Bugis Dance

Tinabo island – Archipel de Taka Bonerate

Tinabo island – Archipel de Taka Bonerate

Août et la mer de Banda est en fleur. En cette année El Nino, la floraison de phytoplancton connait une intensité exceptionnelle, rendant la mer phosphorescente et blanche –la mer d’hiver, comme si les autochtones avaient déjà vu la neige-. Trois nuits fantastiques à naviguer en négatif lorsque des dauphins accompagnent le bateau, torpilles noires sur fond blanc, vers l’archipel Tukangbesi (ou WAngi wangi – KAledupa – TOmia – BInongko = WAKATOBI), le grand atoll de Taka Bonerate, où par effet de réfraction du soleil sur les zones peu profondes des lagons les nuages sont verts, et enfin le port des Bajo : Labuan Bajo à la pointe Ouest de l’île de Flores, qui contrôle le détroit de Komodo et ses étranges dragons.

2 Carte Sulawesi

Le continent maritime n’a jamais aussi bien porté son nom à tel point qu’il devient normal de vivre en mer plutôt qu’à terre. Sulawesi et Madura sont les patries de gens de mer : Bajo, Bugis, Macassar, Mandar, Butung et Madurese.

Initiales BB – Bajo vs Bugis

Nous avons rencontré Bajo et Bugis ;  les premiers sont nomades, vivaient dans des pirogues puis dans des maisons construites sur pilotis et sont marginalisés; les seconds étaient et sont encore réputés pour leurs compétences de navigateurs hauturiers et d’architectes navals -chantiers de Bonerate et de Bira- et exercent une forte influence au sein de l’administration et du gouvernement. Malgré leur différence de choix de vie et d’intégration, les deux ethnies ont uniformément subi à partir du 15ème siècle la même forme d’acculturation Musulmane, adoptant une forme sunnite d’Islam et participé à sa propagation en lieu et place de leurs pratiques animistes.

Le terme ‘Bajo’ désigne ceux qui vivaient ou vivent encore seulement sur la mer. Il est synonyme de ‘Sama’ en Bugis, ‘Orang Laut’ en Indonésien et ‘Sea Gypsies’ en Anglais. Leur véritable identité est donc ‘Nomades de la mer’.

 Wanci – Wangi Wangi – Village Bajo de Mola

Wanci – Wangi Wangi – Village Bajo de Mola

Les Sama Bajo ont principalement émigré de l’archipel de Sulu au Sud des Philippines et de la région de Sabah au Nord de Bornéo. Ils sont réputés pour leur exceptionnelle capacité de plongeurs en apnée et leurs migrations sont associées au commerce des produits de luxe issus de la mer et appréciés des Chinois : Trepang (concombre de mer ou « bonheur des dames » Marseillais), ailerons de requins et perles. Ils étaient (sont…) également célèbres pour leur activité de piraterie (Sulu, Moluques jusqu’au détroit de Malacca) sous contrôle des Bugis.

Aujourd’hui il n’y a probablement plus de ces vrais nomades qui formaient des villages par regroupement de pirogues sur des points d’ancrage abrités et se déplaçaient au gré des migrations des poissons. Forcés à la sédentarisation, fort souvent à la pointe de la baïonnette, ils ont abandonné ce mode de vie pour habiter des villages sur pilotis au bord des récifs ou des mangroves, proches de zones de pêche, leur dépendance pour l’accès à l’eau douce reste prégnante. On trouve des villages Bajo à la pointe Sud de l’île de Selayar, sur l’île de Wangi-Wangi et dans les îles habitées de l’atoll de Taka Bonerate. Ils continuent à vivre exclusivement de la mer : pêche et commerce inter îles.

Les pêcheurs Bajo sont souvent associés avec des pratiques illégales et destructrices : pêche à la dynamite, au cyanure, ramassage de corail et arrachage des arbres dans la mangrove pour la cuisine au bois. Typiquement tous les récifs le long des villages sont détruits par empoisonnement ou usage d’explosifs. La sédentarisation a restreint les zones de pêche et de fait réduit l’activité de pêcheurs-cueilleurs, plaçant ces populations traditionnellement démunies en concurrence directe avec des pêcheurs mieux équipés, dans un contexte d’accroissement de la population et de raréfaction des ressources.

Cette compétition pour la survie renforcé par le coté mal-aimé du ‘nomadisme’ (à rapprocher du Rom voleur de poules de chez nous) font qu’ils sont parfois injustement soupçonnés par les pêcheurs Bugis, qui les accusent aussi d’utiliser la magie et la sorcellerie pour appeler des vents favorables ou des monstres marins pour entrainer les pirogues à voile et arrêter les tempêtes !

Les Bajos sont marginalisés et traités comme des parias, car ils persistent à mêler des pratiques animistes à une forme plus « normalisée d’Islam » ramenée progressivement par les pèlerins de la Mecque. Aujourd’hui le terme Bajo continue à porter une connotation péjorative, inférant une extrême pauvreté et une population vivant de mendicité, un bouc émissaire idéal en quelque sorte, d’autant qu’il ne faut plus trop casser du Chinois car Pékin veille au grain (de riz, hi, hi).

Wanci – Wangi Wangi – Passar Malam (marché du soir). Les femmes se maquillent avec une poudre appelée burak ou borak fabriquée avec du riz, des algues et des épices.

Wanci – Wangi Wangi – Passar Malam (marché du soir).
Les femmes se maquillent avec une poudre appelée burak ou borak fabriquée avec du riz, des algues et des épices.

Les Bugis constituent l’ethnie la plus nombreuse de Sulawesi. Ils sont issus des flux migratoires de Taïwan et du Sud de la Mer de Chine.

L’Indonésie est placée à un carrefour de routes qui connecte la Chine et l’Occident par l’Inde et les routes du Moyen Orient. Bien avant que les Européens n’arrivent, les Bugis ont utilisés les Phinisis (schooners en bois) pour faire du commerce entre la Chine et Malacca jusqu’en Nouvelle Guinée (plumes d’oiseaux de Paradis) et Nord de l’Australie (coquillages, nids d’hirondelles, nacre). Commerçants Grands Voyageurs et mercenaires, ils ont largement participé à l’expansion de l’Islam sur laquelle nous reviendrons.

Phinisi reconverti pour des croisières dans l’archipel de Komodo. Noter le radome à l’arrière.

Phinisi reconverti pour des croisières dans l’archipel de Komodo. Noter le radome à l’arrière.


 La Protéine du Touriste

En dépit d’eaux parmi les plus riches de la planète, les ressources halieutiques s’épuisent… les boites de Thon indiquent depuis longtemps «origine Océan Indien ». Ici aussi c’est l’Indien (et un bon Indien est un Indien mort, cf Buffalo Bill).

Riung – Jukung utilisé de nuit pour la pêche aux cumi-cumi (seiches)

Riung – Jukung utilisé de nuit pour la pêche aux cumi-cumi (seiches)

Le grand bond en avant peut-être aisément tracé à l’après-guerre avec  deux facteurs principaux : antibiotiques & co (i.e. hygiène au sens large) et JiangDong qui a permis aux pêcheurs de s’affranchir des vents et courants.

[Sous le vocable de JiangDong, nous recouvrons l’ensemble des moteurs diesels marinisés de fabrication Chinoise dans la région de JiangDong au Sud du Yang Tsé  – dérivés des moteurs de tracteurs – qui sont incroyablement robustes et bruyants :

  • Monocylindres jusqu’à 30 CV
  • Démarrage manuel (volant de 8 à 10kg et décompression du cylindre)
  • Pas de boite de vitesse (on/off)
  • Refroidissement par air
  • Durée de vie supérieure à cinquante ans
  • Neuf environ 1000€… 10000€ pour un 30CV Européen]
Wanci - Wangi Wangi – Pêcheur. Il est allongé en travers de sa pirogue sans moteur, un pied est chaussé d’une palme pour la propulsion, de la main droite il écope, de la main gauche il tire un filet minuscule et plonge la tête dans l’eau avec un masque pour surveiller le fond.

Wanci – Wangi Wangi – Pêcheur.
Il est allongé en travers de sa pirogue sans moteur, un pied est chaussé d’une palme pour la propulsion, de la main droite il écope, de la main gauche il tire un filet minuscule et plonge la tête dans l’eau avec un masque pour surveiller le fond.

 

 

Bonerate – Pêcheur. Ce jour-là, après deux heures passées sur le récif, toute sa pêche se résume à trois petits anchois…

Bonerate – Pêcheur.
Ce jour-là, après deux heures passées sur le récif, toute sa pêche se résume à trois petits anchois…

Depuis trois décennies, la pression s’accroît encore avec l’apparition d’un consommateur supplémentaire (ou bien prédateur ultime c’est selon) : le touriste à qui on a promis un poisson frais par dîner et qui entend observer facilement des récifs d’une richesse exceptionnelle.

Des initiatives d’Etat visant la création de parcs nationaux avec le support des organismes internationaux, zones de biosphère reconnues  par l’UNESCO par exemple, tentent de résoudre cette problématique. Une fois les parcs créés, il suffit d’exclure la pêche intense (tout en laissant les habitants historiques continuer à prélever leurs rations journalières comme par le passé) et mettre en place une police nautique –rangers – qui patrouille et consomme du carburant.

Le financement est obtenu via les organismes internationaux susmentionnés et le recours aux investisseurs privés pour l’implantation de ‘resorts’  et la création de flottes de croisière avec leur lot de nuisances associées.

Trois types de développement coexistent :

  • des tentatives d’implantation gouvernementale caractérisées par une extrême bonne volonté visant la récupération du label et une intense défaillance de mise en œuvre (mauvais management et absence d’infrastructure comme à Tinabo Island).
Tinabo island - Atoll de Taka Bonerate – Le club de plongée.

Tinabo island – Atoll de Taka Bonerate – Le club de plongée.

  • des investissements privés visant la réalisation de bungalows luxueux dans des endroits d’exception dont la finalité réelle est de retourner du cash aux actionnaires.

Ces derniers surfent sur une contrainte supplémentaire : le touriste plongeur pour lequel il est obligatoire de préserver le récif au nom d’une biodiversité unique afin de pouvoir facturer jusqu’à 100$ la plongée…. Le joli resort de Tomia, (capitaux Suisses, management Australien/Allemand) s’enorgueillit de reverser 20$ par jour par client aux villages proches pour qu’ils ne pêchent pas (ceci afin de garder intact les récifs… et donc de rendre heureux les clients plongeurs). Cela représente 7 à 9 000 $ par mois… pas mal dirons certains qui s’ébaudissent, mais dans la réalité vraie, les habitants des villages ont comme source de protéine… le poisson qu’ils pêchent….

Les 9000 $ divisés par 5000 habitants représentent 2$…par mois par individu; est-ce suffisant pour se nourrir, peut-être en important du poulet Australien/Américain… quelque chose de faux là-dedans ?

Ah oui… et pour un peu, on oubliait : « vous reprendrez bien un peu de poisson grillé ? »

Tomia - Wakatobi resort – Coté face : luxe, calme et volupté….

Tomia – Wakatobi resort – Coté face : luxe, calme et volupté….

Tomia – Wakatobi resort – Coté pile : JiangDong, simplicité et mosquée.  Le village de Langgamau où est logée la quasi-totalité des employés du resort et leurs familles.

Tomia – Wakatobi resort – Coté pile : JiangDong, simplicité et mosquée.  Le village de Langgamau où est logée la quasi-totalité des employés du resort et leurs familles.

  • un développement anarchique et effréné d’activités touristiques diverses autour des croisières plongées et de visites aux varans, visant l’exploitation maximum des ressources comme dans le parc de Komodo.

A la pointe ouest de l’île de Flores, Labuan Bajo est un village qui a connu un développement extrêmement rapide par conversion de la petite activité de pêche locale en l’accueil de touristes plongeurs centré sur l’archipel de Komodo. En trois ans, la taille du port a doublé pour accueillir les Phinisis et le terminal international de l’aéroport est en cours d’ouverture. Dans la baie de Waecicu il n’y avait qu’une seule guest house. Depuis l’année dernière, se sont ajoutés deux resorts. Dans la rue principale, près d’une quarantaine d’officines se disputent le marché du parc créé en 1980 dans le but de protéger le ’Varanus Komodoensis’ puis étendu au patrimoine marin. Sur les sites « d’exception », pas moins de 12 bateaux au même moment croisent promettant d’observer les raies Manta et la rencontre de varans est assurée par le passage du sentier derrière les cuisines des rangers. La population de Flores attirée par les offres d’emploi vient également s’établir.

Labuan Bajo

Labuan Bajo

Mais la ville n’est pas prête et certains commencent à se préoccuper de préservation environnementale à moyen terme. C’est vrai qu’à coup de 120$ par jour d’excursion ou bien 700$ pour 4 jours/3nuits à bord d‘un Phinisi, on s’attendrait  à des infrastructures mieux adaptées que des rues en terre, ou des eaux usées se déversant dans la baie. Mais tour de passe-passe, l’argent est siphonné sans que la collectivité n’en profite.

Village dans le parc de Komodo. Environ 4000 personnes vivent dans le parc. Ils étaient 300 en 1930.Moins de 10% des enfants vont au lycée qui se trouve à Labuan Bajo. La plupart des villages dispose d’eau douce, sauf sur Mesa Island (1500 habitants), où l’approvisionnement en eau se fait par bidon à partir de Labuan Bajo.

Village dans le parc de Komodo.
Environ 4000 personnes vivent dans le parc. Ils étaient 300 en 1930.Moins de 10% des enfants vont au lycée qui se trouve à Labuan Bajo. La plupart des villages dispose d’eau douce, sauf sur Mesa Island (1500 habitants), où l’approvisionnement en eau se fait par bidon à partir de Labuan Bajo.

Salam, Dari Mana ? Beragama Apa ?

Reportage: A tiny cut

 Wangi-Wangi, capitale de la Regency (région/département) de Wakatobi ; des amis nous rapportent « une magnifique fête populaire dans un village proche ; associées à des rites de passage à l’âge adulte, ces cérémonies voyaient les jeunes filles 12/15 ans portées sur un piédestal, habillées de tuniques féeriques ; enfin un pays en voie de développement où la condition de la femme est reconnue, portée en avant….. »

Cela nous met la puce à l’oreille et on farfouille dans la doc de tourisme local (traduction honnête de noszigues):

« Kariyaa et Kansodaa:

Une fête traditionnelle célébrant  la circoncision avec de grands banquets et défilés. La cérémonie débute par des bains, purifiant les enfants de leur vie passée puis les enfants qui vont effectuer le Kariyaa sont promenés dans le village sur des Kansodaa, portés par 15 à 20 membres de chaque famille participantes en une parade vivante et colorée »

Kansodaa

Kansodaa

On imagine sans peine la joie de vivre et l’enthousiasme que doivent dégager les jeunes filles si joliment vêtues sur leurs chars car…. sous le vocable de circoncision de masse, c’est d’excision qu’il s’agit.

Localement, on parle de circoncision féminine  ou bien de « tiny cut ». Le terme adapté et reconnu internationalement est excision ou bien FGM (Female Genital Mutilation ) pour les Anglo-Saxons. Des procédés que rien, absolument rien ne peut justifier.

Sans rentrer dans les détails, l’excision recouvre une gradation de mutilations  qui vont d’une « simple » dénervation de la base du clitoris,  à l’ablation partielle ou totale du clitoris et des lèvres. A l’inverse de la circoncision masculine pour lesquels certains avantages sanitaires sont reconnus, il n’y a AUCUNE raison sanitaire justifiant l’excision, il s’agit de mutilations imposées à des enfants/jeunes adolescentes au nom de traditions socio-culturelles.

La prévalence de l’excision en Indonésie est de 86%  dont les deux tiers sont pratiqués à l’hôpital – on rêve.

Suivant les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé, le ministère de la Santé a banni la pratique en 2006 ; rétropédalage massif en 2010 sous la pression d’organisations religieuses (dont l’ « Indonesia Ulema Council ») qui sont intervenues au motif que l’interdiction de l’excision (« female circumcision ») était CONTRE les droits de l’homme et CONTRE la Sharia (tout en reconnaissant que cette pratique n’est nullement mentionnée dans le Coran) et niait les bénéfices moraux apportés par l’excision (gasp !).

En conséquence, certains hôpitaux  incluent dans leur offre de « naissance » pour fille, la vaccination, le percement d’oreilles ET le « tiny cut » ; cela génère du cash d’autant que certaines fondations Islamiques encouragent (argent ou dons matériels) les familles qui s’inscrivent dans cette démarche car, et nous nous arrêterons là sur l’aspect technique, « l’excision permet à la femme de mener une vie pure et de meilleure qualité, préserve sa dignité, la rend plus attractive pour son mari et aide à stabiliser une libido autrement explosive ». On continue de rêver à lire de telles professions de mauvaise foi, de manipulation et de langue de bois.

A tiny cut – Female circumcision in South Asia in Islamic Monthly 12 mars 2013.

A tiny cut – Female circumcision in South Asia in Islamic Monthly 12 mars 2013.

On trouve des pratiques de circoncision masculine dans nombre de sociétés, groupes ethniques, religieux ou animistes, pas chez d’autres – on peut considérer un bénéfice sanitaire passé dans la coutume; de même, les tabous par rapport au corps (tatouage, piercing, fétichisme, etc…) sont intimement liés au substrat socio-culturel local et, au vu de l’incroyable diversité de l’archipel Indonésien, tel comportement qui sera considéré la norme en un certain lieu sera inexistant ailleurs.

Par contre, selon la plupart des auteurs, la pratique de l’excision féminine est un phénomène Africain, dérivant de pratiques remontant à l’Egypte des Pharaons (d’où prévalence Soudan/Kenya & co); cela arrange tout le monde car peu conflictuel et/ou confessionnel MAIS en fait très peu d’informations sont disponibles sur les pratiques au Moyen-Orient  – mur du silence et d’autocratie  – et ce n’est que depuis peu que l’on s’intéresse à l’Asie ou que l’on mesure les prévalences en Europe dans les populations de migrants.

En ce qui concerne l’Indonésie, la pratique de l’excision féminine est restreinte aux populations Musulmanes (prévalence >94%) et exclusivement liée à la propagation de l’Islam et, à ce titre, en représente un fort marqueur (bien que la pratique ne fasse pas partie du Coran, elle a été imposée dans le passé par les Ulemas Arabes via des Fatwas, ce afin de garder un contrôle de facto de la condition féminine).

Ce n’est pas notre objet de discuter ici de la condition féminine au sein du monde Musulman pas plus que de rentrer plus avant dans les détails médicaux sordides de notre triste humanité, mais juste de rapporter combien de misères se cachent parfois sous des apparences joyeuses et à quel point le naïf touriste devient un objet de manipulation voire de cautionnement de pratiques honteuses.

[le sujet étant parfois polémique, cf quelques références en fin de post.]

 

Analyse : en quéquette de conquête

D’un mauvais goût prononcé, le sous-titre rebondit sur le reportage précédent afin de tenter d’apporter quelques éléments de réponse au questionnement sur la manière dont l’Islam a pu, sans coup férir, conquérir l’Indonésie. Même dans les lieux les plus reculés, s’il y a un hameau, il y a une mosquée. L’île de Flores est donnée de majorité Chrétienne et Animiste, or dans tous les villages le long des côtes retentit l’appel de la prière. Les autres croyances seraient reléguées à l’intérieur des terres. On en doute ; n’oublions pas qu’ici la confession doit être déclarée sur la carte d’identité et que les animistes et autres sont réputés Katholiks.

Tinabo Island – Taka Bonerate – La mosquée

Tinabo Island – Taka Bonerate – La mosquée

L’Islam fut introduit en Indonésie au 13ème siècle par des négociants Indiens originaires du Gujarat (cf Périple de la Mer Rouge), cœur de la civilisation de l’Indus. Puis, les marchands Arabes ayant, à la suite des Indiens, maitrisé la navigation ‘moussonique’ dans l’océan Indien, établissent des têtes de pont dans l’archipel et viennent à la rencontre des marchands Chinois qui eux aussi se lancent à la conquête de nouveaux territoires.

Sous la dynastie Yuan (Mongole), le commerce privé est interdit par l’Empereur dès 1300 signifiant un coup d’arrêt à l’expansion de la Chine. Les commerçants deviennent des ambassadeurs de la grandeur Chinoise et voyagent pour récupérer un tribut, témoin de l’allégeance à l’Empereur envoyé du ciel en contrepartie de grandes largesses que l’Empire offre à ses vassaux. Le plus illustre est sans doute l’amiral Zheng He, un eunuque Musulman du Nord Yunnan qui entre 1405 et 1433 explore toutes les côtes entre la mer de Chine et l’Afrique Orientale et diffuse l’Islam dans les ports du Nord de Java. A la fin de son dernier voyage, la Chine se referme et renonce à être une puissance maritime (dans l’Indonésie d’aujourd’hui la filiation Chinoise du Yunnan ou du royaume de Champa est réfutée pour revendiquer une filiation directe avec la Mecque, cœur de l’Islam ou à la rigueur Malaise, chacun sa noblesse).

Les négociants Arabes ont les coudées franches de sorte qu’à la fin du 16ème siècle, Sumatra et Java sont majoritairement Musulmanes (Aceh à la pointe Nord-Ouest de Sumatra est considérée la véranda de la Mecque), Bali Hindou, le reste en cours de conversion… Les Chrétiens vinrent troubler le jeu quelques temps, sans trop de conséquences…

De nos jours,  88% (2010) d’Indonésiens revendiquent fièrement d’être Musulman (tendance Sunnite) – cela fait tout de même 200 millions de croyants, la première population au monde…

Wanci – Wangi Wangi – Passar Malam (marché du soir).

Wanci – Wangi Wangi – Passar Malam (marché du soir).

Facteurs internes

La tradition du voyage est inscrite au cœur de l’Islam via le cinquième ‘pilier’ : l’obligation pour tout croyant de faire un pèlerinage à la Mecque. Religion de nomades, elle devient naturellement celles des marchands, celle qui permet de construire un réseau basé sur une croyance unique. Loin de la protection des esprits des ancêtres et de la maison, la religion offre une protection universelle pour tous ceux qui voyagent. On imagine de plus qu’il ait été tentant pour les voyageurs de rechercher une unité de dialogue permettant de naviguer et de faire du business dans un seul référentiel.  A tel point que l’on peut se demander si la connexion directe entre religion et ouverture d’un réseau maritime opérant n’a pas créé une incitation plus évidente à la conversion que la séduction d’une vie spirituelle intense destinée à atteindre le paradis.

La conversion à l’Islam est caractérisée par des signes formels et tangibles codifiés, d’une grande simplicité :

  • profession de foi
  • circoncision
  • adoption d’un patronyme Arabe

A mettre en regard par exemple avec les conversions au Judaïsme ou à la Chrétienté, de l’avis unanime, longues, laborieuses mais au combien passionnantes…

Par essence prosélyte, l’Islam s’assure, suivant en cela l’adage « d’une femme dans chaque port », une diffusion rapide par les enfants, fois quatre de par le nombre maximal d’épouses autorisées par la religion polygame.

Enfin, la conversion fonctionne comme l’ascenseur social par excellence, puisque les positions d’encadrement ou d’influence ne sont offertes qu’à la condition d’être Musulman…

Facteurs externes

De nature expansionniste à l’issue de sa maturation au cœur du Moyen-Orient, l’Islam se trouve bridé à l’Ouest par la fermeture progressive des terrains de jeu de l’Europe suite à la Reconquista achevée au 15ème siècle et au Sud (Afrique) par la géographie empêchant l’utilisation massive du cheval et du chameau au-delà du Sahara et du Sahel, la forêt équatoriale faisant office de barrière naturelle – le cheval et la mouche tsé-tsé ne sont pas copains.

Il reste donc le Nord (Caucase, Indus puis Asie) mais il y a compétition avec des systèmes culturels et religieux solides et l’Est par les flots (Asie du Sud-Est/Indonésie). Suivant la ligne de moindre résistance, avec les épices en ligne de mire, le Jihad s’élance vers le soleil levant, alors que les Chrétiens par haine des Musulmans et souci d’échapper aux commerçants Arabes cherchent à ouvrir des routes directes par l’Ouest, -Christophe Colomb, Magellan…-.

