Tout va très bien, Madame la Marquise

15 juin 2014 8h30 heure locale, fin de la GalMar, la traversée Galápagos Marquises, atterrissage dans la baie d’Hanavave 10°S 27 – 138°40’ au sud de l’ile de Fatu Hiva aux Marquises : 3 000 miles, pas tout à fait 19 jours de mer.

 

Une magnifique expérience, nous sommes ravis et plus que jamais conforté dans le choix de « Yo ! » et dans notre envie d’aller voir ailleurs, toujours plus loin, ailleurs. Vers l’Asie.

 

En cette période estivale, dans un mode inhabituellement light permettant de sédimenter le corpus évolutionniste, nous vous proposons in-extenso le journal de bord tel qu’envoyé quotidiennement aux proches et un mini-reportage photo sur nos semaines en mer et les Marquises.

 

Ce document, hormis un accès très privé à l’autre côté du miroir, vous permettra de vérifier que l’équipage après avoir vaillamment contourné le poteau noir (Hello Jacques), est menacé quotidiennement de burn-out mais en ressort grâce au soutien quotidien de l’Amiral qui, du PC Ariégeois, veille à ce qu’il ne succombe pas aux rats bleus qui courent le long du franc bord. Click:  GalMar pour les non initiés

 

Les passionnés, après un verre, voire deux de Pompadour (merci Hugo), s’attaqueront à suivre la propagation de la poterie Lapita entre -2000 et -1500 BC qui signe la colonisation du Pacifique à partir de l’Asie du Sud-Est vers les Marquises, via la Nouvelle Guinée, la Mélanésie puis retour en arc de cercle vers la Société et le royaume des Kiwis, trouveront des similitudes évidentes entre les Moaïs de l’Ile de Pâques et les Tikis et seront émus par l’effondrement de ces sociétés à partir de l’arrivée des Européens au XVIe siècle.

 

Les autres fredonneront les paroles d’un certain ménestrel belge ou oublieront que les femmes lascives de Gauguin sont aujourd’hui vaincues par le diabète à partir de 35 ans (qu’en est-il des jeunes pré-pubères que les curés s’obstinaient à lui interdire).

 

Prochaine étape : Tua motus et bouche cousue.

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Taiohae – Nuku Hiva – Marquises – Polynésie Française

30 juin 2014

www.yodyssey.com

 

1 Yo! Gal Mar

Yo ! toutes voiles dehors : Grand-voile haute, génois tangonné au vent et trinquette sous le vent. Magnifique.

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Sauver Willy ? Vraiment ?

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Une minute de répit.

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Aucun répit 1 : daurade coryphène.

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Aucun répit 2 : thon.

6 saucithon

Saucithon (marque déposée Capoulet/Ariège) : filet de thon salé, poivré, roulé sur lui-même dans une feuille de Nori et mis à sécher en plein soleil pendant 4 à 5 jours.

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Cosinus du Père Labat = 0,5 –> une double ration pour l’équipage.

8 nav tropicale 1

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Navigations tropicales. No comment ! C’est pas tous les jours comme ça !

10 Fatu Hiva

Fatu Hiva – Marquises. Première terre après 3000 nm. Lever du jour.

« Et s´il n´y a pas d´hiver, cela n´est pas l´été
La pluie est traversière, elle bat de grain en grain »

11 Fatu Hiva Les Verges Baie d’Hanavave – Fatu Hiva –

Elle fut baptisée Baie des Verges par les premiers explorateurs en raison des piliers rocheux qui l’encadrent de chaque côté. Les missionnaires se sont empressés d’insérer un « I » pour qu’elle devienne la baie des Vierges.

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Les verges de près.

13 Fatu Hiva 9 La Vierge de près

La Vierge de près.

14 Fatu Hiva

Fatu Hiva.

« Ils regardent la mer comme tu regardes un puits
Les femmes sont lascives au soleil redouté »

15Fatu Hiva Sunset

 Fatu Hiva – Coucher de soleil.

Pas de rayon vert ce soir, trop de nuages sur l’horizon.

16 Hiva Oa

 Hiva Oa – sortie du port d’Atuona.

17 Tahuata

Tahuata – Baie d’Hanamoenoa

  Toutes paroles « » : J Brel.

“OSCAR m’a sauver”

 

Yo ! au mouillage de Puerto Villamil

Yo ! au mouillage de Puerto Villamil

 

11 mai – 6h30 heure locale  (UTC – 7) Yo! est sur ancre à Puerto Villamil au Sud de l’île d’Isabela dans l’archipel des Galápagos : 00° S 58.0 – 90° W 57.7. Les îlets Tintoreras protègent le petit mouillage de la grande houle du Sud que l’on voit briser. Généralement ce sont les dauphins qui nous accueillent lors des atterrissages, cette fois, ce sont les requins. Au mouillage une petite dizaine de bateaux, les otaries sont reines, les fous de Bassan ont les pieds bleus et les pingouins sont très affairés.

 

Dur dur d'être une otarie

Dur dur d’être une otarie!

 

Nous sommes épuisés mais ravis, la première navigation Pacifique fut un régal et, en toute modestie, nous qui sommes les champions du monde de la modestie, nous sommes un peu fiers de nos choix stratégiques qui nous ont permis d’effectuer la traversée Panama/Galápagos (1 000 MN) en 9 jours avec 20 heures de moteur seulement pour ce qui est donné comme une des pires étapes tour-du-mondiste  en raison de l’absence de vent résultant de la présence de la ZCIT (Zone de Convergence Inter Tropicale) autre dénomination, pseudo-scientifique, de l’abominable et malfaisant POT AU NOIR

Route depuis l'Archipel des Perlas (Sud Panama)

Route depuis l’Archipel des Perlas (Sud Panama)

 

Le décor climatologique : autour de l’équateur, une zone de basse pression caractérisée par une absence de vent notoire et une zone de convergence orageuse plus ou moins sévère.

Les recommandations du pape de la navigation hauturière Jimmy Cornell : quitter le golfe de Panama en profitant des alizés Nord-Est échappés de l’Atlantique, descendre à l’Est de l’île de Malpélo au large de la Colombie jusqu’au 3°Nord (le plus vraisemblablement au moteur), puis récupérer les alizés de Sud-Est, empocher Humboldt réputé pour ses résurgences d’eau froide le long de la côte Chili/Pérou (paradoxalement ce courant engendre une condensation incroyable au large des côtes chilienne et péruvienne qui forme un véritable écran aux influences océaniques venues du Pacifique et crée, au bord même de la mer, un des déserts les plus absolus du monde – l’Atacama en fait partie) et se laisser porter.

A partir des informations récupérées aux Perlas (une escale peu recommandable les Perlas…) fin Avril nous commençons à supposer que les conditions attendues ne seront pas forcément au rendez-vous. Tout d’abord, une forte présomption de phénomène El Nino pour la deuxième partie de l’année 2014 qui viendra perturber tous les schémas météorologiques classiques, puis la récupération de la carte des courants du logiciel OSCAR (Ocean Surface Current Analysis Real Time) de la NOAA nous laisse penser que le courant d’Humboldt n’est pas là et que pire, l’équateur est ceint d’une large bande de courant portant à l’Est. La ZCIT est déjà très largement remontée au Nord –il ne sera donc pas nécessaire de la traverser- mais n’exempte pas de forts phénomènes de convergence orageuse et d’absence de vent – le Thalweg de Mousson comme disent les Gilots Empetrés. Enfin les fichiers vent (Gribs) témoignent plus au Sud d’une absence d’alizés de Sud- Est flagrante.

 

Carte des courants extraite d’OSCAR

Carte des courants extraite d’OSCAR

Ca s’annonce donc galère.

 

La navigation débute par une alternance de vents variables et de pétoles dans le golfe de Panama, une chaleur à crever, d’immenses formations orageuses et bien évidemment la nuit, déboulent les graupels qui s’en donnent à cœur joie. Rien que le nom, tout un programme : en fait il s’agit de particules de glace qui possèdent des vitesses de chute de l’ordre d’un mètre par seconde dans le nuage, en collision avec les cristaux qui sont eux (du fait de leur structure fractale) en quasi suspension, ce qui génère les charges électriques propres aux éclairs. Et donc, oui, il y a des graupels absolument partout, d’énormes masses nuageuses et noires qui s’éclairent subitement sur des hauteurs et distances incroyables… pas glop.

La plupart des décharges sont internes aux nuages mais parfois viennent nuage/sol ou mer (foudre) et on aime pas du tout même si “Yo!” fait un peu cage de Faraday. Du coup, black-out, nous débranchons toute l’électronique, à l’ancienne.

Puis ça continue. Au matin, ciel complètement bouché, houle d’Ouest, et bien sûr la dernière couche, la pluie, des trombes qui tuent le vent, ne restent que la houle, l’eau mouillée qui dégouline… Seul point positif, le seau à l’extrémité de la bôme produit ses 20 litres d’eau douce… à la Moitessier.

Milieu de journée, c’est la panne sèche. SOG (Speed Over Ground = Vitesse fond) égale à 0. Moteur  arrêté, on ne dérive même pas. On regarde fonctionner la machine à nuages avant qu’ils ne se vident derrière de grands rideaux noirs.

J + 3 : enfin Malpelo : des falaises plantées dans la mer sur plus de mille mètres de fond. Un couple d’orques nous rend visite. Ces espèces de gros machins noirs et blancs qui chassent les baleines… Curieux, ils foncent sur nous. Peut-être pensent-ils que la carène blanche de « Yo! » est comestible. En tout cas, de sacrés morceaux. Bien contents d’être protégés par le portique sur l’arrière dès fois que ça saute pour nous crouter !

