‘Tu n’as rien vu à Hiroshima’

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Mizaru, le singe aveugle, Kikazaru le sourd et Iwazaru le muet

Les trois singes de la sagesse sont une représentation du principe : « Ne pas voir le Mal, ne pas entendre le Mal, ne pas dire le Mal. » Cette maxime serait apparue au Japon au 17èmesiècle (d’aucun en doutent) et a été popularisée par Mahatma Gandhi qui en avait fait un symbole de paix et de tolérance.

 

Ce principe de neutralité bienveillante est tout à fait compatible avec le culte du Jizo Bosatsu très populaire au Japon. Jizo est un Bodhisattva (un Bouddha en devenir) qui a choisi de repousser son entrée dans le nirvana jusqu’à ce que tous soient sauvés. Passeur entre la vie et la mort, plein de compassion, Jizo est le protecteur des voyageurs et des faibles donc des enfants et en particulier des enfants morts avant leurs parents, ou avortés ou ayant fait l’objet d’une fausse couche.

Selon la religion bouddhiste, le mérite acquis dans cette vie conditionne la suivante. Les enfants morts en bas âge n’ont pas eu le temps d’en acquérir suffisamment et sont donc condamnés selon la mythologie japonaise à empiler des pierres sur la berge de la rivière Sanzu (sorte de styx local) renversées la nuit par les démons. Jizo est vénéré dans le but d’alléger la punition de ces « petites âmes ».

Certaines statues sont entourées de stupas élevés par les parents, de jouets ou habillés. Les Jizo sont aussi vénérés pour accroître la fertilité.

 

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Glace matcha – Hondori Alley Hiroshima

 

Il existe une autre signification aux trois singes mystiques : « ne pas vouloir voir ce qui pourrait poser problème, ne rien vouloir dire de ce qu’on sait pour ne pas prendre de risque et ne pas vouloir entendre pour pouvoir faire « comme si on ne savait pas ».

Rien ne peut absoudre l’atrocité des bombes A. Celle d’Hiroshima obéit à un soupçon de raison ce qui n’est même pas le cas pour Nagasaki. Mais la présentation locale des faits ne laisse aucune place à la responsabilité du Japon dans l’enchaînement conduisant à la guerre pas plus que dans les crimes contre l’humanité commis dans les territoires occupés du Pacifique.

Dans ce pays qui nie toute prise de position individuelle (« We Japanese… »  est une expression si courante), tous les actes, du plus simple au plus élaboré semblent répondre à un pur acte de dévotion au groupe, au drapeau, à l’entreprise. Du Samouraï au « Salaryman » en passant par le Kamikaze, personne n’est vraiment responsable, même de sa propre vie, tant que le respect forcené de règles édictées est conservé. L’absurde est institutionnalisé par le Samouraï engoncé dans une étiquette militaire complexe qui fort souvent déboucha sur Seppuku (suicide par ouverture du ventre).

Dans ce contexte de servilité extrême, le fait que le Japon ait, en trois décennies, atteint le niveau de seconde économie mondiale interpelle ; est-ce la primauté du collectif sur l’individuel ? le respect de « la coutume » est-il suffisant pour stabiliser le système totalitaire? existe-il des mécanismes de réponses adaptatifs aux modifications de l’environnement ?

 

Le film Hiroshima mon amour (Resnais-Duras) décrit une relation éphémère mais passionnée entre une actrice venue tourner un film sur la paix à Hiroshima et un japonais.

Par des dialogues ânonnés, un mix d’images historiques et de prises de vue, le film tente d’effectuer un parallèle entre l’horreur absolue et collective vécue par les habitants d’Hiroshima le 6 août 1945 et l’histoire personnelle d’une jeune française, maîtresse d’un officier allemand tondue et forcée de quitter Nevers (Never, Ah ! Ah !) à la Libération.

Lui : Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien.
Elle : J’ai tout vu. Tout. Ainsi l’hôpital, je l’ai vu. J’en suis sure. L’hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir ?
Lui : Tu n’as pas vu d’hôpital à Hiroshima. Tu n’as rien vu à Hiroshima.
Elle : Quatre fois au musée…
Lui : Quel musée à Hiroshima ?
Elle : Quatre fois au musée à Hiroshima. J’ai vu les gens se promener. Les gens se promènent, pensifs, à travers les photographies, les reconstitutions, faute d’autre chose, à travers les photographies, les photographies, les reconstitutions, faute d’autre chose, les explications, faute d’autre chose.

Nous non plus, nous n’avons rien vu à Hiroshima, rien de plus. Et s’il n’y avait rien à voir à Hiroshima ? Ou rien qu’on nous laisse voir ?

 

3 Zatoichi

Beat Takeshi dans le rôle de l’épéiste aveugle. « Zatoïchi est un voyageur aveugle, qui gagne sa vie en tant que joueur professionnel et masseur. Mais son handicap dissimule un guerrier stupéfiant dont l’extrême précision et la rapidité au sabre font un combattant de kenjutsu hors pair. » Lion d’argent au festival de Venise en 2003.

 

Les concepts de Honne et Tatemae qui décrivent le contraste entre les véritables sentiments et désirs d’une personne et la conduite et les opinions qu’elle expose en public sont souverains dans les relations sociales au Japon. Le principe de Tatemae est assimilable à la pensée unique et correspond à celle que l’interlocuteur veut entendre. Il est justifié par l’obligation d’éviter le conflit, de préserver l’harmonie du groupe ou de sauver la face. L’expression « La vérité, rien que la vérité, toute la vérité » n’a absolument aucun sens. C’est même perçu négativement, honnêtement stupide surtout s’il n’y a rien à gagner. L’expression « Uso mo hoben » (le mensonge est justifié par l’atteinte des objectifs) résume l’attitude générale de tolérance vis-à-vis du mensonge.

En entreprise, l’employé récalcitrant est rattrapé par le « Ijime » qui le force à rentrer dans le rang par toutes les formes de harcèlement.

Extrapolé au niveau de la société ce comportement conduit à poser la question de savoir si tout le monde ment, sur quoi / qui repose la confiance ? Il génère un refus d’accepter toute responsabilité allant jusqu’au révisionnisme imposé aux voisins Chinois ou Coréens suite à la guerre du Pacifique ou la négation des conséquences de l’accident de Fukushima.

Hiroshima – Fukushima, la boucle est bouclée.

 

Elle : Tu ne peux pas savoir.
Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Tu me tues.
Tu me fais du bien. 
J’ai le temps.
Je t’en prie. 
Dévore-moi. 
Déforme-moi jusqu’à la laideur.

4 Fujitora

L’avatar de Zatoichi ans le manga à la mode One Piece, l’amiral Fujitora.

 

 

En complément pour les curieux deux albums photo plus détaillés :

https://goo.gl/photos/uvxM2umU8X9YdWrF6

https://goo.gl/photos/VbzzzJfWXJhxSbfMA

 

Om ka ka kabi sanmaei sowaka.

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Onomichi

6 septembre 2016

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Japan – Seto Naikai: Au son du Kanmon

Sennin-do shrine

Sennin-do shrine

 

Le petit sanctuaire shinto sur l’ile de Himeshima dans la mer Intérieure (Seto Naikai) symbolise l’idéal japonais que ceux qui ne sont jamais allés au Japon, imaginent se trouver harmonieusement réparti dans tout l’archipel et dont l’esthétisme et la sérénité imprègnent toute chose. Ce n’est pas tout à fait le cas…

 

2 Seto naikai

 

L’entrée dans la Seto Naikai par le Kanmon Kaikyo, une des trois passes qui permet au grand lac coincé entre les îles de Kyushu, Honshu et Shikoku, de respirer au rythme des marées (jusqu’à 4 mètres de marnage), nous a donné l’occasion d’apercevoir une face industrielle du Japon. Bénéficiant d’un emplacement favorable au pied des montagnes, au bord d’un axe de transport sécurisé jusqu’à Osaka, le littoral étroit de la préfecture de Yamaguchi a été sacrifié à l’implantation des chantiers, aciéries et usines lors de l’industrialisation forcée de l’ère Meiji. Après la défaite de 1945, dans un contexte de guerre froide déplacée de l’Europe vers l’Extrême-Orient et accru par la « menace » communiste en Chine, les Américains qui occupent le pays jusqu’en 1952 encouragent une reprise économique rapide. Pour le Japon, privé de dépenses militaires structurantes en raison du Pacifisme imposé, la guerre de Corée donne un coup de fouet grâce aux commandes de l’armée Américaine, les conglomérats d’avant-guerre sont bien vite reconstitués…

 

Ube

Ube

 

L’intervention de l’Etat par la création du MITI (Ministry of International Trade and Industry), la stabilité politique (ultra conservateurs dont relève de nouveau le parti de Abe San, premier ministre actuel), une population nombreuse (rapatriement des colons des territoires perdus en Chine et en Corée) éduquée et formée (reconversion des ingénieurs de l’industrie militaire) que les traditions portent à être docile et dévouée à son entreprise furent les clés du miracle japonais. La reconstruction est basée sur le développement de l’industrie lourde (sidérurgie, métallurgie, pétrochimie…) puis transformée en industrie spécialisée (automobile, électronique…) et enfin stratégique (l’informatique et le nucléaire qui sont déclarées priorités nationales après la crise pétrolière de 1973). Au plan national l’objectif de conquête commerciale mondiale par les produits japonais permet la reconversion pilotée d’une force belliqueuse ruinée et frustrée.

L’économie connait une progression fulgurante qui permet au Japon d’afficher le deuxième PIB mondial dès 1968 jusqu’en 2010 où il est dépassé par la Chine. L’apogée se situe à la fin des années 1980 et précède l’éclatement de la bulle spéculative boursière et immobilière de 1990.

Cette date signe le début d’une défaillance des indicateurs économiques : croissance faible, déflation persistante accompagnée d’un vieillissement inexorable de la population et d’une diminution de celle-ci à partir de 2005 (– 1 million depuis 2010) par refus de l’immigration.

 

Port de pêche d’O Shima. Toute la flotte est équipée pour la pêche à la seiche de nuit. Environ 10% des bateaux sortent encore.

Port de pêche d’O Shima. Toute la flotte est équipée pour la pêche à la seiche de nuit. Environ 10% des bateaux sortent encore.

 

Tous les ports qui ont été inscrits dans les multiples plans de relance de l’économie japonaise, présentent des structures surdimensionnées, bien entretenues mais vieillissantes et inadaptées. La proportion croissante de personnes âgées a un impact significatif sur la structure sociale (les femmes s’occupent des ancêtres) et sur les dépenses du gouvernement qui économise sur l’éducation, et le bien-être des jeunes pour redistribuer en soins de santé pour les plus les âgées et édifier des structures d’accueil. Au pays de l’inventeur du baladeur, du caméscope et de l’écran plat, on trouve encore des K7 dans les supermarchés comme si le virage digital avait volontairement été raté. Par désintérêt ? Par incompétence ? Par économie ?

Avec un peu de recul, peu d’inventions proviennent du Japon, de l’amélioration oui, massive, mais de nouveauté, que nenni.

Cette mise en retrait du monde, l’effacement progressif et désiré du pays (de 127 millions d’habitants aujourd’hui à 86 millions dans 40 ans)  présentent une déconnexion complète avec l’attitude de fermeté affichée face à une Chine qui exprime avec arrogance sa volonté expansionniste dans la zone.

Alors que Abe San -premier ministre- vient d’obtenir le quorum lui permettant de réviser la Constitution,  l’annonce par l’Empereur de son souhait d’abdiquer qui ne peut passer que par une révision Constitutionnelle, fournira l’occasion de réunir la Diète et peut-être enfin de parvenir à supprimer  l’article visant l’interdiction au Japon de posséder une armée…. Si la reconversion du matériel logistique civil en matériel militaire ou l’existence de compétences spatiales & nucléaires  ne laissent aucun doute, l’appétence au conflit d’une population dont 26% a plus de 65 ans (19% en France) semble plus hypothétique.

 

 

Où est le Tech ? le selfie, le selfie

Où est le Tech ? le selfie, le selfie

 

En complément pour les curieux deux albums photo plus détaillés :

Fukuoka:                                    https://goo.gl/photos/epqNLidvtzUpLfj98

Seto Naikai, indus et sereine:    https://goo.gl/photos/z4z7fW9FEfdRUMSQ7

 

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Hiroshima

15 août 2016

Japan – Kyushu Gotô Reto & Huis Ten Bosch: Shoshu in Kyushu

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Le Shōchū est une boisson typiquement japonaise originaire de l’île de Kyushu qui reste le lieu de production principal. A ne pas confondre avec le saké, cet alcool produit majoritairement par distillation de la patate douce dépasse rarement les 25°, soit moins que le whisky ou le rhum mais plus que le saké ou le vin. La manière la plus commune de le boire est dilué avec des glaçons et de l’eau. Depuis les années 2000, il connait un véritable boom de consommation et il est courant de voir dans les bars, les bouteilles numérotées ou nommées des habitués. On lui prête des vertus médicinales comme la prévention des thromboses ou des arrêts cardiaques. Il causerait également moins facilement la gueule de bois (l’équipage doute). La patate douce a été importée dans l’archipel de Ryūkyū au 16ème siècle d’Amérique du Sud par les Philippines puis, 100 ans après, cultivée dans la région de Kagoshima.

 

Détroit d'Ojika

Détroit d’Ojika

Il existe 6 852 îles officiellement recensées au Japon. Parmi celles-ci, l’archipel de Gotô, à l’extrême ouest du Japon constitue un ensemble particulier. Premier point de contact des marchands ou des missionnaires venant de Corée ou de Chine il fait désormais partie des îles éloignées et peu à peu oubliées.

 

3 Goto Reto

Persécutées par les Shoguns, les communautés de Kakure Kristians, chrétiens cachés ont trouvé refuge sur ces îles mêlant pratiques shinto et chrétiennes pour mieux passer inaperçues. On y trouve également des églises gigantesques.  Par tradition la source de richesse principale était la chasse à la baleine. Les flux migratoires se sont déplacés vers l’Arctique toujours suivis par les flottilles de pêche qui continuent à alimenter les supermarchés de Kyushu.

 

Huis Ten Bosch

Huis Ten Bosch

Les dédales d’îles cachent parfois des surprises originales, telle la ville d’Huis Ten Bosch entièrement artificielle, construite sur le modèle d’une petite Amsterdam avec des matériaux importés des Pays Bas. Parc d’attraction pour Japonais en mal d’Europe, elle tente de survivre à sa première faillite.

 

En complément pour les curieux deux albums photo plus détaillés :

Huis Ten Bosch : https://goo.gl/photos/hpXPYSYDZ7zDrAvc6

Gotô Reto : https://goo.gl/photos/WZiC4x7Y2VaE5PiH7

Et enfin, un publi-reportage Hong-Kongais: Yo! Team HK report

De wa mata,

Stephanie / Christophe

Yamato – Seto Naikaï

4 août 2016

 

Japan – Kyushu: Nagasaki & Unzen

Chantier Mitsubishi

Chantier Mitsubishi

Le nom de Nagasaki évoque immédiatement la bombe, la deuxième, celle du 9 août 1945, 3 jours après celle d’Hiroshima, celle dont on se demande bien pourquoi, si ce n’est tester le plutonium en lieu et place de l’uranium. L’ironie de l’histoire fait que Nagasaki n’était pas la cible initiale, mais la couverture nuageuse a fait que c’est là que « Fat man » a été larguée à 11h02, visant les usines Mitsubishi mais en fait au-dessus de la plus grande cathédrale d’Asie (pour le coup, l’expression foudre divine prit tout son sens), causant la mort d’un tiers de la population, 75 000 personnes.

La deuxième ironie de l’histoire est que Nagasaki fut le premier port ouvert du Japon. Au 17ème siècle, le Shogun du clan Akutagawa banni tous les étrangers du Japon, tous sauf initialement les Hollandais auxquels fut allouée, au cœur de Nagasaki,  l’ile artificielle de Dejima en forme d’éventail  rappelant celui de l’Empereur… Dejima resta le seul point de contact avec le monde Occidental  jusqu’en 1856, date à laquelle l’Amiral Perry ouvrit le Japon à coup de canon, on retrouve bien là la délicatesse Etats-Unienne.

 

On s'habille le Dimanche

On s’habille le Dimanche

Nagasaki est aujourd’hui une petite ville tranquille où flotte une impression de nostalgie et de regrets pour des temps révolus. Au-delà du sentiment d’impermanence propre à la civilisation asiatique et renforcé par la bombe, l’architecture, la préservation des sites abandonnés tel Gunkan Jima, les vêtements, les objets, les attitudes donnent l’impression que le temps s’est arrêté il y 30 ans, pic du modèle économique japonais.

 

Sulfureux n'est-il pas?

Sulfureux n’est-il pas?

A une heure de Nagasaki, Unzen nous fait prendre conscience du volcanisme présent sur toute l’ile de Kyushu. Cette petite ville est située à quelques dizaines de kilomètres de Kumamoto fief de Miyamoto Musashi (Traité des 5 roues). Le dernier tremblement de terre d’avril 2016 a endommagé le château célèbre comme lieu de reddition des derniers samouraïs lors de la seconde moitié du 19ème  siècle laissant ainsi la voie libre à la révolution Meiji.

 

4 Nepartak

Notre stop à Nagasaki coïncide avec la fin de la trêve cyclonique de l’hiver 2015 – 2016. Le 4 juillet Nepartak est classé en super typhon. Le suivi de sa trajectoire devient partie intégrante de l’activité journalière, dès le réveil avant même le café, à midi, le soir… Après avoir oscillé entre Sud Japon et Sud Taïwan, Chine, la bête s’effondrera finalement sur Taïwan le 7 juillet. Les vents atteindront 130 nœuds avec des rafales à 175 nœuds et des vagues de 17 mètres. A 1000 km de là, on s’en tirera avec des pluies diluviennes et des vents à 30 nœuds.

 

Pour les curieux, album photo plus détaillé sur :

https://goo.gl/photos/tmocBU3ZuYsimudUA

 

De wa mata,

Stephanie / Christophe

Hirado – Archipel de Gotô

20 juillet 2016

Japan – Archipel de Ryuku

 

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Hari festival – Ishigaki

Les iles Yaeyama situées dans l’archipel de Ryuku sont les îles les plus méridionales du Japon, situées à une centaine de miles à l’Est de Taîwan. Arrivant directement de Hong Kong, nous avons fait l’entrée officielle au Japon dans le port d’Ishigaki. Pour l’occasion la douane, la quarantaine et les Japan coast guards se sont succédés à bord de « Yo ! ».

 

Les échanges toujours courtois se sont déroulés dans un sabir anglo-nippon. Ce n’était qu’une première fois, car ce manège va se reproduire fréquemment, les autorités japonaises tenant à savoir précisément où se trouve chaque voilier étranger. Nous avons également vite confirmé qu’il est impossible de se procurer une carte sim avec un numéro de téléphone japonais sans permis de résidence [sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme ou l’abus de la mafia chinoise quant au trafic d’Iphone !]

Port de Maedomari - Tarama Shima - Quai des ferrys , 2m50 de marnage

Port de Maedomari – Tarama Shima – Quai des ferrys , 2m50 de marnage

Les digues et les infrastructures à l’entrée de tous les ports du Japon sont impressionnantes. Elles sont destinées à protéger des typhons – Taifu = grand vent. La période court du mois de juin au mois d’octobre. La première dépression tropicale de la saison a pointé le bout de son nez lorsque nous étions à Amami, l’occasion d’explorer la cohérence des systèmes d’information et les stratégies de protection et d’évitement.

 

Le royaume de Ryuku, longtemps indépendant, a de tout temps privilégié les échanges commerciaux entre la Chine et le Japon. L’archipel a été annexé par le Japon lors de la restauration Meji au 19ème siècle qui a pratiqué une acculturation forcée similaire à ce que fit la France avec la Bretagne.

Shuri castle - Okinawa CAMERA

Shuri castle – Okinawa

 

La bataille d’Okinawa fut la dernière grande bataille de la seconde guerre mondiale et la plus sanglante de la guerre du pacifique. Les pertes humaines sont estimées à 200 000 dont 100 000 civils. L’île est rétrocédée au Japon par les Américains en 1972 en échange de l’implantation de bases militaires de plus de 20 000 G.I.

L’attitude coloniale du Japon au 19ème siècle, le traumatisme de la population enrôlée de force et/ou poussée au suicide par l’armée de l’empereur en 1945 suivi de la présence  imposée d’un corps militaire étranger (les US) alimentent le particularisme revendiqué aujourd’hui par une majeure partie de la population, nul ne doute cependant que la Chine surfe allègrement sur ce ressentiment et pousse à des revendications autonomistes…

Amami - KakeromaAu début de l’été, les archipels du sud sont les plus exposés au risque de typhon. Une bonne raison pour ne pas s’attarder trop longtemps et remonter rapidement sur Kyushu et Nagasaki vers le « vrai » Japon.

En complément pour les curieux un album photo plus détaillé: https://goo.gl/photos/smqxgsV3sU3RhJ5S7

Ainsi qu’un brief sur les cyclones: De la nature des bêtes

De wa mata,

Stéphanie / Christophe

Huis Ten Bosch Marina – Sasebo.

12 Juillet 2016

 

Chinatowns

0 Parcours

 

Ce billet est le dernier (provisoire) de la série ethnautique; en véritable feu d’artifice, il clôt la série consacrée à l’Asie du Sud-Est et à la Mer de Chine par deux cités mondes qui nous ont bluffés, Singapour et Hong-Kong, deux Chinatowns l’une pensée, l’autre auto-organisée, de filiation Anglaises toutes deux mais au combien proches de Pékin. Bien sûr nous avons passé du temps en Malaisie, en Thaïlande, havres de tourismes et de vie facile, l’envie n’est pas forte d’en trop décrire, nous préférons rester sur nos Chinatowns…

Trois ans de routes 2013-2016, 25000 miles nautiques, bien plus qu’un tour du monde ; fini les longues navigations, une pause s’impose, il est temps d’apprendre le Japonais. Les longs billets sont en suspens, place désormais aux mini reportages photos de Japanouilleries. Pastafarisme oblige.

