 1906 en raison duquel il n’existe pas de bâtiments anciens, puis traversant les crises migratoires, militaires, économiques et financières successives, elle n’en finit pas de se réinventer allant jusqu’à concevoir un mode de vie virtuel qui s’est imposé brutalement au reste du monde.

 

Bay bridge entre le Business Center Distict et Oakland / Berkley

 

De Jack London à Jack Kerouac s’échelonnent tour à tour, la ruée vers l’or, la fondation des jeans Levi Strauss & co, la flotte Pacifique,  l’implantation du centre financier et bancaire de la côte Ouest, la Beat generation, le psychédélisme et le summer of love. De l’utopie de partage et de mise à disposition gratuite de la connaissance nait Internet. Puis avec Bill, Steve, Larry, et les autres, les hippies ont muté yuppies. C’était il y a trente ans. Aujourd’hui, geeks ou nerds vivent de/avec la « sharing economy » permettant à tout particulier de devenir prestataire de service (néo-prolétaire ndlr 😊) en utilisant une App sur son smartphone ;  Airbnb, Uber sont les plus connus.

Nombre de gens déménagent en Californie parce que c’est un endroit où l’on peut refaire sa vie (dans la fiction, au cinéma mais aussi dans la réalité). San Francisco était réputé comme haut lieu de la contre-culture et d’émancipation des minorités en particulier homosexuelles. En signant la « refuge ordinance » en 1989 qui établit le refus de collaboration avec les autorités fédérales pour la lutte contre les étrangers en situation irrégulière, elle se pose en ville sanctuaire pour les sans-papiers.

 

Tout ça, c’était avant.

Avant le Sida, avant  le 11 septembre, avant la crise des subprimes de 2008, avant que la capitalisation du carré du GAFA pèse plus lourd que celle du CAC40, avant que Facebook, Twitter ou Netflix n’ait hacké la diffusion de l’information et ne nivelle la culture, avant que le champion du monde de Go n’ait été battu par Google Deepmind, avant que les NATU (Netflix, AirBnb, Tesla, Uber) ne promeuve l’économie disruptive qui n’a plus rien à voir avec l’économie du partage mais qui appuyée sur une plante forme internet, sans actif, transfère le risque des actionnaires vers l’individu tout en lui fournissant un complément de revenu –complément à quoi ?-, avant que les Techs Bros ne pensent qu’ils vont changer le monde à coup de start up…

Avant…

 

Alcatraz : “Eat or be eaten – Beat or be beaten – Strike or be stricken –
Run for your life before it eats you alive”. Iggy Pop

 

Aujourd’hui, près de 7 millions de personnes vivent dans la baie et San Francisco est devenue la ville la plus chère des Etats Unis devant New York. L’encadrement des loyers n’en finit pas d’alimenter des effets pervers tels qu’un loyer moyen de 3000 $ pour un deux pièces, largement compensé par les revenus générés par le Airbnb business, né à SF, troisième destination touristique des US.

Même si les « Painted ladies » (maisons victoriennes en bois) font encore bonne figure, San Francisco a perdu son âme. L’esprit contestataire pour autant qu’il existe encore, a migré. Le quartier de Haight-Ashbury qui a vu l’émergence du mouvement Flower Power et celui de Castro où paradaient les « Boys » sont glauques et décrépis. Mission se boboïse et le Fisherman’s warf est un attrape gogo. Le Siège de Twitter installé South Market a fait se concentrer les sans-abris à Tenderloin à quelques pas du BCD ou du Saint Francis sur Union Square.

En relatif à la population totale, San Francisco, ville à haute concentration de milliardaires, recense plus de sans-abris que New York et moins que Los Angeles, Seattle ou Wahington DC. Mais la densité accroit la visibilité de cette population -la station du métro Powell street comparable à celle d’Opéra à Paris est un refuge de fait- dont les caractéristiques sont : un quart constitué de sans-abris permanents contre moins de 10 % dans les autres villes US, 40% présentent des troubles mentaux et 40% présentent des addictions à l’alcool ou la drogue. Enfin, malgré un budget annuel de 1.2 milliard de dollars, aucune amélioration de la situation n’est constatée.

 

And she said “We are all prisoners here, of our own device”… Welcome to the Hotel California

 

Pour les curieux quelques albums photo de balade en Californie du Nord / Nevada :

Les cités du désastre San Francisco et Las Vegas :

https://photos.app.goo.gl/VJPM0yxSeiaBRhTd2

Le parc du Yosemite :

https://photos.app.goo.gl/KY1ReY5NyMh5Gau63

La Vallée de la mort :

https://photos.app.goo.gl/L45sIUg47T5DyiRa2

 

 

Pour les aficionados, un point de vue engagé:

 

Comme un caillou dans la chaussure cause une gêne, rien de douloureux, juste un faisceau de signaux faibles captés, de-ci de-là, au gré des deux mois passés sur la côte Ouest des USA. Rien d’avéré, rien de solide mais comme une impression fugace que cela ne tourne pas rond. Envie ou devoir de partager au risque de paraître stupide, naïf, paranoïaque et dans ce cas, quoi/comment partager ?