J+4 : l’aboutissement de longues heures d’analyse et de discussions, genre les Opiaces contre les Coriaces (nous avons des lettres…), il est vraiment temps de challenger les classiques et nous tranchons au petit matin: route directe sur les Galápagos.

 

Pour remettre dans le contexte:

Option Cornélienne (de Cornell, le pape pas le classique des Horaces et Curiaces) : descendre très au Sud (quasi sur l’équateur) avant de mettre cap à l’Ouest. Les raisons invoquées sont : traversée perpendiculaire de la ZCIT (pot au noir) donc au plus court (mais au moteur), courant portant sur la route Sud et au point d’inflexion vers l’Ouest, récupération du monstrueux courant de Humboldt qui porte Nord-Ouest puis Ouest et qu’il ne faut pas prendre trop tôt autrement on rate les Galapagos (c’est arrivé, si, si).

Option El Nino (hypothèse de la mise en place d’un évènement El Nino) : résultant d’un ensemble d’éléments majeurs à l’échelle synoptique, le phénomène El Nino conduit à une inversion de flux significative. Au lieu d’être poussées Est vers Ouest par Humboldt et les Alizés, les eaux chaudes du Pacifique Ouest (Australie/Nouvelle Calédonie) reviennent massivement sur l’Est, détournant Humboldt, affaiblissant les Alizés, modifiant la position de la ZCIT et engendrant une tétra-chiée de phénomènes induits en cascade (moins de cyclones dans l’Atlantique mais plus dans le Pacifique, sécheresse accrue sur l’Océanie/Asie/Afrique, inondations en Amérique du Sud, régimes de mousson perturbés, vagues de chaleur etc…)

S’il y a émergence d’un phénomène El Nino on devrait voir des courants portant à l’Est (sans relation, notons au passage que le Captain porte à gauche). Certains sites (OSCAR de la NOAA par exemple) semblent l’indiquer mais les mesures par altimétrie en sont à leurs balbutiements.

 

Très schématique structure Ouest-Est d'un phénomène El Nino

Très schématique structure Ouest-Est d’un phénomène El Nino

 

Et bien, à nouveau, approche Bayésienne, Révérend nous voilà : on a relevé et comparé consciencieusement  pendant 24 heures les vitesses et routes fond via GPS et bato, fait de savants calculs de trigonométrie afin de modéliser les courants qui nous affectent. Ces mesures permettent de déterminer la présence d’un courant plus ou moins constant d’environ 1,5 noeuds portant à l’Est peu compatible avec les prémisses Cornéliens. Par contre, cela augmente la vraisemblance de l’option El Nino (comme un remake d’« Oscar m’a sauver »).

Conclusion : Si l’on suit cette logique et que l’on admet la fiabilité des prévisions de champs de vent sur la semaine à venir, le débat Cornélien/Bayésien est tranché : option deux. Il en résulte le choix d’une route directe vers les Galápagos afin de minimiser l’impact du courant, car il ne s’agit pas de descendre sur l’équateur pour ensuite se taper 600nm avec le courant dans le nez.

 

Et donc à partir de J+4, nous implémentons ce choix stratégique avec persévérance et opiniâtreté, car cela conduit à une route au près serré : ça gite fort, ça cogne fort, ça bouge beaucoup. Les miles utiles journaliers sont d’abord d’un rapport de 75%, avant d’atteindre 98%. Ça commence à ressembler à la route vers les Galapaglop. Surtout quand le vent forcit : S/SSE Force 5 établi, rafales à 6 et mer formée. On cherche toujours le courant de Humboldt, mais le courant s’établi peu à peu au Sud puis à l’Est, ce qui nous permet de faire une route rapide à quelques degrés d’écart de la route vers Santa Cruz.

 

A J+9, le 10 mai à 3h27, nous franchissons l’équateur par 89° Ouest. Nous ne sommes plus qu’à 92 NM de Isabela. A cette occasion, le Capitaine et l’équipage au complet sont réunis sur le pont pour les offrandes à Neptune (un verre de champagne bien tassé par personne – merci Vincent !) puis savourer le moment sans trop de charivari.

Il a été reporté dans la littérature qu’il était acceptable que les offrandes aient été filtrées par les reins mais nous en doutons et, sans être pour autant superstitieux, avons effectué une cérémonie du plus grand classicisme.

Pour ceux qui aiment les chiffres ronds, nous sommes partis de 45° Nord, 0° Ouest (Greenwich) et franchissons la ligne par 0° Nord, 90° Ouest, il y a du Pythagore qui traine dans ces angles !

Pour ceux qui aiment les chiffres ronds, nous sommes partis de 45° Nord, 0° Ouest (Greenwich) et franchissons la ligne par 0° Nord, 90° Ouest, il y a du Pythagore qui traine dans ces angles !

Le lendemain, reste plus qu’à assurer un atterrissage sans carte. Mais c’est une autre histoire…

 

Tortuga Island – Atterrissage Isabela – Lever du soleil

Tortuga Island – Atterrissage Isabela – Lever du soleil

 

 

 

Apres avoir obtenu le très couteux et recherché « Permiso »valable 20 jours grâce à l’intercession de JC Sotto (Julius Caesar !) et moyennant l’évaporation de plusieurs centaines de dollars, nous installons la « Yo! chaire  d’éthonologie nautique » au cœur de l’archipel des Galápagos, la Mecque du Darwinisme, Salam Aleikoum…

 

8 iguana crossing

Darwin n’a passé que 5 semaines aux Galápagos, a sans aucun doute mangé de la tortue (au moins une trentaine ont été reporté cuisinées à bord de son navire le Beagle) et son bouquin phare “L’origine des Espèces” (l’OS pour les initiés) ne fait que très peu référence à l’archipel (p 410-412 principalement). Nous reviendrons sur le sujet!

Darwin s’est interrogé sur la problématique suivante : comment la vie une fois lancée s’est-elle développée avec une diversité et une complexité stupéfiante en donnant l’illusion d’un dessein intelligent ?

 

Tellement mignons..

Tellement mignons..

 

Au milieu du 19ème siècle, les savants sont à fond dans les découvertes globales, la mise en place d’éléments théoriques. Les idées tournent, s’enrichissent, chacun grimpant à tour de rôle sur les épaules de géant de ses collègues/prédécesseurs (quelques décennies plus tard, Albert s’appuiera sur les équations d’électro-magnétisme de Lorentz pour développer son tout relatif, il n’aurait rien pu faire tout seul).

Darwin quant à lui s’appuie sur Lamarck, le boss de la « philosophie zoologique » et Malthus « logique du principe de population », lit beaucoup et beaucoup, effectue des expériences, interagit tant et plus, embarque à bord du Beagle pour un périple de cinq ans autour du monde dont il revient en 1836, hérite, se pose et commence à réfléchir/rédiger. 22 ans plus tard, Wallace qui vit en Indonésie lui fait part par courrier de ses découvertes en matière de théorie de l’évolution, Darwin réalise que la paternité du machin risque de lui être soufflée et rédige rapidement un résumé (400 pages tout de même) de ses travaux, le célèbre « Origin of Species ».

10 otarie 8

Il y fait montre d’une clarté d’analyse, de synthèse et d’ingéniosité rare pour l’époque.

Partant des expériences de domestication d’espèces (plantes/animaux) par l’homme lequel agit comme principe de sélection « artificielle », Darwin s’appuie sur les travaux de Malthus pour introduire la notion de compétition inter et intra espèces dans des environnements à ressources finies, et ainsi poser le principe de sélection « naturelle », sélection des traits avantageux dans la lutte pour la survie et donc augmentant la possibilité de reproduction , « la survie du plus apte ».

11 Arbre

Il pose ainsi les principes de SA théorie à lui (il semblait avoir un égo légèrement renforcé) qu’il nomme « descendance avec sélection naturelle », dans laquelle il introduit notamment les notions répandues de nos jours de co-ancêtre (pro géniteur), d’évolution sous pression physique et/ou géographique et/ou climatologique, de spéciation résultant de barrières, de préférence sexuelle, d’héritage de caractères joints (situés sur des locus proches), de mécanismes d’extinction d’espèces inadaptées  etc….

L’OS représente une moisson incroyable d’apports conceptuels à la biologie et à la compréhension par l’homme du monde dans lequel nous vivons.

 

Dans son bouquin, Darwin intuite deux apports ultérieurs majeurs mais bien évidemment, ne peut rien démontrer :

  • les mécanismes de transmission du patrimoine génétique dont Mendel définira les bases dès 1869 mais qui sera vraiment reconnu circa 1900
  • la théorie de la dérive des continents proposée par Wegener en 1912 mais finalement acceptée dans les années 1960…

Darwin s’est appliqué, avec les moyens du bord et une grande rigueur de raisonnement à déjouer par avance et avec grand succès les objections des « créationnistes » mais ceux-ci, bientôt 200 ans plus tard et en dépit des preuves accumulées, ne désarment pas et continuent à nous c*** les c***.

Pingouin....

Pingouin….

 

Un peu prudent le bougre, il a délibérément exclu l’humain de l’Origine des Espèces, gardant la patate chaude pour 1871 avec  « La descendance de l’homme » où il se décide à aborder l’ascendance animale de noszigues. On imagine le tollé.

 

D’aucun se souviendront du Marquis de Laplace (co-découvreur avec le Révérend Tom des probabilités Bayésiennes) lequel avait expliqué à Napoléon Bonaparte n’avoir pas eu « besoin de Dieu » pour justifier ses importantes avancées en mécanique céleste ; de même, Darwin en ce qui concerne le vivant propose une théorie générale qui ne nécessite en rien l’intervention d’un principe supérieur. La pilule est amère pour les déistes.