 

Villes monde, ordres de grandeur

01 métropoles

 

Singapour – Marina Bay Sands et Lotus musée des sciences. Le Marina Bay Sands est un hôtel de 2560 chambres. Il abrite un casino et une piscine à débordement posée sur le dernier étage, le tout sis à côté d’un immense centre commercial où se côtoient les enseignes de luxe. Il est le symbole de la démesure de Singapour mais a pour fonction d’accroître la durée moyenne de séjour touristique sur l’ile, de 2.5 à 3 jours…

Singapour – Marina Bay Sands et Lotus musée des sciences.
Le Marina Bay Sands est un hôtel de 2560 chambres. Il abrite un casino et une piscine à débordement posée sur le dernier étage, le tout sis à côté d’un immense centre commercial où se côtoient les enseignes de luxe. Il est le symbole de la démesure de Singapour mais a pour fonction d’accroître la durée moyenne de séjour touristique sur l’ile, de 2.5 à 3 jours…

 

Hong Kong – Kowloon vu du bar Ozone au 118ème étage. Objectif : faire la nique à Dubaï.

Hong Kong – Kowloon vu du bar Ozone au 118ème étage. Objectif : faire la nique à Dubaï.

 

Singapour – Gardens by the bay. Grâce au sable acheté/trafiqué en Indonésie, 23 % de la ville est bâtie sur de la terre conquise sur la mer (reclaimed land). La politique verte menée par Lee Kwon Yew -le grand jardinier- a transformé la cité en jardin. Le surnom « Red Dot » fait référence au minuscule point sur la carte du Sud-Est Asiatique que représente S’pour par opposition aux géants de l’Indonésie et de la Malaisie. Il symbolise également le contraste « communiste » face aux deux régimes musulmans.

Singapour – Gardens by the bay. Grâce au sable acheté/trafiqué en Indonésie, 23 % de la ville est bâtie sur de la terre conquise sur la mer (reclaimed land). La politique verte menée par Lee Kwon Yew -le grand jardinier- a transformé la cité en jardin. Le surnom « Red Dot » fait référence au minuscule point sur la carte du Sud-Est Asiatique que représente S’pour par opposition aux géants de l’Indonésie et de la Malaisie. Il symbolise également le contraste « communiste » face aux deux régimes musulmans.

 

Hong Kong – Skyline et Star ferry. La dernière jonque promène les touristes dans la baie.

Hong Kong – Skyline et Star ferry. La dernière jonque promène les touristes dans la baie.

 

Singapour – porte de Lune et Marina Bay Sands. L’élément rond est présent dans tous les jardins chinois. Il symbolise le passage dans un autre monde. Selon la philosophie taoïste celui qui la franchit s’intègre à l’univers.

Singapour – porte de Lune et Marina Bay Sands. L’élément rond est présent dans tous les jardins chinois. Il symbolise le passage dans un autre monde. Selon la philosophie taoïste celui qui la franchit s’intègre à l’univers.

 

Hong Kong – Temple Man Ho, Hollywood road. Le temple, un des plus vieux de Hong Kong, écrasé par les cités d’habitation se situe à mi- pente du Peak. Il rassemble les dieux de la guerre et de la littérature.

Hong Kong – Temple Man Ho, Hollywood road. Le temple, un des plus vieux de Hong Kong, écrasé par les cités d’habitation se situe à mi- pente du Peak. Il rassemble les dieux de la guerre et de la littérature.

 

Singapour – Tiong Bahru. Ce quartier, un des plus anciens projets d’habitat social a fait l’objet de réhabilitation dans les années 1970 et 1980. Les immeubles en forme de bateau abritent aujourd’hui la communauté bobo de Singapour.

Singapour – Tiong Bahru. Ce quartier, un des plus anciens projets d’habitat social a fait l’objet de réhabilitation dans les années 1970 et 1980. Les immeubles en forme de bateau abritent aujourd’hui la communauté bobo de Singapour.

 

Hong Kong – Causeway bay. Ce trou à typhon naturel coincé entre Kowloon et l’ile de Hong Kong est considéré comme le centre de la ville. Bordé de gratte ciels, il concentre les plus grands centres commerciaux et les loyers parmi les plus élevés du monde.  Sous le port, tunnels routiers et ferroviaires, un entrelacs multidimensionnel de commodités qui irrigue l’île.

Hong Kong – Causeway bay. Ce trou à typhon naturel coincé entre Kowloon et l’ile de Hong Kong est considéré comme le centre de la ville. Bordé de gratte ciels, il concentre les plus grands centres commerciaux et les loyers parmi les plus élevés du monde.  Sous le port, tunnels routiers et ferroviaires, un entrelacs multidimensionnel de commodités qui irrigue l’île.

 

Messieurs les Anglais

 

Singapour                         Il était une fois Sir Raffles…

Au Sud de Singapour, l’archipel de Riau ; les marchands Malais y avaient établi leurs comptoirs de tout temps. Au début des années 1600, les Hollandais cherchant à briser le monopole des Portugais (qui avaient piqué Malacca aux Malais en 1511) ont développé un partenariat avec le Sultan de Johor et ont commencé à implanter un comptoir au lieu-dit Singapour, un territoire marécageux où sévissait la malaria. Ils poussent leurs pions bien plus avant en créant Batavia (Jakarta) en 1618 et s’assurent, à travers la VOC, le monopole du commerce avec l’Asie via l’Indonésie et le contrôle des épices. Arrivés plus tardivement sur le terrain des compagnies à charte avec l’EIC, les Anglais se satisfont d’une partition de fait de l’Asie en deux zones d’influences, à eux la Perse et l’Inde, aux Bataves l’Asie du Sud-Est. Cette situation dure jusqu’aux guerres Napoléoniennes, les cartes sont redistribuées : aux Hollandais le monde Malais au Sud de l’équateur, aux Anglais, les territoires du Nord. L’acquisition par Rafles en 1819 de Singapour est un coup de maître : il la décrit comme la Malte de l’Orient. Rafles donne à la ville un statut de port franc, encourage les entrepreneurs Chinois à s’y installer (transbordement des jonques Chinoises) et ceux-ci supplantent rapidement les commerçants Malais. En parallèle, la ville s’impose comme acteur incontournable dans le financement des opérations de plantation (hévéa puis palme) acquérant un statut de place financière complémentaire de celui d’entrepôt.

Joyau de la Couronne Britannique, citadelle inexpugnable, Singapour tombe aux mains des Japonais en 1942. Les Anglais ont perdu la face, il en est fini de leur contrôle sur la péninsule Malaise. La transition s’organise doucement vers une fédération Malaise associant les Sultanats à la ville franche.

 

Hong Kong                      Les guerres de l’Opium…

A l’embouchure de la rivière des perles, au large de Canton. Jusqu’au 19ème siècle, la Chine est un empire refermé sur lui-même commercialement ainsi que dans le domaine de l’échange des idées et des innovations. Ceci est dû à un protectionnisme strict appliqué par la bureaucratie impériale et soutenue par une population conservatrice et fortement xénophobe.

Parallèlement, l’Europe devient « sinomaniaque », raffole des bibelots chinois (porcelaine, soie, objets laqués) et surtout s’entiche de thé. Ceci induit un déséquilibre commercial que la toute puissante EIC va chercher à combler. Autosuffisante, la Chine ne veut pas d’échanges marchandises contre marchandises mais exige de se faire payer en argent uniquement. Les Anglais contrairement aux Espagnols (Amérique du Sud) ont peu d’argent et cherchent à écouler leurs marchandises en provenance d’Inde dont l’opium. Malgré les interdictions de fumer de l’opium promulguées par l’Empereur, la contrebande s’organise, facilitée par la corruption des fonctionnaires Chinois. Le commerce de l’opium, très lucratif, finance la Royal Navy qui écrasera la puissance navale de la Dynastie Qing.

Le traité de Nankin est signé en 1842. Il force l’ouverture au commerce de 5 ports dont Shanghai et Canton, demande le paiement d’indemnités de guerre et de réparations pour les stocks d’opium détruits et enfin entérine la cession de l’ile de Hong Kong aux Anglais.  Considéré comme un des « traités inégaux » entre la Chine et les puissances d’occident, il inaugure pour la Chine un siècle d’humiliation qui s’achèvera en 1949 par la fondation de la République Populaire de Chine. Cette violation de la suprématie Chinoise fondée sur le commerce de la drogue continue à alimenter, par esprit de revanche, le désir de leadership du pouvoir actuel.

 

Singapour – China District

Singapour – China District

 

Hong Kong – Sampan en maraude dans le port d’Aberdeen situé au sud de l’ile dans un trou à cyclone. Le village flottant de jonques et de sampans, incendié le 25 décembre 1986 – 150 sampans coulés –, bordel traditionnel de la ville a été remplacé par une marina et les immeubles d’habitation ont grignoté la jungle. Quelques sampans continuent à faire taxi.

Hong Kong – Sampan en maraude dans le port d’Aberdeen situé au sud de l’ile dans un trou à cyclone. Le village flottant de jonques et de sampans, incendié le 25 décembre 1986 – 150 sampans coulés –, bordel traditionnel de la ville a été remplacé par une marina et les immeubles d’habitation ont grignoté la jungle. Quelques sampans continuent à faire taxi.

 

Tiong Barhu – Hawker center. Dans un souci d’hygiène et d’urbanisme les restaurateurs de rue Chinois, Malais ou Hindus ont été regroupés (en dépit de mouvements protestataires rapidement jugulés) au-dessus des marchés. Ceux-ci répondent à une organisation stricte où cohabitent plateaux et vaisselle Halal et non Halal (phénomène récent d’adaptation à la clientèle moyen-orientale). Le shopping et manger au restaurant constituent les principaux hobbies des Singapouriens « prisonniers » de la Cité-Etat, le sexe n’est pas à l’ordre du jour, la transition démographique est très avancée, voire blette.

Tiong Barhu – Hawker center. Dans un souci d’hygiène et d’urbanisme les restaurateurs de rue Chinois, Malais ou Hindus ont été regroupés (en dépit de mouvements protestataires rapidement jugulés) au-dessus des marchés. Ceux-ci répondent à une organisation stricte où cohabitent plateaux et vaisselle Halal et non Halal (phénomène récent d’adaptation à la clientèle moyen-orientale). Le shopping et manger au restaurant constituent les principaux hobbies des Singapouriens « prisonniers » de la Cité-Etat, le sexe n’est pas à l’ordre du jour, la transition démographique est très avancée, voire blette.

 

Hong Kong – Mac’s noodles à Wellington street. Mac’s est célèbre pour sa “Wanton noodle soup”, soupe de ravioli servie en petites portions et pour ses serveurs en livrée. Le bouillon non bu est reversé dans la marmite. Les amateurs dégustent leur soupe plutôt en fin d’après-midi, les bouillons reversés ont eu le temps de se faire culture. 

Hong Kong – Mac’s noodles à Wellington street. Mac’s est célèbre pour sa “Wanton noodle soup”, soupe de ravioli servie en petites portions et pour ses serveurs en livrée. Le bouillon non bu est reversé dans la marmite. Les amateurs dégustent leur soupe plutôt en fin d’après-midi, les bouillons reversés ont eu le temps de se faire culture.

 

Singapour – Emerald Hill. La rue constitue une enclave de maisons traditionnelles chinoises au bord d’Orchard road.

Singapour – Emerald Hill. La rue constitue une enclave de maisons traditionnelles chinoises au bord d’Orchard road.

 

Singapour – Orchard road. Cette artère qui concentre toutes les enseignes de marques de luxe est une attraction touristique majeure de Singapour.

Singapour – Orchard road. Cette artère qui concentre toutes les enseignes de marques de luxe est une attraction touristique majeure de Singapour.

 

Quel degré de « Chinicité » ?

 

Singapour                         « Speak Mandarin it’s your language »

En raison de son particularisme, une enclave chinoise en monde malais et une enclave potentiellement « communiste » en monde d’Islam, Singapour a été expulsé de la fédération malaise en 1965. Privée de ressources naturelles, la Cité Etat a bâti son succès en une génération sur le commerce, le service et le capital humain.  Le peuplement continue de faire l’objet d’une planification minutieuse destinée à préserver la suprématie de l’ethnie chinoise. Au dernier recensement, 74 % des résidents sont d’origine Chinoise, 13 % d’origine Malaise, 9% d’origine Indienne et 4 % d’autres origines. L’anglais est communément parlé par tous.

Le taux de fertilité est un des plus bas au monde. Pour assurer le renouvellement de la population et ainsi la productivité nécessaire au maintien de la ville parmi les premiers rangs mondiaux (hub de transport et financier, raffinage et trading pétrolier, indice de développement humain, pénétration de la téléphonie mobile, sécurité, qualité de vie…), l’immigration choisie est encouragée par le gouvernement. La population de 5.5 millions de personnes comprend 70 % de citoyens et résidents permanents, et 30% de travailleurs étrangers et d’étudiants. Le mélange de capitalisme et de servitude a pour conséquence un niveau d’inégalité de revenus parmi les plus élevés au monde.

La richesse de Singapour est la conjonction de 3 éléments : la position géographique qui facilite la logistique du transport maritime international, le libre-échange instauré par les Anglais et confirmé par un demi-siècle d’économie planifiée et l’esprit d’entreprise Chinois.

Coincée entre l’Indonésie et la Malaisie, Singapour est idéologiquement plus proche de la Chine. Mais sur le plan diplomatique, la Cité-Etat entretient avec son grand-frère une neutralité prudente et nuancée tout en préservant les relations avec les Etats-Unis. Cette position d’équi-proximité avec les 2 géants reste ambiguë, il est clair qu’en cas de conflit, le soutien de la population ne peut aller qu’à la Chine. Sur le plan économique, les principaux partenaires sont dans l’ordre la Malaisie, la Chine et les Etats Unis perçus comme un contre-pouvoir à la Chine.

Apres l’indépendance, la plus grande crainte est l’invasion par la Malaisie.

Pour limiter sa vulnérabilité Singapour décide de se doter d’une force militaire performante et se rapproche d’Israël qui présente les mêmes caractéristiques d’isolement en monde musulman. Ces derniers conçoivent les forces de défense et inspirent le système de conscription et de réserve. Israël est le plus gros fournisseur d’armes.

En parallèle, Singapour conduit une épuration radicale des communistes, véritable chiffon rouge agité au nez des monothéismes radicaux environnants, tout en en conservant les structures organisationnelles (commissariat au plan,  polit bureau, contrôle par les pairs).

 

Hong Kong                       On y colle les pavés

Le 1er juillet 1997, la location à 99 ans de Kowloon et des Nouveaux Territoires s’achève. Les Anglais agréent également de rétrocéder l’île de Hong Kong ; par application du principe ‘Un pays, Deux systèmes’, Hong Kong devient une Région Administrative Spéciale autorisée à conserver son économie de marché, sa monnaie, son système légal indépendant, sa force de police, sa politique douanière et d’immigration et obtient la garantie d’un haut degré d’autonomie pendant 50 ans.

La population est composée à 91% de résidents d’origine Chinoise et la langue majoritaire est le Cantonais. L’immigration récente de plus de 45 000 chinois par an en provenance de Mainland China contribue largement à la croissance de la population. A celui-ci s’ajoute un flux croissant de touristes chinois de métropole. En raison de différences culturelles et linguistiques marquées, ces mouvements de population accroissent les tensions entre les résidents de Hong Kong et ceux de la Chine Continentale accusés de comportement irrespectueux.

Les résidents de Hong Kong tiennent à préserver leur statut privilégié. Le projet non abouti de Pékin de proposer un suffrage universel indirect pour la désignation du chef de l’Exécutif (choix de candidats patriotes agréés par Pékin) déclenche en 2014 des manifestations et un mouvement de désobéissance civile initié par les étudiants, appelé Révolution des Parapluies. Bien que le mouvement de protestation se soit rapidement essoufflé, il a montré l’obsession de Pékin de toute différence de conscience politique afférant à l’emprise sur le destin individuel, social et collectif face à la mainmise du Parti compromis avec les milieux financiers.

Port ouvert situé à l’embouchure de la rivière des Perles, Hong Kong a été pendant des décennies l’unique point d’import/export de la Chine.

Trafic d’opium et transport de coolies se trouvent à l’origine de bien des fortunes de la colonie. Hong Kong assurait cependant des activités commerciales plus respectables d’entreposage. Plus récemment, c’est l’apposition de l’étiquette « made in Hong Kong » sur les biens de grande consommation produits par les ateliers de Canton et l’enlèvement des marchandises hors taxes par cargos qui ont consolidé sa richesse.

La politique d’ouverture de la Chine menée par Deng Xiaoping dans les années 1980 a promu l’émergence de Shanghai comme premier port du monde et première place financière d’Asie provoquant le déclin de Hong Kong. La rétrocession du territoire par les Anglais a accéléré le processus, Pékin assurant une vigilance appuyée sur la majorité des flux. La ville est devenue le point de concentration où les enseignes de marques de luxe se battent pour conquérir les millionnaires Chinois et où les banques facilitent la conversion des renminbis en dollars ou en euros. La capacité d’enrichissement est toujours présente, les idéaux quant à eux sont en voie de normalisation… les forces de Police collent les pavés au mastic avant chaque manifestation.

 

Singapour – Pharmacie traditionnelle, au fond, trépang ou holothurie séchée.  La médecine traditionnelle prête au concombre de mer des vertus permettant de soigner l’anémie, l’impuissance et d’augmenter la longévité en nourrissant l’énergie vitale au même titre que l’aileron de requins ou la soupe de nids d’oiseaux. Très prisé en gastronomie, l’aileron de requin au même titre que les accessoires de luxe symbolise la richesse, la puissance et le prestige. Le prix est d’environ 400 usd/kg et le bol de soupe (30g) est commercialisé entre 15 et 150 usd, ce qui en fait un des produits de pêche les plus chers au monde. Le marché mondial représente 15 000 tonnes et est alimenté par des pêcheurs de plus de 100 pays.

Singapour – Pharmacie traditionnelle, au fond, trépang ou holothurie séchée.  La médecine traditionnelle prête au concombre de mer des vertus permettant de soigner l’anémie, l’impuissance et d’augmenter la longévité en nourrissant l’énergie vitale au même titre que l’aileron de requins ou la soupe de nids d’oiseaux. Très prisé en gastronomie, l’aileron de requin tout comme les accessoires de luxe symbolise la richesse, la puissance et le prestige. Le prix est d’environ 400 usd/kg et le bol de soupe (30g) est commercialisé entre 15 et 150 usd, ce qui en fait un des produits de pêche les plus chers au monde. Le marché mondial représente 15 000 tonnes et est alimenté par des pêcheurs de plus de 100 pays.

 

Singapour – Temple de la relique de la dent d’or du Buddha.

Singapour – Temple de la relique de la dent d’or du Buddha.

 

Hong Kong – Temple Man Ho

Hong Kong – Temple Man Ho

 

Hong Kong - Temple de Tin Hau, la déesse de la mer à Aberdeen

Hong Kong – Temple de Tin Hau, la déesse de la mer à Aberdeen

 

Singapour – Bruce Lee. Caractérisé par des démonstrations d’arts martiaux et des scènes d’action spectaculaires, le cinéma de Hong Kong a rapidement atteint une notoriété internationale et s’est facilement exporté à Hollywood. Pêle-mêle : les acteurs Jackie Chan, Chow Yun Fat, Maggie Chueung, Tony Leung, Jet Li, les cinéastes John Woo et Wong Kar-Wai.

Singapour – Bruce Lee. Caractérisé par des démonstrations d’arts martiaux et des scènes d’action spectaculaires, le cinéma de Hong Kong a rapidement atteint une notoriété internationale et s’est facilement exporté à Hollywood. Pêle-mêle : les acteurs Jackie Chan, Chow Yun Fat, Maggie Chueung, Tony Leung, Jet Li, les cinéastes John Woo et Wong Kar-Wai.

 

Hong Kong – A bord d’un sampan à Aberdeen

Hong Kong – A bord d’un sampan à Aberdeen

 

Hong Kong – Jumbo floating restaurant à Aberdeen

Hong Kong – Jumbo floating restaurant à Aberdeen

 

Hong Kong – Chungking mansion à Kowloon. Chungking Mansions est considéré comme le quartier africain de Hong Kong. Le complexe abrite environ 4000 résidents, des restaurants de curry, des magasins de sari, des agents de change, des vendeurs de mobile et près de 2000 chambres éclatées en guesthouses aux tarifs les plus bas de la ville (20 usd).

Hong Kong – Chungking mansion à Kowloon. Chungking Mansions est considéré comme le quartier africain de Hong Kong. Le complexe abrite environ 4000 résidents, des restaurants de curry, des magasins de sari, des agents de change, des vendeurs de mobile et près de 2000 chambres éclatées en guesthouses aux tarifs les plus bas de la ville (20 usd).

 

Singapour – Little India

Singapour – Little India

 

Singapour – Tekka market in Little India. Pour favoriser l’intégration des communautés, toutes les instructions officielles sont traduites en 4 langues : anglais, chinois, malaise et sanscrit. En 2013, un accident mortel impliquant un bus, a déclenché la première émeute à Singapour depuis 40 ans. Cet évènement a attiré l’attention sur les conditions de vie des travailleurs immigrés, les inégalités de revenus et les tensions entre les différentes communautés. Depuis ce jour la consommation d’alcool dans Little India, les jours de congés est interdite.

Singapour – Tekka market in Little India. Pour favoriser l’intégration des communautés, toutes les instructions officielles sont traduites en 4 langues : anglais, chinois, malaise et sanscrit. En 2013, un accident mortel impliquant un bus, a déclenché la première émeute à Singapour depuis 40 ans. Cet évènement a attiré l’attention sur les conditions de vie des travailleurs immigrés, les inégalités de revenus et les tensions entre les différentes communautés. Depuis ce jour la consommation d’alcool dans Little India, les jours de congés est interdite.