Nous avons suivi depuis trois ans la montée en puissance de Donald, les premiers pas dans l’arène des primaires Républicaine éliminant les Ted Cruz, Marco Rubio et consorts, la partie de poker aboutissant à la prise de contrôle de la Maison Blanche et bientôt un an d’exercice…

Qualifié d’accident, de mascarade, de pitre, etc  chaque faux pas apparent est toujours plus clivant, entrainant indignation – « honte à notre président » disent les uns – ou support  – « enfin un qui tient ses promesses » disent les autres- et plusieurs fois, la crainte de la guerre civile nous a été mentionnée. Les étrangers suggèrent qu’il s’agit d’un problème interne aux USA et se gardent bien d’intervenir espérant un renversement de tendance à moyen terme.

Le caillou dans la chaussure prend peu à peu de la consistance. Et si tout cela dépassait le cadre de Donald stricto sensu, et si pour paraphraser John Connally « c’est notre président, mais c’est votre problème », et si les processus à l’œuvre étaient bien plus profonds, et si on assistait à une prise de contrôle de l’ensemble de l’appareil gouvernemental par une clique de méta-barons, et si les élections passées avaient été la dernière opportunité des mâles, blancs, chrétiens, conservateurs de prendre le pouvoir avant que les dynamiques démographiques ne s’emballent.

 

Autant de faits avérés, autant de symptômes de l’émergence d’une dictature :

  • culte de la personnalité <=> L’art du deal »
  • infaillibilité du leader <=> nombre de participants à la cérémonie d’inauguration
  • déni de réalité <=> réalités alternatives
  • atteinte à la liberté de l’information <=> discrédit des agences, exclusion de CNN, BBC, New York Times etc des briefings de la Maison Blanche
  • atteinte à la liberté d’opinion <=> les joueurs de la NFL de doivent pas s’agenouiller pour protester contre le racisme
  • collusion des trois pouvoirs <=> l’exécutif donne des instructions à la justice et au législatif, interférence dans les élections législatives, sénatoriales
  • élimination des contre-pouvoirs par modification des circuits décisionnels <=> remplacement patron FBI, agence parallèle EPA
  • impunité des acteurs <=> saga Russe
  • retrait des accords multilatéraux <=> COP21, ONU migrants, traité TransPacifique
  • non-respect des engagements passés <=> Jérusalem
  • pratique du chantage <=> relocalisation forcée d’entreprise, menace nucléaire (transgressive) à l’encontre de la Corée du Nord
  • volonté isolement / paranoïa <=> mur avec Mexique,
  • captation des flux financiers pour enrichissement du groupe <=> réforme fiscale, prise en charge par l’état du patrimoine privé (Mar del Lago, etc…)
  • mainmise de la famille sur les affaires <=> Ivanka, Jared, etc…
  • interventionnisme économique <=> relance charbon, XXL pipeline, défiscalisation des bénéfices des sociétés
  • interventionnisme militaire unilatéral <=> bombardement Syrie
  • racisme <=> Charlottesville  etc…
  • désignation de bouc-émissaires <=> Musulmans terroristes, Mexicains violeurs

 

D’une dictature dites-vous, m’enfin, que voulez-vous dire ?

 

Typiquement, un dictateur est :

  • un aventurier (qui souvent s’appuie sur les militaires) – pas Donald
  • le gestionnaire désigné d’une situation de crise (temporaire) – pas Donald
  • un individu légitiment mis en place pour favoriser une transformation radicale de la société – peut-être Donald ?

 

Le caillou dans la chaussure prend une autre dimension, de quelle transformation radicale de la société peut-il s’agir ?

Nous pensons qu’il est question d’une captation radicale des connaissances (gain majeur d’espérance de vie – transhumanisme) au profit d’une catégorie restreinte de la population (WASP de haut niveau de vie majoritairement) qui manipule les inconscients/frustrations du reste de la population à son profit.

Les contraintes sur les ressources vitales, la nouvelle donne économique, la célèbre IA (Intelligence Artificielle)  montrent que l’individu commun (de par son ethnicité, ses croyances, ses déviances, son absence de compétences ou pire encore de capital) n’a plus grande valeur ajoutée pour le système qui s’organise pour s’en passer, voire le rejeter dans les limbes d’une vie assistée.

Inenvisageable à l’échelle de 8 milliards d’individu, 150, 200 ans voire plus d’espérance de vie sont désormais accessibles à ceux qui en ont les moyens, il en est alors fini des concepts fumeux tels l’égalité, le partage, la compassion, la démocratie etc…. s’agit-il là d’une transformation suffisamment radicale de la société ?

 

And the show must go on….

 

 

 

Stéphanie / Christophe

Puerto Escondido – Baja California Sur – Mexico – 10 décembre 2017 et rafales à 57 nœuds !

 

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