Quant aux potentats locaux majoritairement Hindous, ils cherchent à s’enrichir et à éviter que la manne du commerce ne soit récupérée par le voisin. Pour cela ils visent à offrir des conditions favorables aux marchands : si la condition sine qua non est la conversion, et bien va pour la conversion. Celle-ci se traduit par l’acquisition d’un nouveau statut et l’incorporation à un réseau mondial de lettrés dépositaire de la ‘Révélation’. De Rajas, ils deviennent Sultans, lisent des livres écrits en langue arabe, stimulent le développement d’états organisés comme des territoires Musulmans et acceptent de modifier des règles de vie (consommation de cochon, mariages, enterrements…) sans se défaire totalement de la mythologie Hindou. Ils réécrivent peu à peu l’Histoire pour placer les royaumes Raja sur la route de l’Islam en incorporant dans les récits de conversion le mysticisme Hindou. Le royaume de Mahajapit symbolise la quintessence du raffinement et de la particularité Javanaise. Les dieux et rois Hindous du royaume de Mahajapit loués dans les chants et pièces de théâtre deviennent des précurseurs de l’Islam. Le Raja lui-même est doté de pouvoirs surnaturels lui permettant de voler jusqu’à la Mecque et d’en revenir éclairé.

Cette tendance ‘locale’ à réinterpréter et adapter qui faisait l’originalité de l’Indonésie, disparait depuis une vingtaine d’années au fur et à mesure du retour en force des véritables pèlerins (l’Indonésie constitue le groupe le plus important de pèlerins) qui défendent une application plus stricte du dogme ; démonstration du principe de globalisation, c’en est visible jusqu’à la mutation du style des mosquées qui d’architecture simple commencent à se doter de minarets à faire pâlir d’envie un Saoudien bon ton… sans oublier toutefois que ce dernier est souvent le sponsor (caché) de ces magnifiques bâtiments….

Riung – départ à la pêche

Riung – départ à la pêche

L’outil politique : d’un totalitarisme l’autre

Malgré l’intolérance de l’Islam –soumets toi à Dieu, aucune action ne peut se dérouler hors de la loi Islamique-, son universalité –elle s’applique à tous et partout : « Celui qui change de religion, tuez-le » Bukhari 870- et son intemporalité –Mohamed a reçu la révélation ultime-, cette religion séduit par sa simplicité. Il suffit de respecter 5 principes et d’accepter que tout est déjà écrit dans le Coran.

Depuis 70 ans (date de l’indépendance), les gouvernants de l’Indonésie œuvrent pour accompagner l’ensemble de ses habitants vers l’intégration dans un monde confronté aux challenges d’une modernité qui leur a longtemps échappés. Pour un pays qui était en 1945 au bord du crash, combien de réussites notables (autosuffisance alimentaire, énergétique, progression du niveau d’éducation – une seule Lingua Franca -, distribution généralisée de fluides vitaux – eau, électricité, internet et médicaments -, pluralisme, rang dans l’économie mondiale, …) à mettre en regard de grandes défaillances (corruption, traitement des minorités, relation avec les provinces éloignées, déforestation…) ?

L’utilisation de la religion Musulmane n’est pas à négliger. Elle devient un outil politique d’intégration, de rassemblement et d’unification pour un pays éclaté culturellement et géographiquement. L’urbanisation et l’exode vers les villes diluent le tribalisme, rendant caduque la coutume à la mode mélanésienne (l’Adat) et la culture collective du clan ou du village. L’Islam recrée le confort d’un univers connu et attribue un badge reconnu d’identité et d’appartenance. Elle permet de s’appuyer sur un réseau éducatif préexistant même si inadapté par nature aux évolutions technologiques récentes  pour s’assurer d’un niveau minimum d’éducation tout en veillant qu’aucun Indonésien ne succombe à la tentation de l’athéisme ou du communisme, les pires maux de l’humanité (avis partagé par les Etats-Uniens, hi, hi).

Ennemi irréductible n°1, l’athéisme met à mal le cœur vibrant – il n’y en a qu’un et son prophète est Mohammed – qui tolère l’erreur (celle des Chrétiens, des Hindous, etc…) mais pas la négation de sa substance fédératrice. Le zéro fait peur, le vide rend libre, impossible de contrôler l’immatériel, la division par zéro ouvre l’infini, rend fou…

Ennemi irréductible n°2, le communisme (1 à 3 millions d’exécution en 1965 avec le soutien bienveillant des Etats-Unis), qui met à plat les structures de castes existantes, force l’égalité homme/femme, surtout représente un modèle de religion séculière alternatif…

Lors de la rédaction de la philosophie d’Etat (Pancasila), Soekarno s’est battu pour empêcher que le Dieu Unique ne soit cité et de faire de l’Islam une religion d’Etat. Dans l’histoire récente, certaines régions ont tenté une séparation à travers la création d’Etats Islamiques (Aceh, Sud Sulawesi) et des partis politiques ont cherché à s’imposer en incorporant la Sharia dans leur programme politique.

Ces dangers ont été ‘officiellement’ écartés et l’Indonésie s’identifie comme le modèle d’un Islam modéré appliqué à un Etat démocratique… mais dans la réalité, il ne faut pas oublier que le pouvoir central n’a trouvé d’autre monnaie d’échange pour empêcher Aceh de faire sécession que d’y autoriser la mise en pratique de la Sharia.

C’est un véritable exercice d’équilibriste auquel devra se prêter Joko Widodo, élu président en octobre 2014, la tolérance exprimée dans Pancasila apparaissant en compétition avec l’Islam, ses tendances totalitaristes et ses engagements envers Allah et Mohamed dictés dans la loi Islamique. Jokowi arrivera-t-il à préserver l’indépendance de son pays et ses voies de développement originales en dépassant le frein au progrès dont la loi Musulmane est imprégnée, l’histoire dira.

Un an et demi depuis les Galápagos et nos retrouvailles avec le grand Charles et ses pinsons, dans les prochains jours, le franchissement de la ligne Wallace (le codécouvreur de la Théorie de l’Evolution) nous permettra d’explorer les mystères de l’Indo-Pacifique… mais également de tester la pertinence de « l’intelligent design » mode Jilbab.

19 Jurassic park 6

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Medana Bay – Lombok – Indonésie

21 Octobre 2015

www.yodyssey.com

 

Excision / FGM  quelques références (si possible en Français)

– Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs241/fr/

– UNICEF (centré sur l’Afrique) : http://www.unicef.org/french/education/57929_69881.html

– Wiki Français (définitions) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Excision

– Wiki Anglais (complet) : https://en.wikipedia.org/wiki/Prevalence_of_female_genital_mutilation_by_country

– Islamic Monthly Mars 2013 : http://theislamicmonthly.com/a-tiny-cut-female-circumcision-in-south-east-asia/

– Global Post Décembre 2013: http://www.globalpost.com/dispatches/globalpost-blogs/rights/female-genital-mutilation-southeast-asia-muslims

– Feillard Andrée, Marcoes Lies. Female Circumcision in Indonesia : To ” Islamize ” in Ceremony or Secrecy. In: Archipel. Volume 56, 1998. pp. 337-367. http://www.persee.fr/doc/arch_0044-8613_1998_num_56_1_3495

– Islam/Excision (traduction en Français d’un papier publié dans Middle East Monthy) : http://precaution.ch/wp/?p=279

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Ville de Debut – Kei Island

Ville de Debut – Kei Island

23 juillet, fin de la Longue Route Pacifique ; l’entrée dans le « continent maritime », l’Indonésie et ses milliers d’iles, s’effectue à l’Est du pays dans l’archipel mythique des Moluques. Un peu stoned après 20 jours à smurfer dans la mer de Corail, le détroit de Torres puis la mer d’Arafura, il n’en faut pas plus pour s’enivrer de l’odeur de la Muscade, clous de Girofle et Cannelle et être confrontés très rapidement aux multiples contradictions qu’offre le plus grand pays musulman au monde, bordé par l’Australie et la Chine mais dont les racines profondes sont à chercher en Inde et au Moyen-Orient.

 

Au fur et à mesure de notre progression vers l’ile de Java, épicentre du pouvoir, les surprises s’accumulent  et les interrogations  se multiplient. Une nouvelle fois s’exprime le facteur d’échelle « 1000 » propre à l’Asie.

 

Les chiffres donnent le tournis : 18 000 îles, 255 millions d’habitants (73 en 1945 – 300 en 2030), 360 groupes ethniques, 719 langues, 70 années depuis l’indépendance, un salaire moyen de 100 US$, en deux ans 50 millions de foyers basculent leur cuisinière du kérosène au gaz.… et bien des aspects sont déroutants : Jakarta est la ville qui tweete le plus au monde, 40 millions d’individus ont un compte Facebook, mais 80 millions de personnes vivent sans électricité, 110 millions de personnes vivent avec moins de 2US$ par jour, parmi eux 100 000 sont inscrits sur Facebook.

 

La devise du pays, « Bhinneka Tunggal Ika »: unité dans la diversité, résonne étrangement aux oreilles d’un Européen bien qu’elle ait été choisie 50 ans avant que l’Europe ne définisse la sienne (« Unie dans la diversité » – In varietate concordia). Ce ne sera pas le seul parallèle qu’un lecteur averti s’amusera à relever (étendue géographique – de Londres à  Téhéran -,  diversité ethnique, culturelle, religieuse, linguistique, jeux de pouvoirs centre/périphérie, guerres civiles et religieuses – notre Croatie et leur Timor – etc…) à mettre en perspective cependant avec un PIB  similaire en volume à celui des Pays-Bas pour une population quinze fois plus importante…

 

Le renard Soekarno, artisan de l’Indépendance en 1945, se trouvait dans un diagramme de contraintes complexe : s’assurer que les Hollandais, virés par les Japonais, ne reviennent pas, éliminer les communistes qui propageaient de drôles d’idées subversives, réduire les forces centripètes indépendantistes, endiguer la montée des intégrismes, développer l’économie à partir de…. RIEN. Et oui, trois cent ans de colonisation Hollandaise et il ne restait rien.

Il alla faire un tour chez les Bouddhistes, y trouva les cinq préceptes (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mal se conduire sexuellement, ne pas mentir, ne pas se droguer) et construisit sur le même principe la philosophie fondatrice de l’Etat Indonésien : Pancasilla (panca= cinq en sanscrit)

  • croyance en un Dieu unique
  • une humanité juste et civilisée
  • l’unité de l’Indonésie
  • une démocratie guidée par la sagesse à travers la délibération et la représentation
  • la justice sociale pour tout le peuple indonésien

 

Il se débrouilla ainsi pour mettre dans la constitution « il n’y a qu’un Dieu » (lequel ?) et s’arrêta là, inutile de s’aliéner les uns ou les autres et tout le monde s’y retrouve ; athée ou agnostique s’abstenir.

L’appartenance religieuse est ainsi reprise sur chaque carte d’identité : les choix sont Islam, Hindu, Bouddhiste, Protestant, Catholique, Confucianiste (récent) ; une partie non négligeable des Indonésiens (PNG, îles de la Sonde, Bornéo) est de tendance animiste…. qu’à cela ne tienne, ceux qui mangent du porc sont enregistrés, au petit bonheur la chance, comme Catholiques ou Confucianistes.

 

Nous aurons maintes occasions de revenir sur ces aspects… en attendant, en route pour les Moluques.

2 Carte

 

 

 « Celui qui contrôle l’Epice, contrôle l’Univers. » – Franck Herbert – Dune

 

De nos jours, la province des Moluques, aux forts traits Mélanésiens (la Papouasie n’est pas loin) est considérée comme arriérée et les réformes ou avancées techniques (réseau Internet, LPG…) y parviennent en dernier. Pourtant, au 16ème siècle, ces archipels étaient le centre de convoitise des puissances Européennes : sur les cendres des volcans poussaient des plantes magiques, qui justifiaient toutes les ambitions d’explorateurs, spéculations des marchands et ruses de politiciens : les Hollandais avaient sciemment détruit tout plan de muscade hors l’île de Banda ce, afin de mieux contrôler le marché (quelle élégance !) ; leur monopole dura quelques années (un siècle et demi quand même) puis les Anglais, virés de l’archipel, volèrent quelques pieds pour les replanter à Ceylan puis aux Antilles, à Grenade par exemple où la noix orne le drapeau national.

Banda Besar – Tri des noix de Muscade. L’arbre qui produit la noix de muscade mesure 10 à 15 mètres de haut. Comme il préfère l’ombre, les plantations s’épanouissent sous les Kendaris (des arbres immenses dont les troncs sont utilisés pour la fabrication des pirogues et qui produisent des amandes). Le cours de la noix de muscade a préservé l’archipel de Banda de la déforestation alors qu’elle sévit sur toutes les autres iles. Le fruit jaune-orange possède un noyau à membrane rouge vif qui entoure la noix. Le fruit est utilisé pour la confection de confiture, l’enveloppe rouge est moulue (macis) et la noix est râpée pour aromatiser sauces, pâtisseries, cocktails… La noix possède également des propriétés narcotiques significatives : 5 à 10 grammes avec un peu de sucre suffisent à dormir pendant 2 jours et une dose au-delà de 20g peut être mortelle. Un des principes actifs (myristicine) est dégradé par le foie en MMDA, une amphétamine bien plus puissante que la mescaline, ce qui fait de la muscade une dope attractive… hors la difficulté de dosage.

Banda Besar – Tri des noix de Muscade.
L’arbre qui produit la noix de muscade mesure 10 à 15 mètres de haut. Comme il préfère l’ombre, les plantations s’épanouissent sous les Kendaris (des arbres immenses dont les troncs sont utilisés pour la fabrication des pirogues et qui produisent des amandes). Le cours de la noix de muscade a préservé l’archipel de Banda de la déforestation alors qu’elle sévit sur toutes les autres iles. Le fruit jaune-orange possède un noyau à membrane rouge vif qui entoure la noix. Le fruit est utilisé pour la confection de confiture, l’enveloppe rouge est moulue (macis) et la noix est râpée pour aromatiser sauces, pâtisseries, cocktails… La noix possède également des propriétés narcotiques significatives : 5 à 10 grammes avec un peu de sucre suffisent à dormir pendant 2 jours et une dose au-delà de 20g peut être mortelle. Un des principes actifs (myristicine) est dégradé par le foie en MMDA, une amphétamine bien plus puissante que la mescaline, ce qui fait de la muscade une dope attractive… hors la difficulté de dosage.

 

 

Banda Besar – le séchage des clous de girofle Le clou de girofle lui, s’envole en fumée sous la forme de kreteks, des cigarettes parfumées au goût légèrement sucré. L’Indonésie est le plus grand consommateur au monde de clous de girofle : 223 milliards de cigarettes sont fabriquées annuellement. La récolte des Moluques représente 80% de la production mondiale. Un business tellement profitable que ça ne pouvait pas manquer d’intéresser les membres de la famille Sudharto. Le fils a donc tenté d’arracher le monopole aux Chinois. Mais ceux-ci avaient des « stocks ». La spéculation s’est soldée par un échec et « Papa » a renfloué. Pour les Indonésiens ce n’est qu’un exemple supplémentaire de la corruption subie du dictateur (les prises illégales de Sudharto et sa famille sont estimées à 15 milliards de dollars durant les 30 ans de règne, soit 0.5% du PIB Indonésien cumulé sur la période. Pas mal mais peut mieux faire, Madoff s’est fait 65 milliards de dollars… sans complicité aucune, c’est bien connu).

Banda Besar – le séchage des clous de girofle
Le clou de girofle lui, s’envole en fumée sous la forme de kreteks, des cigarettes parfumées au goût légèrement sucré. L’Indonésie est le plus grand consommateur au monde de clous de girofle : 223 milliards de cigarettes sont fabriquées annuellement. La récolte des Moluques représente 80% de la production mondiale. Un business tellement profitable que ça ne pouvait pas manquer d’intéresser les membres de la famille Sudharto. Le fils a donc tenté d’arracher le monopole aux Chinois. Mais ceux-ci avaient des « stocks ». La spéculation s’est soldée par un échec et « Papa » a renfloué. Pour les Indonésiens ce n’est qu’un exemple supplémentaire de la corruption subie du dictateur (les prises illégales de Sudharto et sa famille sont estimées à 15 milliards de dollars durant les 30 ans de règne, soit 0.5% du PIB Indonésien cumulé sur la période. Pas mal mais peut mieux faire, Madoff s’est fait 65 milliards de dollars… sans complicité aucune, c’est bien connu).

 

Au début du 16ème siècle le trafic des épices était aux mains des négociants Arabes qui s’étaient assurés le monopole du commerce entre la Méditerranée Orientale et l’Inde après que les tribus de l’Hadramout (Yemen, littéralement : la droite [de la Mecque]) aient maitrisé, à la suite des Hindous, la navigation dans l’Océan Indien en fonction des régimes de mousson : mousson de Sud-Ouest de fin Mai à Septembre, puis de Nord-Est d’Octobre à Avril [pour ceux qui ont zappé les cours de climatologie, la machine à mousson est le positionnement/force de l’anticyclone Himalayen – 1040hPa en hiver, 1010hPa en été – encore un coup du yéti à moins que ce ne soit l’inclinaison de la terre sur l’écliptique].

 

Ce monopole Arabe va être démantelé par l’expansion maritime des Portugais qui démarre par la création du comptoir de Ceuta (1415) et s’achève avec la découverte du Japon au milieu du 16ème siècle, Goa en Inde étant le centre administratif de l’Inde Portugaise. Les Portugais s’appuient sur les réseaux commerciaux locaux et fondent des comptoirs pour le contrôle des routes. La conquête de territoires n’est pas un objectif en soi. Le négoce est une affaire de marchands privés, souvent de « nouveaux Chrétiens », c’est-à-dire des Juifs Portugais récemment convertis dont quelques familles menacés par des persécutions récurrentes portent tout le commerce du Mexique au Brésil à l’Afrique Portugaise (se rappeler le trafic d’esclaves au Cap Vert), qui repose sur le commerce armé et le monde des interlopes. Ce réseau s’effondre alors qu’apparait la menace Hollandaise, le nombre d’hommes présents dans les comptoirs étant insuffisant à les défendre.

 

Banda Neira – Ville de l’établissement de la VOC dans l’archipel de Banda

Banda Neira – Ville de l’établissement de la VOC dans l’archipel de Banda

 

La prééminence progressive de l’esprit pragmatique Protestant appliqué au commerce est structurée dans un essai Hollandais publié en 1609 : Mare Liberum qui revendique un libre accès aux eaux internationales. Il s’oppose à l’esprit du traité de Tordessillas (1494) qui fixe la ligne de démarcation entre les possessions portugaises et espagnoles : les terres situées à l’Est d’une ligne qui passe à 370 lieus du Cap Vert sont attribuées au Portugal, tout ce qui en est situé à l’Ouest revient à l’Espagne. Le prosélytisme religieux tout autant sinon plus que la quête des épices gouverne le partage basé sur une vision de la géographie de Ptolémée. Il est battu en brèche progressivement par la circumnavigation, Vasco de Gama en 1498 et Magellan en 1521 puis la recherche du profit porté par les marchands Protestants.

Une admission à toutes les mers et les océans est exigée. En raison de l’instabilité de l’espace et de son absence de frontière, aucun pays n’a le droit d’en exclure un autre des eaux internationales. Cette vision voit naître une alliance Anglo-Hollandaise pour bloquer le détroit de Malacca et ainsi virer les Portugais d’Asie.

Le coup fatal ne sera pas d’ordre militaire mais va résulter de l’efficacité redoutable d’instruments commerciaux créés au même moment aux Pays Bas et en Angleterre pour structurer les échanges avec l’Asie : les compagnies à charte, soit la Vereenigde Oostindische Compagnie (VOC) Hollandaise et la Eastern Indian Company (EIC) Anglaise.

6 VOC

 

La Vereenigde Oostindische Compagnie est créée en 1602. Tout comme l’EIC, c’est une société par actions dont les pertes et les bénéfices sont partagées au prorata du Capital. Les actionnaires, rémunérés par versement de dividendes, réalisent un investissement à long terme (dix ans au moins) qui dote la compagnie d’un fond de roulement sur une base permanente et lui permet d’investir dans des infrastructures et la sécurisation de profits qui viendront ultérieurement. Les deux compagnies qui reçoivent leur charte de leur souverain respectif ont le même objet : établir le monopole du commerce avec l’Asie. Ceci s’applique à l’égard de leurs concitoyens mais pas des sujets des autres Etats.

La VOC dont le périmètre d’action s’étend de l’Est du cap de Bonne Espérance, à l’Ouest du détroit de Magellan a un double objectif : le commerce avec l’Asie et la guerre aux ennemis de la Nouvelle République, d’abord l’Espagne et le Portugal, puis l’Angleterre. Ceci lui confère des prérogatives qui s’apparentent à celles d’un Etat : mener des négociations diplomatiques, signer des traités avec des souverains locaux, conduire des opérations militaires, construire des forteresses, entretenir des troupes, déclarer la guerre, exercer des droits de juridiction, émettre de la monnaie, lever des impôts… L’objectif n’est pas l’annexion de territoires, mais une fois conquis ces derniers peuvent être utilisés à toutes fins.

 

Banda Neira – Passar Pagi, le marché.

Banda Neira – Passar Pagi, le marché.

Batavia (Jakarta) fondée en 1618 et quartier général des Hollandais en Asie, permet d’étendre l’influence de la VOC et de justifier la mise en œuvre de sa stratégie monopolistique sur le commerce des épices dans les archipels des Moluques. Les moyens utilisés vont de l’usage de la force armée pour imposer aux indigènes des traités restrictifs, à l’exclusion de concurrents étrangers en passant par la destruction partielle de récoltes afin de maintenir les cours : tout est permis.

Dans un contexte d’affaiblissement de l’Espagne, la rivalité Anglo-Hollandaise s’exacerbe. Pour apaiser le conflit, un traité est signé en 1619 : le commerce sera ouvert aux deux compagnies, l’EIC pourra traiter 1/3 des épices des Moluques et la moitié du poivre de Java. Les Hollandais établissent de manière inexpugnable leur suprématie sur les îles Banda, seul endroit au monde où sont cultivés les clous de girofle et les noix de muscade. Les Anglais qui soupçonnent un manque de transparence sur les comptes, s’en sortent par la contrebande. La guerre continue.

En 1621, Jan Pieterszoon Coen, le nouveau directeur général local de la VOC a ordonné un génocide de la population de Banda (Mélanésienne), accusée d’avoir traité subrepticement avec les Anglais. Seuls quelques-uns ont échappé et se sont réfugiés à Kei Island. Les habitants de Début sont ainsi fiers de parler de leur ascendance! Apres avoir viré Coen de son poste en raison de sa brutalité excessive (et l’avoir tout de même rétribué sous la forme d’un versement de 3 000 guilders), la VOC a importé des esclaves dociles (Javanais) et colons à la solde de la Compagnie. Tout est sous contrôle.

 

Récolte d’œufs de poisson – Tayandu – Kei island

Récolte d’œufs de poisson – Tayandu – Kei island

Puis, alors que l’importance des épices décline, l’Angleterre abandonne l’archipel Indonésien aux Hollandais et se tourne vers l’Inde et la Perse : la minuscule île Run dans l’archipel de Banda, possession formelle de la Couronne Britannique, est ainsi échangée en 1667 par le traité de Breda, signé pour mettre fin à la guerre entre l’Angleterre et les Pays Bas, contre l’île de Manhattan, une anticipation judicieuse de la part des Hollandais ! New Amsterdam devient New York… pas de quoi en faire un jambon.

Ceci ne modifie en rien la stratégie de pillage de la VOC, la première multinationale capitalistique, qui peu à peu devient un Etat dans l’Etat avec comme stratégie d’entreprise : le Commerce par les armes.