 


Un gout prononcé pour l’esclavage l’exploitation

Singapour est le pays développé où l’écart de salaire qualifié/non qualifié est le plus élevé, de 1 à 10 par opposition à 1 à 5 en Europe. La disponibilité de main d’œuvre peu qualifiée et abondante en est la principale raison : dans les domaines de la construction rivalisent Indonésiens, Bengalis, Tamouls, etc qui sont sous contrat temporaire à des tarifs défiant toute concurrence ; hâves, épuisés, on les voit transiter sur les plates formes (non climatisées) des camions au petit jour ou à la nuit tombée entre le lieu de travail, et les lieux d’hébergement. A l’issue du contrat, le visa temporaire expire, ils traversent le pont vers Johor Bahru pour attendre un éventuel nouveau contrat, l’intermédiaire qui touche le salaire ne va quand même pas leur payer un billet d’avion pour le pays ! Côté domesticité, c’est du pareil au même, les « helpers » (celles qui aident) sont attachées à une famille, nourries, logées (le plus souvent dans la pièce obscure qui tient lieu de refuge anti bombe), payées dans les 300€ par mois via des intermédiaires qui ont financé leur billet d’avion et doivent se faire rembourser… c’est toujours mieux que les 80€ par mois de revenu moyen au pays…

Chirico: "helper" aux délicieux chérubins

Francisco de Goya: “helper” aux délicieux chérubins – Musée du Prado

MAIS Singapour a une vision structurée de la chose et via un subtil mécanisme de levier (“levy”) pilote sa population de travailleurs immigrés ; ceux-ci sont classifiés en « foreign talent », des gens qui ont des compétences, recherchés et encouragés à résider et « foreign workers », de la main d’œuvre qui ne pourra, au mieux, que rester deux ans et pour laquelle le gouvernement lève un impôt (par exemple 200 S$ pour un salaire de 450 S$) … de quoi financer bien des infrastructures.

Sur une population totale de 5.5 millions d’habitants, on compte 1.5 millions de non-résidents (soit 28%) dont travailleurs étrangers :

  • 300 000 « foreign talents »… ceux que l’on veut bien
  • 950 000 « foreign workers »… ceux que l’on tolère (dont 250 000 « helpers »)

 

Hong-Kong, du pareil au même, 336 000 « helpers » pour une population de 7 million d’habitants ; 1/3 de ces « helpers » sont payées moins de 150€ par mois pour 70 heures de présence minimale…  Indonésie, Philippines, Thaïlande, Inde, Sri Lanka, Népal et Birmanie fournissent la majeure partie du contingent.  Côté labeur pénible, c’est plus simple, le Cantonnais fait l’affaire, de plus il parle la langue….

Tout ceci est peut-être à remettre dans un contexte global d’abolition de l’esclavage de 1830 à 1870; sur la même période, quasi 2 millions de Chinois ont été exportés via Hong Kong … le « Coolie Trade » pour la construction de San Francisco ou la voie de chemin de fer Est-Ouest aux Etats Unis.

La plupart des compagnies assurant le transport étaient occidentales tandis que les sociétés secrètes se chargeaient du recrutement, difficile d’émettre un jugement moral sur le présent sans se souvenir du passé.

 

Hong Kong – publicité pour une agence de recrutement d’employées de maison indonésiennes ou philippines

Hong Kong – publicité pour une agence de recrutement d’employées de maison indonésiennes ou philippines

 

Hong Kong – Dimanche après-midi sur le parvis, ombragé, du siège de HSBC, les bonnes Philippines se retrouvent pour festoyer et soigner le mal du pays.

Hong Kong – Dimanche après-midi sur le parvis, ombragé, du siège de HSBC, les bonnes Philippines se retrouvent pour festoyer et soigner le mal du pays.

 

 

Prévoir le futur est incertain surtout lorsque cela concerne l’avenir……

 

Singapour – Gardens by the Bay Structures artificielles, arbres du futur.

Singapour – Gardens by the Bay
Structures artificielles, arbres du futur.

 

Singapour                         Terminus

 Le décès du père fondateur Lee Kuan Yew a précédé de quelques mois la date anniversaire des 50 ans de la création de l’Etat de Singapour. Lors des cérémonies officielles un siège vide orné d’une orchidée est présent pour celui, qui en une génération, a transformé un territoire du Tiers Monde en ville d’hyper technologie.

Ce succès est largement dû à la vision de celui qui a conservé le pouvoir pendant plus de 3 décennies. Blessé de l’exclusion par la fédération malaise, il n’a eu de cesse de prouver la validité de son modèle basé sur une économie et une organisation de la société minutieusement planifiées et la libre entreprise en dépit d’un fort interventionnisme d’Etat dans tous les secteurs stratégiques.

La Cité dépendante de ses voisins pour tous les approvisionnements de première nécessité et très vulnérable à l’économie globale présente la sécurité, la stabilité et l’absence de corruption perçue comme principaux atouts. Tout en préservant les intérêts de la communauté sur le long terme fondés sur des principes de méritocratie et de multiculturalisme, il s’agit de démontrer l’efficacité (« CAN »).

Le totalitarisme mis en place : contrôle des médias, absence totale de promotion de l’art, interdiction de manifester (demande déposée au-delà d’un rassemblement de plus de 5 personnes), application de châtiments corporels (bastonnade) et existence de la peine de mort se trouvent à postériori justifié par l’atteinte de l’objectif. A l’époque du Grand Schisme (1414) l’évêque de Verdun s’exprimait ainsi: « lorsque son existence est menacée, l’Eglise est dispensée des commandements de la morale. L’unité comme but sanctifie tous les moyens, l’astuce, la traîtrise, la violence, la simonie, l’emprisonnement et la mort. Car tout ordre existe pour les fins de la communauté et l’individu doit être sacrifié au bien général ». Lee Kuan Yew avait bien appris sa leçon…

Par l’application d’algorithmes scientifiques permettant la prédiction du futur en termes probabilistes (psycho-histoire), Hari Seldon, personnage mythique de la série Fondation écrite par Isaac Asimov au siècle dernier, annonce la chute imminente de l’Empire Galactique et fonde sur Terminus une communauté de scientifiques dont la mission officielle est de compiler toute la connaissance avant que celle-ci ne disparaisse.

Il s’avère en réalité que cette Fondation a pour objet principal d’œuvrer à la diminution des temps d’obscurantisme et ainsi hâter la résurgence d’un nouvel Empire.

Il pourrait être tentant de jouer à repérer quelques similitudes entre fiction et réalité, entre Hari Seldon et Lee Kuan Yew, Fondation et Singapour, deux villes laboratoires, convoitées par leurs voisins, soumises à de fortes pressions de survie, le dos au mur, toutes deux contraintes d’inventer des réponses originales..

Den Xiaoping, nouvel homme fort de l’Empire, ne s’y trompa pas, rendant visite à Singapour dès 1978, juste avant de réorienter la politique Chinoise vers l’ouverture au marché « peu importe que le chat soit noir ou blanc tant qu’il attrape des souris ».

 

Hong Kong                      « Ten Years »

C’est le titre du film qui a gagné les honneurs de la Soirée des Hong Kong Film Awards (HKFA) en Avril 2016, un projet encourageant les citoyens à penser au futur de la ville ; y est dressé un tableau politique et social de Hong Kong en 2025, une dystopie en cinq volets qui a rencontré un énorme succès et s’est attirée les foudres des autorités chinoises…

Le film a fait les gros titres du « Global Times » (环球时报) » à Pékin, le quotidien porte-parole du Parti Communiste l’a qualifié d’absurde et de pessimiste. Les médias continentaux n’ont fait aucune mention de la récompense du film quand ils ont donné la liste des vainqueurs. Contrairement aux autres années, les chaînes de télévision chinoises avaient renoncé à diffuser la cérémonie.

10 ans, c’est le temps écoulé depuis la rétrocession et le fameux « un pays deux systèmes ». Forte de sa puissance retrouvée, la République Populaire de Chine commence à montrer ses muscles à Hong Kong comme partout ailleurs en Mer de Chine, en matière économique tout comme de super-calculateurs.

Pour Pékin, Hong Kong est une ville pervertie, création artificielle d’un envahisseur honnis. L’ADN de la ville est entaché de lourdes tares congénitales, indépendance, liberté, démocratie, il n’est d’autre possibilité que de diluer les mauvais gênes dans un flux de normalité d’où la politique migratoire de Pékin, d’où la pression à  parler Mandarin et non plus Cantonnais etc….

Dans le cadre de la rétrocession, Pékin avait finalement levé la main de « Walled City », la Citadelle.

Citadelle de Kowloon 1989

Citadelle de Kowloon 1989

Située à Kowloon, poste  militaire historique, la Citadelle demeure une enclave Chinoise en territoire Britannique après la location des Nouveaux Territoires en 1898 pour 99 ans. Possession formelle de Pékin au cœur de Hong Kong, la Citadelle n’a pas de statut juridique clair ; occupant Hong Kong en 1942, les Japonais rasent les murs qui l’entourent pour étendre la piste de l’aéroport, les Anglais reprennent la ville mais ne peuvent en rien changer le statut de la Citadelle, épine dans le pied de la Couronne… un véritable supplice Chinois. La densité de population y grimpe à 2 Millions d’habitants au km2 (40 000 habitants dans un rectangle de 100 x 200m)….

Dès la rétrocession agrée en 1984 sous l’impulsion de Deng Xiaoping, la Chine accepte que les Anglais nettoient le coin et relogent les habitants de Mordor. Hong Kong devient une ville propre, la mariée sera belle.

 

Une salle des marchés ? Non… un des trois étages du Casino du Marina Bay Sand…

Une salle des marchés ?
Non… un des trois étages du Casino du Marina Bay Sand…

 

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Amami o shima – Japon

26 Juin 2016

Borocedur

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Le 19 novembre 2015, « Yo! » se faufile dans la succession ininterrompue de cargos sur le rail le plus fréquenté du monde au droit de Singapour et s’amarre sur un coffre au Changi Sailing Club. La route, de l’archipel de Karimun Java lieu de villégiature des Javanais à celui de Riau, arrière-cour et atelier de Singapour impose de zigzaguer dans les flottilles de pêcheurs. La navigation sur des fonds inférieurs à 60 mètres et la désespérance liée à l’absence de vent au large de Belitung, coincée entre Sumatra et Kalimantan (Bornéo) accentue la sensation d’étouffement. Pourtant, la stratégie d’attente du début de la mousson de Nord-Est permet de naviguer alors que les fumées extrêmement denses dues aux incendies des forêts de Sumatra et Kalimantan sont dissipées par les premières pluies.

Au-delà de ces perceptions liées à l’environnement, la sensation d’enfermement est confirmée lors d’une escapade à Yogyakarta et Borobudur, démonstration flagrante de l’acculturation forcée au grand vide mental dictée par Jakarta.

Alors que la proximité de la Malaisie et de Singapour pousse à s’interroger sur l’insolubilité de l’Islam dans le Communisme, la dernière étape de la traversée d’Est en Ouest de l’Indonésie, des archipels oubliés vers les lieux de pouvoir et de création de richesse est l’occasion de dresser un bilan des quatre mois passés dans le continent maritime, plus grand pays musulman du monde et victime d’attentats à Jakarta quelques semaines après ceux de Paris le 13 novembre.

 

1 Map

 

En dansant la Javanaise

L’ile de Java concentre les 2/3 de la population d’Indonésie, soit dans les 200 millions d’habitants avec une densité proche des Pays-Bas (plus de 800 habitants au km2) ; on imagine sans peine les défis auxquels sont confrontées les autorités.

Elle présente deux caractéristiques complémentaires conduisant à une telle population:

  • une fertilité exceptionnelle (traditionnellement deux récoltes de riz par an, trois de nos jours),
  • située au centre d’un important réseau d’échanges commerciaux (on y retrouve des céramiques Romaines), les Indiens s’y étaient établis dès le VIIème siècle jusqu’au XVème siècle, puis les Musulmans s’implantant successivement à Sumatra (Aceh 1520) et à Java contribuent à l’effondrement de l’Empire Indianisé, ouvrant la porte aux Européens dont les Hollandais qui se taillent la part du lion…. jusqu’à l’Indépendance.

Batavia de son petit nom (fondée par les Hollandais en 1619), Jakarta de nos jours, la capitale – environ 25 millions d’habitants – épicentre économique, vitrine séculaire d’un pays en voie de mutation concentre les fonctions régaliennes malgré la politique de décentralisation menée depuis une dizaine d’années, …. tout en jouant le rôle de directeur de conscience pour l’ensemble des musulmans déclarés (85 % de la population totale).

Java, une île ? Non, un lieu de pouvoir, un lieu d’habitation, un monde en soi…. il y a peu de mouillages « secure » où laisser le bateau, on peut l’imaginer ; hormis l’extrême Nord-Ouest, à proximité immédiate du Krakatoa (1883 – crac boum hue, les explosions entendues en Australie, un tsunami générant des vagues de 20m, des blocs de ponce satellisés observés plusieurs fois en France et le ciel s’obscurcit pour quelques temps, maigres récoltes de par le monde), l’île est peu adaptée à la plaisance, c’est une première pour nous.

La fin de saison de navigation approche sur la zone, objectif Singapour, pour ce faire il faut se glisser entre les deux îles majestueuses de Sumatra et Bornéo (Kalimantan est le nom de la partie Indonésienne de Bornéo), parmi les dernières à héberger de la forêt primaire en Asie. Rivières boueuses, crocodiles, serpents, malaria, peu nous chaud de naviguer dans ces parages, d’autant que les incendies de forêts  rendent la navigation hasardeuse, nous faisons l’impasse, non sans quelques regrets :

  • Le sultanat d’Aceh à la pointe Nord de Sumatra, la Mecque d’Asie, se vante que sa religiosité extrême ait préservé les mosquées lors du tsunami de 2004. Les revendications de sécession se sont tues après que le gouvernement central ait accepté que le sultanat soit, localement, sous le régime de la Sharia. Une autre fois…pas en bateau.
  • A Bornéo, séparée entre la Malaisie (Sabah/Sarawak), Brunei et l’Indonésie (Kalimantan), s’éteignent les derniers Dayaks, redoutables chasseurs de têtes, animistes farouches et longtemps rebelles à l’islamisation tout comme s’étiolent les populations d’Orang Outang (homme singe en Bahasa). Une autre fois… pas en bateau.

Tous les ans, en fin de saison sèche revient la même histoire, les incendies de Sumatra et de Bornéo… et tous les ans, juré, promis, cela ne se reproduira plus, de nouveaux moyens de lutte sont en place, etc…

Ces incendies sont volontaires, provoqués par la déforestation massive pour la culture du palmier producteur d’huile de palme entrant dans la composition de nombreux produits agro-alimentaires -malgré des questions de santé publique- et source de bio carburant. Entre 2000 et 2012, l’archipel aurait perdu 6 millions d’hectares de forêt vierge, une surface quasi équivalente à celle de l’Irlande. A telle point importante qu’il s’agit maintenant de gérer la surproduction cause de décrochage de la cotation de la tonne d’huile de palme à la bourse de Kuala Lumpur.

Malgré son engagement de lutter contre cette destruction systématique dont 40% est le fruit d’actes illégaux, le gouvernement ne parvient pas à enrayer cette tendance. Son impuissance est liée à son incapacité à contrôler la dévolution des concessions aux grandes entreprises d’huile de palme ou de pâte à papier par les gouvernements de province et chefs de district responsables de la gestion de la forêt. De plus, cette industrie représente une génération d’emplois et une manne financière considérable. Ceci contribue à expliquer la réticence à sanctionner les incendies volontaires tout comme la destruction de récifs par cyanure ou explosion, l’arrachage de mangroves ou la surexploitation des ressources halieutiques, pourtant considérés comme des crimes. Enfin, derrière bon nombres de sociétés Indonésiennes s’abritent moultes Malaises à capitaux Chinois…. mais c’est une autre histoire. Enfin, les lobbys de l’industrie agro-alimentaire des pays occidentaux ne favorisent pas la préservation de la forêt primaire. En témoigne les débats autour de la taxe Nutella….

Dans ce contexte, les archipels de la mer de Java sont bien plus accessibles et se situent aux confins de mondes divergents.

  • 50 km au Nord de Java, Karimum Jawa exsude un léger parfum de riviera, c’est un haut lieu de tourisme des Javanais. Y débarquent habitants de Jakarta, Surabaya, Semarang en quête d’eaux claires et d’« authenticité ».

 

  • Plus à l’Ouest, les archipels de Belitung et Bangka, le long des mangroves de Sumatra, pâtissent d’une piètre réputation liée aux anciens (et peut-être encore actuels) foyers de piraterie. Juste sur l’Equateur, l’archipel de Lingga (Penuba), en marge du pôle Singapourien, hésite à choisir son camp entre usines et maisons sur pilotis fortement apparentées à celle des grands deltas d’Asie du Sud-Est.

 

  • Tout au Nord, soit au Sud de l’île-cité-état, juste de l’autre côté du détroit de Singapour, l’archipel de Riau (dont les plus grandes îles sont Batam et Bintan) abrite les actifs Indonésiens du triangle industriel Singapour/Johor Bahru (Malaisie) / Batam&Bintan (Indonésie). Situé tout en bas de la pyramide économique,  il sert d’atelier et marché de gros à Singapour. Les revenus moyens en Indonésie sont de 80 $ par mois, ils atteignent 200 $ à Riau, 400 $ à Johor Bahru et 1500 $ à Singapour… A Singapour la conception et le marketing des grandes firmes internationales, à Johor Bahru la maîtrise d’œuvre, à Batam&Bintan les usines high tech, pilotées de loin selon des standards internationaux mais obéissant à des normes locales en matière d’hygiène, social, salaires  et où travaillent les plus qualifiés des Indonésiens (Samsung en est un exemple parmi tant d’autres). C’est à Riau qu’est apprêtée l’immense production agricole Indonésienne (fruits, légumes, mais également viande dont, on ne rigole pas, le cochon), dernière étape de la chaîne de production, lavés, triés, packagés, bref, prêts à être vendus dans les supermarchés… C’est à Riau que transitent pour leur dernière étape de « traitement » certains flux financiers avant que d’aller se perdre dans les méandres bancaires de la ville lumière « incorruptible ». C’est à Riau que les retraités Singapouriens (Chinois) viennent couler des jours heureux, cession faite de leur appartement. Ils profitent des resorts, terrains de golf, casinos et lieux d’encanaillement.

Pour qui aime les récits de science-fiction, les villes confins de bout du monde, Tanjun Pinang, ville principale de l’archipel de Riau, est une ville magique, frontière, où tout est possible, oui, vraiment et tristement tout.

 

Karimum Jawa - Port de pêche

Karimum Jawa – Port de pêche

Lingga - Régate

Lingga – Régate

Détroit de Kalimantan - Pêcheur au lamparo au mouillage pendant la journée

Détroit de Kalimantan – Pêcheur au lamparo au mouillage pendant la journée

Karimum Jawa - Retour de pêche

Karimum Jawa – Retour de pêche

Karimum Jawa - Office de services touristiques

Karimum Jawa – Office de services touristiques

Penuba - Archipel de Lingga

Penuba – Archipel de Lingga

Penuba - Archipel de Lingga Ojek (moto) à flot

Penuba – Archipel de Lingga
Ojek (moto) à flot

Tanjung Pinang - Ile de Bintan sur l'archipel de Riau Parc d'ojeks

Tanjung Pinang – Ile de Bintan sur l’archipel de Riau
Parc d’ojeks

Karimum Jawa - Volatiles d'agrément

Karimum Jawa – Volatiles d’agrément

Marché de Tanjung Pinang - Volatiles à casserole

Marché de Tanjung Pinang – Volatiles à casserole

Zone de mouillage dans l'archipel de Riau. Sous l'orage : Singapour

Zone de mouillage dans l’archipel de Riau. Sous l’orage : Singapour

 

 

Yogyakarta, capitale acculturelle de l’Indonésie

Yogyakarta jouit d’une réputation de ville industrieuse, centre de production important de batik, de ville universitaire, de ville touristique et artistique, c’est la porte d’entrée de Borobudur et Prambanan, deux joyaux indiens ; bref une petite « capitale culturelle », à voir ?

Jogya, sous son petit nom, ne fait pas grande impression. Le gouverneur est sa majesté le sultan Hamengkubuwono X. La charge est héréditaire. Les tentatives récentes du gouvernement central d’aller vers un processus plus démocratique de désignation se sont heurtées à de fortes protestations, fin de l’histoire.

Un urbanisme moyen peine à dégager les artères bouchées jour et nuit, les colifichets à touristes produits industriellement, sont vendus en vrac, au poids, au sac, à la tête du client, un centre de production artistique certes, qui irrigue une majeure partie des cités du pays. Les cinq prières journalières sont bien distribuées de toute part, les sonos concurrentes se tirent la bourre au mépris des tympans hérétiques. Il est, pour une ville ouverte, fort difficile de trouver à boire un verre (allez voir au Sheraton… peut-être). Les jeunes amoureux, étudiants peut-être, sont si sérieux lorsqu’ils marchent dans la rue, comme une chape pèse sur la ville. Etrange.

Au cœur de la ville, le Kraton : immense bâtiment qui tenait lieu de cour princière, magnifiquement entretenu, peu utilisé, des pièces exposent des reliques à la gloire de la famille régnante : quelques photos historiques, celles de la circoncision du futur sultan et de sa sœur, les chaussures ET les chaussettes d’un militaire, un kriss etc… jolie collection de batik. La partie administrative n’est pas accessible.  A côté du Kraton, un musée, joliment conçu, quelques traductions en Anglais, les œuvres, exclusivement des pièces de la période Indianisée : de jolies marionnettes en cuir qui décrivent le Panthéon des divinités (y compris la Sainte Vierge et l’Enfant Jésus), toute la panoplie de ce que l’on trouve de nos jours sauvegardé à Bali (bijoux, statues, etc), Mandalas…  De local post 16ème siècle, rien, hormis une vague épée, cela ne va sans rappeler un drapeau tristement célèbre. Soit les pièces produites depuis la conquête de l’Islam sont trop précieuses pour être portées à la connaissance du vulgus pecum, soit elles sont inexistantes… Etrange.

De la période Indianisée, deux joyaux architecturaux subsistent : Borobudur le Bouddhiste et Prambanan l’Hindouïste.

  • Borobudur est situé à une quarantaine de km de Jogya, on ne le présentera pas ; les Hollandais s’en foutaient. Après l’indépendance, l’UNESCO y mit son grain de sel, prenant en charge la restauration de l’ensemble – sous le haut patronage du gouvernement Indonésien qui avait d’autres chats à fouetter-, un travail gigantesque. Le site est mis en valeur, un pseudo centre d’étude Bouddhistes justifie un hôtel aux portes de l’ensemble. Des hordes d’étudiants en hijab viennent contempler leur « passé », grimper sur les stupas, crier, piailler… De ferveur religieuse, il n’est pas question. Au fil du temps, l’aspect religieux du site a savamment été gommé pour ne plus laisser que la machine à produire du cash, assez proche de nos Châteaux de la Loire. Les riches touristes (ceux qui disposent de 20$) peuvent bénéficier d’une admission privée au petit jour, ils ne sont qu’une centaine, bruyants, gros gras et suants à gravir les marches, bénissant leur chance de pouvoir profiter de ce lieu magique entre eux, eux qui savent…. Aperçu un moine et sa robe orange en 24 heures.
  • Prambanan l’Hindouïste, une ode au Ramayana, l’épopée où l’on voit Rama (avatar de Vishnu) partir à la quête de sa légitimité. L’ensemble de stupas est prodigieux, le site est enserré dans les excroissances de la ville, promis à étouffement. Capitalisant sur l’expérience acquise avec l’UNESCO à Borobudur, les autorités archéologiques locales ont pris en charge la réfection et l’entretien du temple : repérage des pierres, démontage, réfection éventuelle, investigation, etc… A ce jour, la situation est la suivante : tient debout ce qui n’est pas encore tombé et de nombreux tas de cailloux préfigurent les stupas glorieux remis en état un jour prochain – manque de budget, peut-être, de volonté surtout car la communauté Hindou serait prête à prendre en charge. Pas besoin de faire un dessin.