13 Pink Flamingos

 

So far, so good. Les fondations ayant été posées par le grand Charles, l’édifice a bien évolué depuis en une « théorie synthétique de l’évolution » qui intègre notamment la génétique et est communément acceptée par les scientifiques.

On notera au passage, que selon cette théorie, il n’y a pas d’entité créatrice qui donne subitement vie à une espèce complètement et définitivement formée ce qui nous détourne d’un Intelligent Design sans pour autant renoncer aux mythes.

En dépit de nos formations/déformations scolaires, il est essentiel d’intégrer que l’évolution n’a aucune finalité particulière; il s’agit juste d’un ensemble de mécanismes régulant la transmission du patrimoine génétique nécessaire à la réplication du vivant.

Les processus évolutionnistes se déroulent sur des centaines de millions d’années, des centaines de milliers de générations et plus la fréquence de réplication sera rapide (e.g. bactéries, bêtes aux grandes zoreilles), plus l’évolution sera opérante.

Cette échelle peu compatible avec l’échelle de la perception humaine, illustre le caractère graduel et cumulatif mais inconstant du phénomène dont le moindre des paradoxes apparents est le concept de co-ancêtre : les ancêtres de tout le monde sont communs à tous è il n’est pas exact de dire que l’homme descende du singe, mais plutôt qu’il y a environ 6 millions d’années les grands singes et les hominidés avaient un ancêtre commun ; nous avons tous évolués sur des chemins distincts à partir de lui (l’unique !!) mais il a bien existé et forcément s’est éteint car non adapté dans la course à la survie où ses descendants (grands singes et hominidés) se sont révélés plus aptes… (nous verserons une larme au passage sur notre proche cousin de Cro-Magnon impitoyablement exterminé par Homo Sapiens…RIP).

Cette formidable remontée dans l’espace-temps vers un co-ancêtre unique (la première bactérie) est schématisée dans l’échelle de Richard Dawkins ci-après, lequel Dawkins pousse le raisonnement aux limites  « les organismes sont des artifices inventés par les gènes pour les [les gènes] reproduire » ; en bref si l’objectif est la survie des gènes, l’homme (tout comme tout autre être vivant) n’est qu’un véhicule. Soyons humbles.

R Dawkins – Nos ancêtres… (click pour ouvrir)

 

 Les trois questions

Tribus de chasseurs-cueilleurs, l’espèce humaine a brutalement décollé il y a 10 000 ans  avec la domestication d’espèces végétales (blé, riz) et animales (caprins, loups etc) qui ont entrainé une sédentarisation massive dont a résulté l’invention de l’écriture, la goutte d’eau qui mit le feu aux poudres ;  la machine infernale du progrès était lancée.

Vu sous un autre angle, domestication, sédentarisation, accumulation de savoir, règles de vie en société (code Hammurabi), élaboration d’éthiques (religions, philosophies) sont autant d’illustrations du formidable effort de l’espèce humaine afin de s’affranchir de la sélection naturelle.

Ceci s’est accéléré avec les grandes découvertes, la révolution industrielle, l’urbanisation puis la mise au point de médicaments et autres modificateurs de comportement qui permettent artificiellement de trafiquer l’espérance de vie tout comme les mécanismes de reproduction.

14 human evolution

Les conséquences en sont :

  • une densité humaine qui rend la préservation du patrimoine génétique humain inutile (en quoi mon patrimoine génétique se distingue-t-il et améliore-t-il la survie de l’espèce lorsque nous sommes huit milliards ?)
  •  un lissage des critères de survie par globalisation et uniformisation des conditions de survie (la réduction de la mortalité infantile provient-elle de l’amélioration des bébés à la naissance ?)
  • le maintien de catégories de populations notoirement inadaptées alors que le pillage des ressources de la planète s’accroit (par charité, nous ne citerons pas d’exemple).

 Question 1 : pensez-vous que l’espèce humaine se soit affranchie de la « sélection naturelle » ?

 

Parallèlement, on constate une inadéquation des échelles temps. La fréquence d’adaptation culturelle au sein d’une même génération est largement supérieure au temps d’adaptation génétique.

Question 2 : pourrait-on alors parler d’un nouveau Darwinisme propre à l’espèce humaine, qui traduirait une formalisation de la transmission de l’information par des moyens non génétiques ?

 

Enfin, revenant à notre bon Charles et à la théorie de l’évolution, on sait que toute espèce, en dépit du fait qu’elle ait bénéficié de mutations favorables sur de longues périodes, garde une probabilité quasi constante de s’éteindre principalement du fait de modification majeures de l’environnement, (climat, ressources, autres espèces…). Peu importe la puissance d’aujourd’hui, il faut quand même survivre demain… dans « Alice de l’autre côté du miroir »  La Reine Rouge : « It takes all the running you can do, to keep in the same place »

Question 3: l’espèce humaine, à travers le progrès scientifique initié par la civilisation dominante,  a-t-elle pris  l’autocontrôle de son évolution ?

 

Un peu de légèreté que diable,  revenons aux Galápagos et à ce magnifique contre-sens biologico-touristique, la Tortue Terrestre – cela nous changera du Pélican, le lecteur attentif notera que Gotlib a immortalisé les deux.

Tortue des Galápagos. Totalement inadaptée au monde actuel, elle ne survit que dans les centres d’élevage.

Tortue des Galápagos. Totalement inadaptée au monde actuel, elle ne survit que dans les centres d’élevage.

 

Les tortues des Galápagos sont originaires du continent Américain, tout comme les oiseaux et les plantes (il n’y a jamais de mammifères sur les îles océaniques trop éloignées des côtes, événtuellement des chauve-souris pour les plus proches). C’est en fait une population arriérée, n’ayant subie aucune transformation depuis des millénaires en l’absence de prédateurs et de pression environnementale, bref une survivance du passé (comme pourraient l’être nos cousins Cro-Magnons auraient-ils été isolés sur une île que l’on découvrirait aujourd’hui). Cette population a drastiquement baissé depuis la date de la découverte de l’archipel, la colonisation par l’homme et l’introduction de mammifères prédateurs. Elle fait donc aujourd’hui l’objet d’un programme spécifique destiné à sauver les spécimens existants.

En raison des afflux de touristes et malgré un contrôle très strict de la communauté scientifique internationale et du gouvernement Equatorien, la population des îles est multipliée par 2. Ces touristes, en grande majorité américains et fortunés, pour lesquels la rareté et l’exclusivité sont organisés par la pratique de tarifs aberrants (6000$ la semaine), viennent s’esbaudir devant « l’incroyable » biodiversité. Ils sont convaincus d’approcher des espèces originales, preuves vivantes de la théorie de l’évolution dont la placidité est une illustration de la béatitude d’avant la chute (le serpent, la pomme, tout ça…).

Au contraire, nous le percevons comme un message perverti : une espèce dominante en voie de disparition vient à la rencontre d’autres espèces inadaptées de par le blocage (par isolement) de leur évolution. L’autre côté du miroir….

 

 

 

Au XIXème  siècle, l’archipel des Galapagos était une base importante pour la chasse à la baleine. Sur chaque bateau des tortues étaient chargées comme réserve de viande fraîche, en précipitant l’effondrement de la population.

Au XIXème siècle, l’archipel des Galapagos était une base importante pour la chasse à la baleine. Sur chaque bateau des tortues étaient chargées comme réserve de viande fraîche, en précipitant l’effondrement de la population.

 

Pas fâchés d’abandonner les impasses évolutionnistes sur leur cailloux de lave, nous nous apprêtons à nous élancer pour la traversée de 3000 miles d’étendue bleue et salée, direction les Marquises, de 20 à 30 jours de mer, de quoi réfléchir…

 

Passager clandestin. L’amènera-t-on jusqu’aux Marquises ? Bien cuisiné, cela pourrait en rendre plus d’un heureux.

Passager clandestin. L’amènera-t-on jusqu’aux Marquises ?
Bien cuisiné, cela pourrait en rendre plus d’un heureux.

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Puerto Villamil – Isabela – Galapagos – Ecuador

25 mai 2014

www.yodyssey.com

 

Pour en savoir un peu plus :

L’Origine des Espèces (OS) – Darwin – 1ère édition, c’est le top.

Il était une fois nos ancêtres – Richard Dawkins

 

Just for the fun :

Sketchs Bestiaire d’amour (Green porno) d’ Isabella  Rosselini joués à la salle Gaveau tout de même !

 

Pour rêver aux extensions en neurosciences de la théorie de Darwin (idéal à écouter en podcasts la nuit à la barre) :

L’émission sur France Inter de JC Ameisen : « Sur les épaules de Darwin ».

 

La dragée Fuca du Canal

 

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Panama City by night

 

Le 7 Avril, « Yo ! » se balance nonchalamment  amarré à  une bouée du Balboa Yacht Club, à la sortie Pacifique du Canal de Panama, le pont des Amériques surplombant la mâture et quelques jours plus tard,  au mouillage devant la skyline de Panama City (Balboa n’est en fait qu’un quartier de la capitale) – mouillage original et rare, bizarre de contraste : les bidonvilles et le luxe, sans profondeur, conforme à notre imaginaire rapport à l’Amérique Centrale.

 

Directement issus de tribus indiennes métissées et pour lesquelles Charles Quint, les grands d’Espagne tiennent lieu de passé en ayant supplanté les traditions orales, cet ensemble d’Etats affiche un net manque de maturité – l’Afrique et l’Asie semblent bien mieux résister au rouleau compresseur  « Westernised ».