Batavia devient le centre d’un système colonial performant et dévastateur : monopoles, taxes sur les marchandises qui rentrent et qui sortent, un véritable système de péage étendu et systématique. Batavia n’est pas une ville née d’une négociation entre les pouvoirs locaux et les marchands mais une ville édifiée pour servir les intérêts d’une compagnie entièrement tournée vers son propre profit au détriment du développement des autochtones. A partir de là, toutes les richesses (en sus des esclaves bien évidemment) sont exploitées : la forêt de Sumatra est remplacée par des plantations de caoutchouc et de cacao, à Java et Sulawesi se sont les plantations de café, thé, sucre ou tabac et enfin la terre est mis en exploitation minière : étain, or…

En 1798, la VOC est en faillite et est reprise par l’Etat. Elle devient la Netherlands East Indies Compagny. Ceci ne manque pas d’interroger comment de mauvais résultats ont pu être générés dans une telle situation monopolistique et une stratégie de pillage systématique des ressources ; notre maître Braudel mentionne quelques éléments :

  • comptabilité opaque et trafiquée entre Amsterdam et Batavia
  • administration pléthorique
  • corruption généralisée de l’encadrement
  • inadaptation à l’évolution du marché

 

Debut – Key island

Debut – Key island

 

La VOC une fois pliée, c’est directement l’Etat qui prend le relais. Le deal de 1824 avec l’Angleterre (ce qui est au Sud de Singapour revient aux Pays-Bas, au Nord à l’Angleterre, consacre la division du monde Malais) permet aux Pays-Bas d’étendre leur contrôle sur la totalité de l’archipel, Bali et Aceh tomberont en 1908 sous les canons Hollandais. Sous le feu des critiques de la communauté internationale pour la brutalité de leurs actions, les Hollandais font amende honorable et mettent en œuvre  une « politique éthique » selon leurs propres termes (quel effort…):

  • il y avait 25 autochtones scolarisés (en secondaire) en 1900 (sur une population de 40 millions)
  • il y en aura 6500 pendant les trente années suivantes (200 par an)

 

La fin de la colonisation Hollandaise a été hâtée par l’occupation Japonaise lors de la seconde guerre mondiale (les Japonais auraient fait pire que les Hollandais en matière de cruauté).  Le Nippon capitulé, les Hollandais se seraient bien vu reprendre l’exploitation de l’archipel. Ça s’est soldé par un arbitrage à l’ONU, mais il a fallu 4 ans entre 1945 et 1949 pour que les Pays-Bas acceptent la perte de sa colonie ou plutôt des mannes financières associées.

 

Les Indonésiens regrettent d’avoir été colonisés par les Hollandais et auraient préféré l’être par les Anglais (un comble suite à notre traversée du Pacifique !). Lorsque l’on compare les deux systèmes colonisateurs, les Hollandais n’ont fait que prendre sans rien donner en échange alors que les Anglais (Inde, Malaisie) ont mis en place une administration, réalisé des travaux d’ingénierie (transport, systèmes d’irrigation, ports…) et favorisé la formation de la population pour initier l’émergence d’une classe gouvernante. Les Hollandais eux n’ont édifié que dans le but unique de prendre plus efficacement, puis n’ont rien laissé. En Indonésie, tout restait à faire… et c’est en train d’être fait… parfois de manière non conventionnelle, parfois par « trial and error » mais avec fierté.

 

Sasi, Tabu, One God – Sama Sama…

 

Tual – Kei Island. Ville Musulmane

Tual – Kei Island. Ville Musulmane

 

Les Indonésiens sont superstitieux et ces croyances n’entravent que peu, contrairement aux interdits prononcés par certains barbus autocratiques, le développement technologique ou économique. La télé dont le déploiement est encouragé par le pouvoir central comme outil de formation ou de propagande reste toujours allumée (l’électricité est gratuite) : elle éloigne les fantômes. Il y a aussi de la récupération opportuniste à des fins religieuses ou politiques.

Sasi (Tabou en Polynésien ou Mélanésien) est une forme traditionnelle de management des ressources. La sentence prononcée par les anciens du village s’applique à des arbres, des maisons, des récoltes, des zones de pêche et défend le bien contre toute déprédation. L’apposition d’une branche de palmier sur la porte d’une maison est le signe distinctif de sa protection, plus efficace que des barreaux ou des verrous.

[Pour les curieux, ce n’est pas uniquement le concept de Tabou qui soit partagé, mais bien plus profondément, un véritable substrat Austronésien qui, originaire de Taiwan, se disperse à partir de 2000 avant JC sur une grande partie de l’Asie du Sud-Est (Philippines, Malaisie, Indonésie, Papouasie) et l’Océanie (Hawai, Polynésie, Nouvelle Zélande) – hors Australie. A ce substrat correspond une structure linguistique commune e.g. peu de conjugaison, pluriel par doublement du nom etc… mais également des structures sociales fortement centrées sur la communauté et la conformité à la tradition. On retrouve par exemple en Indonésie l’ « Adat » qui est le droit coutumier…. identique à la « Coutume » si chère à nos rieurs Kanakes]

En 2003, une palme fut posée sur l’unique pont qui relie Langgur et Tual au sein de l’agglomération principale de Kei Island. Celui-ci fut déclaré Sasi. Pendant des semaines, personne n’osa traverser, ni retirer la branche. Très vite des ferries se sont mis en place pour convoyer personnes et marchandises à des prix exorbitants. Le retour à la normale nécessita l’intervention du Gouverneur de la Province des Moluques.

Pudiquement, l’histoire est racontée en indiquant que l’opération a été menée par un groupe politique après une querelle électorale. Mais ce pont relie la communauté Catholique de Langgur à celle Musulmane de Tual. La différence culturelle est forte : accueil souriant, maisons simples mais bien entretenues et colorées, écoles en bon état avec des profs d’un côté, accueil plus mitigée de l’autre qui est marginalement pouilleux, écoles désertées et les enfants de la « haute » traversent (hijab de rigueur pour les filles) pour aller à l’école, mais jamais dans l’autre sens. Rien n’est dit, tout est exprimé par sous-entendus. Les cinq prières par jour s’élèvent des mosquées, les seuls bâtiments en bon état et de l’autre côté, les gars s’amusent “comme des petits fous” à démarrer une demi-heure avant avec tambours et pipeaux ultra-perçants, genre juste une fête locale qui ne saurait en rien être provoc… chaud. Ce contraste est également perceptible à Début, de l’autre côté de l’île.

Debut – Kei Island – La mosquée.

Debut – Kei Island – La mosquée.

 

A Banda Neira, c’est plus simple, les Catholiques et autres ont été « priés » de quitter l’ile, églises et temples Chinois tombent en décrépitude et les maisons abandonnées attendent d’être récupérées. Ce ne saurait tarder.

Les autochtones sont peu prolixes à l’évocation des troubles de 1998 qui ont pourtant causé aux Moluques plus de 5 000 morts et le déplacement de 700 000 personnes. Ce n’est évoqué que par anecdote : le puits sacré de Lonthoir sur l’ile de Banda Besar ne s’est asséché que deux fois dans la période récente, en 1988 lors de l’irruption du volcan  Gunnung Api  et en 1998 lors du conflit.

 

Banda Neira – Devant le temple Chinois

Banda Neira – Devant le temple Chinois

Le schéma d’attribution des postes au sein de l’administration aux Chrétiens (Protestants) plutôt qu’aux Musulmans voulu par les Hollandais s’est prorogé quelque temps après leur départ. Il a été inversé par Suharto, les postes furent peu à peu attribués aux Musulmans. Aux Moluques, le déséquilibre religieux s’est accentué à partir de 1970 par l’immigration de Bugis Musulmans en provenance du Sud de Sulawesi qui vont rapidement dominer le commerce et la petite entreprise. Une altercation entre un chauffeur de bus Chrétien et un passager Musulman a servi de déclencheur à une guerre civile qui s’est rapidement transformée en une bataille Eglises contre Mosquées. L’intervention de la milice anti-Chrétienne Laskar Jihad (Guerriers du Jihad)  en rajoutant une dose de violence (incendie d’églises et de maisons, conversions et circoncision forcées) a rapidement donné l’avantage aux Musulmans alors que ni l’armée, ni la police n’intervenaient (option 1 : négligence du pouvoir central – option 2 : politique d’épuration religieuse délicatement orchestrée pour rééquilibrer les pouvoirs locaux dans un cadre de décentralisation forcenée).

Un accord de paix entre Chrétiens et Musulmans a été signé en 2002 (Malino II Accord) qui demandait le retrait de la faction des Moluques. Les violences ont décru mais il semble que la milice poursuive son action pour « des raisons humanitaires » et soit prête à ressurgir. Alors qu’elle a annoncé son démantèlement après les attentats de Bali, elle est réapparue en Papouasie hâtant l’acculturation des Papous.

En 2015, les « Katholics » apparaissent protégés par le gouvernement et les « Muslims » encouragés par ce dernier mais rien n’est jamais tranché en ce pays.

Sous des aspects idéologiques, se révèle une véritable lutte pour la survie de chacune des communautés.

Chaque famille se bat pour l’argent, du travail ou le pouvoir politique qui lui donnera l’accès aux ressources qui s’amenuisent drastiquement. Sur ces iles où plus rien ne pousse, la couche de terre est trop fine pour l’agriculture, tous les produits frais sont importés et la spécialité locale est le cassava, une forme de manioc. Toutes les baies, chenaux raisonnablement abrités de la houle et des tempêtes d’Ouest sont encombrés de filets accrochés à des bouées ou des bouteilles plastiques. La surexploitation des ressources halieutiques est sidérante. Et pourtant le marché aux poissons est désolant : toute la belle pêche part sur Bali, puis en Chine ou au Japon. Seuls les invendables sont mangés localement. Les œufs sont la principale source de protéines. Un pêcheur accompagné de ses 7 enfants est venu dans sa pirogue à moteur nous proposer une tortue. Il ne pouvait pas la manger, elle était «haram» (interdit) comme tout autre animal à écaille; ceux de la porte à côté, les Rabbins discutent à n’en plus finir sur l’anguille, poisson (ok) mais à écailles (pas glop)…. chacun ses trucs.

 

Tual – champ de bouées. Chaque point blanc est une bouteille en plastique qui supporte le filet.

Tual – champ de bouées. Chaque point blanc est une bouteille en plastique qui supporte le filet.

La compétition se joue jusque dans la croissance démographique et illustre la position des religieux opposés au contrôle des naissances, sans que cette stratégie ne soit avouée. Ainsi Kei Island est un fief Chrétien avec une forte communauté Musulmane, on y compte 7 à 9 enfants par famille quelle que soit l’appartenance. L’archipel de Banda est exclusivement Musulman depuis 15 ans, l’écrasement par le nombre n’est pas nécessaire: il n’y a plus que 2 à 3 enfants par famille.

J.Diamond dans « Effondrement » avait attiré l’attention sur le mécanisme à l’œuvre lors du génocide Rwandais de 1994. Densité de population très élevée, successions d’aléas réduisant les ressources, élimination d’une minorité afin de rétablir l’équilibre PUIS justification à posteriori ; c’est au Rwanda tombé sur les Tutsis, aux Moluques sur les Chrétiens… et sur les Juifs en Europe, mais c’est du passé, n’est-ce pas ?

 

Kei Islands – Plateformes de pêche. Elles sont autopropulsées, restent en place deux/trois jours, la cabane abrite un gardien, puis l’équipage relève filets et lignes à calamars (cumi-cumi).

Kei Islands – Plateformes de pêche. Elles sont autopropulsées, restent en place deux/trois jours, la cabane abrite un gardien, puis l’équipage relève filets et lignes à calamars (cumi-cumi).

Coincés entre Eglise et Mosquée, on ne peut pas ici athéiser en paix. Alors on réfléchit, on s’essaie à prendre du recul, et l’on finit par se demander comment se fait-il que la Chrétienté et l’Islam, tous deux puisant leurs sources dans les mythes sémites (hi, hi), soient parvenus en deux temps trois mouvements à conquérir chacune la moitié de la planète ; 200 ans après JC pour les Chrétiens, conversion sans coup férir de l’Empire Romain cela, bien avant son effondrement ; 800 ans après JC pour l’Islam, la grande vague ?

Comment se fesse (un peu de respect, please, on cause de Dieu) fait-ce que toutes deux aient pu être, à l’époque,  si convaincantes ? Est-ce le concept de parole « révélée », est-ce le concept de Dieu unique, est-ce le marketing d’un paradis, est-ce le type de réponse clef en main à un besoin de spiritualité impossible à assouvir?

Nous n’en avons pas fini avec ces deux religions expansionnistes, très proches, qui contrôlent quasi toute la planète hormis le cœur de l’Asie et se préparent à mettre le feu aux poudres, chacune au nom de son Dieu, le vrai….

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Waecicu – Labuan Bajo – Flores – Indonésie

22 Septembre 2015

www.yodyssey.com

 

Une dédicace spéciale à Eric Cartier qui vient de publier Route 78, nous lui avons emprunté le titre de ce post « Epices and love » et ressortons, pour le besoin de la cause,  le dessin d’archive en page de garde de l’album éponyme….

15 Flip

Longues routes pacifiques 2013-2015

Ayo ! quelle aventure, la mer de Corail, le détroit de Torres, la mer d’Arafura, ce n’est pas tout à fait l’Asie mais ce n’est plus l’Ouest du Pacifique Sud…

« Yo ! » est mouillé dans l’archipel des Moluques, les îles aux Epices et cœur de la Mélanésie, todo bene. Tout est raconté dans le dernier chapitre du recueil joint bien plus nautique qu’ethnologique.

Voilà deux ans que le projet Yodyssey a été porté sur les flots ; en matière de cadeau d’anniversaire, ce recueil, à télécharger, imprimer ou non et déguster, par petites touches, comme une toile de Salvador.

cliquer ici ==>     Longues routes pacifiques 2013-2015

Il s’adresse aux marins initiés, à ceux que le lent balancement de la houle berce des jours durant, à ceux que la mer forte et, bien sûr, croisée, emporte en fuite vers des ailleurs que l’on rêve ou redoute, à ceux qui estiment n’être jamais à plus de 5 miles de la côte (en vertical s’entend au plus profond des grandes fosses océaniques), à ceux qui connurent ou imaginent le lent dérèglement des sens causés par l’accumulation de roulis, de tangage, de fatigue, de privations, à ceux que n’effraient pas ces moments fugaces où la raison vacille, où les mots prennent vie pour nourrir les idées, où l’on commence à douter de sa propre santé mentale.

Il s’adresse également à tous les autres, terriens curieux, qui se demandent ce que cela représente d’être vingt jours durant sur une coque de noix, voguant au grès des vents sur l’immensité de l’océan.

A tous, il offre un accès particulier, brut, à la vie du bord, à certains enjeux, à certaine folies, de par la compilation de points journaliers rédigés au fil de l’eau et envoyés à la famille proche via liaison satellitaire – le style s’en ressent parfois.

Très peu retravaillés afin de restituer la spontanéité des écrits, les points journaliers sont regroupés selon des  « Longues routes », une à trois semaines non-stop. Elles se succèdent tout au long de la campagne « Go West » du projet Yodyssey consacrée au Pacifique, de Panama au Détroit de Torres et sont probablement les dernières avant longtemps, l’exploration subséquente de la Méditerranée Asiatique (Mer de Chine) n’impliquant pas de navigation supérieure à quelques jours.

Les paramètres clefs relatifs à chaque route sont rappelés brièvement permettant d’en mesurer les enjeux, puis s’enchaînent au fil des jours les rapports à l’Amirauté. Il ne s’agit en aucune manière d’un guide de navigation, encore moins d’un récit d’aventures, mais peut-être simplement d’évoquer les embruns et de donner à tout un chacun l’opportunité de faire un bout de route en notre compagnie.

Tous les chapitres sont indépendants, certains ont notre préférence de par la densité de jeux de mots douteux, d’autres de par les souvenirs associés aux conditions de navigation ou aux moments précieux partagés en de très belles occasions.

Stéphanie/Christophe

Mer d’Arafura – Indonésie

10 Août 2015

Nickel Chrome

1 Igname&taro

29 avril, lancement de la Wiki, une « Kiwi race » à rebours, retour vers les tropiques.  Un peu comme dans les films d’aventure, les prisonniers ont préparé leur coup depuis longtemps, mais l’évasion n’est pas gagnée d’avance… Cadeau d’adieu des Kiwis : une météo musclée 25-30 nœuds en moyenne, d’où une traversée rapide de 6 jours vers la Nouvelle Calédonie.

En atterrissant en baie de Kuto sur l’ile des Pins, nous sommes bien contents de cette grande évasion, même si c’est se jeter dans la gueule du loup, puisque la Nouvelle Calédonie a d’abord été peuplée de convicts de droit commun afin de dé-saturer Cayenne (le taux de mortalité en Guyane était trop élevé) puis de Rouges de la Commune ainsi que les Algériens issus de la révolte Kabyle en 1870 (Caledoun).

Cette entrée dans le Territoire d’Outremer Français depuis 1853, signe pour « Yo! » la fin du monde Polynésien et ouvre la porte de la Mélanésie, le pays des Papous et des Aborigènes. C’est la dernière terre du Pacifique Sud, un monde isolé qui soigne ses particularités culturelles, sociales, institutionnelles et économiques.

500 miles dans le lagon immense qui présente un cul de sac à l’alizé de Sud-Est et donc offre des navigations « velues », deux mois à explorer le Grand Nouméa, l’archipel des Loyautés et une partie de la côte Est de la Province Nord pour découvrir une organisation sociale d’une complexité déroutante dont l’avenir dans une perspective de référendum sur la question de l’indépendance en 2018 demeure incertain.

Comme illustré dans la vidéo jointe, navigations et plongées sont un bonheur dans ce territoire du bout du monde, par contre, nombre d’hypothèques obèrent les sous-jacents socio-économiques, yeah!!!!

 

 

VOYAGE EN KANAKIE RIEUSE

La société comporte 3 groupes principaux : les Caldoches, anciens bagnards puis propriétaires terriens (mines et agriculture) ; les Kanaks, Mélanésiens autochtones ; les Métro ou Z’oreilles, les Français venus de Métropole tenter une « deuxième chance » ou engranger les primes d’expat de l’administration ; auxquels s’ajoutent des groupes plus ou moins minoritaires : les Vietnamiens engagés (en fait sous des formes de contractuelles proches de l’esclavage) au début du 20ème siècle pour exploiter les mines de Nickel puis d’immigration plus récente suite à la guerre d’Indochine et trustant la majorité des commerces, Wallisiens et Polynésiens attirés par le mirage Calédonien et Indonésiens, nouveaux immigrés employés dans les mines.

Sous une apparente mixité, ces groupes se mélangent peu, mais tous semblent trouver leur place dans un contexte d’enrichissement rapide à plus ou moins grande échelle, directement corrélé au cours du Nickel dont l’extraction concerne de près ou de loin 50% des emplois, principalement concentrés sur Nouméa qui rassemble les 2/3 de la population du Caillou.

Tous ? A l’exception de la population Kanak qui depuis les années 1970 revendique une identité qu’elle peine à trouver. Cette revendication a été portée par le chef historique du mouvement nationaliste et indépendantiste Jean-Marie Tjibaou intimement lié à l’histoire récente violente, celle de la « Tragédie d’Ouvéa » qui a abouti aux Accords de Matignon en 1988 et dont le fantôme sanctifié, continue à hanter l’organisation sociale et le devenir de l’Ile.

Le centre Tjibaou à Nouméa

Le centre Tjibaou à Nouméa

La population Kanake représente 40% de la population du territoire. Environ 2/3 vivent en tribu, le reste à Nouméa et pour 60% dans les « squats », habitations précaires situées à la périphérie de la ville. Néanmoins, l’exode en ville n’exclue pas la participation à la vie clanique et en particulier le partage des revenus avec les membres de la Tribu.

Les accords de Matignon signés en 1988 par une délégation indépendantiste menée par Jean-Marie Tjibaou et les loyalistes menée par Jacques Lafleur, sous l’égide de Michel Rocard définissent le cadre et les enjeux de la Nouvelle Calédonie d’aujourd’hui. Ceux-ci sont fondés sur un partage du pouvoir politique, grâce au découpage du territoire en 3 provinces et une stratégie volontariste de rééquilibrage économique en faveur des Kanaks. Ils ont été approuvés par un référendum national en 1988. Il était prévu d’organiser en 1998 un référendum d’auto-détermination en faveur ou non de l’indépendance.

Les accords de Nouméa signés en 1998 repoussent le référendum d’autodétermination au maximum à 2018 et organisent un transfert progressif de toutes les compétences vers le Territoire sauf la défense, la sécurité intérieure, la justice et la monnaie.

En parallèle, ces accords continuent de tolérer et même définissent l’existence d’un statut civil « coutumier » au côté du statut « civil républicain de droit commun ». En vertu de ceux-ci, les Kanaks sont dotés d’un statut personnel garanti constitutionnellement, mais ils ne sont pas des sujets de droit du Code Civil. Ils sont des sujets de la Coutume,  terme qui désigne à la fois le code oral qui régit la société Kanak (ensemble de règles, de pratiques et de rituels), l’art de vivre Mélanésien dans son ensemble et le geste de l’échange coutumier (échange de paroles et de dons). Si l’échange coutumier en dehors du cadre de la Tribu tend à disparaître même dans les Loyauté, le reste de la Coutume reste prégnant et constitue un véritable frein à l’intégration de la communauté dans le monde du 21ème siècle.

 

Le clan réuni autour d’un ancêtre commun est la base de l’organisation. Les clans se réunissent en tribus, au sein de districts coutumiers, eux-mêmes regroupés en aires coutumières. Le Territoire est découpé en huit aires coutumières, créées par les Accords de Matignon en 1988 et dont le fonctionnement institutionnel est fixé par la loi organique n°99209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle Calédonie. Les relations entre individus sont définies par le degré de parenté, l’âge, le droit d’ainesse, le régime matrimonial et marquées par une forte codification de dons et contre-dons. Toute ressemblance avec un quelconque système féodal ne serait que fortuite.

Le droit coutumier est compétent en ce qui concerne les affaires familiales, de successions ou de gestion des biens en particulier les terres coutumières qui sont déclarées « inaliénables, incessibles, incommutables et insaisissables ». Il repose sur la « Palabre », soit une discussion organisée selon les usages de la coutume Kanak et tenue sous l’autorité du chef de clan, du chef de la tribu ou du grand chef, à la demande d’individus de statut civil coutumier afin de statuer sur un litige, une demande de précision ou une requête concernant ce statut ou la propriété coutumière .

 

Bien entendu les frontières d’exercice du droit sont ténues et alimentent régulièrement les Nouvelles Calédoniennes ou le Chien Bleu, Canard Enchaîné local. De même, les autorités républicaines restent souvent discrètes.

Case de We - Lifou

Case de We – Lifou

 

 

IGNAMES ET TAROS

Ils sont considérés comme le Ying et le Yang de la culture Kanak ! L’igname (principe masculin) à la base de la nourriture Mélanésienne revêt une portée symbolique forte et reste un des éléments principaux des échanges coutumiers…. (Ah Mariette, si je pouvais mettre mon igname dans ton taro…)

Sur le chemin Kanak au centre Tjibaou.

Sur le chemin Kanak au centre Tjibaou.

 

L’objectif de la perpétuation de la Coutume au-delà des gestuelles folkloriques est d’apporter une vertu de stabilité et de continuité pour s’assurer qu’un peuple n’est pas mort. Or nous nous interrogeons sur la réalité et la vitalité de la culture Kanak stricto sensu.