Jogya, l’enfer et la désespérance acculturelle. No fun. Nous avions abordé les drôles de relations entre la Science et l’Islam, le hasard fait qu’ici l’Art et l’Islam croisent leurs routes sans qu’il n’en reste grand-chose de notable. 

Petit jour à Borobudur, avant que les hordes ne viennent envahir le site où des hauts parleurs diffusent à longueur de journée l'ordre de ne pas escalader les stupas

Petit jour à Borobudur, avant que les hordes ne viennent envahir le site où des hauts parleurs diffusent à longueur de journée l’ordre de ne pas escalader les stupas

Chaque stupa abritait un Buddha

Chaque stupa abritait un Buddha

Prambanan

Prambanan

Au dessus du porche d'entrée du Kraton à Yogyakarta

Au dessus du porche d’entrée du Kraton à Yogyakarta

 

Yogyakarta - Bonsaï Et pourtant la nature est rieuse

Yogyakarta – Bonsaï
Et pourtant la nature est rieuse 🙂

 

Imam ou Politburo – Vert ou rouge.

Au Sud de l’Equateur

2 Octobre 1965 – Jakarta – le Général Mohamed Suharto prend la tête de l’Armée, accuse le Parti Communiste (PKI) de tentative de coup d’état et appelle à l’annihilation de ses partisans. La nuit précédente, six Généraux ont été assassinés, officiellement « enlevés puis castrés par l’aile féminine du Parti Communiste, les Gerwani » ; belle image du communiste, fourbe, athée et sexuellement pervers qui emporte l’adhésion des foules dans un pays très croyant.

Suharto, tout comme d’autres officiers supérieurs, refuse l’orientation séculaire donnée par Sukarno, le père de l’indépendance, à sa politique, tout comme il refuse la constitution d’un axe Pékin-Djakarta. Il prendra officiellement le pouvoir en mars 1966 et instaurera un Ordre Nouveau… qui perdura le temps de six mandats successifs.

Tout ceci serait anecdotique si l’appel à l’annihilation des partisans du PKI n’avait été suivi d’effets, et quels effets : les estimations varient de 1 à 3 millions de tués et d’innombrables déportés (sur l’île de Buru dans les Moluques, un paradis tropical), ce qui en fait un des actes criminels les plus significatifs du XXème siècle. Toutes les tendances de l’Islam Indonésien ont activement participé, de concert avec les militaires, à l’élimination des communistes et (d’une pierre deux coups) à la lutte contre les Chinois (concurrents de longue date). Par rapport aux années 1950, la diversité des idées s’est appauvrie. L’interdiction du communisme a accru la prédominance de l’Islam comme refuge moral et seule expression de protestation contre les inégalités sociales et économiques.

Il est notable que ce renversement stratégique de l’Indonésie en 1965 tombe à pic pour les Etats-Unis et l’Europe qui se trouvent déjà aux prises avec l’URSS et la Chine. Les Etats-Unis ont toujours officiellement nié toute implication. Ce ne serait pourtant pas la première fois que la Bible et le Coran se retrouvent alliés objectifs, la dynastie des Saoud en est une illustration croquignolette….

La chape de plomb est tombée, 50 ans plus tard, peu ne filtre.

 

Au Nord de l’Equateur

L’explosion de la fédération Malaise en 1962 par l’expulsion de Singapour a laissé des traces sévères. L’histoire réécrite en attribue la responsabilité à la cité-Etat. Il n’est de voir que les larmes de Lee Kuan Yew à l’annonce de la chose pour s’en convaincre. A la décolonisation par les Anglais, la fédération Malaise comprenait un ensemble de Sultanats (Johor, Sabah, Sarawak, Penang…) majoritairement Malais PLUS une île, majoritairement Chinoise, gouvernée par le PAP (People Action Party) de Lee Kuan Yew, lequel s’appuyait sur les seules structures existantes… eg. les cadres déjà formés par Mao and co…. Inutile de dire que le gros de la troupe (les Sultans, sans référence mal placée à leur corpulence) a rejeté le corps étranger, la peur du coco, bye bye Singapour. Ce dernier leur rendit, en moins d’une génération, la monnaie de la pièce, hi, hi.

 

Le  Communisme est-il soluble dans  l’Islam ?

D’un côté, ni Dieu ni maître, de l’autre, il n’est qu’un Dieu et Mohamed est son prophète…  un peu comme l’huile et l’eau… immiscible ; « il ne peut pas ne pas y en avoir tout en y en ayant un », on sait que Dieu est mystère mais là, c’est trop….

La plupart des pays sous régime Communiste n’ont guère facilité la vie des Eglises au sens large, de là à interdire les religions, c’est un pas que bien peu ont franchi sur une longue période. Tant que l’Eglise reste assujettie au parti et que ce dernier peut en contrôler les activités « subversives », pas trop de problème. On a même parfois certains exemples cocasses où le pouvoir central parvient à imposer ses valeurs à des Eglises rétrogrades ; c’est le cas en Chine par exemple où au nom de l’égalité homme/femme, certaines régions imposent des Imans féminins, si, si…

A contrario, difficile de trouver un pays majoritairement Musulman qui soit devenu Communiste ou qui accorde une place « raisonnable » à un parti Communiste. Pour l’instant on cherche [l’Algérie fut un laboratoire intéressant mais cela nous amènerait trop loin].

Les textes sont très clair, les religions autres, pour peu qu’elles soient monothéistes ou réductibles avec tortillements à une vision monothéiste, sont juste dans l’erreur et doivent être accompagnées pour apprendre à découvrir la seule, unique, véridique religion. L’athée par contre sssshhhhh, Shaïtan en personne, l’incarnation du mal, figure d’apostat etc… c’est une question de vie ou de mort de la construction Musulmane spécifiquement : en effet, s’agirait-il de théologie ou de dimension spirituelle, pas de souci mais il s’agit également d’organisation sociale, juridique,  politique de la société ; il est impossible de tolérer que certains éléments fondamentaux de la Sharia comme l’exécution de l’apostat et de l’athée ou bien la notion de propriété privée ne soient que symboliques.

Des deux grands totalitarismes considérés, l’un à parti unique, l’autre protéiforme sous le contrôle des Oulémas, le plus sectaire n’est peut-être pas celui qu’on imagine…

 

 

Suites Indonésiennes – le point de vue d’Yodyssey

En 2012, la tournée mondiale de la sulfureuse Lady Gaga passe par l’Indonésie. La jeunesse en est fana, le look, la dance, l’engagement. Les organisations bien pensantes s’en émeuvent et font pression auprès des ministères afin  d’obtenir l‘interdiction des concerts. Djoko Suyanto ministre de la Justice, des Affaires Politiques et de la Sécurité répond laconiquement par texto « EGP », de l’argot de rue (Emang Gue Pikerin), du langage de djeun, en bref « rien à foutre ». Le concert sera pourtant annulé.

Cette historiette illustre à merveille les tensions centripètes  auxquelles est soumis ce pays depuis son plus jeune âge, qui le rendent si attrayant mais tout aussi difficilement compréhensible.

Nous y avons  passé quatre mois, plus que dans tout autre pays (hors hivernage au Kiwiland) que nous avons traversé. En résumé un pays attachant par sa diversité, son enthousiasme et sa jeunesse (nation vieille de 70 ans), par son souci constant de trouver des réponses originales, mais usant en raison de la pression permanente de la croissance démographique, des projets inaboutis, des solutions demi-mesures et de la perception de la pieuvre qui s’étend, favorisant les clivages et la peur et qui pourrait venir perturber les concepts fondateurs de l’Etat actuel.

Et y retourner ? Oui, oui, définitivement oui… il y a tellement d’endroits à découvrir, à plonger, à marcher, à regarder, à discuter. Le budget, peu contraignant, la sécurité, pas de problème majeur…. l’archipel compte juste 16 000 îles, c’est un projet à part entière que d’y vouloir naviguer…

  1. Exploration nautique

L’Indonésie est LE continent maritime, le voilier est un excellent moyen de le découvrir.

De plus, si on prend garde de respecter les contraintes des vents de mousson, il ne présente pas d’incertitudes météo majeures. C’est à Komodo que nous avons eu le plus de surprises : vents catabiatiques violents au Sud de Rinca, courants de marées imprévisibles forts entre les iles. La mer blanche de Banda reste un souvenir inoubliable. Les populations, hormis dans certains villages pervertis on ne se doute trop par qui et comment, sont curieuses, prêtes à aider, trop même parfois, et apprécient toute occasion d’échanger des sourires, des idées, du poisson, des hameçons… La réputation de tracasseries administratives voire de corruption à tous les échelons s’est révélée infondée ; la suppression du CAIT (permis de naviguer obligatoire donné pour une durée limitée) ne pourra que faciliter l’administratif. L’approvisionnement est aisé si l’on accepte de se nourrir de produits locaux et de limiter la consommation d’alcool. Le débit du réseau internet est raisonnable (presque) partout. L’apprentissage du Bahasa (malais) est un investissement judicieux, parlé par 300 millions d’individus, la langue est simple de structure et fait tomber bien des barrières.

Mais ce bassin incite pour l’instant peu à la plaisance : les infos sont parcimonieuses, les structures d’accueil inexistantes ou inadaptées, les mouillages souvent profonds, ou bien ont-ils disparus suite à l’implantation de fermes aquacoles. La communauté de voileux se limite à une centaine de bateaux par an dont la majeure partie sont Américains, Australiens ou Néo-Zélandais qui effectuent une boucle dans le Pacifique ou vont s’échouer dans le désormais cul de sac -depuis que la mer Rouge est fermée- de Thaïlande ou des Langkawi.

On ne peut pas dire qu’il s’agisse d’une navigation en situation d’isolement, bien au contraire, il y a vraiment du monde, beaucoup de monde, par contre en situation d’autonomie, oui, très clairement ; ceci nécessite une attention permanente génératrice de tension constante. Not easy.

2. Perspective historique

L’Indonésie (avec la Malaisie) a été fortement marquée par :

  • les empires Indianisés jusqu’au 15ème siècle, structure & culture
  • la conversion Musulmane & l’arrivée des Chinois 15ème-17ème siècle, avènement des princes marchands
  • la prédation Européenne 18ème-20ème siècle, partition forcée, aux Anglais le Nord, aux Hollandais le Sud.

Deux siècles de férule Hollandaise balayés en 1945, c’est un pays sans infrastructures aucune, sans cadres (hors Imans), sans écoles (hors madrasas) qui va tout inventer à partir de 1949, y compris cette route commune avec l’Inde des non-alignés… Beaucoup reste à faire et d’aucuns voient le verre vide mais quelles performances et quels challenges : tout le monde mange, les fluides vitaux, eau, électricité, internet sont accessibles, le PIB par habitant est passé de 60 à 600$/an, sans états d’âmes et ceux qui ne sont pas avec le pouvoir central sont réputés contre, couic.

3. Retour dans la cour des grands….

Pendant que l’Indonésie, pays le plus touché par la crise financière asiatique de 1998, empêtrée dans des considérations de successions politiques peine à se relever (depuis 25 ans il faut bien le dire), la Malaisie et Singapour ont pris une avance considérable. Aujourd’hui alors que débute une période politique plus stable, l’Indonésie se pique de rattraper peu à peu ses voisins et vise également à normaliser ses relations avec l’Australie…

Pour cela, elle dispose d’avantages concurrentiels certains. Sur bon nombre d’indicateurs, l’Indonésie arrive souvent dans les 5 premiers : population, superficie, biodiversité, pétrole, bois, huile de palme, métaux, terres rares, telcom, développement des énergies durables, riz, pêche,… ce qui la place en très bonne position pour acquérir une reconnaissance régionale et une place influente dans le groupe des pays musulmans.

Mais la reprise économique tout comme la situation florissante d’avant l’effondrement repose essentiellement sur l’exploitation et l’exportation sans discernement de ces richesses, souvent en raison de l’incapacité à opérer les processus de transformation/valorisation sur place. Il en résulte gaspillage et appauvrissement.

4…mais une gestion des Ressources Humaines calamiteuse…

Le pourcentage de la population vivant avec moins de 2 $/ jour a considérablement baissé en 15 ans (1995 : 75% –  2010 : 46%). Mais il est à mettre en regard avec celui de la Malaisie (2%) et de la Thaïlande (5%).

Malgré un taux de scolarisation élevé, le niveau d’éducation est faible. Le corps professoral souvent obligé d’exercer un second métier démontre une incompétence notoire. Il en résulte un taux d’alphabétisation réel, un accès aux mathématiques de base parmi les plus bas au monde et un chômage massif (>25%) malgré les besoins, qui reflète crûment l’inadéquation niveau d’éducation/emploi. L’expatriation pour des emplois peu qualifiés –un semi esclavage- est la norme.

Les Javanais les plus entreprenants sont incités à tenter l’aventure du Far-Ouest en entrant dans des programmes de « transmigratie », offrant un lopin de terre remboursable sur 15 ans en Papouasie, à Sumatra, Bornéo, à mettre en valeur et où la réduction de la diversité ethnique est un objectif non-avoué.

Les minorités raciales, religieuses ou politiques sont maltraitées.

La décentralisation menée depuis les années 2000 avait comme objectif d’harmoniser le développement des iles et de minimiser les velléités de sécession des régions les plus puissantes. La conséquence est une bureaucratie foisonnante, une confusion administrative, un frein à la prise de décision et une corruption rampante.

« Bhinneka Tunggal Ika »: unité dans la diversité – pas sûr que la devise nationale fasse sens.

  1. …laisse la place aux censeurs.

L’Indonésie, plus grand pays Musulman au monde. Quelle drôle d’étiquette ! Comme si c’était l’unique dénominateur commun, suffisant pour effacer l’incroyable diversité de ce pays.

Le fait Musulman est présent, très, c’est un enjeu de pouvoir (peu de candidat à quelque élection que ce soit qui ne se vante d’avoir fait le pèlerinage), c’est un enjeu économique de captation du zakat Saoudi (les mosquées sont relookées Moyen-Orient), c’est un enjeu social de maintien de la condition féminine « à sa place »,… La liste serait longue.

De nos observations, le fait Musulman en Indonésie est tout sauf une force de progrès, inutile de s’appesantir sur le sujet, par contre la question à 100000000 Roupies est de savoir s’il parviendra à éteindre la flamme d’énergie d’une population projetée dans la vie, à tourner ce petit paradis en un lieu de grisaille où les gens rasent les murs.

Nous ne le souhaitons pas…

 

 

Goodbye Indonesia

Et le 19 novembre 2015, en compagnie de notre ami Christophe H., cap au Nord, le « Yo ! » quitte les eaux Indonésiennes, enquille le détroit de Singapour et change de monde…..

We sail tonight for Singapore
We’re all as mad as hatters here
I’ve fallen for tawny moor
Took off to the land of Nod
Drank with all the Chinamen
Walked the sewers of Paris
I danced along a colored wind
Dangled from a rope of sand
You must say goodbye to me.

S 11-19 and we sail to spore 2

We sail tonight for Singapore
Don’t fall asleep while you’re ashore
Cross your heart and hope to die
When you hear the children cry.
Let marrow bone and cleaver choose
While making feet for children shoes
Through the alley Back from Hell
When you hear that steeple bell
You must say goodbye to me

Wipe him down with gasoline
Till his arms are hard and mean,
From now on boys this iron boat’s your home
So heave away boys.

S 11-19 and we sail to spore 1

We sail tonight for Singapore
Take your blankets from the floor
Wash your mouth out by the door
The whole town is made of iron ore
Every witness turns to steam
They all become Italian dreams
Fill your pockets up with earth
Get yourself a dollar’s worth
Away boys, away, boys, heave away

The captain is a one-armed dwarf
He’s throwing dice along the wharf
In the land of the blind, the one-eyed man is King
So take this ring

*Paroles Tomi Waitsu (1985)

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Hong Kong – République Populaire de Chine

17 mai 2016

www.yodyssey.com

Une p’tite ligne

1 Loh Buaya 6

 

Le 29 octobre 2015, « Yo! » franchit la ligne Wallace qui marque la fin du Pacifique et du monde Mélanésien.

Une frontière invisible traverse l’Indonésie. Ni politique, ni militaire, c’est une ligne océanographique, zoologique, biologique et culturelle. Empruntant le détroit de Macassar et le détroit de Lombok, elle coupe l’Indonésie en deux, Est/Ouest, et porte le nom du naturaliste Anglais qui le premier (1855)  a constaté une discontinuité géographique dans la composition de la faune entre Bornéo et Sulawesi (détroit de Macassar) et Bali et Lombok (détroit de Lombok). A l’Ouest Bornéo, Sumatra, Java et Bali sont occupées par des espèces végétales et animales venues d’Asie (éléphants, tigres, lémuriens, orang-outang). A l’Est, Sulawesi, Lombok, Flores, Irian Java, on trouve des marsupiaux et cacatoès bien plus typiques de l’Australie et la Papouasie Nouvelle Guinée. D’un point de vue géologique, cette ligne a été formée il y a 150 millions d’années et correspond aux bordures des plateaux continentaux Sunda et Sahul. Elle suit la ligne des 200 mètres de profondeur et induit la même frontière zoologique pour les espèces marines.

Du détroit de Lombok (120° Est) et des Galápagos (90° Ouest), Wallace et Darwin eurent simultanément, au milieu du 19ème siècle, la même intuition, il en découla la Théorie de l’évolution.

La ligne Wallace marque également la fracture culturelle de l’Indonésie : à l’Est le monde Mélanésien de culture tribale encore forte qui peuple les NTT : Nusa Tenggara Timur (East Nusa Tenggara) aussi appelées  Nusa Tertinggal Terus (les iles perpétuellement négligées) et à l’Ouest le monde Javanais qui a imposé une culture musulmane forte annihilant tout culture préexistante, sauf à Bali.

C’est pour nous, après l’expérience de la traversée dans la totalité de sa longueur de l’océan Pacifique (10 000 nm), l’étrave sur l’équateur, l’occasion de reparler de problèmes de robinets et de baignoires, de faire dialoguer le Grand Charles (voir post : Galapaglop) avec Gromiko (Wallace) et de confronter la vision minimaliste et critique de la science par l’Islam, le délicieux, « rendons grâce à Allah qui fait que cet avion vole».

 

Le Courant Nord-Sud Indonésien – The Indonesian Through Flow (ITF)

2 ITF Wallace

 

Les mers de l’archipel Indonésien sont le lieu de transfert des eaux de l’Océan Pacifique vers l’Océan Indien. Ce fort courant Nord-Sud provoqué par des différences de température, de salinité, de densité et de hauteurs d’eau induit des eaux très poissonneuses, une biodiversité impressionnante (4000 espèces répertoriées contre 1000 en Mer Rouge et 400 aux Caraïbes),  des conditions de plongée sportives mais passionnantes et des conditions de navigation de type curling au bord des marmites surprenantes.

Au Nord-Ouest de l’Archipel, le niveau des eaux de l’Océan Pacifique est 15 centimètres au-dessus de la moyenne alors qu’au Sud le niveau des eaux de l’Océan Indien est de 15 centimètres au-dessous de la moyenne. Il en résulte un écart de 30 centimètres, causé par les alizés et les courants. Après avoir parcouru la totalité du Pacifique l’eau vient s’accumuler dans sa partie Ouest. Elle va donc chercher à s’écouler à travers la myriade d’iles qui s’étirent entre Bali et Timor provoquant des courants parmi les plus violents de la planète.

Le débit total d’eau salée est estimé à 15 Sverdrups   [unité de mesure des débits océaniques donnée en l’honneur de l’océanographe Harald Sverdrup. 1 Sverdrup =  106 m³/s ou 0,001 km³/s. Pour comparaison, le Gulf Stream transporte environ 30 Sv le long des côtes de Floride et 100 Sv vers les 60°W. Le courant à Gibraltar : 1 Sv. Le courant circumpolaire antarctique dans le passage de Drake : 130 Sv]

 

 

Navigation dans le détroit de Lombok  (25 nm), il s’agit du passage le plus direct des eaux du Pacifique s’échappant vers l’Océan Indien.

Navigation dans le détroit de Lombok  (25 nm), il s’agit du passage le plus direct des eaux du Pacifique s’échappant vers l’Océan Indien.

 

 

Sud de Rinca. Alors qu’il essaie de s’écouler, l’ITF est bloqué et détourné par la géographie et la topographie sous-marine complexe de l’archipel aux 17 000 iles. La profondeur à l’entrée du détroit de Lombok est de 1500 mètres. Elle s’élève à 400 mètres au centre à l’endroit le plus étroit (« What a squeeze !») avant de retomber à 1500 mètres, puis 3000 et enfin 6000 mètres dans l’Océan Indien Sud.

Sud de Rinca.
Alors qu’il essaie de s’écouler, l’ITF est bloqué et détourné par la géographie et la topographie sous-marine complexe de l’archipel aux 17 000 iles. La profondeur à l’entrée du détroit de Lombok est de 1500 mètres. Elle s’élève à 400 mètres au centre à l’endroit le plus étroit (« What a squeeze !») avant de retomber à 1500 mètres, puis 3000 et enfin 6000 mètres dans l’Océan Indien Sud.

 

Le Gunung Rinjani à Lombok.

Le Gunung Rinjani à Lombok. A l’ITF qui subit l’impact de la mousson de Sud Est -au plus fort (juillet, Aout, Septembre), le courant peut atteindre 8 knts –s’ajoutent des phénomènes d’upwelling le long des iles cônes volcaniques.