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Musée F Gehry sur la biodiversité en report permanent d’inauguration, lorsque les problèmes d’infiltrations dans les fondations seront résolues.  

 

Le Panama tient une place particulière dans l’imaginaire, le chapeau, le scandale financier sous la Troisième République, le Canal, l’isthme forcé de la main de l’homme … bref de nombreux angles d’attaque.

Nous en retiendrons, avec beaucoup de modestie (nous sommes les champions du monde de la modestie), deux:

–          le partage de notre expérience drôle et éprouvante du transit à bord d’un frêle esquif.

–          quelques aspects socio-économiques relatifs au gigantesque projet d’extension du Canal et la manière dont ce projet s’inscrit dans la géostratégie logistique mondiale.

 

Retour sur cette aventure sous haute tension: le transit

La préparation du passage s’est effectuée à Shelter Bay, marina sécurisée en face de Colon, le fond du trou du cul du monde Atlantique, noir et or, la ville respire la criminalité, l’argent du Canal est aspiré sur la côte Pacifique, ne restent que les poubelles. C’est un lieu idéal pour remplir les démarches administratives dont la moindre n’est pas « l’admeasurement » (prise de mesure du navire, tous espars compris  afin de calculer le droit de passage) mené par un pingouin de l’Autorité du Canal de Panama (ACP) heureusement conditionné par les connaissances footballistiques du Capitaine. La veille du passage, notre agent Erick Galvez nous livre 4 aussières de 50 mètres et 8 énormes pare-battages destinés à protéger la carène des parois des écluses ou des bateaux auxquels nous serions accouplés. Nous retirons tout ce qui est susceptible de s’accrocher (perche IOR, pales de l’éolienne, moteur HB, capote…), protégeons les panneaux solaires, dégageons la cabine arrière puisque nous allons être 5 à dormir à bord sur le lac de Gatún et préparons 3 repas pour 6 personnes. Les ragots disent que si le «Transit Adviser », qu’il est obligatoire d’avoir à bord, n’est pas satisfait de ce qu’on lui sert, il peut commander des repas livrés aux frais du bateau en transit (repas à 30$ plus 80$ de frais de livraison!)

Enfin, pour Michel et Armand-Gabriel qui nous ont rejoints afin de partager cette expérience rare, répétition générale  de lancer d’aussière, de récupération de touline (petite boule en corde lestée, destinée à récupérer les aussières sur le quai dans les écluses), de nœuds de chaise et de taquet et validation par l’ensemble de l’équipage des différentes étapes.

 

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La forme de l’isthme de Panama fait que le canal s’étire du nord-ouest (Atlantique) au sud-est (Pacifique). Pour éviter la confusion, les autorités du canal classent les transits dans 2 catégories : direction nord (du Pacifique vers l’Atlantique) et direction sud (de l’Atlantique vers le Pacifique).

Le 6 avril à midi, nous sommes fin prêts, un « handliner » (teneur d’aussière) de location,  Mario,  nous rejoint car la règlementation impose quatre « handliners » en sus du Capitaine. Largué, appareillé, nous  prenons la direction du mouillage des « Flats » quelques miles avant la première écluse de Gatún où nous devons récupérer notre « Transit Adviser » (ce dernier ne prends pas la responsabilité des manœuvres, juste un rôle de conseiller spécifique aux petites unités, à l’inverse des pilotes embarqués à bord des cargos qui se substituent au Capitaine).

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Le canal accueille des yachts privés jusqu’aux gros navires de commerce. Les plus gros admis dans le canal sont appelés « Panamax » (65 000 tonnes de port – 300 mètres), à mettre en regard des « Suezmax » qui calent à 160 000 tonnes (mais les locaux n’apprécient guère qu’on leur parle de Suez).

En raison d’une différence d’altitude entre l’océan Atlantique et l’océan Pacifique, la construction du canal a nécessité la mise en place de 6 écluses selon un système conçu par Gustave Eiffel et repris par les Américains après l’échec du premier projet piloté par Ferdinand de Lesseps ; c’est là tout l’intérêt du passage, qui sinon se réduit à une ballade au moteur de 50 miles.

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Vers les écluses de Gatún.

La traversée pour un cargo prend 9 à 10 heures, elle s’étale pour les voiliers sur 2 jours. Les 3 écluses de Gatún, montantes, sont passées le premier jour. La nuit, les voiliers s’amarrent sur une tonne à l’entrée du lac de Gatún. Le deuxième jour, les voiliers traversent le lac au moteur à une vitesse minimum de 6 nœuds avant de franchir l’écluse de Pédro Miguel  puis un peu plus loin les deux écluses de Miraflores. A l’intérieur des écluses, les cargos sont tractés par de petites locomotives (mules) posées sur des rails disposés sur les murs des écluses, les plus petits bateaux (nous) sont amarrés par des aussières tenues à la main.

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Chaque écluse mesure 33,5m de large. Chaque chambre est  remplie en 8 minutes et par gravité de 100 000 m3 d’eau en provenance du lac de Gatún. Le dénivelé total est de 30 mètres ; à chaque fois, le bateau monte ou descend de 9 mètres. On peut imaginer les turbulences que cela occasionne – nos petites coques de noix en sont toutes pantoises. Ce n’est pourtant pas pour cette raison qu’il est vivement déconseillé de nager dans les écluses mais parce qu’elles seraient peuplées de crocodiles !

Apres la première écluse, nous constatons que « Yo! » n’est plus dans ses lignes, de l’eau sur la jupe ! Perte de flottabilité suspecte,  inquiétude, déclic, nous sommes en eau douce, Archimède m’a tuer ! Décidément, pas faits pour ça ! Le trip péniche, pas pour nous !

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Bye bye Atlantique, prenons de la hauteur

Le passage peut s’effectuer seul – passage le plus technique, les 4 « handliners » travaillent et de manière coordonnée !-, amarré à un tug (remorqueur) – seuls 2 « handliners » travaillent mais l’amarrage au tug présente des risques de choc ou de dégradation au niveau des barres de flèches-, ou « nested » (en nid), c’est-à-dire groupé avec 2 autres voiliers.

La première journée, nous sommes amarrés à un catamaran lui-même amarré à un « promène couillon ». Cool ! Hormis l’amarrage au cata, c’est le bateau mouche qui  gère les reprises d’aussières avec le quai lorsque le niveau monte.

 

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Dernière écluse de Gatún

 

La deuxième journée, nous sommes ré-amarrés à bâbord du cata, alors qu’il reçoit à tribord un autre voilier d’équipage Finlandais, pas très réveillé. Plus chaud ! Surtout lorsque les turbulences s’accroissent dans la dernière écluse de Miraflores où les eaux salées du Pacifique se mélangent à l’eau douce du lac. La qualité du passage dépend aussi de l’heure de la marée, car le marnage côté Pacifique atteint 6,55 mètres.

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Dernière écluse de Miraflores, guideliner sur le quai (lanceur de touline) et aussière tendue qui maintient le bateau au milieu de l’écluse.

 

Entre les 2 séries d’écluses se trouve le lac Gatún alimenté par la rivière Chagres : la construction d’un barrage  sur le Rio Chagres a permis d’inonder une grande vallée, donnant naissance au lac Gatún,  faisant office de  réservoir pour  le fonctionnement des écluses. Près d’un siècle plus tard, les souches remontent encore à la surface et les troncs semi immergés présentent un danger pour les bateaux en dehors des chenaux balisés.

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Ile au milieu du lac Gatún

Le travail des « handliners » (avant bâbord/tribord et arrière bâbord/tribord) est essentiel! Ils sont responsables d’accompagner le voilier lors de la montée et de la descente dans l’écluse en reprenant  ou choquant l’aussière elle-même frappée sur une bite sur le quai (de sacrées coquines les aussières).

Pour cela, il y a lieu de préparer un nœud de chaise à l’extrémité libre de l’aussière, de vérifier qu’elle part du taquet, passe à l’extérieur des filières avant de revenir sur le pont, rangée en glène (50 mètres de ficelle ! ) avec le grand nœud de chaise sur le dessus – faire simple.

Ensuite, il s’agit de réceptionner la touline lancée du quai (plus ou moins bien et plus ou moins coordonné avec l’avancée du bateau et le courant dans l’écluse : chaud à Miraflores quand un des « guide-liners » arrive en retard, essoufflé, sans casque, rate son lancer, se précipite sur la bite suivante…), de l‘attacher sur le nœud de chaise de l’aussière par un autre nœud de chaise qui sera récupéré sur le quai et posé sur la bite, puis reprendre le mou de façon synchronisée. Une fois les aussières tendues les portes s’ouvrent. Suivant que l’écluse est montante ou descendante, les « handliners » reprennent le mou ou laissent filer, pfew…

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« Handliner » en attente du GO. La tension est à son comble !

 

Le point délicat est de garder le bateau parallèle aux murs d’écluses et suffisamment éloigné. Compliqué lorsqu’il y du vent, du courant ou que certains équipiers sont moins rapides que d’autres (tout en intériorisation l’équipage finlandais !). Et pendant ce temps-là, le capitaine régule avec le moteur selon les instructions  du  « Transit Adviser » central.

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Sortie de la dernière écluse de Miraflores : première vue du Pacifique.

Tout ça pour ça ! Et oui, pour ça, LE PACIFIQUE, quand enfin s’ouvre la dernière porte et que se profilent au loin le Pont des Amériques et les grues de Balboa.

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Le port de portes containers de Balboa, opéré par une compagnie chinoise basée à Hong Kong, Hutchinson Whampoa dont le propriétaire Li Ka-shing est l’homme le plus riche de Chine.