Il y a quelque 60 000 ans, en plein âge de glace, l’actuelle Asie du Sud-Est et les îles de l’archipel Indonésien – Sunda- se parcouraient  quasi à pied sec, et seule une bande de mer d’environ 100 km les séparait de Sahul – combinaison de l’actuelle Australie, Tasmanie et Papouasie-Nouvelle Guinée. Le passage d’Homo Sapiens de Sunda sur Sahul est souvent daté de 40 à 60 000 ans [pour les aficionados de biologie, la séparation entre Sunda et Sahul affecte les plantes et les animaux, et constitue la ligne Wallace du nom du biologiste co-inventeur de la théorie de l’évolution]. Bref, ce furent les ancêtres des Papous, des Aborigènes et des Mélanésiens au sens large qui traversèrent le détroit, s’établissant petit à petit sur l’actuelle Australie et PNG puis colonisant les archipels vers l’Est, sans trop dépasser la longitude 160° du fait de la complexité de la navigation hauturière. A la fin de l’âge de glace, il y a 6/7000 ans, le niveau de la mer remonta, isolant les blocs ce qui engendra la diversité culturelle actuelle. La configuration de la proche Océanie était alors plus ou moins figée. Entre -2000 et -1500, une seconde étape de migration, l’extension connue sous le nom de Lapita par référence à un type de poterie, repousse les limites du domaine Austronésien jusqu’en Nouvelle Calédonie, Fidji, Samoa. [Plus tard, vers les débuts du premier millénaire, partis de Taiwan avec un stop relais identifié dans les Moluques, ceux qui vont devenir les Polynésiens roulent sur les bords du domaine Mélanésien sans trop se mélanger et finissent par atteindre Les Marquises d’où ils essaimeront pour coloniser le  continent invisible].

Les Mélanésiens de Nouvelle Calédonie de par leur isolement ne connaissaient pas l’usage du fer avant l’arrivée de Cook. Ce qui explique la « pauvreté » de l’art Kanak : l’architecture et la sculpture sont limitées à la grande case et portent essentiellement sur la représentation des ancêtres et la symbolique des clans.

Ils n’avaient pas non plus développé d’écriture propre avant l’arrivée des Européens ce qui évidement complexifie la représentation spatiale et perturbe encore l’apprentissage de la géométrie en primaire. Les dialectes, dérivés de la souche Austronésienne, n’intègrent pas le concept de passé ou de futur, ce qui gêne toute représentation temporelle et a sans doute facilité la conversion au christianisme par les missionnaires. Le premier stade de la virtualisation des échanges soit l’usage de la monnaie est de même très récent. Enfin, il n’y pas de cosmogonie et seul est imaginé un monde des Esprits duquel né l’individu et vers lequel il retourne.

 

C’est probablement l’appât du gain lié au boom du Nickel dans les années 1960, 1970 qui a mis le feu aux poudres. Face à une menace de mise en minorité par l’arrivée de « colons » et d’acculturation forcée au monde moderne, la population Kanak se réfugie dans la violence et incendie des fermes caldoches. La réponse est rapide : assassinat d’indépendantistes de la tribu de JM Tjibaou en 1984 et l’escalade se poursuit pour culminer dans la prise d’otage d’Ouvéa en 1988.

S’en suit une période d’apaisement traduite dans les accords de Matignon et qui voit le déversement d’une manne financière déraisonnable sans que les Kanaks encore prisonniers de la « Coutume » ne se sentent réellement concernés. Cela semble un compromis de paix désiré par les politiques de Métropole, entre une vision utopique des leaders Kanaks et les entreprises capitalistiques qui voit dans le Caillou un gisement rentable.

Aujourd’hui le malaise des jeunes Kanaks est perceptible. En rupture du clan ils se retrouvent projetés dans un monde d’ultra communication, sans frontières mais sans que rien ne leur soit vraiment accessible malgré les programmes « 400 cadres ».  En refus de la culture tribale, isolés, tristes, ils se réfugient dans la culture reggae dont ils ne partagent aucune racine sinon celle de rebelle paisible, le kava, le cannabis et l’alcool.

 

 

PAS SI NICKEL CHROME

 

La marina de Hienghène – un ponton, 12 bateaux. Interdit de mouiller dans la rivière... la Tribu en a décidé.

La marina de Hienghène – un ponton, 12 bateaux.
Interdit de mouiller dans la rivière… la Tribu en a décidé.

Pour lutter contre le dépeuplement des provinces et dans un souci d’apaisement après les « Evènements de 1988» le Gouvernement de Nouvelle Calédonie a mis en place le programme 400 cadres destiné à promouvoir la formation et l’insertion des Kanaks et a créé des infrastructures routes, hôpitaux, lycées, marinas… Mais cette volonté d’aider à l’autonomie est surtout illustrée dans la création de la SMSP (Société Minière du Pacifique Sud), de toute pièce avec le support maladroit de l’Etat Français, au profit de la communauté Kanake qui en est le gestionnaire. Ce n’est bien évidemment pas toujours rose, les capitaux manquent, les installations industrielles ne performent pas, les compétences sont rares mais la SMSP tourne et commence à remplir ses missions de formation, structuration de l’économie et source de fierté en un savant mélange de Coutume et roublardise…  D’aucuns sur le Caillou n’en décolèrent pas, inutile de leur jeter des Lafleur, paix à son âme.

 

Le terminal minéralier d’Ugué.

Le terminal minéralier d’Ugué.

 

Le Territoire seulement deux fois grand comme la Corse, concentre 25% des réserves mondiales de Nickel, indispensable adjuvant à la fabrication de l’acier Inoxydable bien connu et également composant indispensable aux nouvelles technologies électroniques ; bref, un métal hautement stratégique.

Vu de la station spatiale, l’exploitation du Nickel jusque dans les années 1980 s’est effectuée en grattant la terre, extrayant la Garniérite, riche en minerai, puis….. on chargeait sur des minéraliers. L’extraction du Nickel et la majeure partie de la marge était faite par l’acheteur. Un mode opératoire fruste. Les mines appartenaient à de grandes familles (Lafleur, Ballande, etc…), l’Etat et ses X-mines à travers Eramet (la maison mère de la SLN) facilitaient les choses, sans grande vision stratégique. A tel point qu’aujourd’hui une seule usine métallurgique opère en Nouvelle Calédonie sous contrôle d’Eramet, la seconde, en opération chaotique depuis 2011 est sous contrôle de Vale (géant Brésilien) et la troisième (celle de SMSP, oui, oui les Kanaks) , en construction – il s’agit du plus grand projet hydro-métallurgique au monde à ce jour –dans le Nord est sous contrôle de capitaux Canadiens.

On ne peut que s’étonner de la manière dont les intérêts particuliers de locaux et les collusions avec les ministères pantouflants conduisent à laisser les deux tiers du contrôle, tant technique que capitalistique, du minerai à des tiers. Manque de vision et d’ambition. Heureusement le contrôle de l’espace marin et son positionnement aux portes de l’Asie peut encore servir de justification à la conservation du Caillou.

 

La Nouvelle Calédonie entretient des relations ambiguës avec ses proches voisins accentuant encore son isolement. Le statut de Territoire d’Outre-mer et les flux économiques privilégiés avec l’Union Européenne et la Métropole à l’écart des échanges avec l’Australie, l’Asie ou autres pays du Pacifique par l’application de barrières douanières dissuasives pénalise l’intégration de l’ile dans la zone Pacifique. Le PIB en raison de la richesse relative apportée par l’industrie du Nickel et le nombre faible d’habitants (260 000) est proche de celui de la Nouvelle Zélande et de l’Australie. Le tourisme deuxième activité tente de capter les croisiéristes Australiens en route pour le Vanuatu, parent pauvre qui permet un exotisme et une justification humanitaire bon marché. Il y a peu d’échange avec la Polynésie Française, mais on ne peut éviter de comparer et de constater un complexe d’infériorité de Nouméa par rapport à Papeete la Flamboyante mais aujourd’hui désuète alors que la participation de la Métropole dans le PIB est de 13% (25% en Polynésie).

 

 

La baie de l’Orphelinat à Nouméa.

La baie de l’Orphelinat à Nouméa.

 

 

EN AVANT

Le Pacifique Sud, c’est fini. Alors que vont débuter les XVème jeux du Pacifique à Port Moresby sous haut contrôle sécuritaire pour détourner l’attention des Roskols, nous quittons avec tristesse mais convaincus d’y revenir pour leur douceur de vivre malgré les démonstrations de brutalité et la désolation semée par l’implémentation blanche, les myriades d’atolls et de lagons, les micros Etats convoités et rapinés par l’Australie et la Nouvelle Zélande, les nations en devenir, conscients de la disparition évidente et flagrante d’originalités culturelles inadaptées, intégrées de force aux jeux stratégiques menés par les géants de la Région.

 

Affiche à Nouméa.

Affiche à Nouméa.

 

Apres le passage du détroit de Torres, un défi en terme de navigation – mer de corail, bancs de sable, marées, courants, cargos… – et une illustration dérangeante de l’hégémonie australienne dans le partage des eaux et le traitement des minorités papous, les prochains mois sont destinées à la traversée de l’archipel Indonésien d’Est en Ouest avec l’objectif d’atteindre Singapour à la fin de l’année. Une route pour découvrir un nouveau monde densément peuplé, à majorité musulmane, engagé à fond dans son siècle, coincé entre la Chine et l’Australie.

 

Louisiades (PNG) – détroit de Torres : Juillet

Moluques : Août

Célèbes (ou Sulawesi ou pays Toraja): Septembre

Petites iles de la Sonde (Nusa Tenggara : Flores, Komodo, Sumbawa, Lombok, Bali) : Octobre

Large Java/Sumatra: Novembre

Singapour, cité du Roi Lion pour les fêtes de fin d’année

Un périple de 3 500 nm parmi 18 000 îles….

 

9 Route Indonésie

 

 

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Nouméa – Nouvelle Calédonie

1er Juillet 2015

www.yodyssey.com

 

Malice au Kiwiland

00 C'est grand la montagne

Fin avril, fin de l’été Austral, Pam semble être le dernier cyclone de la période dans l’hémisphère Sud, la saison cyclonique s’achève. La raison principale de notre si longue escale en Nouvelle Zélande s’éloigne. 5 mois chez les Kiwis, dont 3 semaines de navigation, 3 000 km sur les routes de l’Ile du Sud, près de 300 km à pieds sac à dos et 3 semaines de contacts intenses avec l’industrie nautique locale dans le cadre du refit du bateau ont permis de nous forger une idée solide du pays et de la société.

Au bilan, une collection d’excellents moments, la confirmation que nous préférons l’expérience nomade en bateau plutôt qu’en Camping-car et l’impression mitigée de s’être faits rouler par la formidable compétence marketing locale : c’est beau, c’est vert, c’est nature mais en vrai, c’est beau, c’est vert, c’est l’enfer… pour ceux qui ne sont pas du sérail. Les curieux trouveront après le reportage photo quelques éléments de détail qui préciseront nos déconvenues, l’autre côté du miroir. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la colonisation du Pacifique par la France s’avère, en comparaison de la manière US ou Gibi, d’une haute teneur morale et d’un profond respect des droits élémentaires des peuples « éduqués », nous continuerons à porter haut le pavillon national.

Il est temps de quitter le périmètre de l’influence Anglo-Saxonne et la connexion Afrique du Sud, Australie, Nouvelle Zélande où fleurent bon conservatisme et racisme – le Kiwi est un Néo-Zélandais non Maori ; nombre de nos voisins de ponton restent dans le terrain de jeu de la Couronne et  s’élancent vers les Fidji, les Samoa et Vanuatu pour du « Charity work » (à bord de voiliers luxueux on croit rêver)…

Pour nous, le « Go West » est terminé, nous entamons le périple dans les terres du milieu. Apres nous être continument éloignés, nous  allons nous attacher à réduire lentement la distance à la Base, direction Singapour à travers une myriade d’îles : la Nouvelle Calédonie, les Louisiades, puis l’Indonésie par le dédale du détroit de Torres. Un nouveau voyage pour un nouveau monde : le plus exotique des Territoires Français d’Outre-mer, le pays des Papous et l’Asie du Sud-Est, 18 000 îles, le plus grand pays Musulman du monde étalé sur une distance allant de Londres à Téhéran et autant de diversité culturelle.

Selamat tinggal ! Sampai jumpa lagi !


Quelques lieux magiques visités par l’équipage et abondamment décrits dans les pages qui suivent

Quelques lieux magiques visités par l’équipage et abondamment décrits dans les pages qui suivent



ILE DU NORD

BAIE DES ILES

C’est le bassin de croisière préféré des voileux d’Auckland. Les mouillages sont surpeuplés entre Noel et le Jour de l’an. Le reste du temps, comme un semblant de Bretagne.

Motuarohia

Moturohia

Urupukapuka

Urupukapuka

0d Tane Moana 2

Tane Moana. Un des seuls Kauris restant de l’ile du Nord : environ 3 mètres de diamètre, plus de 1000 années d’âge. Tous les autres ont été arrachés et ont servis à la construction de San Francisco, d’Auckland ou de la Navy. Environment friendly ? Depuis le Rainbow warrior certainly… Et vous reprendriez bien une petite chasse à la baleine ? La chasse aux cétacés redevient économiquement rentable, le gouvernement s’y intéresse, un problème : le peuple n’est pas d’accord, mais d’ici cinq ans….

 AUCKLAND

Auckland, un quart de la population, poumon économique du pays.Le quartier des affaires (BCD) est situé à juste derrière le port commercial et les réservoirs de gasoil. Les nouveaux quartiers ont été construits autour du port dédié à la coupe de l’America, puis aux supers-yachts depuis que l’aiguière d’argent est repartie aux US. Le grand stade des All Blacks est à Wellington, la capitale « culturelle ».

Auckland – Skyline.

Auckland – Skyline.

Auckland – city of sails.

Auckland – city of sails. 3 marinas autour de la baie d’Auckland dont Westhaven (3000 places). L’essentiel des places est cependant occupé par des bateaux à moteur qui sortent pour des week-ends de pêche dans la baie.

Auckland – The Needle en habit du soir pour Noel.

Auckland – The Needle en habit du soir pour Noel. Le monument caractéristique d’Auckland, 328 mètres, loin derrière Brurj Khalifa à Dubaï ou la Kingdom Tower de Djeddah encore en construction. Au sommet un bar, un restaurant panoramique 360°, et une terrasse qui permet de faire du Bungy (saut à l’élastique), activité inventée en Nouvelle Zélande.

Les vignobles de Waiheke (ile située en face d’Auckland).

Les vignobles de Waiheke (ile située en face d’Auckland). Beaucoup de vin blanc et quelques pinot noir. Les régions les plus réputées sont Marlborough, Blenheim et Central Otago. Des vins jeunes, qui manquent un peu de soleil et souvent de maturité, le coût du capital est perçu comme  trop important pour laisser vieillir

 TONGARIRO

  Centre volcanique de l’île du Nord.. un haut lieu de tourisme.

Lande dans le parc national du Tongariro au centre de l’ile du Nord.

Lande dans le parc national du Tongariro au centre de l’ile du Nord.

Giacometti de lave.

Giacometti de lave.

 

Le cône parfait du mont Ngauruhoe, un mont sacré pour les Maoris qui apparait toujours couvert de nuages dans les représentations officielles. C’est aussi le mont Doom dans lequel Frodon va jeter l’anneau maléfique dans le film de Peter Jackson.

Le cône parfait du mont Ngauruhoe, un mont sacré pour les Maoris qui apparait toujours couvert de nuages dans les représentations officielles. C’est aussi le mont Doom dans lequel Frodon va jeter l’anneau maléfique dans le film de Peter Jackson.

 

Emerald lakes.

Emerald lakes. La couleur turquoise est due aux émanations de souffre. L’eau est hautement corrosive.

The Red Crater, témoin de l’éruption de 1949 et 1954.

The Red Crater, témoin de l’éruption de 1949 et 1954.

 

Le mont Ruapehu encore couvert de nuage en décembre. Ses pentes concentrent les stations de ski de l’île du Nord.

Le mont Ruapehu encore couvert de nuage en décembre. Ses pentes concentrent les stations de ski de l’île du Nord.

  

Un jour sans….

Un jour sans….

 

… un jour avec.

… un jour avec.

Arbre magique sur la route de Rotorua, ville Maori, nom vernaculaire des Polynésiens en Nouvelle Zélande dite Aotearoa – le pays du long nuage blanc. Arrivés à partir du 13ème siècle de l’archipel de la Société (Raiatéa et Bora probablement), les Maoris  étaient environ 120 000 au moment du premier contact avec l’homme blanc – Pakeha – fin 18ème siècle et zoup…. tout juste 40 000 fin 19ème. Négation culturelle, exclusion, isolement des autres peuples Polynésiens, spoliation, abâtardissement, les Maori d’antan ne sont plus qu’un lointain mythe pour attraper les touristes. Les processus de sélection ont par contre permis de produire les meilleurs joueurs de rugby du monde…

Arbre magique sur la route de Rotorua, ville Maori, nom vernaculaire des Polynésiens en Nouvelle Zélande dite Aotearoa – le pays du long nuage blanc.
Arrivés à partir du 13ème siècle de l’archipel de la Société (Raiatéa et Bora probablement), les Maoris  étaient environ 120 000 au moment du premier contact avec l’homme blanc – Pakeha – fin 18ème siècle et zoup…. tout juste 40 000 fin 19ème. Négation culturelle, exclusion, isolement des autres peuples Polynésiens, spoliation, abâtardissement, les Maori d’antan ne sont plus qu’un lointain mythe pour attraper les touristes. Les processus de sélection ont par contre permis de produire les meilleurs joueurs de rugby du monde…


ILE DU SUD

 

GOLDORACK

Un van à faire rêver les accros pour explorer l’Ile du Sud pendant 3 semaines. Pas tout à fait « flower power »  mais quand même..

Un van à faire rêver les accros pour explorer l’Ile du Sud pendant 3 semaines. Pas tout à fait « flower power »  mais quand même..

La cuisine, un jour sans sandflies [mouches des sables]  (jusqu’à 200 à l’intérieur du van, ce qui nous a valu de lever l’ancre et de quitter le mouillage fissa), et sans tremblement de terre (Wilberforce le 6 janvier 2015 le long de la faille alpine : « oh ! si ce n’est pas quelqu’un en train de secouer le van, ce doit être le vent qui se lève en début de journée ! »)   

La cuisine, un jour sans sandflies [mouches des sables]  (jusqu’à 200 à l’intérieur du van, ce qui nous a valu de lever l’ancre et de quitter le mouillage fissa), et sans tremblement de terre (Wilberforce le 6 janvier 2015 le long de la faille alpine : « oh ! si ce n’est pas quelqu’un en train de secouer le van, ce doit être le vent qui se lève en début de journée ! »)

Hokitika – au bord de la mer de Tasmanie sur la côte Ouest. Centre de l’artisanat de Jade, et tellement de bois flotté…

Hokitika – au bord de la mer de Tasmanie sur la côte Ouest.
Centre de l’artisanat de Jade, et tellement de bois flotté…

LE MONT COOK

Le lac Tekapo, la chaine des Alpes du Sud avec son point culminant : le mont Cook.

Le lac Tekapo, la chaine des Alpes du Sud avec son point culminant : le mont Cook.

Fox Glacier. Il est avec le glacier Franz Joseph une attraction majeure de l’Ile du Sud. Jusqu’il y a 5 ans on pouvait aller marcher sur le glacier. C’est désormais impossible. Il a tellement reculé et devenu instable qu’on ne peut y faire des excursions qu’en hélicoptère, alors que le bureau de la conservation du site nie le principe même de réchauffement climatique. De 8h matin à 18h, le ballet est incessant, à coup de 350NZD par 1/2h. Vous avez dit : « Bilan carbone ? » 

Fox Glacier.
Il est avec le glacier Franz Joseph une attraction majeure de l’Ile du Sud. Jusqu’il y a 5 ans on pouvait aller marcher sur le glacier. C’est désormais impossible. Il a tellement reculé et devenu instable qu’on ne peut y faire des excursions qu’en hélicoptère, alors que le bureau de la conservation du site nie le principe même de réchauffement climatique. De 8h matin à 18h, le ballet est incessant, à coup de 350NZD par 1/2h. Vous avez dit : « Bilan carbone ? »

 

Un autre lac…

Un autre lac…

 

Fox glacier. Regardez-bien, dans 10 ans, de la gadoue….

Fox glacier.
Regardez-bien, dans 10 ans, de la gadoue….

 

FJORDLAND NATIONAL PARK – KEPLER TRACK

Le Kepler Track, 4 jours de marche dans le parc du Fjordland. Montée dans la « lush tropical forest » ou « podocarp forest », traversée d’éboulis, une très jolie crête, et redescente sur Te-Anau à travers les prairies de Tussock. Le top : le cri du kiwi la nuit aux fonds des bois… 

Beech Forest

Beech Forest

LA crête le 17 janvier 2015 (l’équivalent du 17 juillet). 1200 mètres d’altitude. Par grand vent, les trampers sont à 4 pattes…

LA crête le 17 janvier 2015 (l’équivalent du 17 juillet). 1200 mètres d’altitude. Par grand vent, les trampers sont à 4 pattes…

Kéa, kéa, où es-tu ? Le Kéa est une sorte  de perroquet vert endémique vivant en altitude, en voie de disparition bien sur…

Kéa, kéa, où es-tu ? Le Kéa est une sorte de perroquet vert endémique vivant en altitude, en voie de disparition bien sur…

Les Monts Kepler, le lendemain.

Les Monts Kepler, le lendemain. Le Fjordland, 300 jours pour 7 mètres de pluie par an. Certains jours, sur le Milford track (« 8ème merveille du monde » dixit la campagne marketing et booké plus d’un an à l’avance), les trampers sont récupérés en hélicoptère : sur le sentier ils ont de l’eau jusqu’à la taille.

FAREWELL SAND SPIT

A l’extrême pointe Nord-Ouest de l’ile du Sud, une immense langue de sable, qui se referme sur Goden Bay, sorte de Côte d’Azur locale et haut lieu de culture hippie. Deux semaines plus tard, un troupeau de plus de 200 Globicéphales est venu s’échouer perturbé par la faible profondeur et la marée.

A l’extrême pointe Nord-Ouest de l’ile du Sud, une immense langue de sable, qui se referme sur Goden Bay, sorte de Côte d’Azur locale et haut lieu de culture hippie. Deux semaines plus tard, un troupeau de plus de 200 Globicéphales est venu s’échouer perturbé par la faible profondeur et la marée.

Dunes des 40° Sud.

Dunes des 40° Sud.

Côte Ouest

Côte Ouest

 

KAIKOURA

Côte Est

Côte Est

Mimétisme.

Mimétisme.

KAHURANGI NATIONAL PARK – HEAPHY TRACK

Le Heaphy Track, 4 jours de marche 80 km, à travers la forêt et la lande pour rejoindre la mer de Tasmanie. Totalement désert, trop pentu pour l’élevage.

Le Heaphy Track, 4 jours de marche 80 km, à travers la forêt et la lande pour rejoindre la mer de Tasmanie. Totalement désert, trop pentu pour l’élevage.

Escargot géant carnivore. Espèce en voie de disparition, comme les kiwis…. Surement à cause des Possums (plus de 40 millions), introduit par les colons européens pour l’industrie de la fourrure, puis relachés apres l’effondrement du cours en 1987. Ce n’est pas pourtant faute d’essayer de les exterminer en déversant des tonnes de 1080 en granules ou par épandage. L’impact sur la qualité du sol, des sources, la pousse des jeunes arbres est nié. Tout comme la raison économique de réduire la tuberculose bovine qui empêche l’exportation de viande alors qu’un marché vient d’être signé avec la Chine.  

Escargot géant carnivore. Espèce en voie de disparition, comme les kiwis…. Surement à cause des Possums (plus de 40 millions), introduit par les colons européens pour l’industrie de la fourrure, puis relachés apres l’effondrement du cours en 1987. Ce n’est pas pourtant faute d’essayer de les exterminer en déversant des tonnes de 1080 en granules ou par épandage. L’impact sur la qualité du sol, des sources, la pousse des jeunes arbres est nié. Tout comme la raison économique de réduire la tuberculose bovine qui empêche l’exportation de viande alors qu’un marché vient d’être signé avec la Chine.

L’estuaire de la rivière Heaphy. Pour emprunter la dernière portion du trek, vérifier l’horaire des marées et les conditions de la mer.