 

Very very wild diving at Gili Trawagan (Gili T pour les fêtards). Le détroit de Lombok est bordé au Nord par l’archipel des Gili et au Sud par l’ile de Nusa Penida où s’amusent « Current junkies » et « Wicked divers » dans les eaux froides (20°) des résurgences.

Very very wild diving at Gili Trawagan (Gili T pour les fêtards). Le détroit de Lombok est bordé au Nord par l’archipel des Gili et au Sud par l’ile de Nusa Penida où s’amusent « Current junkies » et « Wicked divers » dans les eaux froides (20°) des résurgences.

 

Les mers d’Indonésie constituent le seul bassin tropical de connexion entre les océans Pacifique et Indien. Il est appelé Continent Maritime par les climatologues car la présence de milliers d’îles limite le transport méridien de chaleur par les courants, c’est donc via l’atmosphère que va s’évacuer l’excédent d’énergie tout comme pour les bassins d’Amazonie et du Congo : ces trois blocs équatoriaux sont les trois sources principales de convection profonde (dont il résulte production d’ozone – éclairs – transport d’énergie vers les 30° Nord ou Sud par les cellules atmosphériques de Hadley). Ne seraient ces transferts massifs de chaleur de l’équateur vers les latitudes tempérées, ces dernières seraient invivables.

En ce qui concerne le transport océanique d’énergie de l’équateur vers les hautes latitudes, l’ITF transporte une grande quantité d’eau chaude dans l’Océan Indien, puis l’océan Atlantique par le courant des Aiguilles à la pointe Sud de l’Afrique.  Les phénomènes d’upwelling provoquent une diminution de la température de l’eau qui influe significativement sur les échanges de chaleur air/mer, donc le niveau de précipitation et les systèmes de vent à la fois de l’Océan Pacifique et Indien.

 

Les montagnes célestes des pentes du Gunung Rinjani.

Les montagnes célestes des pentes du Gunung Rinjani.

 

Gili Gede à la pointe Sud-Ouest de Lombok.

Gili Gede à la pointe Sud-Ouest de Lombok.

 

L’ITF assure également une autre fonction : celle de mixer l’eau de surface et l’eau profonde en raison de sa force et  l’accélération provoquée par la bathymétrie complexe de l’archipel. Alors que les eaux tropicales sont habituellement très pauvres, les eaux indonésiennes sont parmi les eaux les plus poissonneuses de la planète. En passant le long de Raja Ampat, Halmahera et North Sulawesi, l’ITF entraine une multitude d’œufs, larves et planctons. Les phénomènes d’upwelling font remonter à la surface les détritus et matières en décomposition, sources de phosphore et d’azote, éléments de nourriture des constituants de base de la chaine alimentaire marine. Ces phénomènes d’explosion de phytoplancton étaient la cause de la traversée fantasmagorique de la mer de Banda –phosphorescente et blanche- en août.

 

En bref, une fabuleuse machine…

 

De l’océanographie et zoologie à la fracture culturelle

Par-delà le règne animal et végétal, les types raciaux humains sont dissimilaires de chaque côté de la ligne Wallace, mais il n’est pas de bon ton de le mentionner, surtout lorsque des politiques d’épuration ethnique sont à l’œuvre comme en Irian Java.

Par contre, cette ligne imaginaire trace également une ligne de démarcation culturelle : à l’Est le monde mélanésien, le plus souvent à l’écart du développement et aux pratiques animistes intégrées superficiellement à l’Islam, à l’Ouest le monde Javanais qui exerce le pouvoir sur l’intégralité de l’archipel, à la limite de l’application de la Sharia.

La seule exception est Bali, l’enclave Bouddhiste tolérée car transformée en point de contact pivot avec le reste du monde. Les activités de Tourisme et d’Import-Export y sont particulièrement développées avec leur apport de devises, mais cela ne suffit plus à calmer l’appétit de l’ogre corrompu : de l’autre côté du détroit, l’ile de  Lombok est majoritairement Musulmane mais pour tenter d’offrir une soupape à Bali saturée, les autorités ont déterminé que le tourisme y serait désormais concentré sur l’archipel des Gili au Nord, où tous les débordements (alcool, sexe, drogue) sont tolérés. On trouve donc sur toutes les brochures Gili Trawagan, l’excessive, Gili Air en développement et Gili Meno qui tente de préserver son authenticité.

Medana bay – Lombok. Pirogue de pêche reconvertie en transport de bouteilles d’eau pour les touristes des Gili.

Medana bay – Lombok.
Pirogue de pêche reconvertie en transport de bouteilles d’eau pour les touristes des Gili.

 

Livraison de matériel pour compétition de Beer-Pong, occupation préférée des jeunes touristes de Gili T.

Livraison de matériel pour compétition de Beer-Pong, occupation préférée des jeunes touristes de Gili T.

 

Débarquement de sacs de ciment à Gili T, utilisés pour l’agrandissement de la mosquée et la construction de nouveaux resorts qui ceinturent déjà l’ile.

Débarquement de sacs de ciment à Gili T, utilisés pour l’agrandissement de la mosquée et la construction de nouveaux resorts qui ceinturent déjà l’ile.

 

Touristes Javanais à Gili T. …

Touristes Javanais à Gili T. …

 

Expression 1 de la fracture culturelle. … A quelques mètres des femmes portent des plaques de plâtre sur la tête.

Expression 1 de la fracture culturelle.
… A quelques mètres des femmes portent des plaques de plâtre sur la tête.

 

Expression 2 de la fracture culturelle. …Touristes blancs et débraillés attendant la navette.

Expression 2 de la fracture culturelle.
…Touristes blancs et débraillés attendant la navette.

 

Batu Bolong. Un des seuls temples hindous qui reste sur l’ile de Lombok.

Batu Bolong. Un des seuls temples hindous qui reste sur l’ile de Lombok.

 

Toujours sur la ligne blanche

C’est lors d’un accès de fièvre due à la malaria, qu’Alfred Russel Wallace alors dans l’archipel des Moluques élabora sa théorie de l’évolution : un principe de sélection naturelle qui implique une mutation progressive à partir d’un ancêtre commun, faisant que celui qui est le mieux adapté à son environnement, survit. Suite à cette « révélation » basée sur ses observations d’entomologiste, il envoya un document à Darwin qui du coup se précipita à publier son essai « De l’origine des espèces » dont il avait entamé la rédaction 20 ans auparavant.

Varan de Komodo. Prédateur vorace endémique des iles de Komodo et Rinca. On suppose qu’il doit sa survie au fait que son habitat se site sur des iles inatteignables jusqu’à ce que le JiangDong (moteur in-board chinois) n’équipe toutes les pirogues, puis qu’il soit déclaré Espèce en danger [Animal à écailles, il est haram (interdit) mais ses œufs sont halal (autorisé) ; d’aucuns s’étonneront de l’inconséquence]. 

Varan de Komodo.
Prédateur vorace endémique des iles de Komodo et Rinca. On suppose qu’il doit sa survie au fait que son habitat se site sur des iles inatteignables jusqu’à ce que le JiangDong (moteur in-board chinois) n’équipe toutes les pirogues, puis qu’il soit déclaré Espèce en danger [Animal à écailles, il est haram (interdit) mais ses œufs sont halal (autorisé) ; d’aucuns s’étonneront de l’inconséquence].

 

Je ne mange qu’une fois par mois. J’attaque et mords mes proies (buffles, biches…), puis attends qu’elles s’écroulent sous l’effet de la pourriture de la morsure. A la saison des pluies, je ponds des œufs dans des trous qui seront noyés. Je me poste devant eux et attends que ma portée éclose. Affamé, je n’hésite pas à manger les petits à leur naissance. Les petits dragons ne doivent leur survie qu’au fait que j’oublie dans quel trou j’ai déposé ma ponte.  

Je ne mange qu’une fois par mois. J’attaque et mords mes proies (buffles, biches…), puis attends qu’elles s’écroulent sous l’effet de la pourriture de la morsure. A la saison des pluies, je ponds des œufs dans des trous qui seront noyés. Je me poste devant eux et attends que ma portée éclose. Affamé, je n’hésite pas à manger les petits à leur naissance. Les petits dragons ne doivent leur survie qu’au fait que j’oublie dans quel trou j’ai déposé ma ponte.

 

On s’est parfois posé la question de savoir si Darwin n’avait pas piqué sa théorie à Wallace récupérant ainsi toute la notoriété. Les deux théories présentent toutefois quelques nuances. Pour Darwin, la compétition entre les individus est le principal moteur de la sélection et de l’évolution les poussant à survivre et se reproduire. Pour Wallace, les pressions environnementales forcent les individus à s’adapter introduisant une différenciation entre les espèces.

Wallace fut un fervent défenseur de Darwin. Audacieux, il proposa dès 1864, d’inclure l’homme dans la théorie de l’évolution. Cette hypothèse de filiation de l’homme avec les grands singes, remettait en cause les principes éthiques et religieux alors que le principe d’un Dieu créateur était communément admis ; en fait Wallace attribuait tous les traits des organismes vivant à l’application du principe de sélection naturelle… sauf un : le cerveau humain d’inspiration divine ; la chose lui montant à la tête, il se discrédita en se convertissant peu de temps après au spiritisme. Alors qu’il les avait initialement écartées, Darwin reprend prudemment ces idées en 1871 dans la « Filiation de l’Homme ».

Enfin, il est saisissant de remarquer qu’un autre ardent défenseur de Charles Darwin est Thomas Henry Huxley surnommé le « bulldog » de Darwin et inventeur par provocation du mot Agnosticisme qui désigne l’impossibilité de connaitre ce qui dépasse l’expérience.

 

L’hérésie du doute et la démarche scientifique

 

Les cousins méditatifs du Gunnung Rinjani 

Les cousins méditatifs du Gunnung Rinjani

 

L’Agnosticisme, aussi appelée pensée de l’interrogation, résulte selon Huxley de l’application de la démarche scientifique qui consiste à ne retenir que ce qui peut être démontré.

Elle est appliquée en particulier à la question de l’existence de Dieu. A la différence des croyants qui considèrent cette existence comme probable ou certaine, ou des athées qui l’estiment improbable ou impossible, les agnostiques refusent de trancher car il n’existe pas de preuve définitive en faveur de l’existence ou inexistence du divin. Malgré les avancées de la science qui tend à relativiser la place de l’homme dans l’univers, aucun élément n’est venu renforcer l’hypothèse de la genèse ou de l’ingérence d’un (des) Dieu(x) dans les affaires humaines. La Révélation se soustrait à l’analyse scientifique.

Par suite, les agnostiques n’accordent aucune valeur sacrée aux religions et à leurs institutions. Les religions ne sont vues que comme instruments de pouvoir ou constructions sociales qui ont pour fonction historique d’assurer la cohésion et l’ordre social.

 

Inutile de dire que les grandes religions monothéistes n’ont que peu d’appétence pour de telles démarches agnostiques et c’est avec une grande jubilation que nous les observons se tortiller avec maladresse en vue d’essayer de récupérer les bénéfices de la pensée scientifique sans en tirer toutes les conséquences.

 

Trois grandes religions monothéistes (Chrétienté, Islam et Pastafarism) vont  ainsi être passées rapidement au crible de l’histoire de la raison (sans rentrer, faute de place, dans les détails propres à chaque secte au sein de la famille, les aficionados nous pardonneront), de même que sera précisée leur position vis-à-vis de la théorie de l’évolution , la ligne Wallace en sera témoin.

 

Chrétienté

 

 19 medana bay 2

 

Une brève introduction

 

Les Chrétiens ont choisi la difficulté, le Père, le Fils, l’Esprit Saint : trois égale un, de leur propre avis, il s’agit d’un mystère. Très bien ; nous avons essayé à multiples reprises, sous diverses latitudes, de répliquer ce mystère (reproductibilité, répétabilité sont les mamelles des plans d’expérience) sans grand succès hormis dans le souk avec des offres commerciales du style trois pour le prix d’un (même Bison Futé que l’on ne peut taxer de partialité insiste : un verre ça va, trois « bonjour les dégâts »). On en est resté là. Les systèmes de numération étaient pourtant déjà bien maitrisés autour de l’an 30… pour les profanes, Eudoxe avait posé l’existence des nombres irrationnels 400 ans avant JC, c’est tout dire.

 

En un second temps, le Dieu sous-jacent est défini comme omnipotent (peut tout faire) et omniscient (sait tout). En matière de logique formelle (ah le bon vieux Aristote), les deux sont incompatibles : si Dieu est omniscient, il sait déjà comment il va intervenir pour changer le cours de l’histoire en utilisant sa toute puissance. Cela implique qu’il ne peut pas changer d’avis, et qu’il n’est donc pas omnipotent, à moins qu’il ne sache pas comment il va intervenir… et c’est l’omniscience qui est en cause… joli fatras…

 

 

Chrétienté et science

 

Après une longue période d’obscurantisme que la Renaissance fit voler en éclat, l’Europe, base arrière de la Chrétienté, attaqua sa révolution urbaine. L’accumulation de richesses initiée avec le pillage des autres parties du monde par les croisades se trouve amplifiée jusqu’à l’orgie par la découverte des Amériques (récompense Divine) et la mise à sac de l’Afrique ; les savants, artistes, penseurs s’affranchissent des canons de l’Eglise, la sécularisation de l’Etat est enclenchée, et pour les bâtisseurs d’Empire, la Science avec son cortège d’avancées technologiques, est bien plus un atout qu’un handicap. Les uns et les autres transigent, aux religieux la conquête des âmes, aux autres la conquête de l’Ouest.

 

Mais la messe n’est pas dite pour autant car dans la droite ligne de la négation de Copernic et Galilée (il a fallu attendre Jean-Paul II  en 1992 pour que ce dernier soit partiellement réhabilité), pour nombre de Chrétiens, le créationnisme (et ses avatars d’« intelligent design ») a tout autant droit de cité que la théorie de l’évolution, au point qu’un temps d’enseignement similaire lui soit alloué dans certaines universités.

 

Il est vrai qu’en matière de biologie, la Chrétienté a encore du chemin à faire ; on a du mal à saisir la subtilité de sectes qui refusent, sans raison, aux femmes et transsexuels l’accès à certaines fonctions dévolues à des hommes habillés en femme, étrange.

 

Enchaînant avec un peu de légèreté tout en introduisant les trouvailles des cousins sémites : le Dieu des Chrétiens maîtrise la transmutation de l’eau en vin, en cela, oui, oui, il s’agit bien d’un Sauveur. Pour l’Islam, il est un simple prophète dans la lignée de Moïse ; son successeur à la Mecque s’essaya à la même transmutation, sans succès, dégouté il décida d’interdire l’alcool… regardons cela de plus près….

 

 

 

Islam

20 Chili

 

 

 

Une brève introduction

 

Islam : « soumission de plein gré à la volonté de Dieu », tout commença vers 610 après JC dans le désert, lorsque Muhammad faisant retraite près de la Mecque, eut des visions et fût invité à réciter les textes que ses visions lui enseignaient. Ces « récitations » constituent le Coran (al-Qur’an).

Expulsés de la Mecque par les Païens en 622, Muhammad et ses (environ) 200 fidèles, s’exilèrent (hégire) à Médine avec deux changements majeurs :

  • orientation politique, noyau d’un état théocratique qui deviendra exclusivement régi par le Coran lorsque ce dernier sera figé à la mort du prophète Muhammad,
  • attitude réservée par rapport aux «gens de l’écriture », juifs et chrétiens, réputés avoir dévoyé les vrais doctrines ou bien avoir fait leur temps.

 

Le contenu de l’enseignement Coranique repose sur un fond religieux des plus simples : unicité du Dieu avec une mise en œuvre également simplifiée : profession de foi,  prière cinq fois par jour, paiement de l’impôt de bienfaisance (zakat), jeûne du ramadan, pèlerinage à la Mecque. Le seul péché irrémissible est le shirk, le crime d’associer à Dieu d’autres divinités.

 

Se faire Musulman est donc aisé (ce qui en fit le succès auprès des pauvres et simples d’esprit), il suffit de réciter la shahada : «il n’y a pas de divinité en dehors de Dieu et Muhammad est son prophète », en sortir très difficile, l’apostasie est encore de nos jours fréquemment punie de mort, quelle religion tolérante..

 

Conçue sur un terreau occupé par les Juifs et les Chrétiens, révélée dans une langue (l’Arabe) dont elle est consubstantielle, à un homme à la biographie incertaine (les plus anciennes datent du IXème siècle), la religion mélange système social, politique, juridique revenant sans cesse à la source (ce qui est écrit) ainsi qu’aux diverses interprétations qui en ont pu être faites.

 

Il est remarquable que le Coran, selon les textes, ait été révélé aux Arabes pour que ceux-ci également (tout comme les Juifs puis les Chrétiens) aient leur livre sacré en leur propre langue (moi aussi, moi aussi….). D’aucun emploieraient le vocable de complexe d’infériorité surcompensé, nous ne nous y risquerons pas.

 

La religion étant révélée ne peut être en erreur. On assiste donc sur une multitude de sujets à de drôles de contorsions : il ne faut pas faire de l’argent avec l’argent, on invente donc la finance Islamique ; les constitutions prévoient l’égalité de tous les citoyens mais la femme n’est et ne sera pas l’égale de l’homme, on limite le nombre d’épouses ; le sang est tabou, mais une transfusion sera licite car il s’agit de protéger une vie ; etc….

 

 

 

Islam et science

 

Pour certains, au début fût le verbe, pour d’autres le grand glissement sémantique : l’Islam se range clairement dans la seconde catégorie avec une revendication « scientifique » qui outrepasse notablement la réalité.

 

Retour historique

 

En matière de Mathématiques, deux points éclaireront notre propos :

  • C’est en Inde lors des premiers siècles de l’ère Chrétienne que l’on trouve les premières traces des chiffres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 actuels sans qu’ils soient utilisés dans un système positionnel ; le système devient positionnel et inclue le zéro (un cercle comme dans les traités d’astronomie Grecque) vers le VIIème siècle. Ce système est popularisé (et non pas inventé) par les Arabes Occidentaux vers le IXème siècle.
  • Le terme d’algorithme tire son origine du nom du mathématicien et géographe Persan Al Khwarizmi (env. 820) dont le traité d’arithmétique servit à transmettre à l’Occident les règles de calcul sur la représentation décimale des nombres, découvertes par les mathématiciens de l’Inde.

Divers algorithmes étaient de fait connus dès l’Antiquité parmi lesquels, notamment :

  • les règles de calcul de longueur d’arcs et de surfaces des civilisations égyptienne et grecque ;
  • plusieurs méthodes de résolution d’équations en nombres entiers, à la suite des travaux de Diophante d’Alexandrie au IVème siècle ;
  • l’algorithme d’Euclide (env. 300 av. J.-C.) qui permet le calcul du plus grand commun diviseur de deux nombres ;
  • le schéma de calcul du nombre π dû à Archimède.

 

En matière de géographie, les travaux de Ptolémée furent sur le devant de la scène car il s’agit de mettre en parallèle la représentation terrestre présentée par Ptolémée avec (et, si possible, accordée à) celle que donnait le Qur’an, livre de la Révélation. Un tournant majeur se situe au début du Xème siècle, lorsqu’un Iranien, al-Balhi, décide de composer un atlas des pays d’Islam et d’eux seuls : avec lui et ses successeurs, l’espace de la géographie sera donc strictement musulman, bravo.

 

La médecine de Galien (200 après JC) est aussi complète à la chute de Rome qu’on la retrouvera à la Renaissance, chirurgie, hygiène, analyse diagnostique, pharmacopée, soins… tout y passe sauf que privé de la possibilité de disséquer des cadavres humains (sacrés curés), il se rabat sur les animaux – ses approximations ne seront levées qu’en 1550 par Vésale (sous la protection de la République de Venise, de fait hors juridiction Papale).

Rhazes (Perse), Averroes (Cordoue), Avicenne (Perse), Hunya (Chrétien), Ishaq ben Sulayman (Juif), autant de grands noms de la médecine, tout juste passeurs en fait des écrits d’Hippocrate de Galien…

 

Que lit-on fréquemment ? Les sciences, mathématiques, géographie,  médecine doivent des apports significatifs au monde Arabo-Musulman, autant pour les Grecs, la Perse, l’Inde, les Chrétiens et les Juifs, autant pour la vérité historique…

 

Rien de vraiment exceptionnel en fin de compte, les rapports passés de l’Islam et de la science, se résument en fin de compte à :

  • un gigantesque effort de traduction en Arabe (la langue du Coran) des productions Grecques,
  • un rôle de passeur temporel et géographique des marchands Arabes et Perses (ces derniers étant progressivement mis au ban),
  • quelques applications pratiques (très peu de théorique notable) sans commune mesure avec les revendications de religion éclairée.

 

 

Quid de nos jours ?

 

Deux éclairages complémentaires et attristants :

 

  1. Rapport de la Banque Islamique de Développement (repris par l’Unesco)

 

« Les 57 pays à population majoritairement musulmane ont sensiblement 23 % de la population mondiale, mais moins d’1 % des scientifiques et font à peine 0,1 % des découvertes originales mondiales liées à la recherche chaque année. Ces pays ont un pourcentage négligeable des dépôts de brevets aux Etats-Unis, en Europe et au Japon. Il est encore plus préoccupant que la main d’œuvre consacrée à la recherche et développement dans ces pays constitue seulement 1,2 % de l’ensemble de la main d’œuvre allouée aux sciences et technologies”.

(Les ratios sont similaires pour les pays Arabo-Musulmans stricto sensu, ce en dépit de niveau de pétro-dollars élevés à l’inverse du Pakistan ou de l’Indonésie).

2. Transcription de propos tenus par Mr Dalil Boubakeur, Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Président du Conseil Français du Culte Musulman & Médecin, répondant à la question : « Comment l’Islam voit-il l’embryon ? »

 

« Nous avons dans le Coran une description assez complète de l’embryogenèse et d’un certain nombre de phases qui sont décrites de manière classique. Nous avons des termes consacrés aux différentes phases du développement embryonnaire qui commence dès le stade de la fixation de l’œuf, du blastocyste, à la nidation durant la deuxième semaine du développement et que se développe une circulation utéro-placentaire. Phase liquide de « Nutvah » en Arabe qui correspond à la fécondation ovulaire, c’est-à-dire à l’union des gamètes mâles et femelles, c’est la fusion des deux noyaux ou le zygote. La deuxième phase est la « Hallara », traduit par adhérence, caillot, sangsue, cette fonction se développe pendant la deuxième semaine et se traduit par jonction. La troisième phase et je terminerai là la description Coranique de l’embryon, on parle de  « Mudrah », la substance mâchée qui correspond à un embryon de quatre semaines avec ses trente « Sumit » qui développeront les structures ostéo-musculaires, les segments et les régions du squelette. »

Il faut bien reconnaitre que le Coran représente une source inépuisable d’enseignements….. Avis aux amateurs.