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C’est vraiment le Nouveau Monde, les bus roulent sur l’eau, Jésus est dépassé.

 

Coloscopie du Canal

2014, correspond à l’année du centenaire de l’inauguration du canal, pour des travaux démarrés en 1882 et une estimation de plus de 20 000 morts suite aux épidémies de choléra, fièvre jaune (Gauguin en réchappa de justesse lorsqu’il fit le manœuvre pour 5$/j avant de tracer la route), malaria et accidents. Suite à l’échec français, la reprise et la finalisation des travaux ont été menés par les Américains après que les droits d’exploitation et de construction aient été cédés aux Etats-Unis en 1903, accompagné de l’octroi de la zone géographique du Canal par le gouvernement Panaméen. Cette cession est concomitante avec l’indépendance du Panama qui jusque-là faisait partie de la Grande Colombie fondée par Simon Bolivar et qui comprenait également le Venezuela, la Colombie, l’Equateur, une partie de la Guyane et du Nicaragua.

En 1977, suite à des émeutes contre la présence des Américains, Jimmy Carter a agréé la rétrocession de l’administration du Canal à la République du Panama, devenue effective le 31 Décembre 1999. Bien évidemment,  des doutes ont été émis quant à la capacité de l’Autorité du Canal à opérer le système de manière  efficace, mais en fait, c’est officiellement plutôt bien : l’Autorité du Canal (ACP) publie régulièrement l’indicateur Canal Water Time qui mesure le temps de transit des navires et montre que celui-ci s’améliore, de même  que diminue le nombre d’accidents alors que le trafic s’accroit.

Cette voie de passage qui représente 5% du trafic mondial et dont les principaux clients sont l’Amérique du Nord, la Chine, le Japon, le Chili et la Corée du Sud, reste considérée par les Etats-Unis comme une voie intérieure. Ainsi, les navires au pavillon Américain ont priorité sur les autres.

Mais de nos observations, cette priorité ne doit pas s’exercer très fréquemment : le trafic ne nous a pas paru saturé.

Les statistiques officielles annoncent 14 000 navires par an, soit près de 40 navires par jour. Pourtant, nous n’avons pas croisé lors de notre transit plus de 6 navires et il nous a été demandé de patienter 2 heures dans l’écluse Pedro Miguel en attendant que 2 bateaux aient fini de se croiser dans le « Gaillard Cut » sans perturbation aucune du trafic – étrange, planification pas très efficace, la crise économique a bon dos….

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Suceuse du Lac Gatún. L’Autorité du Canal est sans cesse en train d’effectuer des travaux : élargissement et rectification de « Gaillard Cut », creusement du lac de Gatún pour améliorer l’approvisionnement en eau, dragage des entrées Atlantique et Pacifique et amélioration de la flotte de locomotives.

Le chiffre d’affaires en 2009 atteint 1,4 milliards de dollars pour un résultat net de l’ordre de 400 millions de dollars siphonnés en partie par le gouvernement. Les droits sont fonction du tonnage ou bien du nombre d’EVP (équivalent vingt pieds = container classique de 38m3), du type de navire, de la cargaison ; à titre indicatif, en 2007, le coût était de 54$ par EVP, soit 0.1 centime par T-shirt… pas de quoi tuer le business, ah les effets d’échelle…

En 2012, 50% des navires transitant utilisent la largeur maximale des écluses. Ceci tend à justifier les travaux d’élargissement qui devaient être livrés pour le centenaire. Ces travaux doivent permettre le passage de porte-containers de 12 000 EVP (Panamax actuel : 4 000 EVP) et d’atteindre un trafic de 510 millions de tonnes en 2025 (280 millions de tonnes en 2005).

Les travaux d’élargissement ont été portés devant le peuple par voie de referendum en 2006 avec pour objectif de renforcer la vocation maritime du Canal, d’offrir une « route verte » à la planète, d’ancrer le pays dans un développement haute performance et de garantir du travail aux citoyens Panaméens. Le résultat du référendum est 78% de OUI pour un taux de participation de 43% (en ordre de grandeur rapporté au nombre d’habitants, l’extension  du canal représente un investissement par individu similaire à celui du programme nucléaire Français, les citoyens Panaméens ont été consultés, eux !).

Le projet lancé en 2007 comprend :

–          La construction de 2 jeux d’écluses : Atlantic Post Panamax et Pacific Post Panamax. Celles-ci possèderont chacune trois chambres et trois bassins de rétention d’eau destinées à récupérer l’eau et ainsi limiter le déversement de centaines de milliers de m3 d’eau douce dans l’océan à chaque éclusage, précipitant le vidage du lac ;

–          L’excavation de nouveaux canaux vers les nouvelles écluses.

–          L’élévation du niveau maximal d’exploitation du lac Gatún.

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Les nouvelles portes des écluses en attente d’être posées : 56 mètres de large, 31 mètres de haut et une épaisseur de 10 mètres. Les nouvelles écluses mesureront chacune 427 mètres de long sur 55 mètres de large pour une profondeur de 18,3 mètres, contre 304,8 mètres de long sur 33,5 mètres de large et 12,8 mètres de profondeur pour celles qui sont actuellement en service.

 Ce chantier est actuellement un des plus gros de la planète. On dénombre 76 grues géantes, 88 bétonnières, 47 excavatrices et pelleteuses qui creusent puis remplissent chaque jour 107 camions qui peuvent charger l’équivalent de 120 tonnes de rochers ou de terre pour un total de 150 millions de m3. Environ 20 000 ouvriers sont employés sur le chantier. Les travaux sont menés par un consortium international, le Groupe Uni Pour le Canal (GUPC) qui regroupe l’espagnol SACYR, l’italien IMPREGILO, le belge JAN de NUL et le constructeur panaméen CONSTRUCTORA URBANA.

Le coût du projet était initialement de 5,25 milliards de dollars, dont 2.3 milliards de dollars avancés par cinq banques internationales : la Banque Européenne d’Investissement, la Japan Bank for International Cooperation, l’Inter-American Development Bank, la Corporacion Andina de Fomento et l’International Finance. Le reste sera financé par les recettes liées au passage des bateaux. Après la mise en service, l’ACP table sur des revenus en hausse de 200 millions de dollars la première année, 400 millions la deuxième et 2 milliards la troisième.

Mais en raison de problèmes géologiques, le surcoût atteint en Février 2014 1,6 milliards de dollars. Pour l’entreprise espagnole SACYR qui dirige le consortium, c’est à l’ACP d’assumer ces surcoûts. Le chantier a donc connu une interruption de 2 semaines entre le 5 et le 20 Février pendant lesquelles des négociations ont été menées et auxquelles ont été mêlés l’Union Européenne et le Gouvernement Espagnol. L’aboutissement du chantier pour SACYR est crucial. Cette entreprise de BTP espagnole qui a fait fortune lors de la bulle immobilière et qui effectue désormais plus de 50% de son chiffre d’affaires à l’étranger est déficitaire.

Un accord a finalement été signé le 14 Mars. L’accord sur le co-financement inclut une nouvelle ligne de financement qui implique l’assureur Zurich, et la prolongation du moratoire sur certains paiements pour permettre la poursuite des investissements sur le chantier. Il prévoit également que les travaux soient achevés en décembre 2015.

Un tel niveau d’investissement et d’endettement pour un pays de 3.3 millions d’habitants ne laissent pas d’interroger ; sans entrer dans le détail, cela représente une charge de 2000$/habitant, quasi 6 mois de revenus. La contrainte cash pourrait ainsi apparaître rapidement car le président actuel, Ricardo Martinelli (propriétaire de la gigantesque chaîne de supermarchés Super 99) a maintenu et décidé d’importants investissements destinés à améliorer la qualité de vie des Panaméens dont la construction du métro de Panama City, dans laquelle réside la moitié de la population du pays, l’agrandissement des terminaux portuaires et de l’aéroport. A ceci s’ajoute une surenchère de promesses au moment où ont lieu les campagnes électorales destinées à élire le Président de la République, les députés et les maires pour une nouvelle période de 5 ans.

 

 Géostratégie du Canal

Dans le grand jeu international du « je te tiens, tu me tiens par la barbichette », l’extension du Canal de Panama décroche une forme de pompon. En effet, il faut rappeler que le Canal ne voit passer que 5% du trafic mondial, ce qui est loin d’en faire un verrou et que l’alternative ferroviaire entre les côtes Ouest et Est des Etats-Unis reste économiquement intéressante pour certains frets.

Par ailleurs, le Nicaragua semble prêt de déterrer son projet de Grand Canal unissant les 2 océans sur son territoire ; le président Ortega  a affirmé en janvier 2014 que les travaux devraient démarrer avant la fin de l’année. Le Grand Canal sera 3 fois plus long que le canal de Panama, mais plus proche des Etats Unis. Le communiqué est co-signé par le président de HKND Group, le chinois Wang Jing. Le projet est estimé à 40 milliards de dollars. Il comprend outre la voie d’eau, la construction de 2 ports, un aéroport et 2 zones franches : de quoi booster l’économie de ce pays de 6 millions d’habitants considéré comme un des plus pauvres d’Amérique Centrale après Haïti.

Enfin, l’utilisation du Passage du Nord-Ouest se profile à l’horizon (à force de faire fondre la banquise, nous y arriverons) et permettrait  de réduire grandement le temps/coût de transport entre l’Asie, l’Amérique du Nord et l’Europe. Il est amusant d’observer que l’Islande (ruinée après la crise des subprimes et que l’Europe a laissé tomber) a obtenu un refinancement complet de son économie par la Chine en échange de…. l’appui de l’Islande afin que la Chine rejoigne le cercle restreint (Canada, Etats-Unis, Russie et Europe – via UK, France, Danemark.. -) des pays ayant leur mot à dire en ce qui concerne l’Arctique ; effet du hasard, la Chine dispose déjà de deux navire brise-glaces à propulsion nucléaire. Prenons note que la Chine n’a pas participé au financement de l’extension du Canal. On ne peut que se dire : certains jouent aux échecs, d’autres au Go.