L’estuaire de la rivière Heaphy. Pour emprunter la dernière portion du trek, vérifier l’horaire des marées et les conditions de la mer.

BYE BYE NZ

Nous on préfère la Java… On se tire.

Nous on préfère la Java… On se tire.

Il est temps de faire des choses stupides encore plus vite et avec encore plus d’énergie,…

Il est temps de faire des choses stupides encore plus vite et avec encore plus d’énergie,…

 

… de reprendre des activités de marins et de faire fonctionner les outils acquis localement : Si le caillou est mouillé : il pleut – s’il se balance : il y a du vent – s’il est chaud : il y du soleil – s’il est froid : c’est couvert – s’il est blanc : il neige – s’il est bleu : c’est glacial – s’il est parti : OURAGAN.

… de reprendre des activités de marins et de faire fonctionner les outils acquis localement :
Si le caillou est mouillé : il pleut – s’il se balance : il y a du vent – s’il est chaud : il y du soleil – s’il est froid : c’est couvert – s’il est blanc : il neige – s’il est bleu : c’est glacial – s’il est parti : OURAGAN.

….euh ?

….euh ?


MALICE AU KIWILAND

La renommée mondiale de la Nouvelle Zélande repose sur l’image d’un pays libre, bon marché, créatif et protecteur de l’environnement, véhiculé par l’équipe des All Blacks –les anciens guerriers maoris-, la victoire de la Coupe de l’América en 2000 par l’équipe «  Emirates-Team New Zealand » menée par  Sir Peter Blake et la trilogie du Seigneur des Anneaux de JR Tolkien filmé par Peter Jackson. Nous étions impatients de profiter de l’été Austral pour découvrir ce pays utopique, d’autant plus convaincus par la réputation d’experts de l’industrie nautique du Pacifique Sud. Nous avons été surpris de trouver une réalité très différente parfaitement orchestrée.

La Nouvelle Zélande échappée du continent préhistorique du Gondwana et loin de toute autre terre est restée préservée de la voracité des mammifères jusqu’au peuplement tardif par les Polynésiens vers 1300. Ils sont les ancêtres des Maoris. Elle a été découverte par Abel Tasman, un navigateur hollandais vers 1650 avant de devenir une base de chasseurs à la baleine. Enfin, la perfide Albion après avoir bouté les Français hors des lieux –voir l’histoire de Marion Dufresne- et favorisé l’autodestruction des tribus maoris (guerre des mousquets au début du 19eme siècle) a signé un traité équivoque avec les chefs des tribus vainqueurs. Ce traité présenté comme généreux et respectant le droit des populations d’origine, leur garantissant le juste partage des ressources repose sur une traduction erronée du texte anglais en maori.  Dans le texte du traité de Kahurangi, la Grande Bretagne récupère la souveraineté sur la Nouvelle Zélande alors que les Maoris ont été convaincus de céder à la Couronne le droit de gouverner en échange de protection sans perdre leur autorité sur la gestion de leurs propres affaires. Dans les faits, il n’a servi qu’à justifier les expropriations et l’inégalité de traitement infligée aux populations d’origine par les colons anglais, conduisant à un véritable génocide.

La population Maori est passée de 120 000 habitants en 1800 à 40 000 en 1890, à mettre en regard de la population Pakeha (nom local des Blancs/Anglais) : 25 000 en 1840, 75 000 en 1850, 250 000 en 1870…. Cette attitude est restée niée jusqu’aux excuses prononcées par la Reine Elizabeth II en … 1995, la première fois qu’une Couronne Britannique présentait des excuses pour quoique ce soit. Le jour de la fête nationale correspond à la date de signature du traité, quelle ironie ! Aujourd’hui, le traité est contesté par la minorité Maori, alors que sa population reste cantonnée dans des ghettos aux périphéries des villes sans accès à l’éducation, exclue des processus courants de recrutement et connaissant de graves problèmes de santé, ce en dépit d’une politique ouvertement communautaire – il est naturel de se voir demander son origine ethnique par la secrétaire du toubib…

Dès la signature du traité, la Couronne Britannique a transformé la Nouvelle Zélande en colonie de peuplement exploitant jusqu’au pillage, l’intégralité des ressources, transformant 80% de la surface boisée en pâturage, et détruisant des ilots entiers  du Pacifique (Nauru et Banaba), déplaçant les populations pour récupérer la moindre once de phosphate.

Au 21ème siècle, la Nouvelle Zélande reste sous souveraineté Britannique (les pièces de monnaie restent frappées à l’effigie d’Elizabeth II) et dépendante du grand frère Australien pour toutes les importations de matières premières et d’ingénierie. Elle a connu une grave crise économique dans les années 1980 suite à la fermeture des frontières de la Communauté Européenne  (contrepartie négociée à la pseudo intégration du Royaume Uni) à l’importation de la viande de mouton nouveau zélandais (75 millions de têtes à l’époque !!!).  Ce petit pays du bout du monde qui fleure bon l’Angleterre des années 1950, qui mange les mêmes purées de carottes ou de brocoli et les mêmes viandes bouillies, qui idolâtre Margaret Tchatcher,  s’est senti abandonné et trahi – le syndrome du bon fils qui a toujours bien fait et auquel on déclare qu’il ne sera pas le futur patron de l’entreprise familiale.

Le repositionnement s’effectue à marche forcée ; entrée dans une phase de reconversion et de revue de ses alliances, la Nouvelle Zélande est le premier pays développé à avoir signé un traité de libre-échange avec la Chine dont deux aspects amusant illustrent les conséquences :

  1. La Chine est avide de protéines animales destinés à satisfaire les désirs de sa population calqués sur le modèle Américain, i.e. le steak, le McDo…. qu’à cela ne tienne le Kiwi réoriente sa production agricole et fait du bovin (7 millions de têtes) au lieu de l’ovin (30 millions).
  2. L’autre filière concerne les touristes Chinois (200 millions au niveau mondial en 2020 !). La Nouvelle-Zélande est devenue une destination de choix pour du tourisme de masse au départ de l’Empire du Milieu (Pékin, Canton etc). La compagnie China Travel Service NZ offre des packages tout compris : vol, bus, excursions, accueil dans des hôtels et des restaurants tenus par la diaspora. Tout l’argent de la filière repart donc en Chine, gain pour l’industrie touristique nouveau zélandaise : nul, une grande vexation pour les locaux qui observent avec dégout les touristes venus visiter leur supermarché (à vouloir manger avec le diable, mieux vaut une grande cuillère).

Pour la classe moyenne émergente Chinoise, la Nouvelle Zélande représente une destination « exotique » mais également un havre de stabilité, de calme, de verdure dans une Asie peuplée et soumise à tensions. Les transferts de devises s’organisent désormais, et bon nombre de Kiwis sont heureux de vendre leur propriété à prix d’or aux Chinois – avec une densité de 15 habitants au km2 il y a de la place par ici pour se reloger – exhibant tout à la fois leur xénophobie sans réaliser qu’un jour le Grand Frère pourrait avoir envie de  pousser plus avant de si tendres relations.

Pour satisfaire le besoin de main d’œuvre peu qualifiée pour les activités saisonnières de service (hôtellerie, agriculture) tout en conservant un taux d’immigration en deçà des  1%, ce petit pays (4 millions d’habitants) a recours aux jeunes principalement Européens par la mise en place de quota de travail temporaires. En échange d’un lit dans un dortoir, ces derniers sont assurés de travailler quelques heures par jour, mais insuffisamment pour amasser un petit pécule pour visiter le pays. De toute façon, le visa de « working holiday » est limité à un an. La véritable immigration est non-souhaitée et soumise à un mécanisme de points et de quotas extrêmement restrictif.

La Nouvelle Zélande refuse toute source d’énergie nucléaire, mais son ratio d’émission de CO2 est au-dessus de l’Allemagne –les pets de ruminants représenteraient 50% des émissions- et les objectifs de réduction restent faibles : ils sont équivalents en 2050 à ceux que vise la France en 2014. Pas de projets d’hydroélectricité significatifs ou de recherche sur la méthanisation ou la récupération des énergies marines, il est plus facile de bruler du gasoil ou de l’essence pour l’énorme parc de voitures vieilles de plus de 10 ans que de réfléchir aux véhicules hybrides.

On imagine la Nouvelle Zélande comme le pays des hobbits jardiniers. En fait, l’intégralité du pays hors surfaces trop pentues est un gigantesque pâturage. L’industrie de la laine puis de la viande et du lait constitue le lobby le plus important en cheville avec le Département of Conservation (DoC) qui est chargé de la préservation de l’environnement des 20% du territoire (trop pentu) transformé en parcs nationaux où s’ébattent les touristes.

En matière de préservation de l’environnement, le DoC s’est attaqué à la destruction massive du Possum [petit rongeur introduit au début du 20ème pour sa fourrure, les fourrures synthétiques ont tué le marché fin 1980, les éleveurs ont ouvert les cages… mais ça se reproduit vite, il y en a maintenant 50 millions en liberté] en empoisonnant délibérément le sol. La justification de l’épandage massif et des campagnes continues de déversement de poison 1080  (fluor acétate de sodium importé pur des US et dont la consommation en Nouvelle Zélande atteint 80% de la consommation mondiale), est le sauvetage du Kiwi (volatile nocturne sans ailes endémique et sans prédateur jusqu’à l’introduction de rongeurs) dont les possums mangent les œufs et qui frisent l’extinction. La véritable raison est sans doute à rechercher du côté de l’élimination de la tuberculose bovine véhiculée par les ces rongeurs et frein à l’exportation de viande, le cheptel Australien en est exempt, eux aussi lorgnent le marché Chinois…

En conclusion, la Nouvelle Zélande était au début du 19ème siècle un pays magnifique et quasiment vierge. 150 ans de colonisation et de mise en exploitation éhontée ont suffi à  en déboiser la plus grande surface, à la transformer en pâturage, à piller et détruire la plus grande partie des ressources y compris humaines. Débarquer en Nouvelle Zélande revient à effectuer un voyage dans l’Angleterre des années 50, un pays passéiste, protectionniste et peuplé d’individualistes ringards qui profitent d’un niveau de vie confortable car bénéficiant d’une faible densité de population et protégé des agressions extérieurs en raison de l’éloignement et par peur de l’étranger.

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Whangarei – Nouvelle Zélande

29 Avril 2015

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Toujours plus

L’été est officiellement en retard d’au moins sept semaines au Royaume des Kiwis, déprimant, mais comme disent les locaux “c’est exceptionnel”, pour les impatriés (chauffeurs de taxi Sikhs, gérants Hindous de Supérettes), c’est pourri un an sur deux, plutôt les années paires. Bref, bien au chaud, compiler, alléger et mettre en forme les posts parus depuis un an et demi.

Il en résulte un bouquin.

Un joli livre à offrir pour les fêtes de fin d’année, facile à télécharger (un peu moins de 20 mégas, ah ces satanées fotos), à basculer sur un Ebook reader, encore plus à faire imprimer (moyennant phynance), peut-être à relire ou faire circuler…

Le lien:                        Yodyssey – Tome 1 – GO WEST

Avec nos meilleurs voeux de joie et de bonheur, que la force soit avec vous.

Stéphanie / Christophe

Auckland – Nouvelle Zélande

17 décembre 2014

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The Kiwi Race

Propos liminaire

Ce post clôt la pentalogie Polynésienne, des Marquises, épicentre des premiers peuplements du continent invisible, passant par les Tuamotu, la Société, les Tonga jusqu’au Pays du Grand Nuage Blanc (Aotearoa i.e. Kiwiland) où s’implantèrent tardivement (14ème siècle) les plus aventureux et très guerriers des Polynésiens, les Maoris.

Dès le début du 19ème siècle, les Maoris avec beaucoup d’élégance, de grâce et de persévérance firent en sorte de s’autodétruire comme par accident, quittèrent leurs habitats ancestraux (favorisant la création de nombreux sites archéologiques propres à visite touristique), abandonnèrent les éléments clés de leur culture et firent ainsi place nette à quatre millions de sujets de la Reine et leurs vingt-quatre millions d’ovins.

Nous ne saluerons jamais assez une telle grandeur d’âme, mais revenons à nos moutons :

1 Shrek the sheep Un peu surpris par les autochtones…

 

Un peu d’ouest mais pas trop.

En hommage à Bob Marley et sa Rat Race, nous sommes entrés dans la Kiwi Race (Neiafu Tonga – Opua Nouvelle Zélande) le Samedi 1er Novembre vers 11:00. Nos préparatifs étaient dignes de la Route du Rhum qui s’élançait en fanfare : carène parfaite (en prévision de la réception de la quarantaine kiwi), avitaillement (pas trop parce qu’en arrivant tout le périssable est jeté par les mêmes), configuration en mode coup de vent car cette traversée a mauvaise réputation et révision des stratégies météo.

Les navigateurs traversant cette partie du Pacifique Sud à la fin de l’hiver cherchent à se faufiler entre deux coups de vent d’Ouest  (tous les 5/6 jours pour une traversée moyenne de 8/10 jours), leur virulence augmentant avec l’approche de la pointe Nord du Kiwiland (35°Sud).

Les skippers consultent moult oracles et se rassurent en écoutant respectueusement les commentaires des gurus des services météorologiques. Ils regardent donc qu’il n’y ait pas de SPCZ (sorte de pot au noir local) sur la zone de départ, que le jour prévu d’atterrissage en Nouvelle Zélande ne soit pas concomitant avec l’arrivée d’un front et des vents dans le nez et qu’il n’y ait pas de forte houle ni de coups de vents anticipés sur la route. En temps normal, il est recommandé en quittant les Tonga de continuer à tirer vers l’Ouest jusqu’à atteindre la longitude d’Auckland en s’arrêtant à Minerva Reef (un autre lagon au milieu de nulle part), puis de plonger plein Sud, emmené par le vent du Nord précédent la prochaine dépression.

C’est comme ça, la plupart du temps, mais ce n’est pas du tout ce que nous avons fait et nous avons TRES bien fait. Cette traversée rapide (9 jours) s’est transformée en chevauchée à l’avant d’une dépression qui a fermé la fenêtre de la traversée pour 15 jours (en témoignent les 100 bateaux attendus à Opua – Baie des Iles-  la dernière semaine de novembre).

2 grib 01 nov - 01 nov    Fichier météo du 1er novembre : une large zone de hautes pressions est en place entre les Fiji et la Nouvelle Zélande. A surveiller : le Nord de la zone.

 Samedi 1er novembre, tout est en ligne (pas de SPCZ, pas de coup de vent prévu, pas de forte houle). Dans le bulletin du dimanche 2 est juste évoquée la possibilité de formation d’un front tropical entre les Fiji et la Nouvelle Zélande qui pourrait provoquer quelques averses et renforcer les vents d’EST au nord de la Nouvelle Zélande et ainsi occasionner un passage rapide à condition de respecter la route orthodromique (directe) ; il n’en faut pas moins pour mettre en éveil la vigilance extrême du raton-laveur.

Les extraits du livre de bord suivants en témoignent.

2 novembre :

Kiwi race c’est parti !

Quitté Vav’u par Hunga Nord puis balade volcanique avec à tribord le joli cône du volcan Late, quelques miles plus loin les volcans submergés et celui bien visible de Tofua.  Au bord de la Tonga trench, perché sur le rift, les Tonga connaissent une vie volcanique intense, les feux de Madame Bovary paraîtraient bien pâles en comparaison. Ainsi l’ile de Fonuafo’ou au large de Tongatapu apparait et disparait, peut-être à volonté, on ne connait pas très bien sa psychologie. C’est en fait un volcan sous-marin qui alterne entre quelques mètres au-dessus de la mer suite à poussée éruptive puis s’enfonce soumis à l’érosion des vagues (le cauchemar du géographe et du marin: “si, si, je vous dis il y avait quelque chose – meuh non, faut arrêter de picoler mon bon monsieur”). Pour notre frêle esquif, ces montagnes sur et sous l’eau génèrent une mer encore plus croisée qu’un aller/retour à Jérusalem.

Depuis hier soir grand-voile 1 ris puis 2 et génois enroulé 2 points : E / ESE 6/7 et creux de 2/3 mètres, comme d’habitude, harnachés, cirés, gilets on encaisse les bassines d’eau, salés à souhait. Vite, vite, toujours en direction du récif de la chouette. Pas besoin de Prozac, on enchaine les “high” sous speed. En attente du point météo du jour où on affinera les options, on voudrait bien gérer la descente.

3 novembre :

Révision des options météo : on ne s’arrêtera pas à Minerva Reef, l’OM vaincra “Droit au but”; on va essayer d’atterrir chez Kiwis avant qu’une méchante dépression ne pointe son nez, il y en a une qui se met en place sur la Tasmanie à partir du 8 novembre, elle sera sur Opua vers le 10/11… alors on fonce.

4 novembre :

Nous continuons l’option sud, pour tenter de maximiser la route dans des zones de vent et arriver avant de subir les effets désagréables d’une dépression tropicale qui, bloquée par la zone de haute pression sur la Nouvelle Zélande, sera sur Minerva Reef début de semaine prochaine. Une situation météo peu fréquente mais identifiée.

Pour nous, il s’agit de passer le plus vite possible au-delà des 32° Sud où les effets de la chose seront faibles, on ne tient pas trop à jouer dans des creux de 4 mètres.

 3 kiwi race spi 2

5 novembre :

Depuis ce matin, grand-voile haute et spi tangonné. N 3/4. Plein vent arrière.

On continue dans les anti-dep :

                – fuite devant la dépression qui est annoncée pour la fin de la semaine, centrée sur 24 S 20 – 178 E 34 (dimanche milieu de journée) puis qui s’évacue vers l’est. L’objectif est de descendre sous les 30°S avant dimanche pour minimiser ses effets peu plaisants.

                – lutte contre la pétole totale d’où envoi du spi (au moins un peu de couleurs dans la grisaille ambiante) pour arracher mile après mile. A la vitesse de 3 kts, c’est pas gagné.

 4 grib 06 nov - 10 nov

Fichier météo du 6 novembre, prévision au 10 novembre. La dépression a pris naissance sur le bord équatorial des hautes pressions. Les vents attendus sont supérieurs à 30knts (rafales à 50 knts) et les creux sur Minerva Reef de 4 mètres.

7 novembre :

Yodliho, hier à 14h on a foncé tout à angle droit dans la zone de convergence que l’on pistait depuis 2 jours, noire, menaçante, off course pluvieuse, le regard noir d’un percepteur mâtiné de l’amabilité d’un concierge. Nous resterons pudiques sur la turgescence ascensionnelle mais de gaudriole il ne fut point question… ceci étant, on a bien joué. Entré dans la chose avec du vent de Nord moyen, on en est ressorti quasi illico presto, expulsés genre demandeur d’asile à Nice, avec 25kts de Sud dans le nez, la mer blanche… On avait beau s’y attendre, ça fait un choc lorsque l’on sait que l’on a encore une longue route devant soi et que le zébulon est dans le nez… Il faut une dose de sérénité, de détachement, de pugnacité pour remettre l’ouvrage sur le métier et mile après mile forcer contre le vent l’accès du paradis Kiwi. Mahomet n’a pas eu ce problème, lui. C’est pas juste, il était prophète en son pays, ceci étant, pas sûr qu’il ait été accueilli à bras ouvert chez les Kiwis; on verra sur place si notre demande d’ouverture d’une maison de prière est acceptée. Donc plutôt une approche Bouddhiste dans la gestion du vent debout, appuyée sur la connaissance des mystères sacrés dont le célèbre “la roue tourne”, genre mantra qui  conforte dans le fait qu’à plus ou moins brève échéance, la bascule se fait du Sud à l’Est par le Sud-Est. On a quand même convié Athéna et la Vierge Marie (une seule et même personne paraît-t-il mais à des époques différentes) à intercéder en notre faveur auprès des Dieux car les températures quasi polaires (il fait moins de 20° dans le bato) restreignent nos capacités cognitives et nous ne voudrions par pêcher par omission (dans ce contexte et compte tenu de la mer formée, nous avons relevé la ligne).

Soleil rouge ce matin et près serré, grand-voile 1 ris et génois SE 5/6. En attente d’une nouvelle bascule ESE en fin de journée qui devrait permettre d’être bon plein et ainsi de moins giter et zorber* dans les vagues.

Zorber* : un passetemps Kiwi qui consiste à se laisser rouler en bas d’une colline enfermé dans une balle en plastique.

8 novembre :

Météo plus clémente avec le passage sous la latitude “maléfique” des 30°. Mer belle, vent 4 à 5 Beaufort d’Est/Sud-Est, nous filons en route droite sur Opua plus ou moins toilés selon la force et l’angle du vent, les manœuvres sont tranquilles. Bien sûr, la contrepartie est une vitesse un tantinet poussive (aux alentours de 5kts) mais quelle tranquillité après les aventures de ces jours derniers. Le soleil brille, nous retrouvons des luminosités proches de la Méditerranée un jour de Mistral mais un Mistral hivernal car les températures nous rendent malheureux, le choc thermique est si fort que l’on se demande si nous n’allons pas mettre cap au Nord-Ouest afin de rejoindre Nouméa; ce ne serait pas raisonnable certes et nous sommes si raisonnables….

 5 Opua marina 2

Q dock à la marina d’Opua.

10 novembre :

Bon, ben voilà, on est arrivé ce matin dans la Baie des Iles accompagnés par les dauphins. Genre téléportation au pays des courgettes, jolis paysages, verdoyants, frais, les fish&chips, l’Angleterre quoi.

Tout le monde n’a pas géré la dépression tropicale de la même manière:

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Ce bateau canadien a rencontré un peu de vent sur la route… “pour ceux que le système a attrapé, le moyen le plus rapide de sortir d’une dépression en rotation forte dans l’hémisphère Sud est de se mettre bâbord amure vent de travers et d’essayer de sortir du système ce qui devrait vous amener sur l’Ouest en attente de la nouvelle haute pression.”

Une navigation « bretonne ».

Depuis quelques semaines, nous nous offrons une flânerie imprévue dans la Baie des Iles, considérée comme le plus beau bassin de croisière de Nouvelle Zélande. Bien sur certains parleront de l’Ile du Sud, ses fjords et ses glaciers. Mais nous n’ambitionnons pas d’y aller : coups de vent continus d’Est et d’Ouest, forts courants, mouillages profonds avec de délicieux catabatiques, températures polaires, mouches de sable et énormes moustiques…sans compter une pluviométrie hors norme.

7 Motuarohia 6

Motuarohia island ou Roberton Island

La Baie des Iles est un haut lieu de l’histoire locale.

Peuplée il y a 600 ans par les explorateurs Maoris, elle accueillit l’Endaveour du Captain Cook, premier navire Européen à y mouiller.

Il fut suivi par le corsaire malouin Marion Dufresne qui n’a pas dû la trouver très romantique puisqu’il y passa à la casserole (littéralement) sauf la tête et les mains qui furent retrouvées. Après avoir piqué en fraude des plans de cannelle aux Hollandais dans les îles de la Sonde, Marion Dufresne était à la recherche du continent austral (un genre de dahu pour les géographes) lorsqu’il atterrit en NZ; il fut bien accueilli par les Maoris, mais on suppose qu’à son départ, la baie a été décrétée Tabou (interdite) par les autorités religieuses à moins qu’un matelot de Marion n’ait commis quelque indélicatesse. Toujours est-il qu’empétagué dans le brouillard, les deux navires de Marion se sont percutés et il fit demi-tour pour réparer le beaupré de l’un. Descendu à terre avec compagnie afin de chercher un tronc adéquate, il ne revint pas…

Il est amusant de noter qu’une mésaventure (doux euphémisme) similaire arriva au Captain Cook, à Hawaï cette fois, débarqué une première fois sans souci, la seconde lui fut fatale, idem il ne resta que tête et mains. Peut-être y avait-il une tolérance d’ “une fois” par les Polynésiens?