Et en matière de théorie de l’évolution ?

 

La science est par nature faillible et ne réclame en aucun cas la vérité absolue. Or, le doute, même s’il est mentionné dans certaines pages du Coran, ne doit aboutir qu’au monothéisme définitif donc la soumission à Allah par l’acceptation des propos attribués à Mohamed son prophète. La théorie de l’évolution est exclue par l’Islam car en conflit avec le caractère sacré de la révélation, nommément la création de la descendance d’Adam par Allah. De sorte, on ne peut rien attendre de l’analyse scientifique sur ces sujets. CQFD.

 

L’Arabie Saoudite, entre autres, n’enseigne que la vision créationniste dans ses universités….

 

Pour les autres, c’est au mieux l’habituel argumentaire de mauvaise foi : «la création d’Adam par Allah est écrite dans le Coran mais il faut la prendre au sens figuré » par contre lorsqu’il s’agit de lapider une pauvre femme qui a fauté, d’exécuter des apostats, d’interdire l’athéisme le sens figuré est bien vite oublié… ma main gauche ignore ce que fait ma main droite…

 

 

Et c’est pour cela que, en dépit des ingénieurs d’Airbus, en dépit des motoristes de Rolls Royce ou Snecma, en dépit des systèmes électroniques sophistiqués, en dépit de siècles d’évolution scientifique et technologique à Londres, Paris, New York, Berlin, sur l’écran de l’avion apparaît au décollage : « rendons grâce à Allah qui fait que cet avion vole ».

 

 

 


 

Pastafarisme

21 Pasta

 

Une brève introduction

 

Révélée en 2005, cette religion récente (mais qu’est-ce que mille ans à l’échelle de l’humanité ?) propose l’existence d’un dieu créateur surnaturel, le Monstre en spaghettis volant (dont l’apparence est celle d’un plat de spaghettis et de boulettes de viande) invisible et indétectable qui a créé l’univers après avoir beaucoup bu. L’ivresse du Monstre est la raison pour laquelle la Terre n’est pas parfaite.

Le paradis abrite des usines high-tech, des volcans de bière et une usine de stripteaseurs/euses selon les goûts de chacun. L’enfer pastafarien est similaire sauf que la bière est éventée et que les stripteaseurs/euses ont des infections sexuellement transmissibles.

Les pirates furent les premiers pastafariens, des êtres absolument divins ; l’image des pirates présentés comme des voleurs et des hors la loi résulte de la désinformation répandue par les théologiens Chrétiens alors qu’en réalité, les pirates sont des explorateurs pacifiques répandant la bonne Parole (et qui distribuaient des friandises aux petits enfants).

 

Pastafarisme et science

 

En ce qui concerne la théorie de l’évolution, toutes les preuves en suggérant la validité ont été créées par le Monstre pour induire en erreur et tester la foi des pastafariens. Lorsque des mesures scientifiques sont effectuées comme la datation par le carbone 14 ou le séquençage ADN, le Monstre en spaghettis volant en change les résultats avec son appendice nouillesque.

 

Tout comme les deux grandes religions monothéistes observées précédemment, la Pastafarisme postule que corrélation implique causalité : comme illustré ci-après, le réchauffement planétaire est une conséquence directe du nombre décroissant de Pirates depuis les années 1800.

22 PiratesVsTemp

On notera au passage que la Somalie a les plus basses émissions de gaz à effet de serre de tous les pays….. puisque le golfe d’Aden a le nombre le plus élevé de pirates. Ramen.

 

Synthèse des trois religions étudiées au regard de l’approche scientifique et de la théorie de l’évolution:

  • Pour chacune, le grand nombre de catastrophes, de famines et de guerres est provoqué par le manque de respect et de prières envers leur divinité (grande peste, tsunami qui épargne les mosquées etc…)…
  • Etant passées de plusieurs à un seul, ce qui est un début (quoique le côté consubstantiel permette à certains d’en caser plusieurs en un..), l’étape suivante est le zéro, mais ça coince, pas tant d’un point de vue théologique mais bien plus en matière de contrôle social et financier. Le zéro absolu fait peur, le véritable ennemi n’est donc pas le monothéiste concurrent mais l’athée…
  • Les théories mathématiques permettent à des individus bêtes comme leurs pieds de communiquer en utilisant des téléphones portables – les voies du Seigneur – c’est normal ; la biologie permet de soigner leurs déficiences, c’est normal ; et ce sont les mêmes individus qui se permettent, au nom de leur Dieu, de leurs principes, de décréter ce qui est bon ou pas pour moi, la manière dont je dois m’habiller, ce que je dois manger, et avec qui je peux me marier, c’est normal…..
  • La démarche scientifique est délibérément exclue du champ de la religion et ne doit pas s’y appliquer, challenger la non-utilisation de l’électricité le jour du Shabbat est un manque de respect…
  • Les religieux créationnistes (oh combien nombreux) sont pour la plupart ignares en matière scientifique, confondent faits et théorie, un exemple sera bien plus parlant :

Faits

Le larynx et le pharynx sont disposés chez l’homme de manière inverse au « bon sens » nous conduisant à nous étouffer par inadvertance

L’homme et le chimpanzé ont 99% d’ADN commun

Théorie

Larynx/Pharynx

Option 1 : évolution à partir des poissons (cf Cuvier dès 1838)

Option 2 : Dieu s’est planté ou bien avait une idée derrière la tête

2. 99% ADN

Option 1 : existence attendue d’un co-ancêtre commun hominidé / chimpanzé / bonobo

Option 2 : Dieu a réutilisé de l’argile souillée par du sang de chimpanzé pour façonner Adam (et donc le sang est impur etc, etc….)

 

En dépit de cela, nos excités de la calebasse s’arrogent le droit de discutailler la validité des théories au motif que la leur a été « révélée », qu’il s’agit d’un « mystère », que c’est « écrit »….

 

Que la Sainte Nouille soit avec vous et avec votre esprit, Ramen.

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Koh Lippe – Thaïlande

6 Février 2016

www.yodyssey.com

Bugis Dance

Tinabo island – Archipel de Taka Bonerate

Tinabo island – Archipel de Taka Bonerate

Août et la mer de Banda est en fleur. En cette année El Nino, la floraison de phytoplancton connait une intensité exceptionnelle, rendant la mer phosphorescente et blanche –la mer d’hiver, comme si les autochtones avaient déjà vu la neige-. Trois nuits fantastiques à naviguer en négatif lorsque des dauphins accompagnent le bateau, torpilles noires sur fond blanc, vers l’archipel Tukangbesi (ou WAngi wangi – KAledupa – TOmia – BInongko = WAKATOBI), le grand atoll de Taka Bonerate, où par effet de réfraction du soleil sur les zones peu profondes des lagons les nuages sont verts, et enfin le port des Bajo : Labuan Bajo à la pointe Ouest de l’île de Flores, qui contrôle le détroit de Komodo et ses étranges dragons.

2 Carte Sulawesi

Le continent maritime n’a jamais aussi bien porté son nom à tel point qu’il devient normal de vivre en mer plutôt qu’à terre. Sulawesi et Madura sont les patries de gens de mer : Bajo, Bugis, Macassar, Mandar, Butung et Madurese.

Initiales BB – Bajo vs Bugis

Nous avons rencontré Bajo et Bugis ;  les premiers sont nomades, vivaient dans des pirogues puis dans des maisons construites sur pilotis et sont marginalisés; les seconds étaient et sont encore réputés pour leurs compétences de navigateurs hauturiers et d’architectes navals -chantiers de Bonerate et de Bira- et exercent une forte influence au sein de l’administration et du gouvernement. Malgré leur différence de choix de vie et d’intégration, les deux ethnies ont uniformément subi à partir du 15ème siècle la même forme d’acculturation Musulmane, adoptant une forme sunnite d’Islam et participé à sa propagation en lieu et place de leurs pratiques animistes.

Le terme ‘Bajo’ désigne ceux qui vivaient ou vivent encore seulement sur la mer. Il est synonyme de ‘Sama’ en Bugis, ‘Orang Laut’ en Indonésien et ‘Sea Gypsies’ en Anglais. Leur véritable identité est donc ‘Nomades de la mer’.

 Wanci – Wangi Wangi – Village Bajo de Mola

Wanci – Wangi Wangi – Village Bajo de Mola

Les Sama Bajo ont principalement émigré de l’archipel de Sulu au Sud des Philippines et de la région de Sabah au Nord de Bornéo. Ils sont réputés pour leur exceptionnelle capacité de plongeurs en apnée et leurs migrations sont associées au commerce des produits de luxe issus de la mer et appréciés des Chinois : Trepang (concombre de mer ou « bonheur des dames » Marseillais), ailerons de requins et perles. Ils étaient (sont…) également célèbres pour leur activité de piraterie (Sulu, Moluques jusqu’au détroit de Malacca) sous contrôle des Bugis.

Aujourd’hui il n’y a probablement plus de ces vrais nomades qui formaient des villages par regroupement de pirogues sur des points d’ancrage abrités et se déplaçaient au gré des migrations des poissons. Forcés à la sédentarisation, fort souvent à la pointe de la baïonnette, ils ont abandonné ce mode de vie pour habiter des villages sur pilotis au bord des récifs ou des mangroves, proches de zones de pêche, leur dépendance pour l’accès à l’eau douce reste prégnante. On trouve des villages Bajo à la pointe Sud de l’île de Selayar, sur l’île de Wangi-Wangi et dans les îles habitées de l’atoll de Taka Bonerate. Ils continuent à vivre exclusivement de la mer : pêche et commerce inter îles.

Les pêcheurs Bajo sont souvent associés avec des pratiques illégales et destructrices : pêche à la dynamite, au cyanure, ramassage de corail et arrachage des arbres dans la mangrove pour la cuisine au bois. Typiquement tous les récifs le long des villages sont détruits par empoisonnement ou usage d’explosifs. La sédentarisation a restreint les zones de pêche et de fait réduit l’activité de pêcheurs-cueilleurs, plaçant ces populations traditionnellement démunies en concurrence directe avec des pêcheurs mieux équipés, dans un contexte d’accroissement de la population et de raréfaction des ressources.

Cette compétition pour la survie renforcé par le coté mal-aimé du ‘nomadisme’ (à rapprocher du Rom voleur de poules de chez nous) font qu’ils sont parfois injustement soupçonnés par les pêcheurs Bugis, qui les accusent aussi d’utiliser la magie et la sorcellerie pour appeler des vents favorables ou des monstres marins pour entrainer les pirogues à voile et arrêter les tempêtes !

Les Bajos sont marginalisés et traités comme des parias, car ils persistent à mêler des pratiques animistes à une forme plus « normalisée d’Islam » ramenée progressivement par les pèlerins de la Mecque. Aujourd’hui le terme Bajo continue à porter une connotation péjorative, inférant une extrême pauvreté et une population vivant de mendicité, un bouc émissaire idéal en quelque sorte, d’autant qu’il ne faut plus trop casser du Chinois car Pékin veille au grain (de riz, hi, hi).

Wanci – Wangi Wangi – Passar Malam (marché du soir). Les femmes se maquillent avec une poudre appelée burak ou borak fabriquée avec du riz, des algues et des épices.

Wanci – Wangi Wangi – Passar Malam (marché du soir).
Les femmes se maquillent avec une poudre appelée burak ou borak fabriquée avec du riz, des algues et des épices.

Les Bugis constituent l’ethnie la plus nombreuse de Sulawesi. Ils sont issus des flux migratoires de Taïwan et du Sud de la Mer de Chine.

L’Indonésie est placée à un carrefour de routes qui connecte la Chine et l’Occident par l’Inde et les routes du Moyen Orient. Bien avant que les Européens n’arrivent, les Bugis ont utilisés les Phinisis (schooners en bois) pour faire du commerce entre la Chine et Malacca jusqu’en Nouvelle Guinée (plumes d’oiseaux de Paradis) et Nord de l’Australie (coquillages, nids d’hirondelles, nacre). Commerçants Grands Voyageurs et mercenaires, ils ont largement participé à l’expansion de l’Islam sur laquelle nous reviendrons.

Phinisi reconverti pour des croisières dans l’archipel de Komodo. Noter le radome à l’arrière.

Phinisi reconverti pour des croisières dans l’archipel de Komodo. Noter le radome à l’arrière.


 La Protéine du Touriste

En dépit d’eaux parmi les plus riches de la planète, les ressources halieutiques s’épuisent… les boites de Thon indiquent depuis longtemps «origine Océan Indien ». Ici aussi c’est l’Indien (et un bon Indien est un Indien mort, cf Buffalo Bill).

Riung – Jukung utilisé de nuit pour la pêche aux cumi-cumi (seiches)

Riung – Jukung utilisé de nuit pour la pêche aux cumi-cumi (seiches)

Le grand bond en avant peut-être aisément tracé à l’après-guerre avec  deux facteurs principaux : antibiotiques & co (i.e. hygiène au sens large) et JiangDong qui a permis aux pêcheurs de s’affranchir des vents et courants.

[Sous le vocable de JiangDong, nous recouvrons l’ensemble des moteurs diesels marinisés de fabrication Chinoise dans la région de JiangDong au Sud du Yang Tsé  – dérivés des moteurs de tracteurs – qui sont incroyablement robustes et bruyants :

  • Monocylindres jusqu’à 30 CV
  • Démarrage manuel (volant de 8 à 10kg et décompression du cylindre)
  • Pas de boite de vitesse (on/off)
  • Refroidissement par air
  • Durée de vie supérieure à cinquante ans
  • Neuf environ 1000€… 10000€ pour un 30CV Européen]
Wanci - Wangi Wangi – Pêcheur. Il est allongé en travers de sa pirogue sans moteur, un pied est chaussé d’une palme pour la propulsion, de la main droite il écope, de la main gauche il tire un filet minuscule et plonge la tête dans l’eau avec un masque pour surveiller le fond.

Wanci – Wangi Wangi – Pêcheur.
Il est allongé en travers de sa pirogue sans moteur, un pied est chaussé d’une palme pour la propulsion, de la main droite il écope, de la main gauche il tire un filet minuscule et plonge la tête dans l’eau avec un masque pour surveiller le fond.

 

 

Bonerate – Pêcheur. Ce jour-là, après deux heures passées sur le récif, toute sa pêche se résume à trois petits anchois…

Bonerate – Pêcheur.
Ce jour-là, après deux heures passées sur le récif, toute sa pêche se résume à trois petits anchois…

Depuis trois décennies, la pression s’accroît encore avec l’apparition d’un consommateur supplémentaire (ou bien prédateur ultime c’est selon) : le touriste à qui on a promis un poisson frais par dîner et qui entend observer facilement des récifs d’une richesse exceptionnelle.

Des initiatives d’Etat visant la création de parcs nationaux avec le support des organismes internationaux, zones de biosphère reconnues  par l’UNESCO par exemple, tentent de résoudre cette problématique. Une fois les parcs créés, il suffit d’exclure la pêche intense (tout en laissant les habitants historiques continuer à prélever leurs rations journalières comme par le passé) et mettre en place une police nautique –rangers – qui patrouille et consomme du carburant.

Le financement est obtenu via les organismes internationaux susmentionnés et le recours aux investisseurs privés pour l’implantation de ‘resorts’  et la création de flottes de croisière avec leur lot de nuisances associées.

Trois types de développement coexistent :

  • des tentatives d’implantation gouvernementale caractérisées par une extrême bonne volonté visant la récupération du label et une intense défaillance de mise en œuvre (mauvais management et absence d’infrastructure comme à Tinabo Island).
Tinabo island - Atoll de Taka Bonerate – Le club de plongée.

Tinabo island – Atoll de Taka Bonerate – Le club de plongée.

  • des investissements privés visant la réalisation de bungalows luxueux dans des endroits d’exception dont la finalité réelle est de retourner du cash aux actionnaires.

Ces derniers surfent sur une contrainte supplémentaire : le touriste plongeur pour lequel il est obligatoire de préserver le récif au nom d’une biodiversité unique afin de pouvoir facturer jusqu’à 100$ la plongée…. Le joli resort de Tomia, (capitaux Suisses, management Australien/Allemand) s’enorgueillit de reverser 20$ par jour par client aux villages proches pour qu’ils ne pêchent pas (ceci afin de garder intact les récifs… et donc de rendre heureux les clients plongeurs). Cela représente 7 à 9 000 $ par mois… pas mal dirons certains qui s’ébaudissent, mais dans la réalité vraie, les habitants des villages ont comme source de protéine… le poisson qu’ils pêchent….

Les 9000 $ divisés par 5000 habitants représentent 2$…par mois par individu; est-ce suffisant pour se nourrir, peut-être en important du poulet Australien/Américain… quelque chose de faux là-dedans ?

Ah oui… et pour un peu, on oubliait : « vous reprendrez bien un peu de poisson grillé ? »

Tomia - Wakatobi resort – Coté face : luxe, calme et volupté….

Tomia – Wakatobi resort – Coté face : luxe, calme et volupté….

Tomia – Wakatobi resort – Coté pile : JiangDong, simplicité et mosquée.  Le village de Langgamau où est logée la quasi-totalité des employés du resort et leurs familles.

Tomia – Wakatobi resort – Coté pile : JiangDong, simplicité et mosquée.  Le village de Langgamau où est logée la quasi-totalité des employés du resort et leurs familles.

  • un développement anarchique et effréné d’activités touristiques diverses autour des croisières plongées et de visites aux varans, visant l’exploitation maximum des ressources comme dans le parc de Komodo.

A la pointe ouest de l’île de Flores, Labuan Bajo est un village qui a connu un développement extrêmement rapide par conversion de la petite activité de pêche locale en l’accueil de touristes plongeurs centré sur l’archipel de Komodo. En trois ans, la taille du port a doublé pour accueillir les Phinisis et le terminal international de l’aéroport est en cours d’ouverture. Dans la baie de Waecicu il n’y avait qu’une seule guest house. Depuis l’année dernière, se sont ajoutés deux resorts. Dans la rue principale, près d’une quarantaine d’officines se disputent le marché du parc créé en 1980 dans le but de protéger le ’Varanus Komodoensis’ puis étendu au patrimoine marin. Sur les sites « d’exception », pas moins de 12 bateaux au même moment croisent promettant d’observer les raies Manta et la rencontre de varans est assurée par le passage du sentier derrière les cuisines des rangers. La population de Flores attirée par les offres d’emploi vient également s’établir.

Labuan Bajo

Labuan Bajo

Mais la ville n’est pas prête et certains commencent à se préoccuper de préservation environnementale à moyen terme. C’est vrai qu’à coup de 120$ par jour d’excursion ou bien 700$ pour 4 jours/3nuits à bord d‘un Phinisi, on s’attendrait  à des infrastructures mieux adaptées que des rues en terre, ou des eaux usées se déversant dans la baie. Mais tour de passe-passe, l’argent est siphonné sans que la collectivité n’en profite.

Village dans le parc de Komodo. Environ 4000 personnes vivent dans le parc. Ils étaient 300 en 1930.Moins de 10% des enfants vont au lycée qui se trouve à Labuan Bajo. La plupart des villages dispose d’eau douce, sauf sur Mesa Island (1500 habitants), où l’approvisionnement en eau se fait par bidon à partir de Labuan Bajo.

Village dans le parc de Komodo.
Environ 4000 personnes vivent dans le parc. Ils étaient 300 en 1930.Moins de 10% des enfants vont au lycée qui se trouve à Labuan Bajo. La plupart des villages dispose d’eau douce, sauf sur Mesa Island (1500 habitants), où l’approvisionnement en eau se fait par bidon à partir de Labuan Bajo.

Salam, Dari Mana ? Beragama Apa ?

Reportage: A tiny cut

 Wangi-Wangi, capitale de la Regency (région/département) de Wakatobi ; des amis nous rapportent « une magnifique fête populaire dans un village proche ; associées à des rites de passage à l’âge adulte, ces cérémonies voyaient les jeunes filles 12/15 ans portées sur un piédestal, habillées de tuniques féeriques ; enfin un pays en voie de développement où la condition de la femme est reconnue, portée en avant….. »

Cela nous met la puce à l’oreille et on farfouille dans la doc de tourisme local (traduction honnête de noszigues):

« Kariyaa et Kansodaa:

Une fête traditionnelle célébrant  la circoncision avec de grands banquets et défilés. La cérémonie débute par des bains, purifiant les enfants de leur vie passée puis les enfants qui vont effectuer le Kariyaa sont promenés dans le village sur des Kansodaa, portés par 15 à 20 membres de chaque famille participantes en une parade vivante et colorée »

Kansodaa

Kansodaa

On imagine sans peine la joie de vivre et l’enthousiasme que doivent dégager les jeunes filles si joliment vêtues sur leurs chars car…. sous le vocable de circoncision de masse, c’est d’excision qu’il s’agit.

Localement, on parle de circoncision féminine  ou bien de « tiny cut ». Le terme adapté et reconnu internationalement est excision ou bien FGM (Female Genital Mutilation ) pour les Anglo-Saxons. Des procédés que rien, absolument rien ne peut justifier.

Sans rentrer dans les détails, l’excision recouvre une gradation de mutilations  qui vont d’une « simple » dénervation de la base du clitoris,  à l’ablation partielle ou totale du clitoris et des lèvres. A l’inverse de la circoncision masculine pour lesquels certains avantages sanitaires sont reconnus, il n’y a AUCUNE raison sanitaire justifiant l’excision, il s’agit de mutilations imposées à des enfants/jeunes adolescentes au nom de traditions socio-culturelles.

La prévalence de l’excision en Indonésie est de 86%  dont les deux tiers sont pratiqués à l’hôpital – on rêve.

Suivant les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé, le ministère de la Santé a banni la pratique en 2006 ; rétropédalage massif en 2010 sous la pression d’organisations religieuses (dont l’ « Indonesia Ulema Council ») qui sont intervenues au motif que l’interdiction de l’excision (« female circumcision ») était CONTRE les droits de l’homme et CONTRE la Sharia (tout en reconnaissant que cette pratique n’est nullement mentionnée dans le Coran) et niait les bénéfices moraux apportés par l’excision (gasp !).