 

En guise de conclusion, l’île de Taboga, juste au droit de Panama City, abrite la plus grande colonie mondiale de pélicans bruns. Image

 

Ces pélicans, maladroits, s’assommant à moitié à chaque plongée, fournissent, par l’intermédiaire de leur maître immortalisé par Gotlib, une occasion inespérée de renvoyer à notre Rubrique à Brac qui s’étoffe, ce mois-ci  de l’excellente contribution de Gilles (cliquer sur le lien ci-dessous) relative au Révérend Bayes et  aux jeux de rôles, culminant, point d’orgue époustouflant, avec une analyse originale du jeu de l’administration de Georges W. Bush  avec ce pauvre Saddam Hussein …

 Révérend Tom – Contribution Epatante de Gilles

 

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Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Archipel de Las Perlas – Panama

25 avril 2014

www.yodyssey.com

Ha Kuna Matata

001 mola

Depuis trois jours, « Yo! » est amarré à la Marina de Shelter Bay à l’entrée Atlantique du canal de Panama sur la rive Ouest.

En face de Colon et du port de Commerce de Cristobal, au bord de la jungle, cette marina a été créée sur le site d’une ancienne base militaire américaine utilisée pour la formation des GI’s et abandonnée après la rétrocession par les Etats Unis en 1999 du canal à la République de Panama.

Ici, la moitié des équipages patientent le temps de résolution des formalités administratives de passage du canal et préparent la trans-pacifique. Les autres sont venus faire une pause logistique avant de retourner écumer les 365 iles de l’archipel des San Blas.

 

Personne ne parle jamais de la traversée de la mer des Caraïbes pourtant certains tourdumondistes considèrent qu’elle constitue un des passages les plus difficiles. Cul de sac de l’Atlantique, cette mer presque fermée amplifie la résonnance des vagues sur le plateau continental sud-américain et les alizés asséchés par l’arc des Antilles se renforcent sur le promontoire désertique de Guarija en Colombie et la péninsule de Paraguana au Venezuela qui encadrent le lac Maracaibo.

En conséquence, il faut naviguer à au moins une centaine de miles des côtes. Cette décision est d’autant plus justifiée par la menace de piraterie au large de Caracas. C’est donc tous feux éteints sous spi tangonné que nous avons contourné les ennuis potentiels, humains et nautiques – il y avait de grosses vagues – débordé le Venez, longé la Colombie, avant d’être survolés à l’entrée dans les eaux Panaméennes par un hélicoptère et un avion de reconnaissance. Quelques heures plus tard, de nuit, deux avions passaient à basse altitude tous feux éteints. Et oui, parfois des paquets bien emballés s’abiment en mer…

 

Apres 8 jours de mer, le 14 mars, nous mouillions à West Hollandes Cays dans le royaume du Kuna Yala, ou Archipel des San Blas, paradis d’ilots plantés de cocotiers protégés par des récifs et peuplés par les indiens Kuna.

Cette région autonome du Panama dont la population s’élève à 50 000 (500 000 avant que les Européens ne débarquent) dispose d’une constitution spécifique qui l’isole totalement du reste du pays. Une seule piste goudronnée depuis 2009 permet d’acheminer les touristes vers les villages surpeuplés situés sur les iles les plus proches du continent telle Carti Island où sont venu embarquer Alan et Claire qui nous ont accompagnés dans l’exploration de l’archipel.

Plus on s’éloigne de la côte et plus les îlots sont déserts. Les habitants pêchent et circulent en cayucos (pirogues taillées dans des troncs d’arbres) plus ou moins motorisés.

L’économie repose sur l’exportation vers la Colombie des noix de cocos (30 millions par an). La terre n’appartient à personne mais chaque cocotier est la propriété d’un indien. Il est donc considéré comme une offense de ramasser les noix de coco, même tombées à terre.

Une ressource complémentaire est apportée par la vente de molas aux touristes (tissus brodés traditionnels).

L’isolement de cette région est accru par le Darien Gap. Une route relie l’Alaska à la pointe de la Terre de Feu, gigantesque trans-Américaine, hormis les derniers 150 km qui n’existent pas, dans la région du Darien à la pointe est du Panama, à la frontière de la Colombie, zone de trafic de cocaïne et buffer des FARC.

 

Dans un style inhabituel, nous vous présentons ci-après un mini reportage photo chez les Kunas, les passionnés d’Ethnologie se débrouilleront pour trouver des informations détaillées sur les us et coutumes, parfois surprenants, de la peuplade.

 

Prochaine étape : accouplé aux Panamax.

 

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Shelter Bay Marina – Colon – Panama

31 mars 2014

www.yodyssey.com

 


002 mola

Mola. Les broderies sur plusieurs épaisseurs de tissus reprennent des motifs traditionnels, animaux ou dessins géométriques.

 

003 Yo! San Blas

Yo ! dans l’archipel des San Blas. 7000 miles depuis Canet, tout va bien à bord.

 

004 Yo! men

Yo ! men.

 

01 Carti island

 

02 carti island

Carti islands, parmi les plus peuplés et les plus actives de l’archipel, point d’entrée des touristes par la route.

 

03 lemon cayes

Lemon Cays

04 Recif

Isolé de la pleine mer par une barrière de corail.

 

05 W Hollandes Cayes

West Hollandes Cays.

06 San Blas playa

La gestion des déchets, un gros problème de l’archipel.

 

07 Coco banderos sunset

Night life à Coco Banderos Cays.

 

08 pirogue

 

09 pirogue

Pêcheurs à Coco Bandero Cays.

 

10 El Diablo

Village El Diablo. Les habitants refusent le mode de vie traditionnel. De nombreuses antennes paraboliques sont posées sur le toit des maisons. L’électricité est fournie par une usine bruyante. Mais l’aqueduc est en panne, ce qui impose d’aller chercher de l’eau en pirogue en amont de la rivière sur le continent.

 

11 El Diablo

Les voiles sont fabriquées dans les drapeaux des partis politiques.

 

12 mangrove

 

13 mangrove & palm trees

Le continent est bordé de mangrove, ce qui offre des environnements de mouillage exceptionnels.

 

14 Rio El Diablo

 

21 Rio El Diablo

Rio El Diablo. Il y a des crocodiles, mais qui ne sortent que la nuit !!

 

15 pirogue

Rio El Diablo. Jour de lessive et remorquage de pirogue.

 

 

16 El Diablo cemetery

El Diablo. Cimetière.

 

17 Ananas sauvage Rive du rio El Diablo. Ananas sauvage.

 

18 jungle

Rive du rio El Diablo. Jungle.

 

19 pirogue

 

20 pirogue

Rio El Diablo. Corvée d’eau.

 

22 Esnasdup

Esnasdup

23 Vivanneau

Vivaneaux au fond d’un cayuco.

24 East Lemon cayes

Le kuna qui habite sur cette ile artificielle possède un téléphone portable. Les navigateurs sont invités à s’arrêter pour lui permettre de le recharger.

 

 

 

 

 

 

Pour un régime de bananes

Petite Martinique - Grenade

Petite Martinique – Grenade

A Mindelo début Décembre, les voileux étaient concentrés sur un objectif : la Transat avec un grand Té. Arrivés aux Antilles, les voiliers s’éparpillent, certains pensent déjà au voyage retour par les Açores à partir du printemps, d’autres commencent une longue oscillation Nord-Sud d’une île à l’autre avant de devenir bateau ventouse comme à Hogg Island – Grenada  (Jacques notre coach historique nous avait bien prévenu: «on devient cossard aux Antilles » et c’est bien vrai) et les autres, obstinés continuent la route vers l’Ouest. Nous en faisons partie. En toute simplicité et sans grandiloquence aucune, les écrits qui suivent sont probablement les derniers d’Atlantique avant longtemps.

Après deux mois de remontée de l’arc des Antilles, de Tobago à la Guadeloupe, « Yo! », amarré à la Marina Bas du Fort de Pointe à Pitre s’apprête à traverser la mer des Caraïbes vers Panama au cours de la première quinzaine de Mars franchissant la dernière porte avant le Pacifique. Un arc de cercle amène tout point équidistant du centre (Panama en l’occurrence). Une fois prise la décision de traverser la mer des Caraïbes d’une traite, le point de départ est indifférent, alors pourquoi pas la Gwada ?

Pourquoi passer si peu de temps aux Antilles ? Une question pour une réponse : « Si vous aviez deux mois à allouer, entre les Antilles et la Polynésie que choisiriez-vous ? ». Nous avons fait le choix de la Polynésie, quitte à ne pas passer dans toutes les îles de l’arc mais s’attarder dans quelques-unes pour essayer de dégager une unité de la culture créole ou les particularités de chacune des îles. Tâche difficile, très difficile. Cette difficulté ne tient pas à la tentation de déguster les rhums originaux produits localement, depuis le rhum de Trinidad à 70° (imbuvable en dehors de rhums arrangés) au Soca Rhum de Portsmouth – Dominica bien meilleur après macération de quelques feuilles de poivre (recette de Felix http://www.youtube.com/watch?v=dmyVfoitaIc )

Jack Sparrow: Why is the rum always gone ?

Jack Sparrow: Why is the rum always gone ?