A partir de là, le coin fût envahi par les chasseurs de baleine de si mauvaise réputation que Russel (la capitale) était considéré comme le trou de l’enfer du Pacifique Sud. Puis lorsque la Nouvelle Zélande fut incorporée à la Couronne Britannique, le traité qui établit la souveraineté de la Couronne (ça dépend de quel côté on regarde : Gibi ou Maori) fut signé à Waitangi, juste dans la Baie ; à trois mois près, les Maoris auraient signé avec les Français…. leur avenir en aurait été très différent, beaucoup plus sympa au vu de notre expérience en Polynésie Française.

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Urupukapuka island – Baie des Iles

Le dernier épisode du premier tome Go West. 

On va se reposer un peu, de cette navigation certes mais aussi de tout le reste. La Nouvelle Zélande est une étape importante dans notre long parcours, la première fois que l’on se pose longtemps après avoir navigué depuis plus d’un an sans vraiment de pause. Entrés dans les tropiques par le Nord, nous en sommes sortis par le Sud, partis plein Ouest de Greenwich, nous sommes à l’Est et tout cela sans avoir de trop perdu la tête (juste un jour).

465 jours depuis le 3 Août 2013 dont 115 de navigation pour faire environ 15000nm, 10 fois le pavillon Q dans la mature, une quinzaine de rayons verts, des graupels à la pelle, des grains par seaux entiers, quelques sauciThon, 60 litres de rhum, 600 litres de gasoil, 6 000 requins, 6 baleines (facteur d’échelle), 80 points navigation…

C’est beaucoup; le “Yo!” est en forme et l’équipage heureux.

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Ce post est le dernier épisode du premier tome de la Saga Yodyssey: « Go West ». Ce premier tome sera tout prochainement disponible sur le bologue pour télécharger et faire imprimer… un fabuleux  cadeau de Noël.

La publication reprend Avril/Mai prochain, pour nous amener du Kiwiland à Singapour en passant par la Nouvelle Calédonie, la Papouasie, l’Indonésie… la mer de Corail, le détroit de Tores, la mer d’Arafura, les Moluques… bref que du rêve…

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Baie des Iles – Nouvelle Zélande

30 novembre 2014

www.yodyssey.com

We did it Niue

1 Pacific island

Les Iles du Pacifique Sud, coincées entre la Polynésie Française et l’Australie, une myriade de micro- Etats sous contrôle avisé de la Nouvelle Zélande.

 

Météo tropicale ou subtropicale ?

Alertés à plusieurs reprises sur la difficulté du passage Polynésie / Nouvelle Zélande en raison des conditions météo que l’on est susceptible de rencontrer, nous avons passé un peu de temps à compiler des documents et observer les  bulletins météo. Voici les éléments qui nous ont conduits à tirer vers l’Ouest et ainsi consacrer le mois d’Octobre à visiter de façon impromptue de nouveaux Etats insulaires, réservant le deuxième tronçon (Tonga/Nouvelle Zélande) pour la première quinzaine de Novembre.

1 – La route Polynésie Française / Nouvelle Zélande est soumise à 2 contraintes :

  • Sortir de la zone des cyclones en minimisant le risque de rencontrer les premières tempêtes tropicales (à partir de Novembre) – la vraisemblance d’une année El Nino renforce cet impératif.
  • Arriver en Nouvelle Zélande en maximisant les chances d’éviter les plus fortes tempêtes hivernales (d’Ouest, celles qui déboulent des 50èmes rafraîchissants via la Tasmanie), soit au plus tôt milieu du printemps austral (Novembre itou).

2 – Dans ce cadre, une route directe (Tahiti/Auckland) est à proscrire et il est conseillé de tirer le plus à l’Ouest possible dès le début du passage. Ceci conduit à viser au minimum les Tonga (175°W), voire les Fidji (178°E). Une fois aux Tonga  il est recommandé de poursuivre encore vers l’Ouest (au moins 2° à l’Ouest de la longitude d’Auckland), avant de piquer plein Sud vers le Royaume des Kiwis (Opua).

La conséquence est un allongement significatif de la route :

  • Route directe Bora Bora – Opua : 2 160 nm, l’équivalent de 15 jours à 6 knts.
  • Route Bora Bora – Opua  par l’Ouest: 1 360 nm jusqu’au Tonga puis 1 210 nm jusqu’à Opua, soit au total 2 570 nm, l’équivalent de 10 + 8 = 18 jours à 6 knts.

Cette option permet d’isoler les 2 systèmes météo (tropical et subtropical) et d’essayer de retenir les meilleures fenêtres propres à chaque tronçon. Elle a également le mérite d’éviter la chaîne des Kermadec dangereuse et mal signalée.

2 Map OpenCPN

3 – Le départ de la Polynésie vers les Tonga est dicté par la latitude de la SPCZ (South Pacific Convergence Zone : un pot au noir local), sa fragmentation éventuelle et la virulence de ses fronts. On cherche à éviter de traverser des grains violents et des pluies diluviennes et de naviguer inutilement au près dans une forte houle. A suivre particulièrement, l’interaction d’un éventuel front froid remontant d’Australie avec une branche de la SPCZ, les deux se combinant alors pour le pire.

4 –   On cherche également sur ce tronçon à profiter éventuellement des alizés encore présents,  garants d’un passage plus rapide et confortable.  C’est une raison supplémentaire pour ne pas s’attarder trop longtemps sur la Polynésie.

5 – Une fois aux Tonga, il est temps d’observer les systèmes plus au Sud. La fréquence des coups de vent d’Ouest, un environ tous les 6 jours, fait qu’on en rencontrera forcément un (voire deux si l’on traîne) avant d’arriver. Il est alors utile d’essayer d’estimer à quelle latitude le front sera traversé et quelle force il aura. Il sera atténué au-dessus des 30°S et plus virulent en dessous.

6 – Les éléments à prendre en compte concernent la position des zones de hautes et basses pressions et la présence de fronts ou thalwegs associés. En moyenne, une zone de hautes pressions à la longitude de la Tasmanie atteindra le Nord de la Nouvelle Zélande en 4 jours, une zone de basses pressions (dépression)  en 2,5 jours.

7 –  On fixe le départ en ciblant une arrivée à Opua décorrélée de l’arrivée d’un front. Il est préférable d’anticiper rencontrer le front accompagné de la rotation des vents aux alentours des 30°S où sa virulence sera moindre. Il ne reste alors plus que 300 MN, soit 2 à 3 jours avec du vent de Nord ce qui permet d’atterrir avant l’arrivée du front suivant identifiable sur les fichiers gribs qui deviennent précis.

 

3 FidjiFidjiTongaTonga

Pour tous ceux qui ont appris où étaient les Tonga dans la Bible, atteindre l’archipel c’est comme chausser ses tongs : easy.

Pour les autres, pauvres navigateurs, c’est en fin de compte plus difficile de parvenir au Royaume des Tonga qu’au Royaume des Cieux, de plus ce dernier n’est pas mouillé de partout (on espère tout au moins pour les heureux élus et puis de toute façon, c’est certainement de l’eau bénite). Pour nous, pauvres mécréants, cette traversée Polynésie / Tonga s’est révélée pleine de surprises permettant d’expérimenter des situations de navigation très variées dont la sagacité de l’équipage a permis de tirer parti. Seule constance: la météo dans le coin en intersaison est loin d’être stable, hormis la longue et forte houle de Sud.

Au total, nous mettons 16 jours mais avec de jolies haltes dans des endroits dont nous n’avions jamais entendu parler…

– Bora Bora / Palmerston : vent arrière, génois tangonné, beaux surfs puis pétole grave = 24h de moteur et un stop d’opportunité de 2 nuits à Palmerson (Cooks), en attendant le vent.

– Palmerston / (Beveridge reef) Niue (prononcer niou-hé ) : un grain fort nous a conduit à nous détourner de notre objectif initial (le récif désert au milieu de nulle part de Beveridge reef) et à atterrir à Niue pour laisser passer une nouvelle période de pétole de 4 jours.

– Niue / Vava’u (Tonga) : brafougne inattendue : 30-35 kts de Sud oscillant Sud-Ouest/Sud-Est, soit vent de travers, Grand-Voile 2 ris / Trinquette, à fond dans la houle de Sud sur laquelle la mer du vent levait de jolies vagues croisées. Une baignoire de flotte salée toutes les 10 minutes dans le cockpit (pong, splaaasssshh), genre chats mouillés, harnachés, malheureux pendant toute la nuit. Avec le passage de quelques grains, la pluie s’est mise de la partie, option eau douce ou salée… le luxe. Toutes les bonnes choses ayant une fin, amélioration en arrivant à Vava’u, le vent ayant viré à l’Est.

Le détail de l’histoire dans le photo reportage:

 

Tout commença par un take-away Polynésien (17° S 15 – 156° W 25 )

 4 PoGa Total Respect

Un Mahi-mahi ou daurade coryphène.

Nous bataillâtes (c’est bien plus joli que bataillâmes) une heure et demi pour la remonter génois enroulé, un ris dans la grand-voile, on faisait quand même du 5 nœuds, trop, ça tirait trop.

On a fini par mettre le moteur… en marche arrière, tombé la vitesse à 3.5 nœuds, ça allait mieux;

le « Yo! » ne comprenait pas ce qui lui arrivait, arrière toute avec le vent et la mer qui poussaient.

La bête ferrée au fusil à harpon se débattait lorsque nous la hissâmes une première fois, s’est remise à l’eau d’un coup de rein magnifique, la ligne n’a pas cassé, rebelote, re-harponnée, idem elle ressaute, et dix de der, la bête est projetée dans le cockpit, du sang absolument partout, le carnage.

Un coup de rhum dans les ouïes, ça a calmé le jeu. Zétions épuisés.

 Au menu pendant une semaine : œufs façon poutargue, SauciThon (copyright l’amiral), cru à la Tahitienne (coco), cru à l’Asiate, carpaccio, petits poivrons farcis et sautés, mariné lentilles corail tout juste cuites, gingembre, cebette, soupe.

 

 

Palmerston – Archipel des Cooks (18° S 02 – 163° W 10)

5 Palmerston anch

Le mouillage de Palmerston – Cooks Islands.

Le mouillage, un bien grand mot est situé à l’extérieur de l’atoll. Un petite passe, tellement étroite que seules les barques locales peuvent pénétrer dans le lagon, donne accès au village. 5/6 bouées ont été crochées sur le récif par 15 mètres de fond, au bord de la corniche de la plateforme continentale qui passe brutalement de 1000 m à 12 m. Lorsque le vent tourne, à marée basse, la vague de ressac prend naissance sous la jupe arrière de « Yo ! » et brise sur la barrière de corail 50 mètres plus loin. Le genre de mouillage original qui interroge.

 Nous avons été  pris en charge par Simon qui est venu vérifier notre amarrage. Selon ses conseils en plus de nos 2 haussières sur la bouée, nous avons mis l’ancre… suspendue à 2 mètres au-dessus du fond: au cas où les amarres cassent, on espère que l’ancre s’accrochant au récif réveillera l’équipage (qui dort du sommeil du juste) lui permettant de sauver la mise… on doute mais vu qu’il n’y a pas de vent.

 

Palmerston : une douzaine de motus autour d’un lagon, altitude maximale 15 mètres, 60 habitants, 21 enfants, 6 profs (y compris une anglaise dont le père avait fait naufrage en 1954 sur l’atoll, avait gardé contact avec son meilleur ami,  et qui a souhaité voir par elle-même ce qu’il en était); une  infirmière des Fiji, un abri anti-cyclonique, la possibilité de se connecter sur internet si besoin , 50 bateaux de passage par an, unique produit d’exportation, le filet de perroquet (le poisson mangeur de corail pas le répétiteur de chaire).

La population toute entière de l’atoll descend d’un seul Anglais William Mastres, débarqué en 1863 avec 3 femmes polynésiennes. Charpentier de marine de son état, il organisa de manière intelligente la gestion de sa descendance, minimisant les mariages consanguins autant que possibles, favorisant la quête de sang neuf dans les îles voisines (et en NZ), bref, il semble que l’expérience ne soit pas trop catastrophique.

Les Anglo-Saxons adorent relâcher ici car Williams avait un accent de Gloucester et a transmis la pratique de l’Anglais à sa descendance qui s’y tient.

 

Niue (19° S 02 – 169° W 56)

 6 Grue 3

Zone de débarquement du port d’Alofi – Niué.

Là encore, le mouillage consiste en une vingtaine de bouées posées par 30 mètres de fond. Elles sont retirées pendant la saison des cyclones.

Le débarquement est réputé sportif : il peut être impossible (forte houle d’Ouest), challenging (par temps normal) ou intéressant (le reste du temps). On est sensé s’approcher du quai avec l’annexe puis utiliser une grue pour la sortir de l’eau, la poser sur une remorque et la déposer plus loin pour ne pas gêner.

 Eléments à prendre en compte pour débarquer :  un quai en béton de 30 mètres de long, le platier sur lequel brise le ressac, une minuscule encoche présentant quelques marches glissantes, une houle de 50 à 80 cm, un cargo sur ancre retenu au quai par des haussières de 50 mètres, une barge elle-même poussée par un remorqueur procédant au débarquement de containers et de réservoirs de kérosène, la pluie, une grue pour les containers,  une grue pour les annexes, quelques bateaux de pêche…     

Dans cet environnement, dans lequel le seul élément fixe est la télécommande de la grue, il s’agit de récupérer le crochet de la grue, de le fixer sur un bout 3 points apposé sur l’annexe, de débarquer, de hisser l’annexe, de la poser sur le quai et de la dégager pour les suivants.

Tout ça sous le regard hilare des ouvriers (prêts à aider) œuvrant au déchargement du cargo, du représentant des douanes, de l’immigration et de la quarantaine.

The fun never stops !

 

 

7 Tsunami evac route

Centre-ville d’Alofi, capitale de l’Etat de  Niue.

La ville est régulièrement visitée par des cyclones. En 2004, suite à Heta une partie de la ville a été détruite par des vagues de 50 mètres de haut. A quelques miles de la fosse des Tonga (-10 000m), l’activité volcanique est permanente, accroissant le risque de Tsunami.

 

  

8 Government house

 Maison du Parlement à Alofi – Niue

Niue est le plus petit Etat indépendant du monde (1 600 habitants). Il est toutefois en libre association avec la Nouvelle Zélande à laquelle il sous-traite les affaires étrangères et la défense. Les habitants sont sujets Britanniques et citoyens de Nouvelle Zélande. Il y a  plus de résidents là-bas que dans l’ile mère.

 

 

9 Bond liquor store

Magasin Duty free – Alofi Niué

La vente de produits « DutyFree » aux quelques touristes venus faire de la pêche au gros constitue une des principales sources de revenus. La seule monnaie acceptée est le $ NZD. Ce magasin fait également des avances sur cartes de crédit.

 

 

10 Niue Airlines

Tag Alofi – Niue  … et Flash Gordon.

 

 

11 Fisherman

Embarcations sur le mouillage de Niue.

 

 

12 NYC

Le « Rocher » du Pacifique est le plus grand atoll surélevé du monde. Il est également très fier de son Yacht Club qui affiche le plus grand nombre de membres.

Le captain est devenu le membre n° 91 171. 

 

 

Le Royaume de Tonga (18° S 40 – 174° W 00)

 Le Royaume des Tonga s’étale sur 250 miles nautiques. Constitué de 3 groupes d’iles principaux : Vava’u au nord, Ha’apai au centre et Tongatapu au sud sur lequel se trouve la capitale du royaume Nuku’alofa (on citera pour mémoire uniquement l’île de Niuautoputapu connue sous le petit nom de « New Potatoe » dans le milieu nautique), il compte une grosse centaine de milliers d’habitants, majoritairement Polynésiens qui ont développé leur propre culture. Seul groupe d’île de la région à n’avoir jamais été colonisé, c’est également le seul à n’avoir pas de « grand frère » bienveillant pour combler les déficits sporadiques. Exposé à deux cyclones par an en moyenne, le Royaume est fortement dépendant de l’aide extérieure qui se tarit en période de crise.

 

13 Vava'u Map

Nous avons choisi d’explorer l’archipel du Nord constitué de 61 îles réparties autour du seul trou à cyclone de l’Ouest du Pacifique Sud : Port Refuge où se situe Neiafu la ville principale. Cette dernière est restée un secret longtemps bien gardé : le captain Cook lui-même ayant atterri sur Ha’apai a été convaincu par les indigènes qu’il ne trouverait pas de mouillage abrité plus au Nord….

Et bien, pour un archipel, c’est un archipel et un magnifique bassin de croisière. Aux confins du Pacifique, aux marches de l’Asie, le Royaume des Tonga, pour le peu que nous en ayons vu, nous a conquis.

 

 

14 Mariner's cave 2

Mariner’s cave – Vava’u

 

 

15 Yo! Hurricane hole

« Yo ! » sur coffre dans le trou à cyclone. Les bouées sont conçues  pour résister aux vents les plus violents. Les récits de ceux qui étaient là lors du passage de Ian le 11 janvier 2014 ne donnent pas envie de s’attarder… 

 

 

16 Port Maurelle

Le mouillage de Port Maurelle. Les arbres sont peuplés par des ‘roussettes des Tonga’, seuls mammifères endémiques de l’île qui s’envolent à la tombée de la nuit.

 

17 Poly boat 1

Bateau traditionnel Polynésien construit à Hawaï. On n’est pas loin de la Balade de la Mer Salée.

 

 

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19 Out of school 1

 

20 Cout of school 4

Sortie d’école – Neiafu.

Le taux d’alphabétisation atteint 99%. L’anglais est enseigné dans toutes les écoles.

Les uniformes indiquent l’école d’appartenance : blanc et rouge = école primaire, marron = collège, bleu = Eglise protestante Wesleyan qui comprend le plus grand nombre d’adhérents, orange = école de l’Eglise de Tonga, vert = Eglise Mormon.   

 

 

21 tradition

Le costume traditionnel est largement porté. Les hommes et les femmes portent autour de la taille une natte décorative en fibre de pandanus tressé (selon la légende, un groupe de marins serait arrivé en bateau à Tu’i Tong ;  leurs vêtements déchirés par la tempête, ils taillèrent alors la voile de leur bateau, faite de pandanus tressé, pour s’en draper. L’empereur, ému de leur sacrifice pour lui apparaître présentables, décréta que cela constituerait désormais le vêtement de cérémonie). Tous portent également une jupe ressemblant à un sarong. Le port de la chemise est exigé dans tous les lieux officiels.

  

22 Neiafu marketRacines sur le marché de Neiafu. Taro, patates douces et yams constituent l’essentiel des légumes traditionnels. Beaucoup de produits sont importés de Nouvelle Zélande, bouleversant les habitudes alimentaires et cause d’obésité très répandue.

 

23 politics

Le gouvernement du royaume de Tonga vient de décréter l’état d’urgence en prévision des élections du 17 novembre prochain.

Les membres éminents de la Dynastie Tupou comprennent le fondateur qui a unifié le pays et l’a converti au Christianisme, la reine Salote (Charlotte !) qui a assisté au couronnement de la Reine Elisabeth II et le roi Tupou IV connu comme le roi le plus gros du monde : 210 kg. Deux mois après sa mort, en 2006, des émeutes violentes ont éclatés à Nuku’alofa. Les armées d’Australie et de de Nouvelle Zélande sont intervenues.  

Le roi Tupou V a promis lors de son couronnement en 2008 de céder aux aspirations démocratiques de ses sujets. Des élections ont été organisées pour la première fois en 2010 pour élire 17 des membres du parlement sur 26. Les 9 autres étant réservés aux nobles (33 familles).  Il est décédé en 2012. Son frère le roi Tupou VI lui a succédé.

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Neiafu – Vava’u – Royaume de Tonga.

30 octobre 2014

www.yodyssey.com

Jeux de Sociétés

1 sweet-mama-moorea-6-septembre-2011

Des nageoires pectorales hypertrophiées, une tête qui représente près d’un tiers de la longueur et des protubérances de la taille d’une balle de golf implantées de poils sensoriels sont les caractéristiques de ce Mysticète (baleine à fanons).

 

Septembre en Polynésie, c’est la saison des baleines. Depuis quelques semaines, « Yo ! » navigue de conserve (pardon de concert)  avec les mégaptères ou baleines à bosse.  Le long des côtes sous le vent de Tahiti, Moorea, Huahiné ou Tahaa, ces géants (15 mètres et 30 tonnes en moyenne) viennent s’ébattre, se séduire ou mettre bas avant de repartir pour l’été austral vers les eaux très riches de l’Antarctique.

La pauvreté des eaux tropicales les conduit à jeûner cinq mois durant, mais ils y trouvent des conditions climatiques peu coûteuses sur le plan énergétique et un environnement propice au bon déroulement de leurs amours (faut une sacrée imagination pour trouver comment s’y prendre).

Rivages abrités, eaux chaudes, météo clémente, isolement, rareté des prédateurs vont offrir à leurs ébats un meilleur taux de réussite et aux nouveaux nés les meilleures chances de survie.

Venant du grand sud, les baleines croisent d’abord dans l’archipel des Australes ou certains individus vont se fixer (Rurutu) alors que d’autres vagabondent plus au Nord. Les plus tardifs à repartir sont les mères et les jeunes baleineaux et on peut les apercevoir jusqu’au mois de novembre. Les femelles qui allaitent ont perdu 30% de leur poids mais les jeunes de 4 à 5 mois sont alors assez robustes pour entamer le périple de 6 000 km et supporter le passage d’une eau tropicale à celle de l’océan austral de quelques degrés Celsius.

La façon dont les baleines s’orientent n’est pas connue ; les hypothèses, de la présence de magnétite dans le cerveau permettant d’identifier les champs magnétiques au balisage vocal effectué par le chant des grands mâles, sont nombreuses mais insatisfaisantes.

La présence de ces animaux dans les eaux polynésiennes est relativement récente, inférieure à 200 ans. En effet, contrairement aux tortues, raies, requins qui foisonnent, aucune trace de baleines dans les mythes, pas d’objets artisanaux à leur effigie. Cette absence est-elle l’expression de la frustration des populations locales à capturer ces « monstres », ou plutôt témoigne-t-elle de leur rareté dans les eaux polynésiennes alors que ceux-ci étaient traditionnellement abondants aux Tonga, 2500km plus à l’Ouest ?

Cette dernière hypothèse est validée par les récits des chasseurs baleiniers occidentaux qui à partir du 19ème  siècle sillonnent, prospectent, exploitent sans relâche pratiquement jusqu’à extinction la moindre parcelle du Pacifique (150 000 spécimens en 1800, 12 000 au mieux de nos jours). A cette époque, Tahiti est utilisé comme base en raison de ses avantages logistiques et de sa vie plaisante et non comme terrain de chasse.  Les causes qui ont poussé cette population à élire les eaux de la Polynésie Française comme nouvelle zone de reproduction sont encore inconnues.

 

Migrations humaines

 2 Tahiti musée 1

L’Océanie – Le « Continent Invisible » et le Triangle Polynésien.

Les raisons qui ont conduit des populations « Lapita » à migrer d’île en île dans d’audacieux voyages nautiques d’exploration et de colonisation pour en faire le peuple le plus dispersé de la terre font l’objet d’hypothèses invérifiables. Malgré son morcellement extrême, le « Continent Invisible » qui s’étale sur des millions de km² d’océan présente une  homogénéité ethnique, des systèmes d’organisation de sociétés proches, une unité de langue et des similarités d’exposition à l’histoire récente en dépit des traitements différenciés de décolonisation.

Par convention, le « Continent Invisible » est divisé en 3 blocs :

  • La Micronésie : des îles Mariannes aux îles Gilbert principalement situées au Nord de l’Equateur,
  • La Mélanésie qui englobe la Nouvelle Guinée, les îles Salomon, le Vanuatu, la Nouvelle Calédonie et les îles Fidji,
  • La Polynésie qui regroupe l’identité Maori, des Îles Hawaï à la Nouvelle Zélande, de l’Île de Pâques au Royaume de Tonga avec Tahiti au centre du triangle.