En conséquence, certains hôpitaux  incluent dans leur offre de « naissance » pour fille, la vaccination, le percement d’oreilles ET le « tiny cut » ; cela génère du cash d’autant que certaines fondations Islamiques encouragent (argent ou dons matériels) les familles qui s’inscrivent dans cette démarche car, et nous nous arrêterons là sur l’aspect technique, « l’excision permet à la femme de mener une vie pure et de meilleure qualité, préserve sa dignité, la rend plus attractive pour son mari et aide à stabiliser une libido autrement explosive ». On continue de rêver à lire de telles professions de mauvaise foi, de manipulation et de langue de bois.

A tiny cut – Female circumcision in South Asia in Islamic Monthly 12 mars 2013.

A tiny cut – Female circumcision in South Asia in Islamic Monthly 12 mars 2013.

On trouve des pratiques de circoncision masculine dans nombre de sociétés, groupes ethniques, religieux ou animistes, pas chez d’autres – on peut considérer un bénéfice sanitaire passé dans la coutume; de même, les tabous par rapport au corps (tatouage, piercing, fétichisme, etc…) sont intimement liés au substrat socio-culturel local et, au vu de l’incroyable diversité de l’archipel Indonésien, tel comportement qui sera considéré la norme en un certain lieu sera inexistant ailleurs.

Par contre, selon la plupart des auteurs, la pratique de l’excision féminine est un phénomène Africain, dérivant de pratiques remontant à l’Egypte des Pharaons (d’où prévalence Soudan/Kenya & co); cela arrange tout le monde car peu conflictuel et/ou confessionnel MAIS en fait très peu d’informations sont disponibles sur les pratiques au Moyen-Orient  – mur du silence et d’autocratie  – et ce n’est que depuis peu que l’on s’intéresse à l’Asie ou que l’on mesure les prévalences en Europe dans les populations de migrants.

En ce qui concerne l’Indonésie, la pratique de l’excision féminine est restreinte aux populations Musulmanes (prévalence >94%) et exclusivement liée à la propagation de l’Islam et, à ce titre, en représente un fort marqueur (bien que la pratique ne fasse pas partie du Coran, elle a été imposée dans le passé par les Ulemas Arabes via des Fatwas, ce afin de garder un contrôle de facto de la condition féminine).

Ce n’est pas notre objet de discuter ici de la condition féminine au sein du monde Musulman pas plus que de rentrer plus avant dans les détails médicaux sordides de notre triste humanité, mais juste de rapporter combien de misères se cachent parfois sous des apparences joyeuses et à quel point le naïf touriste devient un objet de manipulation voire de cautionnement de pratiques honteuses.

[le sujet étant parfois polémique, cf quelques références en fin de post.]

 

Analyse : en quéquette de conquête

D’un mauvais goût prononcé, le sous-titre rebondit sur le reportage précédent afin de tenter d’apporter quelques éléments de réponse au questionnement sur la manière dont l’Islam a pu, sans coup férir, conquérir l’Indonésie. Même dans les lieux les plus reculés, s’il y a un hameau, il y a une mosquée. L’île de Flores est donnée de majorité Chrétienne et Animiste, or dans tous les villages le long des côtes retentit l’appel de la prière. Les autres croyances seraient reléguées à l’intérieur des terres. On en doute ; n’oublions pas qu’ici la confession doit être déclarée sur la carte d’identité et que les animistes et autres sont réputés Katholiks.

Tinabo Island – Taka Bonerate – La mosquée

Tinabo Island – Taka Bonerate – La mosquée

L’Islam fut introduit en Indonésie au 13ème siècle par des négociants Indiens originaires du Gujarat (cf Périple de la Mer Rouge), cœur de la civilisation de l’Indus. Puis, les marchands Arabes ayant, à la suite des Indiens, maitrisé la navigation ‘moussonique’ dans l’océan Indien, établissent des têtes de pont dans l’archipel et viennent à la rencontre des marchands Chinois qui eux aussi se lancent à la conquête de nouveaux territoires.

Sous la dynastie Yuan (Mongole), le commerce privé est interdit par l’Empereur dès 1300 signifiant un coup d’arrêt à l’expansion de la Chine. Les commerçants deviennent des ambassadeurs de la grandeur Chinoise et voyagent pour récupérer un tribut, témoin de l’allégeance à l’Empereur envoyé du ciel en contrepartie de grandes largesses que l’Empire offre à ses vassaux. Le plus illustre est sans doute l’amiral Zheng He, un eunuque Musulman du Nord Yunnan qui entre 1405 et 1433 explore toutes les côtes entre la mer de Chine et l’Afrique Orientale et diffuse l’Islam dans les ports du Nord de Java. A la fin de son dernier voyage, la Chine se referme et renonce à être une puissance maritime (dans l’Indonésie d’aujourd’hui la filiation Chinoise du Yunnan ou du royaume de Champa est réfutée pour revendiquer une filiation directe avec la Mecque, cœur de l’Islam ou à la rigueur Malaise, chacun sa noblesse).

Les négociants Arabes ont les coudées franches de sorte qu’à la fin du 16ème siècle, Sumatra et Java sont majoritairement Musulmanes (Aceh à la pointe Nord-Ouest de Sumatra est considérée la véranda de la Mecque), Bali Hindou, le reste en cours de conversion… Les Chrétiens vinrent troubler le jeu quelques temps, sans trop de conséquences…

De nos jours,  88% (2010) d’Indonésiens revendiquent fièrement d’être Musulman (tendance Sunnite) – cela fait tout de même 200 millions de croyants, la première population au monde…

Wanci – Wangi Wangi – Passar Malam (marché du soir).

Wanci – Wangi Wangi – Passar Malam (marché du soir).

Facteurs internes

La tradition du voyage est inscrite au cœur de l’Islam via le cinquième ‘pilier’ : l’obligation pour tout croyant de faire un pèlerinage à la Mecque. Religion de nomades, elle devient naturellement celles des marchands, celle qui permet de construire un réseau basé sur une croyance unique. Loin de la protection des esprits des ancêtres et de la maison, la religion offre une protection universelle pour tous ceux qui voyagent. On imagine de plus qu’il ait été tentant pour les voyageurs de rechercher une unité de dialogue permettant de naviguer et de faire du business dans un seul référentiel.  A tel point que l’on peut se demander si la connexion directe entre religion et ouverture d’un réseau maritime opérant n’a pas créé une incitation plus évidente à la conversion que la séduction d’une vie spirituelle intense destinée à atteindre le paradis.

La conversion à l’Islam est caractérisée par des signes formels et tangibles codifiés, d’une grande simplicité :

  • profession de foi
  • circoncision
  • adoption d’un patronyme Arabe

A mettre en regard par exemple avec les conversions au Judaïsme ou à la Chrétienté, de l’avis unanime, longues, laborieuses mais au combien passionnantes…

Par essence prosélyte, l’Islam s’assure, suivant en cela l’adage « d’une femme dans chaque port », une diffusion rapide par les enfants, fois quatre de par le nombre maximal d’épouses autorisées par la religion polygame.

Enfin, la conversion fonctionne comme l’ascenseur social par excellence, puisque les positions d’encadrement ou d’influence ne sont offertes qu’à la condition d’être Musulman…

Facteurs externes

De nature expansionniste à l’issue de sa maturation au cœur du Moyen-Orient, l’Islam se trouve bridé à l’Ouest par la fermeture progressive des terrains de jeu de l’Europe suite à la Reconquista achevée au 15ème siècle et au Sud (Afrique) par la géographie empêchant l’utilisation massive du cheval et du chameau au-delà du Sahara et du Sahel, la forêt équatoriale faisant office de barrière naturelle – le cheval et la mouche tsé-tsé ne sont pas copains.

Il reste donc le Nord (Caucase, Indus puis Asie) mais il y a compétition avec des systèmes culturels et religieux solides et l’Est par les flots (Asie du Sud-Est/Indonésie). Suivant la ligne de moindre résistance, avec les épices en ligne de mire, le Jihad s’élance vers le soleil levant, alors que les Chrétiens par haine des Musulmans et souci d’échapper aux commerçants Arabes cherchent à ouvrir des routes directes par l’Ouest, -Christophe Colomb, Magellan…-.

Quant aux potentats locaux majoritairement Hindous, ils cherchent à s’enrichir et à éviter que la manne du commerce ne soit récupérée par le voisin. Pour cela ils visent à offrir des conditions favorables aux marchands : si la condition sine qua non est la conversion, et bien va pour la conversion. Celle-ci se traduit par l’acquisition d’un nouveau statut et l’incorporation à un réseau mondial de lettrés dépositaire de la ‘Révélation’. De Rajas, ils deviennent Sultans, lisent des livres écrits en langue arabe, stimulent le développement d’états organisés comme des territoires Musulmans et acceptent de modifier des règles de vie (consommation de cochon, mariages, enterrements…) sans se défaire totalement de la mythologie Hindou. Ils réécrivent peu à peu l’Histoire pour placer les royaumes Raja sur la route de l’Islam en incorporant dans les récits de conversion le mysticisme Hindou. Le royaume de Mahajapit symbolise la quintessence du raffinement et de la particularité Javanaise. Les dieux et rois Hindous du royaume de Mahajapit loués dans les chants et pièces de théâtre deviennent des précurseurs de l’Islam. Le Raja lui-même est doté de pouvoirs surnaturels lui permettant de voler jusqu’à la Mecque et d’en revenir éclairé.

Cette tendance ‘locale’ à réinterpréter et adapter qui faisait l’originalité de l’Indonésie, disparait depuis une vingtaine d’années au fur et à mesure du retour en force des véritables pèlerins (l’Indonésie constitue le groupe le plus important de pèlerins) qui défendent une application plus stricte du dogme ; démonstration du principe de globalisation, c’en est visible jusqu’à la mutation du style des mosquées qui d’architecture simple commencent à se doter de minarets à faire pâlir d’envie un Saoudien bon ton… sans oublier toutefois que ce dernier est souvent le sponsor (caché) de ces magnifiques bâtiments….

Riung – départ à la pêche

Riung – départ à la pêche

L’outil politique : d’un totalitarisme l’autre

Malgré l’intolérance de l’Islam –soumets toi à Dieu, aucune action ne peut se dérouler hors de la loi Islamique-, son universalité –elle s’applique à tous et partout : « Celui qui change de religion, tuez-le » Bukhari 870- et son intemporalité –Mohamed a reçu la révélation ultime-, cette religion séduit par sa simplicité. Il suffit de respecter 5 principes et d’accepter que tout est déjà écrit dans le Coran.

Depuis 70 ans (date de l’indépendance), les gouvernants de l’Indonésie œuvrent pour accompagner l’ensemble de ses habitants vers l’intégration dans un monde confronté aux challenges d’une modernité qui leur a longtemps échappés. Pour un pays qui était en 1945 au bord du crash, combien de réussites notables (autosuffisance alimentaire, énergétique, progression du niveau d’éducation – une seule Lingua Franca -, distribution généralisée de fluides vitaux – eau, électricité, internet et médicaments -, pluralisme, rang dans l’économie mondiale, …) à mettre en regard de grandes défaillances (corruption, traitement des minorités, relation avec les provinces éloignées, déforestation…) ?

L’utilisation de la religion Musulmane n’est pas à négliger. Elle devient un outil politique d’intégration, de rassemblement et d’unification pour un pays éclaté culturellement et géographiquement. L’urbanisation et l’exode vers les villes diluent le tribalisme, rendant caduque la coutume à la mode mélanésienne (l’Adat) et la culture collective du clan ou du village. L’Islam recrée le confort d’un univers connu et attribue un badge reconnu d’identité et d’appartenance. Elle permet de s’appuyer sur un réseau éducatif préexistant même si inadapté par nature aux évolutions technologiques récentes  pour s’assurer d’un niveau minimum d’éducation tout en veillant qu’aucun Indonésien ne succombe à la tentation de l’athéisme ou du communisme, les pires maux de l’humanité (avis partagé par les Etats-Uniens, hi, hi).

Ennemi irréductible n°1, l’athéisme met à mal le cœur vibrant – il n’y en a qu’un et son prophète est Mohammed – qui tolère l’erreur (celle des Chrétiens, des Hindous, etc…) mais pas la négation de sa substance fédératrice. Le zéro fait peur, le vide rend libre, impossible de contrôler l’immatériel, la division par zéro ouvre l’infini, rend fou…

Ennemi irréductible n°2, le communisme (1 à 3 millions d’exécution en 1965 avec le soutien bienveillant des Etats-Unis), qui met à plat les structures de castes existantes, force l’égalité homme/femme, surtout représente un modèle de religion séculière alternatif…

Lors de la rédaction de la philosophie d’Etat (Pancasila), Soekarno s’est battu pour empêcher que le Dieu Unique ne soit cité et de faire de l’Islam une religion d’Etat. Dans l’histoire récente, certaines régions ont tenté une séparation à travers la création d’Etats Islamiques (Aceh, Sud Sulawesi) et des partis politiques ont cherché à s’imposer en incorporant la Sharia dans leur programme politique.

Ces dangers ont été ‘officiellement’ écartés et l’Indonésie s’identifie comme le modèle d’un Islam modéré appliqué à un Etat démocratique… mais dans la réalité, il ne faut pas oublier que le pouvoir central n’a trouvé d’autre monnaie d’échange pour empêcher Aceh de faire sécession que d’y autoriser la mise en pratique de la Sharia.

C’est un véritable exercice d’équilibriste auquel devra se prêter Joko Widodo, élu président en octobre 2014, la tolérance exprimée dans Pancasila apparaissant en compétition avec l’Islam, ses tendances totalitaristes et ses engagements envers Allah et Mohamed dictés dans la loi Islamique. Jokowi arrivera-t-il à préserver l’indépendance de son pays et ses voies de développement originales en dépassant le frein au progrès dont la loi Musulmane est imprégnée, l’histoire dira.

Un an et demi depuis les Galápagos et nos retrouvailles avec le grand Charles et ses pinsons, dans les prochains jours, le franchissement de la ligne Wallace (le codécouvreur de la Théorie de l’Evolution) nous permettra d’explorer les mystères de l’Indo-Pacifique… mais également de tester la pertinence de « l’intelligent design » mode Jilbab.

19 Jurassic park 6

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Medana Bay – Lombok – Indonésie

21 Octobre 2015

www.yodyssey.com

 

Excision / FGM  quelques références (si possible en Français)

– Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs241/fr/

– UNICEF (centré sur l’Afrique) : http://www.unicef.org/french/education/57929_69881.html

– Wiki Français (définitions) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Excision

– Wiki Anglais (complet) : https://en.wikipedia.org/wiki/Prevalence_of_female_genital_mutilation_by_country

– Islamic Monthly Mars 2013 : http://theislamicmonthly.com/a-tiny-cut-female-circumcision-in-south-east-asia/

– Global Post Décembre 2013: http://www.globalpost.com/dispatches/globalpost-blogs/rights/female-genital-mutilation-southeast-asia-muslims

– Feillard Andrée, Marcoes Lies. Female Circumcision in Indonesia : To ” Islamize ” in Ceremony or Secrecy. In: Archipel. Volume 56, 1998. pp. 337-367. http://www.persee.fr/doc/arch_0044-8613_1998_num_56_1_3495

– Islam/Excision (traduction en Français d’un papier publié dans Middle East Monthy) : http://precaution.ch/wp/?p=279

Epices & love

Ville de Debut – Kei Island

Ville de Debut – Kei Island

23 juillet, fin de la Longue Route Pacifique ; l’entrée dans le « continent maritime », l’Indonésie et ses milliers d’iles, s’effectue à l’Est du pays dans l’archipel mythique des Moluques. Un peu stoned après 20 jours à smurfer dans la mer de Corail, le détroit de Torres puis la mer d’Arafura, il n’en faut pas plus pour s’enivrer de l’odeur de la Muscade, clous de Girofle et Cannelle et être confrontés très rapidement aux multiples contradictions qu’offre le plus grand pays musulman au monde, bordé par l’Australie et la Chine mais dont les racines profondes sont à chercher en Inde et au Moyen-Orient.

 

Au fur et à mesure de notre progression vers l’ile de Java, épicentre du pouvoir, les surprises s’accumulent  et les interrogations  se multiplient. Une nouvelle fois s’exprime le facteur d’échelle « 1000 » propre à l’Asie.

 

Les chiffres donnent le tournis : 18 000 îles, 255 millions d’habitants (73 en 1945 – 300 en 2030), 360 groupes ethniques, 719 langues, 70 années depuis l’indépendance, un salaire moyen de 100 US$, en deux ans 50 millions de foyers basculent leur cuisinière du kérosène au gaz.… et bien des aspects sont déroutants : Jakarta est la ville qui tweete le plus au monde, 40 millions d’individus ont un compte Facebook, mais 80 millions de personnes vivent sans électricité, 110 millions de personnes vivent avec moins de 2US$ par jour, parmi eux 100 000 sont inscrits sur Facebook.

 

La devise du pays, « Bhinneka Tunggal Ika »: unité dans la diversité, résonne étrangement aux oreilles d’un Européen bien qu’elle ait été choisie 50 ans avant que l’Europe ne définisse la sienne (« Unie dans la diversité » – In varietate concordia). Ce ne sera pas le seul parallèle qu’un lecteur averti s’amusera à relever (étendue géographique – de Londres à  Téhéran -,  diversité ethnique, culturelle, religieuse, linguistique, jeux de pouvoirs centre/périphérie, guerres civiles et religieuses – notre Croatie et leur Timor – etc…) à mettre en perspective cependant avec un PIB  similaire en volume à celui des Pays-Bas pour une population quinze fois plus importante…

 

Le renard Soekarno, artisan de l’Indépendance en 1945, se trouvait dans un diagramme de contraintes complexe : s’assurer que les Hollandais, virés par les Japonais, ne reviennent pas, éliminer les communistes qui propageaient de drôles d’idées subversives, réduire les forces centripètes indépendantistes, endiguer la montée des intégrismes, développer l’économie à partir de…. RIEN. Et oui, trois cent ans de colonisation Hollandaise et il ne restait rien.

Il alla faire un tour chez les Bouddhistes, y trouva les cinq préceptes (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mal se conduire sexuellement, ne pas mentir, ne pas se droguer) et construisit sur le même principe la philosophie fondatrice de l’Etat Indonésien : Pancasilla (panca= cinq en sanscrit)

  • croyance en un Dieu unique
  • une humanité juste et civilisée
  • l’unité de l’Indonésie
  • une démocratie guidée par la sagesse à travers la délibération et la représentation
  • la justice sociale pour tout le peuple indonésien

 

Il se débrouilla ainsi pour mettre dans la constitution « il n’y a qu’un Dieu » (lequel ?) et s’arrêta là, inutile de s’aliéner les uns ou les autres et tout le monde s’y retrouve ; athée ou agnostique s’abstenir.

L’appartenance religieuse est ainsi reprise sur chaque carte d’identité : les choix sont Islam, Hindu, Bouddhiste, Protestant, Catholique, Confucianiste (récent) ; une partie non négligeable des Indonésiens (PNG, îles de la Sonde, Bornéo) est de tendance animiste…. qu’à cela ne tienne, ceux qui mangent du porc sont enregistrés, au petit bonheur la chance, comme Catholiques ou Confucianistes.

 

Nous aurons maintes occasions de revenir sur ces aspects… en attendant, en route pour les Moluques.

2 Carte

 

 

 « Celui qui contrôle l’Epice, contrôle l’Univers. » – Franck Herbert – Dune

 

De nos jours, la province des Moluques, aux forts traits Mélanésiens (la Papouasie n’est pas loin) est considérée comme arriérée et les réformes ou avancées techniques (réseau Internet, LPG…) y parviennent en dernier. Pourtant, au 16ème siècle, ces archipels étaient le centre de convoitise des puissances Européennes : sur les cendres des volcans poussaient des plantes magiques, qui justifiaient toutes les ambitions d’explorateurs, spéculations des marchands et ruses de politiciens : les Hollandais avaient sciemment détruit tout plan de muscade hors l’île de Banda ce, afin de mieux contrôler le marché (quelle élégance !) ; leur monopole dura quelques années (un siècle et demi quand même) puis les Anglais, virés de l’archipel, volèrent quelques pieds pour les replanter à Ceylan puis aux Antilles, à Grenade par exemple où la noix orne le drapeau national.

Banda Besar – Tri des noix de Muscade. L’arbre qui produit la noix de muscade mesure 10 à 15 mètres de haut. Comme il préfère l’ombre, les plantations s’épanouissent sous les Kendaris (des arbres immenses dont les troncs sont utilisés pour la fabrication des pirogues et qui produisent des amandes). Le cours de la noix de muscade a préservé l’archipel de Banda de la déforestation alors qu’elle sévit sur toutes les autres iles. Le fruit jaune-orange possède un noyau à membrane rouge vif qui entoure la noix. Le fruit est utilisé pour la confection de confiture, l’enveloppe rouge est moulue (macis) et la noix est râpée pour aromatiser sauces, pâtisseries, cocktails… La noix possède également des propriétés narcotiques significatives : 5 à 10 grammes avec un peu de sucre suffisent à dormir pendant 2 jours et une dose au-delà de 20g peut être mortelle. Un des principes actifs (myristicine) est dégradé par le foie en MMDA, une amphétamine bien plus puissante que la mescaline, ce qui fait de la muscade une dope attractive… hors la difficulté de dosage.

Banda Besar – Tri des noix de Muscade.
L’arbre qui produit la noix de muscade mesure 10 à 15 mètres de haut. Comme il préfère l’ombre, les plantations s’épanouissent sous les Kendaris (des arbres immenses dont les troncs sont utilisés pour la fabrication des pirogues et qui produisent des amandes). Le cours de la noix de muscade a préservé l’archipel de Banda de la déforestation alors qu’elle sévit sur toutes les autres iles. Le fruit jaune-orange possède un noyau à membrane rouge vif qui entoure la noix. Le fruit est utilisé pour la confection de confiture, l’enveloppe rouge est moulue (macis) et la noix est râpée pour aromatiser sauces, pâtisseries, cocktails… La noix possède également des propriétés narcotiques significatives : 5 à 10 grammes avec un peu de sucre suffisent à dormir pendant 2 jours et une dose au-delà de 20g peut être mortelle. Un des principes actifs (myristicine) est dégradé par le foie en MMDA, une amphétamine bien plus puissante que la mescaline, ce qui fait de la muscade une dope attractive… hors la difficulté de dosage.