Lorsque taquinés, très vite certains habitants des Antilles brandissent leur passé d’esclaves et de déplacés. Encore une fois, « It began in Africa », mais ici le refus de la culture Anglo-Saxonne s’exprime par l’identification à Bob Marley et au mythique Negus ou Rastafari. Et l’Afrique reste en Afrique. Que ce soit à la Petite Martinique (Grenade), à Chatham Bay sur Union Island (St Vincent et les Grenadines), Saltwhistle Bay sur Mayreau Island (St Vincent et les Grenadines), à Portsmouth (Dominique), nous ne comptons pas les portraits du musicien ou les reproductions de l’album Uprising, les drapeaux représentant le lion d’Ethiopie et même les portraits d’Hailé Sélassié. Un artisan nous dit : «achetez plutôt ce collier fait avec des graines d’ici, celui-ci est fait avec des graines du Ghana, mais moi je ne suis pas Africain, je suis de la Dominique ! ». 3 lion in zion Les yeux rivés sur l’Ethiopie pour le passé, sur la Jamaïque pour le futur, laquelle draine les étudiants de la région bien plus que Cuba ou Puerto Rico. Mais au-delà de cette identification et revendication pacifiste, l’identité Rasta est extrêmement vaporeuse, juste assez pour s’y draper sans en être encombré. En dehors de Tobago et de la Dominique (où les Rastas sont bien réels), leurs congénères d’îles « développées » ne sont là que pour le folklore touristique et trainent désœuvrés un joint à la main : « Ganja Mon ? I grow my own ». D’ailleurs, quelle surprise de découvrir que plus personne ici n’écoute de Reggae mais un mélange de soupe pop Américaine des années 80 et de rap un peu plus récent mais peu convaincant.

Indian River - Dominique

Indian River – Dominique

Initié par les Portugais dans les années 1550, l’esclavage a été aboli en 1848 en France, une quinzaine d’année auparavant en Grande Bretagne. Alors pourquoi 160 ans plus tard, cet argument est-il encore utilisé ? Est-ce la récente décolonisation de ces îles par les Anglais et donc l’indépendance politique –sinon économique- des îles, ou le statut de Départements d’Outre-Mer de la Martinique et de la Guadeloupe qui vise à maintenir un statuquo de revendications à surtout ne jamais satisfaire ? Est-ce l’ampleur du traumatisme – 300 ans –  soit 15 à 20 générations dont les individus trop contestataires ont été impitoyablement éliminés, pression sélective ancrée dans l’inné ou l’acquis ? Il est malaisé d’ouvrir ces débats hormis en petit comité alors nous vous laisserons avec vos idées sur le sujet, prêts à recevoir vos points de vue. [Sur un plan culinaire, l’abolition de l’esclavage conduisit à l’importation d’une main d’œuvre de substitution étrangère et volontaire principalement du sous-continent Indien, d’où les nombreux curry et colombo qui constituent des piliers de la cuisine Créole]. Très clairement, la colonisation prend aujourd’hui une toute autre tournure, globalisée et pernicieuse dans laquelle la traditionnelle ségrégation Blancs/Noirs se trouve de facto renforcée et remplacée par un clivage bien plus conventionnel Riches/Pauvres.

La remontée Sud>Nord de l’arc en témoigne :

Trinidad et Tobago (T&T): indépendantes et autonomes économiquement mais soumises à la règle.  Tobago ruinée après le passage du cyclone IVAN en 2004 qui avait dévasté l’ensemble des plantations s’est ‘spontanément’ placée sous la férule de Trinidad laquelle bénéficie de belles richesses gazières et pétrolières ; le gouvernement central a alors demandé à la population d’arrêter l’agriculture  et de se recycler à l’industrie du tourisme (cela renifle le plan quinquennal à mille lieux). Ainsi, rien n’est produit sur place et tous les produits sont importés de Trinidad ou du Brésil, alors que la population reste nonchalante,  faisant semblant de ne s’apercevoir de rien.

Charlotteville - Tobago

Charlotteville – Tobago

Grenada ainsi que Saint Vincent et les Grenadines sont la chasse gardée des Américains, Sainte Lucie des Anglais : ici les gigantesques Caraïbes Cruisers (on a encore revu quelques Costa dont un sous l’eau depuis 1961) déversent leur lot d’obèses ou névrosées sur le front de mer avec pour consigne de surtout ne pas s’égarer dans les rues de derrière peu sures, ou de ne pas franchir les limites du marché aux épices, là les yachts immatriculés à Nassau attendent leur équipage sans aucune redistribution économique puisque la marina est administrée par Camper & Nicholsons International, compagnie Anglaise du secteur du yachting de luxe. Aucune rentabilité produite par les équipements touristiques n’est réinvestie dans les îles, immédiatement siphonnée  vers les Etats Unis, l’Europe ou, bien plus efficace,  les paradis fiscaux tout proches. Les seuls investisseurs locaux sont immanquablement liés au pouvoir politique (hôtel propriété de la fille de l’ancien premier ministre à Bequia où l’omniprésence du touriste Américain est presque insupportable).

Pourtant l’intervention des Etats Unis à Grenada en 1983 a laissé un sentiment de haine antiaméricaniste au sein de la population. La démonstration de force lancée par Reagan basée sur le « syndrome du Vietnam »  a eu lieu alors que les Etats Unis craignaient la déstabilisation de la région Caraïbes par la création d’un nouvel Etat Communiste soutenu par Cuba. Le rapport de force est disproportionné : 12000 marines contre 1000 représentants des forces locales renforcées par 900 Cubains. La victoire est facile, en dépit des nombreux transports de troupes échoués sur les récifs (bravo l’US Navy). L’occupation par 300 membres des forces Américaines durera 2 ans.

Comment ne pas être choqué par cette structure économique où la dépendance est savamment organisée : supermarchés remplis de produits Américains ou vitrines à touristes à des prix au-delà des capacités d’achat des locaux et marchés populaires vides ; il est symptomatique que la monnaie locale (l’Eastern Carbibean $) soit à parité fixe avec l’US $.

Clfton – Union Island – Saint Vincent et les Grenadines

Clfton – Union Island – Saint Vincent et les Grenadines

Sir James Mitchell a gouverné St Vincent et les Grenadines pendant 19 ans jusqu’en 2001. Son pays était alors fortement dépendant de l’exportation de bananes. Il a beaucoup œuvré pour la protection de son marché en Europe. Le ministre de l’agriculture Français de l’époque, de retour de croisière lui a donné le conseil suivant : «il y a plus d’avenir dans le développement du tourisme nautique de luxe dans votre pays que dans le marché de la banane en Europe ». (In : St Vincent & the Grenadines The Ungovernable – Sir James Mitchell).  L’argent des retraités Nord-Américains ou Européens, ne faisant que transiter dans les structures ad-hoc de défaisance, force est de constater que le tourisme est loin d’apporter la richesse nécessaire au développement économique du pays ce qui  conduit le gouvernement actuel à diversifier ses alliances (Bolivie, Venezuela, Cuba, Canada, Japon, Chine..) en vue d’obtenir des apports capitalistiques… un jeu dangereux, il faut une grande cuillère pour déjeuner avec Belzébuth…

Pour nous, petits joueurs dans ce monde de brutes, les symptômes sont irritants et dérangeants. Dans les Tobago Cays (St Vincent et les Grenadines), LE récif des Antilles, présent sur toute affiche publicitaire, LE lieu de SA lune de miel ou de vermeil, par 30 nœuds de vent, les catamarans de location à la semaine enchaînent erreurs sur erreurs, comportements irresponsables et dangereux, les pêcheurs sollicitent avec insistance les voiliers au mouillage pour qu’ils achètent un poisson au prix du marché Victor Hugo à Toulouse, les pauvres tortues « sanctuarisées » n’osent même plus jouer à la bête à deux dos (faut les comprendre, s’envoyer en l’air au milieu de trente clampins qui vous observent à travers leur masques/tubas…). Ailleurs, c’est la triste constatation que les prix sont duaux, locaux et touristes, que la couleur de la peau nous range automatiquement dans une catégorie…

Chatham bay – Union Island – Saint Vincent et les Grenadines

Chatham bay – Union Island – Saint Vincent et les Grenadines

Mais peut-on en vouloir à ces gens exclus du système de se battre pour une part du gâteau et leur existence future ? Un bon « deal » avec un touriste rapporte davantage qu’une journée de pêche à l’ancienne, pourquoi s’embêter ? Est-ce raisonnable encore une fois de sacrifier des territoires entiers pour la récréation de la classe moyenne mondiale ? Comment peut-on l’inscrire dans les perspectives démographiques qui annoncent pour la planète 3 milliards d’individus appartenant à la classe moyenne en 2020, s’ils désirent tous nager avec les tortues des Tobago Cays ou pique-niquer sur Morpion Island ?

Morpion Island – Saint Vincent et les Grenadines

Morpion Island – Saint Vincent et les Grenadines

L’arc des Antilles vit sous la menace de l’effondrement économique de l’encombrant partenaire et  voisin : le Venezuela. Champion de la révolution Bolivarienne Chavez a signé en 2005 un accord de coopération pétrolière avec 13 pays des Caraïbes. Dans le cadre de l’alliance Petrocaribe, le Venezuela fournit à ses partenaires du pétrole à des tarifs préférentiels et des conditions de paiement très, très différées. Seuls Trinidad et Tobago lui aussi producteur de pétrole et de gaz et la Barbade n’ont pas paraphé l’accord. Les économies fragiles des autres pays dépourvus de ressources dépendent largement des largesses d’ « El Commandante » depuis décédé et dont le successeur est actuellement largement contesté.