Un peuplement aussi minutieux de la plus petite parcelle (manière de résorber les excédents démographiques) témoigne d’un art nautique, d’une connaissance du ciel et de la mer et d’une passion pour les voyages inouïs pour les premiers navigateurs Européens habitués à passer d’un continent à l’autre et qui pénètrent dans l’océan Pacifique à la recherche du Continent Austral.

Ces qualités se sont  perdues progressivement aux confins du triangle : en Nouvelle Zélande où l’existence d’une grande terre abondante rendait négligeable la science de la navigation –l’expertise actuelle des Kiwis est à rattacher aux performances de la Navy – et à l’île de Pâques alors que les grands arbres étaient abattus pour l’édification des statues de pierre de plus en plus hautes (que les voisins jaloux s’empressaient de renverser) jusqu’à ne plus savoir construire de pirogue. Elles restent significatives à Tahiti où le plus grand évènement sportif est la Hawaiki Nui Va’a qui regroupe une centaine de pirogues à balanciers par équipage de six pour 3 jours de course entre Huahiné, Raiatea, Tahaa et Bora Bora.

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Tag à Papeete – Des Tikis de Polynési et d’Hawaï au Moai de Rapanui.

 

4 Marae

 

Migrations interinsulaires du Pacifique  (Centre Polynésien des Sciences Humaines Te anavaharau)

Avant l’arrivée des Européens, les deux concepts clés de la vie religieuse et politique Polynésienne sont MANA et TAPU. Le Mana est le pouvoir sacré que possède le dieu et grâce auquel il est capable d’agir. Par extension il peut être transmis aux hommes. Ainsi un chef puissant dispose d’un grand Mana. Il peut également le perdre et ainsi justifier les défaites.

Tapu est ce qui a donné Tabou en français. Quelque chose de tapu pouvait être sacré ou avoir été l’objet d’une malédiction, voire un opprobre royal. Ce concept était, entre autre, utilisé comme moyen de contrôle social pour confiner à l’isolement certains sujets. Aujourd’hui, il est employé dans la vie courante au sens d’interdit. Ainsi une pancarte sur un motu à Huahiné indique : « Tapu 10h à 14h », période durant laquelle des touristes sont emmenés déjeuner sur l’île, elle doit leur être laissée !

Malgré 200 ans d’évangélisation féroce, la superstition continue à imprégner tous les aspects de la vie courante. Les récits de malédiction encourue par les ouvriers sur un chantier en raison d’un déplacement de Tiki sont courants.

Le Marae Arahurahu sur Tahiti : à la fois, lieu de culte des ancêtres et des divinités et centre des réseaux politiques.  Celui-ci a été édifié entre le XVème et le XVIIIème siècle. Le château de Chenonceau a été construit en 1513, on note certaines similarités architecturales ! 

 

La découverte de Tahiti par Bougainville en 1760 avec ses ressources naturelles abondantes et ses habitants apparemment hospitaliers et pacifiques (une fois que l’usage des canons eut établi la nouvelle échelle de pouvoir)  à une époque où la philosophie politique s’intéresse beaucoup aux spéculations de « l’état de Nature » va pendant de longs siècles entretenir l’imagination romantique d’une terre de Paradis.

Tous les navigateurs ne seront pas aussi magnanimes que le Captain Cook venu une première fois à Tahiti pour observer le passage de Vénus et contribuer à l’amélioration du calcul de la longitude chère aux marins. (A bord, comme Marilou, nous sommes tous « fan du Captain Cook, on a sur lui tout un pressbook et aussi de Tarzan » euh, non pas Tarzan…). Au contraire, à sa suite il entraine négociants querelleurs, affamés de nourriture et de plaisir, conscrits et mutinés dont les plus célèbres sont ceux du Bounty, beachcombers – rodeurs de grève, souvent des naufragés-  et enfin missionnaires.

Ils vont tous venir : Catholiques, Protestants, Adventistes, Pentecôtistes, Mormons… Ils vont s’implanter plus ou moins laborieusement une fois la suspicion initiale envers leur motivation surmontée, c’est-à-dire leur stratégie de conquête des âmes considérée comme négligeable.

Utilisés à des fins politiques par les monarques (Pomare II), ils obtiennent en échange la conversion des peuples. Parallèlement, ils vont également être le recours d’une population perturbée par la force des changements auxquels elle est exposée suite aux nouveaux flux commerciaux et migratoires en insistant sur l’éducation (traduction des bibles et apprentissage de la lecture).

Les missionnaires prodiguent également des soins grâce à une nouvelle médecine, c’est bien la moindre des choses, les maladies infectieuses ont réduit à peau de chagrin une population estimée à plusieurs centaines de milliers d’habitants à l’époque du premier contact [Tahiti 1767 65 000 ; 1797 16 000 ; 1830 9 000 ; la population ne repassera la barre des 10 000 habitants qu’à l’aube du 20ème siècle pour s’établir actuellement à 183 000 habitants – deux polynésiens sur trois).

Ces actions s’accompagnent bien entendu de prêche et d’imposition de conduite morale allant jusqu’à la rédaction de codes de lois écrits ; de bien sympathiques tentatives d’imposer des modèles de théocratie intolérante !

Les jeux de religion n’empêcheront pas Tahiti de devenir une possession Française en 1842, la France (souhaitant se refaire une santé après les défaites Napoléoniennes)  s’appuyant sur l’Eglise Catholique impatiente de rentrer en compétition avec les Protestants déjà bien implantés.

Négligé par les Anglais aux prises avec leur sale guerre en Nouvelle Zélande, le roi Pomare V n’a d’autre choix que de céder en 1880 à la France la souveraineté sur toutes les îles dépendantes de la couronne de Tahiti. Ces possessions forment avec les autres archipels (dont la théocratie Catholique des Gambiers annexée en 1881), les « Etablissements  Français d’Océanie ».

 

Plaque commémorative de l’arrivée du Duff, bateau de la London Missionary Society sur un monument situé à côté du phare de la pointe Vénus.

 

 

Au 19eme siècle, la position des puissances Européennes vis-à-vis des territoires du Pacifique, alors qu’elles se sont partagées le reste du monde en empires coloniaux est ambiguë. Elles préfèrent maintenir la semi-fiction qui consiste à reconnaitre ces territoires comme des Etats indépendants sans leur accorder des statuts égaux aux leurs. Elles voulaient surtout ne pas laisser d’autres nations obtenir des avantages politiques, économiques ou stratégiques même dans des endroits où les enjeux étaient minces car imparfaitement identifiés.

Dans les décennies qui suivent, les différences de traitement s’accroissent en fonction de l’attirance que la terre allait exercer sur les colons, la présence de ressources y compris humaines à exploiter, et surtout la manière dont les puissances allaient définir leur responsabilité vis-à-vis des peuples qui leur étaient soumis.

D’une population polynésienne/maori initialement homogène vont découler au moins six systèmes :

Hawaï (modèle Américain) : les Maoris sont parqués dans des réserves, acculturation forcée, deviennent une minorité, le groupe d’île est un état comme un autre, multi ethnique, 40% asiatiques, 25% européens, 25% métis, 10% maoris.

Tonga (modèle  local): le Royaume s’est extrêmement bien débrouillé pour garder son indépendance, s’appuyant sur les rivalités entre grandes puissances (France-Grande Bretagne puis Allemagne). Un petit pays libre…  jamais colonisés, ce sont les seuls pacifiques à n’avoir pas de passeport pour un pays développé, du coup très peu de rémittences.

Ile de Pâque (modèle local) : la culture des Moais à grande échelle conduit à ravager le substrat terrestre, famine, autodestruction.

Pour les Anglais, il est juridiquement admis très tôt que les autochtones ont un droit fondamental à un traitement juste et à la jouissance des ressources qu’ils possèdent ; mais l’homme propose, l’histoire dispose, il en résulte deux modèles qui illustrent bien la différence entre la théorie et la pratique :

Nouvelle Zélande (modèle Anglais #1) : une bonne partie des Maoris s’étant auto-éliminés grâce aux armes à feu mises à leur disposition durant la première moitié du siècle, la couronne Anglaise (quoique de prime abord réticente), se lance dans la colonisation de peuplement à grande échelle durant la période 1840-1850 conduisant aux guerres Maoris de 1860 à 1872 et à la confiscation de nombre de terres ; l’établissement du système mixte actuel conduit à une représentation ethnique maori de 15% de la population.

Cook et Fidji/Samoa etc (modèle Anglais #2) : quoiqu’ethniquement Mélanésiens Fidji/Samoa ont des structures culturelles, linguistiques, religieuses très polynésiennes. Développement de structures locales de gouvernement sous la bienveillante supervision de la Couronne (les Kiwis en étaient l’avant-poste), Fidji hébergea par exemple la première université du Pacifique mais vit sa population diluée de moitié par l’immigration massive de main d’œuvre indienne qui représente de nos jours 45% de la population…  entrée de plein pied dans un monde globalisé.

Polynésie Française (modèle Français): pour les Français, il fut suffisant de mettre en place un régime autoritaire destiné à n’assurer que les fonctions administratives essentielles et collecter les impôts, ce qui conduisit à négliger la Polynésie, nous allons en mesurer quelques conséquences ci-après (le traitement de la Nouvelle Calédonie qui dispose de ressources minières importantes fut différent). Répartition ethnique: 68% polynésiens, 12% européens, 15% métis, 5% asiatiques.

 

 

La Polynésie Française  de nos jours

(Gambier/Australes non explorées)

Pour la « Yo Team » côté cœur, c’est simple :

Un bassin de croisière magnifique, des eaux riches sur les Marquises/Tuamotu, une météo clémente au moins six mois par an (hors période cyclonique), des mouillages peu fréquentés et généralement bien abrités: une fois planqué dans le lagon, ça baigne.

La sécurité des biens et des personnes est assurée, les infrastructures (admin, transport, médical) sont de bon niveau, l’approvisionnement est correct, bref, on ne se croirait pas en plein milieu du Pacifique.

Les « voileux » ne s’y trompent pas qui restent  souvent jusqu’au maximum de durée autorisée.

Les « locaux » ne s’y trompent pas non plus, tranquilles, souriants, attentionnés, vivant bien, parfois modestement, et, pour la plupart, n’envisagent pas de s’installer ailleurs.

On reviendra !

Motu Murimahora à Huahiné. Le paradis !

 

 

Pour la « Yo Team » côté raison, ce n’est pas brillant :

(pour simplifier les Francs CFP ont été convertis en €uros sur la base de 120FCFP/€)

Dans le processus de décolonisation du Pacifique entrepris après la seconde guerre mondiale, la position de la France est originale. Elle n’a jamais considéré ses îles comme des colonies mais comme des Territoires d’outre-mer qui peuvent faire l’objet de réformes : les indigènes obtiennent la nationalité Française et sont représentés à l’Assemblée Nationale, mais la question de l’indépendance n’est pas négociable. Cette position est encore plus marquée après le référendum de 1958 mené par le Général de Gaulle, où est votée avec une majorité confortable l’association avec la France. Le mouvement indépendantiste a alors du mal à trouver sa légitimité. Cela ne l’empêchera pas jusqu’en 2013 de constituer une minorité de blocage systématique empêchant une gouvernance sérieuse, déjà entachée de corruption.

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Le Port de Papeete. Il y a 43 aéroports répartis sur le territoire, sensés gérer la discontinuité territoriale et sociale, mais souvent synonyme d’abus.  

 

Les Etablissements Français d’Océanie prennent le nom de Polynésie Française en 1957. Le statut d’autonomie interne attribué en 1984 est élargi une première fois en 1996, année d’arrêts des essais nucléaires, puis en 2004 : « les autorités de la Polynésie Française sont compétentes dans toutes les matières qui ne sont pas dévolues à l’Etat ». Ce dernier exerce donc des compétences recentrées sur ses missions régaliennes : défense, relations extérieures, contrôle de l’immigration, monnaie. Le Haut-Commissaire de la République est le délégué du gouvernement de la République Française.

La période 2004-2013 est caractérisée par une grande instabilité politique (11 gouvernements successifs) qui, couplée au retrait programmé des subsides post CEP explique en grande partie  la détérioration du bilan économique (pour la petite histoire: versement d’indemnités estimé à 2.5 millions d’€uros à chaque changement d’équipe), l’absence de stratégie de développement territorial et d’esprit d’entreprise individuel que l’on constate aujourd’hui.

La dernière modification du processus électoral est entrée en vigueur en mai 2013. C’est le parti de Gaston Flosse qui l’a remporté  « parce qu’avec lui c’est moins pire » contre celui d’Oscar Temaru leader du courant indépendantiste. Co-fondateur du RPR, Gaston est donc redevenu Président pour la cinquième fois depuis 1984 mais vient tout juste d’être démis de ses fonctions en raison d’une condamnation pour emplois fictifs…  il n’y eut pas de grâce Présidentielle cette fois-ci.

En cessation de paiement en 2009, la Polynésie Française a, pour objectif un retour à l’équilibre des comptes devant permettre d’accroitre l’endettement afin de financer son développement (mmmh ?) : en fait, il est déjà un peu tard car l’endettement s’est déjà envolé  en 10 ans : + 60% entre 2000 et 2009 passant de  3 à 12 ans nécessaires au remboursement de la dette (il est vrai que les préteurs considèrent probablement que la garantie de la France jouera).

Cette situation, couplée au niveau de l’indice de mesures des inégalités de revenus des ménages (indice de Gini) proche de celui de certains Etats d’Amérique du Sud, fait écrire à la presse locale que la Polynésie Française est un Pays « en voie de sous-développement ».

 

Tout visiteur en Polynésie est surpris par les prix, la lente complainte « tout est si cher ici ».

Suite à une enquête menée en 2010, il ressort qu’en moyenne les prix sont 26% plus élevés qu’en métropole ; cet écart peut aller jusqu’à 75% pour les produits alimentaires, les dépenses d’alimentation représentent ainsi 25% du budget d’un ménage contre 15% en métropole.

A chaque fois, nous obtenons la même réponse : c’est la faute du CEP (Centre d’Essais du Pacifique) qui a introduit des salaires surévalués entrainant une forte inflation et dont le désengagement a nécessité la mise en place de PPN (Produits de Première Nécessité).

Mais dans la réalité vraie, il ne faut pas oublier  que les prix reflètent également la structure fiscale et ici ce n’est pas comme en métropole: les ressources fiscales sont à 71% d’origine indirecte (TVA 13%, taxe sur les importations 30% sans oublier les vins et spiritueux à 250%…), il n’y a pas d’impôt sur le revenu, les salaires ne sont pas soumis à cotisations salariales, bref… si on regarde quelques chiffres :

€uros Polynésie Française Métropole
Mensuel Moyen Brut 2583 2830
Mensuel Moyen Net 2325 (estim / pas d’IR). 2128 (soumis à IR)

En première approximation (et même en seconde)  mieux vaut être au salaire moyen en Polynésie Française qu’en métropole, d’autant que les frais de chauffage sont réduits…… intéressant.

Le PIB (Produit Intérieur Brut) par habitant est de 17 500 €uros (2009). Il représente 64 % du PIB par habitant métropolitain et avoisine celui de la Réunion ou de la Guyane. Il est nettement en deçà de celui de Nouvelle Calédonie, cette dernière disposant du niveau de richesse produite par habitant le plus élevé d’outre-mer.

Les versements nets publics de l’Etat, la perfusion de survie, représentent 24% de ce même PIB (ils en représentaient plus de 50% pendant la période des essais nucléaires), un montant d’1.1 milliard d’€uros. [cela représente 2 jours de revenus disponible (net de charges sociales, impôts, loyer, chauffage, alimentation) par actif métropolitain : en bref, il faut se lever le 2 et le 3 janvier lorsqu’il fait froid, qu’il fait nuit, qu’il pleut et prendre le métro pour aller taffer… afin de soutenir la Polynésie Française]

 

 

 

Pour accompagner la réduction anticipée des transferts financiers provenant de la métropole (réduction planifiée des subsides post-CEP) et renforcer son autonomie économique, la Polynésie Française a privilégié le développement de filières de substitution par la valorisation des avantages naturels (ressources halieutiques, tourisme, perle, coprah, vanille, noni,…).

Toutes ces filières sont en crise sans que la crise de 2008 soit la seule explication. Le manque d’encouragement à l’investissement et à l’initiative individuelle, la mise en place de barrières protectionnistes visant à se protéger de la concurrence, doublées de fortes taxes sont également responsables :

  • la culture du coprah (amande séchée de la noix de coco dont on extrait l’huile, et qui parfumée aux Tiaré, donne le monoï) s’exerce sur les 2/3 de la surface cultivée, la totalité de la production de coprah est acheté par l’Huilerie de Tahiti à un prix fixé par le gouvernement ( 1100€/tonne) lequel compense l’Huilerie de Tahiti pour la différence avec le cours international (460€/tonne), production annuelle 10 000 tonnes, les cocotiers de Polynésie Française sont subventionnés à hauteur de 7 millions d’€uros.
  • Les technologies d’aquaculture, développées avec l’IFREMER sont opérationnelles, implantées depuis fort longtemps en Nouvelle Calédonie, mais localement permettent de produire quelques tonnes par an… quelle prouesse ; heureusement, « le projet d’implantation par des investisseurs chinois d’une unité de production aquacole aux Tuamotu pourrait transformer profondément la filière, avec à terme, l’objectif d’exporter 50 000 tonnes de poissons d’élevage » è un seul atoll converti en ferme aquacole suffit à remplir la totalité des besoins protéiques polynésiens mais laissons cela aux « Chinois ».
  • 5 millions de km2 d’océan sous contrôle direct, la pêche ne parvient à générer que 16 000 tonnes par an, le modèle local est tel que cela revient moins cher d’acheter du poulet surgelé que du thon frais. Etrange. On a du mal à comprendre la logique que l’on trouve à exporter du poisson sur les Etats-Unis et en importer du bœuf ou du poulet…

 

Poissons perroquet pêchés de nuit au lamparo dans le lagon de Huahiné. Ce sont des brouteurs de corail. Leur taille n’excède pas 25 cm. Il ne reste rien d’autre. Les tortues, mérous, loches ont tous été mangés.

  • Fruits & légumes : Production locale 14 000 tonnes/an – Importation 10 000 tonnes/an, pourtant nombre d’îles sont verdoyantes…
  • L’importation annuelle de viande représente 25 000 tonnes (à mettre en regard d’une production locale de l’ordre de 1 000 tonnes) ; la mystique locale attribue la consommation de viande aux touristes et européens, soit à tout casser 25 000 personnes qui consommeraient chacune la modeste quantité de 1 tonne par an, 2.5kg par jour, autant pour la mystique locale.
  • « L’énergie éolienne expérimentée aux Australes et aux Tuamotu s’est révélée peu probante, en raison de la faiblesse relative des vents et des risques cycloniques »… c’est bien connu, les alizés sont si irréguliers…
  • Le tourisme…. une photo suffira:

8 Bora Hilton

Les 9000 habitants de l’île sont tous employés dans l’activité touristique. Du Sofitel au Four Seasons, toutes les chaines sont représentées. Le taux de remplissage moyen atteint tout juste 60%. Tous les projets sont montés en utilisant le principe de crédit d’impôt de défiscalisation, entre 35 et 65% de l’investissement soit une perte cumulée de recettes fiscales de 1 milliard d’€uros à ce jour, joli cadeau que l’on fit là aux grande chaînes hôtelières

En conséquence, le taux de chômage avoisine les 25% (10% en métropole). Le secteur tertiaire réalise 85% de la valeur ajoutée totale en 2009, dont plus d’un tiers est produite par les services non marchands (administration, éducation, santé, action sociale).

Pour autant, sous le contrôle direct du gouvernement local jusqu’au baccalauréat, la gestion du système d’éducation est peu performante: le taux de réussite au bac est de 90% mais seuls 33% d’une génération sont bacheliers (65% en métropole), l’âge moyen d’obtention du bac est aux alentours de 20 ans.

En dépit du taux de réussite fièrement affiché, la situation de l’enseignement secondaire traduit un profond désintérêt pour l’avenir des générations futures. Le manque d’accompagnement des élèves internes en raison de l’éloignement conduit de nombreux élèves à arrêter l’école dès 16 ans, désœuvrés, le cercle vicieux est enclenché… tristes tropiques.

Instauré en 1995 à la veille du retrait du CEP, le système de santé couvre aujourd’hui 99% de la population. Il est menacé par des facteurs structurels (vieillissement de la population) et conjoncturels (diminution du nombre de cotisants avec la crise économique).  Un polynésien sur huit est en longue maladie (hypertension/diabète, ces pathologies du 21ème siècle) mais à peine un tiers des communes servent de l’eau potable à leurs usagers… cherchez l’erreur.

Jusqu’en 2008, l’Etat Français contribuait au financement de la PSG (Protection Sociale Généralisée) et a subordonné ses participations ultérieures à la mise en œuvre de réformes conséquentes. On notera cependant que le niveau unitaire (par habitant) de déficit du régime est similaire à celui de la métropole, tout comme le niveau de performance, conduisant à une espérance de vie parmi les plus élevées du Pacifique.

Passe de Rautoanui à Raiatea par forte houle de Sud.


 

Vision hélicoptère

Pour l’Etat Français

  • un enjeu majeur, le contrôle de la Zone d’Exclusivité Economique, les 5 millions de km2 qui permettent à la France d’être le second pays au monde (après les Etats Unis) en terme de façade maritime.
  • une envie débordante de minimiser les coûts associés au maintien, en l’état, de la Polynésie Française.

Pour Bruxelles

  • un avant-poste Pacifique supportant les projections diplomatiques potentielles aux marges de la Mer de Chine et un support à la « zone €uro ».
  • l’irritation grandissante au vu de l’incapacité Française à maîtriser son déficit.

Pour les métropolitains

  • le rêve, la plage, les cocotiers, au moins virtuels.
  • 1 milliard d’€uro par an, ça fait quand même beaucoup, souvenons-nous du Lundi de Pentecôte…

Pour les Popas (ce drôle de nom que les polynésiens donnent aux européens, on suppose sur la suggestion malicieuse des Anglais faisant référence aux Papistes i.e. les Catholiques, assimilés aux Français….), pour les Popas donc, que rien ne change, l’aventure est au coin de la rue, aseptisée, tous frais payés.

Pour les Demis (métis, souvent issus de mariages croisés entre colons et noblesse polynésienne afin de sécuriser avantages et pouvoirs), ils semblent tenir une bonne partie des structures administratives, gouvernementales, etc..  et, parlant les deux langues, connaissant les deux systèmes,  agissent en intermédiaires entre Paris et les locaux, servant leurs propres intérêts.

Pour les Tinto (Asiatiques principalement chinois) : tenant d’ores et déjà une bonne partie du commerce, un assouplissement de la règlementation (i.e. dérégulation) permettrait d’augmenter le business et d’asseoir les investissements. Pékin n’est jamais très loin.

Pour les Polynésiens (les 68% de la population vivant plutôt dans les vallées, dans les îles reculées, un peu les parents pauvres dont tout un chacun se réclame, ceux qui, entre deux séries Américaines rêvent aux temps anciens de la gloire Maori), l’enjeu se pose en terme de métissage, de sauvegarde d’identité culturelle, de bascule dans un monde de productivisme, d’aliénation au versement de subsides permanent. Hormis les aboiements d’un Temaru charismatique, la réflexion n’est pas encore très avancée en la matière. La notion même de peuple Polynésien n’est guère prégnante, certainement pas transfrontalière (hors de question de partager avec un habitant des Tonga ou des Cooks). Il n’est que de voir la manière dont la pratique du langage s’étiole de générations en générations. On estime que d’ici 2100 auront disparu les langues parlées par moins d’un million de personnes (sauf support particulier genre Islande) ;  restreints à la Polynésie Française, les polynésiens en représentent à peine 200 000, en réseau avec les Maoris du Kiwiland, les Tonga, les Hawaïens, etc la taille critique peut être atteinte, encore faut-il s’en donner la peine.

On vous laisse imaginer les visions stratégiques des US, de la Chine, des Kiwis et des autres…..