 

 

Banda Besar – le séchage des clous de girofle Le clou de girofle lui, s’envole en fumée sous la forme de kreteks, des cigarettes parfumées au goût légèrement sucré. L’Indonésie est le plus grand consommateur au monde de clous de girofle : 223 milliards de cigarettes sont fabriquées annuellement. La récolte des Moluques représente 80% de la production mondiale. Un business tellement profitable que ça ne pouvait pas manquer d’intéresser les membres de la famille Sudharto. Le fils a donc tenté d’arracher le monopole aux Chinois. Mais ceux-ci avaient des « stocks ». La spéculation s’est soldée par un échec et « Papa » a renfloué. Pour les Indonésiens ce n’est qu’un exemple supplémentaire de la corruption subie du dictateur (les prises illégales de Sudharto et sa famille sont estimées à 15 milliards de dollars durant les 30 ans de règne, soit 0.5% du PIB Indonésien cumulé sur la période. Pas mal mais peut mieux faire, Madoff s’est fait 65 milliards de dollars… sans complicité aucune, c’est bien connu).

Banda Besar – le séchage des clous de girofle
Le clou de girofle lui, s’envole en fumée sous la forme de kreteks, des cigarettes parfumées au goût légèrement sucré. L’Indonésie est le plus grand consommateur au monde de clous de girofle : 223 milliards de cigarettes sont fabriquées annuellement. La récolte des Moluques représente 80% de la production mondiale. Un business tellement profitable que ça ne pouvait pas manquer d’intéresser les membres de la famille Sudharto. Le fils a donc tenté d’arracher le monopole aux Chinois. Mais ceux-ci avaient des « stocks ». La spéculation s’est soldée par un échec et « Papa » a renfloué. Pour les Indonésiens ce n’est qu’un exemple supplémentaire de la corruption subie du dictateur (les prises illégales de Sudharto et sa famille sont estimées à 15 milliards de dollars durant les 30 ans de règne, soit 0.5% du PIB Indonésien cumulé sur la période. Pas mal mais peut mieux faire, Madoff s’est fait 65 milliards de dollars… sans complicité aucune, c’est bien connu).

 

Au début du 16ème siècle le trafic des épices était aux mains des négociants Arabes qui s’étaient assurés le monopole du commerce entre la Méditerranée Orientale et l’Inde après que les tribus de l’Hadramout (Yemen, littéralement : la droite [de la Mecque]) aient maitrisé, à la suite des Hindous, la navigation dans l’Océan Indien en fonction des régimes de mousson : mousson de Sud-Ouest de fin Mai à Septembre, puis de Nord-Est d’Octobre à Avril [pour ceux qui ont zappé les cours de climatologie, la machine à mousson est le positionnement/force de l’anticyclone Himalayen – 1040hPa en hiver, 1010hPa en été – encore un coup du yéti à moins que ce ne soit l’inclinaison de la terre sur l’écliptique].

 

Ce monopole Arabe va être démantelé par l’expansion maritime des Portugais qui démarre par la création du comptoir de Ceuta (1415) et s’achève avec la découverte du Japon au milieu du 16ème siècle, Goa en Inde étant le centre administratif de l’Inde Portugaise. Les Portugais s’appuient sur les réseaux commerciaux locaux et fondent des comptoirs pour le contrôle des routes. La conquête de territoires n’est pas un objectif en soi. Le négoce est une affaire de marchands privés, souvent de « nouveaux Chrétiens », c’est-à-dire des Juifs Portugais récemment convertis dont quelques familles menacés par des persécutions récurrentes portent tout le commerce du Mexique au Brésil à l’Afrique Portugaise (se rappeler le trafic d’esclaves au Cap Vert), qui repose sur le commerce armé et le monde des interlopes. Ce réseau s’effondre alors qu’apparait la menace Hollandaise, le nombre d’hommes présents dans les comptoirs étant insuffisant à les défendre.

 

Banda Neira – Ville de l’établissement de la VOC dans l’archipel de Banda

Banda Neira – Ville de l’établissement de la VOC dans l’archipel de Banda

 

La prééminence progressive de l’esprit pragmatique Protestant appliqué au commerce est structurée dans un essai Hollandais publié en 1609 : Mare Liberum qui revendique un libre accès aux eaux internationales. Il s’oppose à l’esprit du traité de Tordessillas (1494) qui fixe la ligne de démarcation entre les possessions portugaises et espagnoles : les terres situées à l’Est d’une ligne qui passe à 370 lieus du Cap Vert sont attribuées au Portugal, tout ce qui en est situé à l’Ouest revient à l’Espagne. Le prosélytisme religieux tout autant sinon plus que la quête des épices gouverne le partage basé sur une vision de la géographie de Ptolémée. Il est battu en brèche progressivement par la circumnavigation, Vasco de Gama en 1498 et Magellan en 1521 puis la recherche du profit porté par les marchands Protestants.

Une admission à toutes les mers et les océans est exigée. En raison de l’instabilité de l’espace et de son absence de frontière, aucun pays n’a le droit d’en exclure un autre des eaux internationales. Cette vision voit naître une alliance Anglo-Hollandaise pour bloquer le détroit de Malacca et ainsi virer les Portugais d’Asie.

Le coup fatal ne sera pas d’ordre militaire mais va résulter de l’efficacité redoutable d’instruments commerciaux créés au même moment aux Pays Bas et en Angleterre pour structurer les échanges avec l’Asie : les compagnies à charte, soit la Vereenigde Oostindische Compagnie (VOC) Hollandaise et la Eastern Indian Company (EIC) Anglaise.

6 VOC

 

La Vereenigde Oostindische Compagnie est créée en 1602. Tout comme l’EIC, c’est une société par actions dont les pertes et les bénéfices sont partagées au prorata du Capital. Les actionnaires, rémunérés par versement de dividendes, réalisent un investissement à long terme (dix ans au moins) qui dote la compagnie d’un fond de roulement sur une base permanente et lui permet d’investir dans des infrastructures et la sécurisation de profits qui viendront ultérieurement. Les deux compagnies qui reçoivent leur charte de leur souverain respectif ont le même objet : établir le monopole du commerce avec l’Asie. Ceci s’applique à l’égard de leurs concitoyens mais pas des sujets des autres Etats.

La VOC dont le périmètre d’action s’étend de l’Est du cap de Bonne Espérance, à l’Ouest du détroit de Magellan a un double objectif : le commerce avec l’Asie et la guerre aux ennemis de la Nouvelle République, d’abord l’Espagne et le Portugal, puis l’Angleterre. Ceci lui confère des prérogatives qui s’apparentent à celles d’un Etat : mener des négociations diplomatiques, signer des traités avec des souverains locaux, conduire des opérations militaires, construire des forteresses, entretenir des troupes, déclarer la guerre, exercer des droits de juridiction, émettre de la monnaie, lever des impôts… L’objectif n’est pas l’annexion de territoires, mais une fois conquis ces derniers peuvent être utilisés à toutes fins.

 

Banda Neira – Passar Pagi, le marché.

Banda Neira – Passar Pagi, le marché.

Batavia (Jakarta) fondée en 1618 et quartier général des Hollandais en Asie, permet d’étendre l’influence de la VOC et de justifier la mise en œuvre de sa stratégie monopolistique sur le commerce des épices dans les archipels des Moluques. Les moyens utilisés vont de l’usage de la force armée pour imposer aux indigènes des traités restrictifs, à l’exclusion de concurrents étrangers en passant par la destruction partielle de récoltes afin de maintenir les cours : tout est permis.

Dans un contexte d’affaiblissement de l’Espagne, la rivalité Anglo-Hollandaise s’exacerbe. Pour apaiser le conflit, un traité est signé en 1619 : le commerce sera ouvert aux deux compagnies, l’EIC pourra traiter 1/3 des épices des Moluques et la moitié du poivre de Java. Les Hollandais établissent de manière inexpugnable leur suprématie sur les îles Banda, seul endroit au monde où sont cultivés les clous de girofle et les noix de muscade. Les Anglais qui soupçonnent un manque de transparence sur les comptes, s’en sortent par la contrebande. La guerre continue.

En 1621, Jan Pieterszoon Coen, le nouveau directeur général local de la VOC a ordonné un génocide de la population de Banda (Mélanésienne), accusée d’avoir traité subrepticement avec les Anglais. Seuls quelques-uns ont échappé et se sont réfugiés à Kei Island. Les habitants de Début sont ainsi fiers de parler de leur ascendance! Apres avoir viré Coen de son poste en raison de sa brutalité excessive (et l’avoir tout de même rétribué sous la forme d’un versement de 3 000 guilders), la VOC a importé des esclaves dociles (Javanais) et colons à la solde de la Compagnie. Tout est sous contrôle.

 

Récolte d’œufs de poisson – Tayandu – Kei island

Récolte d’œufs de poisson – Tayandu – Kei island

Puis, alors que l’importance des épices décline, l’Angleterre abandonne l’archipel Indonésien aux Hollandais et se tourne vers l’Inde et la Perse : la minuscule île Run dans l’archipel de Banda, possession formelle de la Couronne Britannique, est ainsi échangée en 1667 par le traité de Breda, signé pour mettre fin à la guerre entre l’Angleterre et les Pays Bas, contre l’île de Manhattan, une anticipation judicieuse de la part des Hollandais ! New Amsterdam devient New York… pas de quoi en faire un jambon.

Ceci ne modifie en rien la stratégie de pillage de la VOC, la première multinationale capitalistique, qui peu à peu devient un Etat dans l’Etat avec comme stratégie d’entreprise : le Commerce par les armes.

Batavia devient le centre d’un système colonial performant et dévastateur : monopoles, taxes sur les marchandises qui rentrent et qui sortent, un véritable système de péage étendu et systématique. Batavia n’est pas une ville née d’une négociation entre les pouvoirs locaux et les marchands mais une ville édifiée pour servir les intérêts d’une compagnie entièrement tournée vers son propre profit au détriment du développement des autochtones. A partir de là, toutes les richesses (en sus des esclaves bien évidemment) sont exploitées : la forêt de Sumatra est remplacée par des plantations de caoutchouc et de cacao, à Java et Sulawesi se sont les plantations de café, thé, sucre ou tabac et enfin la terre est mis en exploitation minière : étain, or…

En 1798, la VOC est en faillite et est reprise par l’Etat. Elle devient la Netherlands East Indies Compagny. Ceci ne manque pas d’interroger comment de mauvais résultats ont pu être générés dans une telle situation monopolistique et une stratégie de pillage systématique des ressources ; notre maître Braudel mentionne quelques éléments :

  • comptabilité opaque et trafiquée entre Amsterdam et Batavia
  • administration pléthorique
  • corruption généralisée de l’encadrement
  • inadaptation à l’évolution du marché

 

Debut – Key island

Debut – Key island

 

La VOC une fois pliée, c’est directement l’Etat qui prend le relais. Le deal de 1824 avec l’Angleterre (ce qui est au Sud de Singapour revient aux Pays-Bas, au Nord à l’Angleterre, consacre la division du monde Malais) permet aux Pays-Bas d’étendre leur contrôle sur la totalité de l’archipel, Bali et Aceh tomberont en 1908 sous les canons Hollandais. Sous le feu des critiques de la communauté internationale pour la brutalité de leurs actions, les Hollandais font amende honorable et mettent en œuvre  une « politique éthique » selon leurs propres termes (quel effort…):

  • il y avait 25 autochtones scolarisés (en secondaire) en 1900 (sur une population de 40 millions)
  • il y en aura 6500 pendant les trente années suivantes (200 par an)

 

La fin de la colonisation Hollandaise a été hâtée par l’occupation Japonaise lors de la seconde guerre mondiale (les Japonais auraient fait pire que les Hollandais en matière de cruauté).  Le Nippon capitulé, les Hollandais se seraient bien vu reprendre l’exploitation de l’archipel. Ça s’est soldé par un arbitrage à l’ONU, mais il a fallu 4 ans entre 1945 et 1949 pour que les Pays-Bas acceptent la perte de sa colonie ou plutôt des mannes financières associées.

 

Les Indonésiens regrettent d’avoir été colonisés par les Hollandais et auraient préféré l’être par les Anglais (un comble suite à notre traversée du Pacifique !). Lorsque l’on compare les deux systèmes colonisateurs, les Hollandais n’ont fait que prendre sans rien donner en échange alors que les Anglais (Inde, Malaisie) ont mis en place une administration, réalisé des travaux d’ingénierie (transport, systèmes d’irrigation, ports…) et favorisé la formation de la population pour initier l’émergence d’une classe gouvernante. Les Hollandais eux n’ont édifié que dans le but unique de prendre plus efficacement, puis n’ont rien laissé. En Indonésie, tout restait à faire… et c’est en train d’être fait… parfois de manière non conventionnelle, parfois par « trial and error » mais avec fierté.

 

Sasi, Tabu, One God – Sama Sama…

 

Tual – Kei Island. Ville Musulmane

Tual – Kei Island. Ville Musulmane

 

Les Indonésiens sont superstitieux et ces croyances n’entravent que peu, contrairement aux interdits prononcés par certains barbus autocratiques, le développement technologique ou économique. La télé dont le déploiement est encouragé par le pouvoir central comme outil de formation ou de propagande reste toujours allumée (l’électricité est gratuite) : elle éloigne les fantômes. Il y a aussi de la récupération opportuniste à des fins religieuses ou politiques.

Sasi (Tabou en Polynésien ou Mélanésien) est une forme traditionnelle de management des ressources. La sentence prononcée par les anciens du village s’applique à des arbres, des maisons, des récoltes, des zones de pêche et défend le bien contre toute déprédation. L’apposition d’une branche de palmier sur la porte d’une maison est le signe distinctif de sa protection, plus efficace que des barreaux ou des verrous.

[Pour les curieux, ce n’est pas uniquement le concept de Tabou qui soit partagé, mais bien plus profondément, un véritable substrat Austronésien qui, originaire de Taiwan, se disperse à partir de 2000 avant JC sur une grande partie de l’Asie du Sud-Est (Philippines, Malaisie, Indonésie, Papouasie) et l’Océanie (Hawai, Polynésie, Nouvelle Zélande) – hors Australie. A ce substrat correspond une structure linguistique commune e.g. peu de conjugaison, pluriel par doublement du nom etc… mais également des structures sociales fortement centrées sur la communauté et la conformité à la tradition. On retrouve par exemple en Indonésie l’ « Adat » qui est le droit coutumier…. identique à la « Coutume » si chère à nos rieurs Kanakes]

En 2003, une palme fut posée sur l’unique pont qui relie Langgur et Tual au sein de l’agglomération principale de Kei Island. Celui-ci fut déclaré Sasi. Pendant des semaines, personne n’osa traverser, ni retirer la branche. Très vite des ferries se sont mis en place pour convoyer personnes et marchandises à des prix exorbitants. Le retour à la normale nécessita l’intervention du Gouverneur de la Province des Moluques.

Pudiquement, l’histoire est racontée en indiquant que l’opération a été menée par un groupe politique après une querelle électorale. Mais ce pont relie la communauté Catholique de Langgur à celle Musulmane de Tual. La différence culturelle est forte : accueil souriant, maisons simples mais bien entretenues et colorées, écoles en bon état avec des profs d’un côté, accueil plus mitigée de l’autre qui est marginalement pouilleux, écoles désertées et les enfants de la « haute » traversent (hijab de rigueur pour les filles) pour aller à l’école, mais jamais dans l’autre sens. Rien n’est dit, tout est exprimé par sous-entendus. Les cinq prières par jour s’élèvent des mosquées, les seuls bâtiments en bon état et de l’autre côté, les gars s’amusent “comme des petits fous” à démarrer une demi-heure avant avec tambours et pipeaux ultra-perçants, genre juste une fête locale qui ne saurait en rien être provoc… chaud. Ce contraste est également perceptible à Début, de l’autre côté de l’île.

Debut – Kei Island – La mosquée.

Debut – Kei Island – La mosquée.

 

A Banda Neira, c’est plus simple, les Catholiques et autres ont été « priés » de quitter l’ile, églises et temples Chinois tombent en décrépitude et les maisons abandonnées attendent d’être récupérées. Ce ne saurait tarder.

Les autochtones sont peu prolixes à l’évocation des troubles de 1998 qui ont pourtant causé aux Moluques plus de 5 000 morts et le déplacement de 700 000 personnes. Ce n’est évoqué que par anecdote : le puits sacré de Lonthoir sur l’ile de Banda Besar ne s’est asséché que deux fois dans la période récente, en 1988 lors de l’irruption du volcan  Gunnung Api  et en 1998 lors du conflit.

 

Banda Neira – Devant le temple Chinois

Banda Neira – Devant le temple Chinois

Le schéma d’attribution des postes au sein de l’administration aux Chrétiens (Protestants) plutôt qu’aux Musulmans voulu par les Hollandais s’est prorogé quelque temps après leur départ. Il a été inversé par Suharto, les postes furent peu à peu attribués aux Musulmans. Aux Moluques, le déséquilibre religieux s’est accentué à partir de 1970 par l’immigration de Bugis Musulmans en provenance du Sud de Sulawesi qui vont rapidement dominer le commerce et la petite entreprise. Une altercation entre un chauffeur de bus Chrétien et un passager Musulman a servi de déclencheur à une guerre civile qui s’est rapidement transformée en une bataille Eglises contre Mosquées. L’intervention de la milice anti-Chrétienne Laskar Jihad (Guerriers du Jihad)  en rajoutant une dose de violence (incendie d’églises et de maisons, conversions et circoncision forcées) a rapidement donné l’avantage aux Musulmans alors que ni l’armée, ni la police n’intervenaient (option 1 : négligence du pouvoir central – option 2 : politique d’épuration religieuse délicatement orchestrée pour rééquilibrer les pouvoirs locaux dans un cadre de décentralisation forcenée).

Un accord de paix entre Chrétiens et Musulmans a été signé en 2002 (Malino II Accord) qui demandait le retrait de la faction des Moluques. Les violences ont décru mais il semble que la milice poursuive son action pour « des raisons humanitaires » et soit prête à ressurgir. Alors qu’elle a annoncé son démantèlement après les attentats de Bali, elle est réapparue en Papouasie hâtant l’acculturation des Papous.

En 2015, les « Katholics » apparaissent protégés par le gouvernement et les « Muslims » encouragés par ce dernier mais rien n’est jamais tranché en ce pays.

Sous des aspects idéologiques, se révèle une véritable lutte pour la survie de chacune des communautés.

Chaque famille se bat pour l’argent, du travail ou le pouvoir politique qui lui donnera l’accès aux ressources qui s’amenuisent drastiquement. Sur ces iles où plus rien ne pousse, la couche de terre est trop fine pour l’agriculture, tous les produits frais sont importés et la spécialité locale est le cassava, une forme de manioc. Toutes les baies, chenaux raisonnablement abrités de la houle et des tempêtes d’Ouest sont encombrés de filets accrochés à des bouées ou des bouteilles plastiques. La surexploitation des ressources halieutiques est sidérante. Et pourtant le marché aux poissons est désolant : toute la belle pêche part sur Bali, puis en Chine ou au Japon. Seuls les invendables sont mangés localement. Les œufs sont la principale source de protéines. Un pêcheur accompagné de ses 7 enfants est venu dans sa pirogue à moteur nous proposer une tortue. Il ne pouvait pas la manger, elle était «haram» (interdit) comme tout autre animal à écaille; ceux de la porte à côté, les Rabbins discutent à n’en plus finir sur l’anguille, poisson (ok) mais à écailles (pas glop)…. chacun ses trucs.

 

Tual – champ de bouées. Chaque point blanc est une bouteille en plastique qui supporte le filet.

Tual – champ de bouées. Chaque point blanc est une bouteille en plastique qui supporte le filet.

La compétition se joue jusque dans la croissance démographique et illustre la position des religieux opposés au contrôle des naissances, sans que cette stratégie ne soit avouée. Ainsi Kei Island est un fief Chrétien avec une forte communauté Musulmane, on y compte 7 à 9 enfants par famille quelle que soit l’appartenance. L’archipel de Banda est exclusivement Musulman depuis 15 ans, l’écrasement par le nombre n’est pas nécessaire: il n’y a plus que 2 à 3 enfants par famille.

J.Diamond dans « Effondrement » avait attiré l’attention sur le mécanisme à l’œuvre lors du génocide Rwandais de 1994. Densité de population très élevée, successions d’aléas réduisant les ressources, élimination d’une minorité afin de rétablir l’équilibre PUIS justification à posteriori ; c’est au Rwanda tombé sur les Tutsis, aux Moluques sur les Chrétiens… et sur les Juifs en Europe, mais c’est du passé, n’est-ce pas ?

 

Kei Islands – Plateformes de pêche. Elles sont autopropulsées, restent en place deux/trois jours, la cabane abrite un gardien, puis l’équipage relève filets et lignes à calamars (cumi-cumi).

Kei Islands – Plateformes de pêche. Elles sont autopropulsées, restent en place deux/trois jours, la cabane abrite un gardien, puis l’équipage relève filets et lignes à calamars (cumi-cumi).

Coincés entre Eglise et Mosquée, on ne peut pas ici athéiser en paix. Alors on réfléchit, on s’essaie à prendre du recul, et l’on finit par se demander comment se fait-il que la Chrétienté et l’Islam, tous deux puisant leurs sources dans les mythes sémites (hi, hi), soient parvenus en deux temps trois mouvements à conquérir chacune la moitié de la planète ; 200 ans après JC pour les Chrétiens, conversion sans coup férir de l’Empire Romain cela, bien avant son effondrement ; 800 ans après JC pour l’Islam, la grande vague ?

Comment se fesse (un peu de respect, please, on cause de Dieu) fait-ce que toutes deux aient pu être, à l’époque,  si convaincantes ? Est-ce le concept de parole « révélée », est-ce le concept de Dieu unique, est-ce le marketing d’un paradis, est-ce le type de réponse clef en main à un besoin de spiritualité impossible à assouvir?

Nous n’en avons pas fini avec ces deux religions expansionnistes, très proches, qui contrôlent quasi toute la planète hormis le cœur de l’Asie et se préparent à mettre le feu aux poudres, chacune au nom de son Dieu, le vrai….

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Waecicu – Labuan Bajo – Flores – Indonésie

22 Septembre 2015

www.yodyssey.com

 

Une dédicace spéciale à Eric Cartier qui vient de publier Route 78, nous lui avons emprunté le titre de ce post « Epices and love » et ressortons, pour le besoin de la cause,  le dessin d’archive en page de garde de l’album éponyme….

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