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Bora Bora – Polynésie Française

30 septembre 2014

www.yodyssey.com

 

Photos baleine : www.baleinomane.com, observations de baleine en Polynésie

TOHORA, baleines en Polynésie. Editions Téthys

I.C. Campbell – J.P Latouche. Les insulaires du Pacifique

Rapport annuel 2013 – IEOM (Institut d’Emission d’Outre-Mer)

Un deux, un deux toua, un deux Tuamotus

« Yo ! » Coucher de soleil – Tahanea 3 août 2013 – 3 août 2014 : Happy birthday to Yodyssey !

« Yo ! » Coucher de soleil – Tahanea
3 août 2013 – 3 août 2014 : Happy birthday to Yodyssey !

Fini les îles volcaniques ! Pour Heiva 2014, le festival qui célèbre le cœur de l’hiver en Polynésie Française et qui culmine (quelle coïncidence !) avec la fête nationale du 14 juillet, « Yo ! » explore l’archipel des Tuamotu : une guirlande d’atolls orientée SE/NO qui s’étend sur 1 000 km.

Archipel des Tuamotu

Archipel des Tuamotu

Un atoll est une couronne de corail qui enserre un lagon. Les coraux ont poussé depuis des millions d’années sur les flancs d’un volcan désormais effondré.

En règle générale, sur la partie Nord quelques îlots (motus – d’où les Tuamotu…) plantés de cocotiers où sont établis les villages éventuels ; hors construction humaine, l’altitude maximale y est celle du plus haut cocotier (20mètres), d’où un écho radar entre 5 et 10 nautiques au mieux.

La partie Sud est le plus souvent battue par la violente houle issue des 40ièmes (rugissants) et 50ièmes  (hurlants), il ne reste que le récif, invisible à moins d’y voir briser les vagues. Les deux tiers des atolls disposent d’une passe naturelle dans la barrière de corail qui permet, de s’aventurer à l’intérieur du lagon, farci de « patates » (têtes) de corail affleurant.

 

Atoll de Makemo Passe Arikitamiro – A droite le village avec la cathédrale et le phare.

Atoll de Makemo Passe Arikitamiro – A droite le village avec la cathédrale et le phare.

Ces caractéristiques font que cet archipel avait une sinistre réputation et était évité par la plupart des navigateurs (« l’archipel dangereux »). Magellan déjà, perdu dans le Pacifique dans sa quête des Moluques, arrivant à Napuka est tellement déçu par une telle aridité qu’il baptise ces îlots : Iles du Désappointement. Puis Thor Heyerdahl dans sa tentative de montrer que le peuplement du Pacifique s’est effectué à partir de l’Amérique du Sud vers l’Asie en profitant des courants  (hypothèse révélée entièrement fausse, le trésor des Cathares itou) s’est échoué avec le Kon Tiki sur la bordure Est de l’atoll de Raroia (à voir la quantité de bouteilles en plastiques étiquetées made in China qui continuent à s’échouer par ici, nul ne doute de l’aberration de son hypothèse).

 

Flotteur de pêcheurs de perle. On les trouve partout sur les récifs au vent. Nous nous en servons pour sécuriser le mouillage et éviter que la chaine ne s’emmêle dans les patates de corail.

Flotteur de pêcheurs de perle. On les trouve partout sur les récifs au vent. Nous nous en servons pour sécuriser le mouillage et éviter que la chaine ne s’emmêle dans les patates de corail.

L’âpreté de l’environnement et du climat font que ces îlots sont peu peuplés (environ 16 000 habitants répartis sur 40 atolls). Hormis le poisson, la noix de coco et quelques légumes cultivés dans les potagers qui résistent à l’atmosphère saline (le pamplemousse des Marquises est très apprécié), toutes les denrées sont importées. La seule source d’eau douce est la pluie collectée dans des citernes adossées à toutes les maisons. Régulièrement un cyclone ou une tempête tropicale crée d’énormes vagues qui viennent ravager les atolls et tout est à recommencer.

Il existait 2 villages sur l’atoll de Tahanea. Ils ont été abandonnés, la barrière de corail est trop étroite pour protéger de la houle. Une base est encore utilisée au moment  de la récolte du coprah.

Il existait 2 villages sur l’atoll de Tahanea. Ils ont été abandonnés, la barrière de corail est trop étroite pour protéger de la houle. Une base est encore utilisée au moment  de la récolte du coprah.

Enfin, comme si tout cela ne suffisait pas, la France, boutée hors d’Afrique, a choisi les atolls de Mururoa et Fangataufa pour sites de ses essais nucléaires… au vent de l’ensemble de l’archipel pour être certain que tout un chacun en profite…

Mais à condition d’être équipé d’un GPS, d’accepter de se priver de réseau, de préparer soigneusement les navigations, de veiller en permanence aux dangers éventuels, de posséder un dessalinisateur et un stock de produits frais, de gaz, d’essence, l’archipel devient une destination tout à fait fréquentable pour ceux qui veulent connaitre la paradoxale impression d’être isolé au cœur d’un atoll inhabité de 30km de diamètre tout en étant à deux jours à peine de navigation de Tahiti, capitale flamboyante du Pacifique Sud.

Depuis le 10 juillet, les atolls de Makemo, Tahanea, Fakarava  & Toau nous ont ouvert leurs passes, confirmant combien la navigation dans l’archipel nécessite d’avoir les nerfs bien accrochés ainsi que les précautions particulières à  prendre:

  • arrivée de jour quitte à patienter à la cape en mer ou à ralentir outrageusement la vitesse du bateau – de toute manière peu de balisage
  • entrée/sortie des passes à l’étale (basse mer de préférence) en évitant à tout prix le vent contre le courant qui lève un mascaret impraticable
  • navigation dans le lagon avec le soleil dans le dos pour être sûr d’identifier les patates de corail – voire un observateur dans la mâture
  • choix de mouillage à l’abri du motu alors que dans les plus grands atolls une houle traîtresse peut se lever après quelques jours de vent fort de Sud-Est
  • mouillage solide mais suffisamment laxe de sorte que la chaîne ne s’enroule pas dans le corail jusqu’à arracher le davier

 

Courant sortant dans la passe Arikitamiro Atoll de Makemo. Vitesse du courant évalué à 8 knts - pas la peine d’essayer d’entrer !

Courant sortant dans la passe Arikitamiro Atoll de Makemo. Vitesse du courant évalué à 8 knts – pas la peine d’essayer d’entrer !

L’estimation de l’heure d’étale (haute ou basse mer) conditionne une entrée dans le lagon sans trop de stress, c’est le moment où les courants les plus faibles sont attendus.

Tahiti est un point amphidromique (les ondes de marées lunaire s’y annulent, ne reste que l’influence du Soleil), les Tuams sont un peu à côté, du coup le marnage y est seulement de 50 centimètres, pas de souci de prime abord……. sauf que, un lagon fait facilement 50 x 20 km, soit 1 milliard de m2, fois 0.5 m de marnage, cela représente quand même 500 millions de m3 à entrer et sortir deux fois par jour (marées semi-diurne) – et il faut faire passer tout cela par une ou deux passes rikikies de 100m de large x 10m de fond, soit 1000 m2 de section, un élève de seconde littéraire en déduira l’ordre de grandeur du courant alternativement entrant/sortant (entre 5 et 10 nœuds, plus que la vitesse de « Yo ! »).  Si on rajoute de la houle brisant sur le récif qui contribue à remplir le lagon (ensilage), du vent contre le courant, on se trouve en présence des mascarets susmentionnés…. brrrr

La pratique et l’observation démontrent une nouvelle fois que malgré notre héros Laplace (oui, oui, celui qui avait réinventé le révérend Bayes et n’avait « pas eu  besoin de Dieu pour les calculs de marées ») le calcul des heures de marée n’est pas une science exacte (léger avantage au SHOM par rapport à la NOAA) avec au mieux 4 atolls répertoriés, pour le reste, c’est : débrouillez-vous.

Ceci démontre l’intérêt de nos centres prévisionnistes pour ces poussières d’îles qui permettent pourtant à la France d’être la deuxième puissance maritime par la superficie de l’espace marin contrôlé. De même, alors que de multiples croiseurs ont patrouillé ces eaux dans tous les sens, étonnant de trouver sur les cartes du SHOM, non-hydrographiées au deux tiers, le commentaire suivant : « Pour pallier l’absence de données hydrographiques dans de vastes zones, des informations bathymétriques et topographiques issues de l’interprétation par le SHOM de données du satellite SPOT ont été figurées sur cette carte… Les zones qui figurent en gris correspondent à l’emprise des nuages visibles sur les images SPOT ; il peut y exister des dangers non détectés ». De même, que dire du bulletin de MétéoFrance identique depuis le 1er juillet : Secteur EST 11/16Kts, rafales 25/30Kts, Mer agitée…

Alors, oui on se débrouille. On charge et interprète nos propres fichiers GRIB (météo) pour éviter au mieux les coups de Ma’aramu, cet alizé de Sud-Est réputé pour son caractère impétueux en hiver austral (juillet/août) ; on charge des images satellites qui signalent avec une  précision suffisante la présence des patates à l’intérieur des lagons et quant aux marées, on tâtonne.

On cherche d’abord à appliquer les recettes des anciens, la pleine mer a lieu lorsque la lune est au méridien du lieu ou à l’antiméridien : « en haut du mât ou sous la quille » ; bof.

On tente d’utiliser les courbes du Commandant Juteau (1935) reprises et validées par la Royale lors des essais nucléaires dans le Pacifique qui exploite la corrélation entre les courants de passe et la hauteur de la lune et suggère d’extrapoler à partir des éphémérides de la lune en fonction de la longitude de l’atoll visé ; bof (on s’inquiète pour la Royale).

On compare les horaires de marées de Fakarava (longitude 145°W43.35) et Makemo (143°W58.30). Makemo étant décalé vers l’Est d’environ 2 degrés les horaires de marée devraient être  antérieurs à ceux de Fakarava. Or la basse mer de Makemo  est postérieure à celle de Fakarava d’environ 40 minutes ! Il est vrai que l’orientation des passes n’est pas la même : une Nord-Ouest, l’autre Sud-Est, on ne connait pas la résonnance des ondes entre les atolls… Ca s’annonce pittoresque !

 

Schéma de l’entrée dans la passe d’Arikitamiro – Makemo scotché dans le cockpit. Car une fois engagé, ça va très, très vite ! Un de nous reste à l’avant pour guetter les éventuelles patates.  

Schéma de l’entrée dans la passe d’Arikitamiro – Makemo scotché dans le cockpit. Car une fois engagé, ça va très, très vite ! Un de nous reste à l’avant pour guetter les éventuelles patates.

Stratégie : nous partons avec les horaires de marées fournis par le SHOM et nous présentons devant la passe de préférence le matin, un peu avant l’heure de  l’étale, observons la présence éventuelle d’un mascaret à l’extérieur de la passe et décidons d’entrer dans le lagon ou d’attendre (idem pour sortir). Simple et efficace.

La même problématique se pose pour aller plonger dans les passes (dérivantes sans sécu surface), marginalement compliquée par deux facteurs anxiogènes :

  • les requins sont partout (eux aussi ont observé qu’il y a plus de poisson dans les passes) et très curieux,
  • si on se trompe de sens du courant, on se retrouve expulsé dans l’océan, c’est grand.

L’horaire optimal est  une heure avant la fin du courant entrant pour bénéficier d’une eau cristalline qui ramène à l’intérieur du lagon et d’un courant pas trop fort. Or l’inversion peut être très rapide, l’entrant se convertissant en sortant en 10 minutes et entre 20 à 50 minutes avant l’étale de pleine mer pour la passe d’Otao à Tahaena. Drôle !

 


« Le Paradis est une île. L’Enfer aussi. » (Judith Schalansky – Atlas des îles abandonnées)

Dans nos inconscients WEIRD (Western, Educated, Industrial, Rich, Democratic), l’île par son isolement est un lieu idéal, un espace rêvé pour les utopies et les paradis terrestres.

Mais une fois résident dans cet espace restreint nettement délimité, l’île devient prison. Il faut pouvoir supporter la menace permanente de la houle, s’habituer à la précarité, au sentiment de réclusion, d’abandon à l’écart du monde. L’île se prête alors à la concentration de tout ce qui est indésirable, refoulé et aberrant. Cet état d’exception favorise souvent les actes terribles et dans le Pacifique Sud, les récits ne manquent pas de morts mystérieuses (Floreana – Galapagos), de mœurs inquiétantes (Pukapuka  – Iles Cook), d’abus de pouvoirs (Clipperton), de meurtre ou de viol (Pitcairn)…

Enfin, à l’abri des regards du monde, les puissances continentales peuvent attenter aux droits de l’homme, provoquer des catastrophes écologiques ou faire exploser des bombes atomiques.

L’archipel des Tuamotu n’est pas exempt de ce phénomène.

 

Une image de paradis... Mouillage devant l’ancien village de Makemo. Celui-ci a été détruit par un cyclone en 1906. Depuis il a été déplacé sur la passe Nord-Est. Le collège y est construit selon les normes anticycloniques.

Une image de paradis…
Mouillage devant l’ancien village de Makemo. Celui-ci a été détruit par un cyclone en 1906. Depuis il a été déplacé sur la passe Nord-Est. Le collège y est construit selon les normes anticycloniques.

  

Mouillage sur la bordure Sud-Est de l’atoll de Tahanea, seul abri dans le cas de fort Ma’aramu.

Mouillage sur la bordure Sud-Est de l’atoll de Tahanea, seul abri dans le cas de fort Ma’aramu.

 

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Mouillage que l’on partage avec d’autres habitants. Le nombre de décès par morsure de requins est faible, inférieur à celui par accident de la route ou par piqure de guêpe. Mais est-ce parce que ce grand prédateur ne s’attaque pas à l’homme ou parce que, confrontés à eux, nous redoublons d’attention ? Dans le désert du Kalahari où lions et hyènes constituent une menace permanente, les !Kungs ont tranché : pas de comportement insouciant, ils vont cependant, avec de simples badines,  éloigner ces derniers des cadavres d’antilopes chassées (le bénéfice protéique est supérieur au risque). Pour nous, remonter rapidement le poisson péché est un enjeu :-)

Mouillage que l’on partage avec d’autres habitants. Le nombre de décès par morsure de requins est faible, inférieur à celui par accident de la route ou par piqure de guêpe. Mais est-ce parce que ce grand prédateur ne s’attaque pas à l’homme ou parce que, confrontés à eux, nous redoublons d’attention ? Dans le désert du Kalahari où lions et hyènes constituent une menace permanente, les !Kungs ont tranché : pas de comportement insouciant, ils vont cependant, avec de simples badines, éloigner ces derniers des cadavres d’antilopes chassées (le bénéfice protéique est supérieur au risque). Pour nous, remonter rapidement le poisson péché est un enjeu 🙂

Ici,  dans une classe de Terminale, il est courant que seules 2 jeunes filles sur 20 ne soient pas déjà mères, voire pour la seconde fois – nous sommes en France en 2014.

Les rubriques de faits divers sont remplies de récits de violence inouïe (hache, gourdin) exacerbée par la consommation d’alcool (7 litres de bière, la célèbre Hinano, par personne – homme/femme – pour une soirée est la norme).

 

L’ensemble du conseil municipal de Pouheva – Makemo est présent lors de la célébration de la Fête du 14 juillet. Au programme : Matin : danses et chants, prières – Apres midi : jeux pour les enfants – Soir : grand bal – destruction des neurones garantie.

L’ensemble du conseil municipal de Pouheva – Makemo est présent lors de la célébration de la Fête du 14 juillet. Au programme : Matin : danses et chants, prières – Apres midi : jeux pour les enfants – Soir : grand bal – destruction des neurones garantie.

 

Les curieux se procureront « Paganisme ancestral ou dérapage chrétien en Polynésie » de Bruno Saura (Editions Cobalt) qui traite des bûchers de Faaité, atoll central des Tuamotu où, en l’absence temporaire des autorités municipales, trois prêtresses autoproclamées d’une congrégation religieuse (Renouveau Charismatique, outil de l’Eglise Catholique de lutte contre les sectes, en charge de rapatrier les anciens fidèles ayant basculé chez les concurrents – genre Pentecôtistes) ont abusé de la crédulité des habitants pour les convaincre de brûler vif 6 personnes sous motif de sorcellerie. Cet évènement  a eu lieu dans les années 1980 – jugement d’assises en 1990 – il y a 30 ans dans un territoire Français, on rêve.

Eglise restaurée du village abandonné d’Otao – Tahanea. L’influence des prêtres est dominante dans tout l’archipel. Dans les iles, le prêtre d’Eglise Catholique ou Protestante,  envoyé de Dieu est celui qui a le pouvoir : « le Mana » et contribue à représenter l’autorité.

Eglise restaurée du village abandonné d’Otao – Tahanea.
L’influence des prêtres est dominante dans tout l’archipel. Dans les iles, le prêtre d’Eglise Catholique ou Protestante,  envoyé de Dieu est celui qui a le pouvoir : « le Mana » et contribue à représenter l’autorité.

 

Les problématiques îliennes ont, dans le cas de la Polynésie, été amplifiées par l’omniscient,  omniprésent, omnipotent CEP – non il ne s’agit pas du petit nom d’un Dieu local mais bien du Centre d’Essai de Polynésie implanté dès 1963.

 

Opération Canopus au rapport Date : 24 août 1968. Lieu : Fangataufa. Objet : bombe à hydrogène, force 2,6 mégatonnes. Passe dynamitée pour passage dans le lagon : ok. Lunettes de soleil distribuées aux habitants des atolls voisins : ok. Observations : nuage géant de vapeur d’eau pulvérisée, ombre en forme d’anneau, vague énorme. Plus rien, plus de maisons, plus d’installations, plus d’arbres. Consigne : Evacuation pour cause de radioactivité prononcée pour 6 ans.

Opération Canopus au rapport
Date : 24 août 1968. Lieu : Fangataufa.
Objet : bombe à hydrogène, force 2,6 mégatonnes.
Passe dynamitée pour passage dans le lagon : ok.
Lunettes de soleil distribuées aux habitants des atolls voisins : ok.
Observations : nuage géant de vapeur d’eau pulvérisée, ombre en forme d’anneau, vague énorme. Plus rien, plus de maisons, plus d’installations, plus d’arbres.
Consigne : Evacuation pour cause de radioactivité prononcée pour 6 ans.

 

Instructions du Prez Jacques Chirac Date : 29 janvier 1996. Lieu : Fangataufa. Objet : arrêt définitif essais nucléaires souterrains. Consigne : Motus et bouche cousue.

Instructions du Prez Jacques Chirac
Date : 29 janvier 1996. Lieu : Fangataufa.
Objet : arrêt définitif essais nucléaires souterrains.
Consigne : Motus et bouche cousue.

 

 Au total, 193 essais nucléaires aériens et souterrains  ont été conduits sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, le dernier en 1996. Aujourd’hui, la pénétration de cette zone reste soumise à autorisation. La menace de l’effondrement des atolls et de la diffusion de matière radioactive dans l’océan (idem Bikini) n’est pas totalement levée. Les statistiques de malformations à la naissance ou de cancer sur les îles voisines (e.g. Gambiers) font partie du « secret défense »…

La gigantesque manne financière associée à la réalisation des infrastructures logistiques du programme, les salaires élevés, font qu’anecdotiquement,  Tahiti  devient la ville au monde où se consomme le plus de bouteille de champagne, quelle fierté… mais surtout dans la vraie vie, les rapports au groupe, à l’argent, au travail sont pervertis.

Pour faire passer la pilule irradiante, le gouvernement accorde de nombreux subsides dont certains subsistent de nos jours, par exemple les PPN (produits de première nécessité subventionnés : il s’agissait initialement de farine, sucre, huile, de nos jours, les PPN incluent l’entrecôte extra-tendre de Nouvelle-Zélande, on ne rigole pas).  Conséquence immédiate : gain de pouvoir d’achat (permettant d’acheter TV et voiture)  et modification drastique du régime alimentaire (moins de poisson et de coco), qui se traduit (aujourd’hui) par une obésité généralisée, diabète à partir de 35 ans, insulinodépendance à 45 ans. La Polynésie est un pays où la cause principale de mortalité est d’origine cardio-vasculaire à l’inverse de notre monde « moderne » qui s’abonne aux  cancers et autres dégénérescences.

Mais pas de souci, l’intégralité des frais médicaux est pris en charge par le Gouvernement de Polynésie et Tahiti veille, des pistes d’atterrissages sur les trois quarts des atolls, un avion par semaine, gratuit s’il faut aller voir un spécialiste à l’hôpital central (nous qui pestions contre l’utilisation abusive de VSL, ici on va voir le dentiste pour passer quinze jours à Papeete..) ; rien de surprenant que  l’« à quoi bon ?» soit assez commun, ce d’autant que le Polynésien se positionne dans l’instant, le futur ne se conjugue pas, il est à la merci d’une grande vague.

L’arrêt des essais nucléaires a signé la fin de cette manne financière outrancière sans engager  d’activité de reconversion. Hormis le tourisme et les transferts de métropole, les rares  industries locales résultent fréquemment d’initiatives chinoises, reprise de culture de la perle ou lancement de fermes aquacoles (mise en exploitation de l’atoll d’Hao – sous un régime de concession probablement…)

 

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Certainement pas l’effet du hasard, quelques pistes peuvent nourrir la réflexion afin de mieux éclairer le conflit entre la réalité (système prédateur mis en place par notre modèle WEIRD et sa foule disparate de colons, missionnaires, touristes…) et l’imaginaire construit de toute pièce par des générations « d’aventuriers » (la Polynésie, les tropiques, l’abondance,  la gentillesse, la générosité, le sens de la fête, l’insouciance, l’indolence…).

Il est frappant d’observer où se situent les sources communes d’angoisse et/ou de frustration  dans des sociétés différentes ; ces sources d’angoisse sont autant de mesures de la facilité avec laquelle les besoins vitaux sont remplis. Par exemple, des populations de chasseur-cueilleurs vont avoir comme inquiétude principale de trouver la subsistance du jour voire au mieux du lendemain, par contre il n’est guère difficile d’assouvir les besoins sexuels au sein du groupe. A l’inverse, nos sociétés développées qui ont œuvré depuis des millénaires à assurer la sécurité alimentaire (domestication, stockage) n’ont que peu d’angoisse de la pitance journalière, à contrario la satisfaction des besoins sexuels primaires (et secondaires à travers les jeux symboliques puissants à l’œuvre) constitue une source d’attention disproportionnée.

Que pouvons-nous observer relativement aux Tuamotu ?

  • un archipel historiquement très isolé de par les difficultés de circulation et soumis à des aléas climatiques d’une rare violence,
  • une adaptation traditionnelle des habitants à une forte volatilité de ressources (faible croissance démographique fréquemment régulée par infanticide) et à l’absence de possibilité de stockage de nourriture (en découlent probablement certaines prédispositions au sur-stockage de graisses et donc les pathologies susmentionnées lorsque les ressources sont soudain « infinies »),
  • une brutale invasion culturelle visant à remplacer les mythes ancestraux par la Bible, sans mentionner l’esclavage, d’où découlent une atténuation des instances classiques d’arbitrage, une perte de sens, une violence latente permanente contre l’envahisseur (du cannibalisme à la grotte d’Ouvéa quelques miles à l’Ouest),
  • une bascule récente (il y a cinquante ans) dans le monde scientiste avec les afflux de capitaux et de modes de vie afférents,
  • un abandon quasi instantané de la puissance tutélaire (il y a vingt ans) mais les modes de vie ont été bouleversés : la démographie est forte, la dépendance sur l’extérieur est immense (plus facile et moins cher de trouver du poulet surgelé que du poisson) et les aspirations sont désormais au standard des sociétés développées.

Le tableau est bien noir et cependant nous ne pouvons que saluer l’extraordinaire résilience des personnes que nous avons eu la chance de rencontrer, « même pas mal », bien évidemment l’âpreté des expériences récentes  laisse des traces, mais tout semble comme noyé dans les multitudes de bleus, ciel, outremer, lagon et… de Bresse pour les Touristes.

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Toao / Pape’ete – Polynésie Française

17 août 2014