N’en déplaise à JL Mélenchon, à l’écoute des revendications d’une population privée des produits de nécessité (le Venezuela importe presque tout et ces importations dépendent du contrôle des changes soumis à des autorisations discrétionnaires qui favorisent les combines),  subissant une inflation record (+ 56% en 2013), un endettement qui frôle les 200 milliards de $ soit plus de 200% du PIB ce qui devient gênant,  une censure et une insécurité croissante (21 600 homicides en 2012), le Venezuela ne semble pas être « un phare pour les citoyens de la vraie gauche et un exemple pour l’humanité », même si le Chavisme a permis de réduire le niveau de pauvreté, de diminuer le nombre d’analphabètes et de mettre en place un système de retraite et de santé. Un ajustement du prix du baril au coût de production, envisagé comme mesure de redressement de l’économie introduirait alors un facteur d’instabilité probablement insurmontable pour les îles les plus vulnérables. Ce scénario est sans compter le rôle de Cuba qui semble aujourd’hui avoir des difficultés à se projeter dans l’après castrisme.

D’aucun auront noté que le Venezuela a été contraint en Janvier  d’émettre des bons du trésor pour financer ses importations de biens de première nécessité, pour les non-initiés, les caisses sont vides et les créanciers ne vont pas tarder à demander des comptes.

A tort ou à raison, l’imminence de la déflagration n’effraie que peu les habitants du Sud de l’arc des Antilles que nous avons rencontré, les sujets d’irritation liés au Venezuela concernent plutôt les trafics :

  • essence de contrebande obtenue 1c/l  (oui, oui 1 centime d’euro par litre, le prix local au Venezuela et ce depuis la nuit des temps car le sous-sol appartient au peuple, c’est bien connu  [de ce prix découle une intensité énergétique similaire à celle de la France pour ne rien produire… tout est importé au Venezuela… même l’essence qui pour ¼ de la consommation est importée des Etats-Unis alors que le Venez a les plus importantes réserves mondiales d’or noir] ) et revendue par des marins louches 0.5$/l soit une marge de 5 000 % de quoi rémunérer bien des intermédiaires…
  • cocaïne (crack) qui viendrait contester la suprématie de la ganja
  • armes fournies par la Russie qui inondent la région.
Venezuela – Cuba : Deux drapeaux, une seule révolution

Venezuela – Cuba : Deux drapeaux, une seule révolution

Plus au Nord, encore un étrange groupe, Martinique – Dominique – Guadeloupe. Deux Françaises qui encadrent une ancienne Anglaise. Les deux nations se sont affrontées de longues années pour le contrôle de la Dominique jusqu’en 1978, où elle devint une république au sein du Commonwealth. Etrange erreur de nos stratèges de ne pas chercher à l’intégrer dans le giron de la France !

Commençons par la Dominique, le pays des arcs en ciel, si vous le voulez bien. Indépendante et sans support, ni des voisins, ni du Commonwealth, la Dominique vendit sa voix à l’ONU à la Chine (abandon de la reconnaissance de Taiwan) contre quelques écoles, une route et un barrage. Une grande partie du business de l’île est désormais tenu par des représentants de l’Empire du Milieu qui achètent de la terre, du sable etc, tout comme ailleurs. Autre investisseur notable, le Maroc (construction de resort par exemple – surprenant n’est-il pas ?)  dont on imagine la justification dans une simplification de la chaîne logistique d’approvisionnement Européenne en cocaïne (bypass de l’Afrique de l’Ouest et de la remontée via des GoFast de la Mauritanie et du Sahara Occidental – relire le post du Cap Vert si besoin).

En contrepartie de ces manœuvres de « haute phynance », la conscience politique et la revendication d’indépendance et de liberté des personnes rencontrées sont très fortes. Les petites gens grognent, comme toujours, racontent, en petit comité des histoires de corruption et de pillage, une autre vision de la même réalité sous-jacente. A coquin, coquin et demi, certains attendent avec impatience la faillite de la société d’investissement Marocaine afin de pouvoir cannibaliser le bâtiment au trois quart fini ; seul un Allemand trouve grâce à leurs yeux, ils en parlent encore avec des larmes dans le sourire, ce dernier, connaissant la musique, avait, le sagouin, figé les encadrements des fenêtres dans le béton des murs… impossible à chouraver… la rage.

Portsmouth - Dominique

Portsmouth – Dominique

Une très belle expérience à Portsmouth, Nord-Ouest de la Dominique à travers PAYS (Portsmouth Association for Yachts Security).  Il s’agit d’une organisation communautaire, une des rares qu’il nous ait été donner d’observer (à l’inverse du Cap Vert) qui prend en charge l’accueil des voiliers dans la baie depuis l’aide au mouillage sur ancre ou sur coffre, l’accompagnement en barque lors de la visite de l’Indian River, le taxi, la lessive, l’aide à la maintenance des bateaux et surtout la surveillance contre la malveillance. Ces taches sont effectuées par une dizaine de marins sur des barques hors-bords : Spaghetti, Charlie, Cobra, Sea Bird, Lawrence of Arabia, Albert… Les fonds sont redistribués équitablement au sein de la communauté. Les renégats sont impitoyablement exclus et privés de moyens de subsistance évidents. Nous en avons rencontré un seul qui lors de son exclusion a travesti le nom de son bateau : MACA sur bâbord et RONI à tribord. Le financement de l’organisation est assuré par un diner deux soirs par semaine auquel la majorité des plaisanciers participent, cruisers ou charters plus, bien évidemment, les rétributions standardisées.

Indian River - Dominique

Indian River – Dominique

Quelques heures de navigation, un nième chenal pour changer de monde, l’archipel des Saintes, au Sud de la Guadeloupe, un côté Breton disent les guides nautiques, on restera réservé sur cet aspect : mouillage forain interdit, prise de coffre obligatoire, comme un air de pays. Inutile de s’attarder, d’autant que nous avons un programme de travaux chargé en préparation de la prochaine étape. Pointe à Pitre devient notre base pour quinze jours.

On découvre vite fait, Haute Terre (comprendre l’île qui est au vent mais en fait la plus basse) : concentration d’hôtels et d’activités touristiques, Basse Terre (celle qui est sous le vent mais en fait la plus haute grâce à la Soufrière), un peu sauvage et torturée. Entre les deux, Pointe à Pitre, cité désolée, pourrie par le crack, les hommes du GIGN y patrouillent en déguisement de RoboCop.

La difficulté à trouver du poisson frais et le conseil de Tonio et Maïté pour faire le marché : « vérifiez la provenance des fruits et légumes et privilégiez la production de la Dominique », mettent le pifomètre en branle – on cherche un peu, on se documente, et là patatras, encore un coup des producteurs de banane… 11 fleurs de bananier Pesticide destiné à éradiquer les charançons et augmenter la production de banane, la Chlordécone (également nommé Képone) a été interdite aux Etats-Unis en 1976, la licence cédée à une société Brésilienne avec changement de nom, interdite dans la communauté Européenne en 1990 avec une dérogation « banane » jusqu’en 1993 pour les DOM…. et une utilisation avérée en Martinique/Guadeloupe jusqu’en 2005 En bref, la molécule de Chlordécone a une grande stabilité naturelle (>3 000 ans), perturbateur endocrinien et neurotoxique, tout comme le nuage de Tchernobyl, elle ne passe pas les barrières phytosanitaires mises en place par les autorités, on croit rêver. Vingt ans plus tard, on trouve dans les Antilles Françaises des taux élevés de troubles du développement, de prématurité, de cancers de la prostate (la Guadeloupe en détient le triste record mondial en pourcentage), etc…

Le Sud de Basse Terre est complètement pollué : par ruissellement (il pleut pas mal dans les Antilles), les terres sont lavées de leur Chlordécone qui est entrainée vers les jardins potagers (toutes les racines de production locale sont désormais considérées comme à risque par les autorités), puis une étape plus loin, la molécule est entrainée sur l’estran et se fixe dans la vase rendant les mollusques (lambis) et poissons impropres à  la consommation. Les arrêtés préfectoraux en juillet 2013 ont redéfinis les zones interdites à la pêche et mettent en place des indemnisations.Difficile de croire que les locaux s’abstiennent de cultiver leur jardin ainsi que de sortir avec leur bateau de pêche… les produits sont simplement vendus « discrètement », surtout pas à des étrangers qui pourraient être des représentants de la force publique – ironie suprême,  confronté à un refus de vente, le touriste blanc s’insurge contre cette nouvelle forme de racisme.

L’argument selon lequel la relation directe entre la mise en danger de la santé publique et la pulvérisation massive de pesticide n’était pas clairement établie a été utilisé pour justifier de continuer à utiliser le produit afin de protéger les 270 000 tonnes de bananes annuelle et surtout le portefeuille bien rempli des Békés. => On ne peut pas le démontrer DONC cela n’est pas possible                 FAUX

Pub dans le Monde du 25 Février 2013

Pub dans le Monde du 25 Février 2013

Cette triste histoire de banane offre néanmoins une occasion de présenter le révérend Tom dont les travaux au 18ème  siècle fournissent une clé de lecture intéressante des phénomènes et éclairent nos processus de décision individuels ou collectifs. Le révérend Thomas Bayes ministre du culte presbytérien est né en Angleterre en 1701 ou 1702. Il est censé avoir mené une vie paisible de célibataire studieux, comme souvent à cette époque (on peut en douter à voir le célibat marqué de Lewis Carroll), et publie de son vivant «La Bienveillance divine, ou une tentative de preuve que la fin première de la Providence divine et du Gouvernement est le Bonheur de ses créatures », tout un programme. A sa mort, son vieux pote Richard Price soutient la publication en 1763 d’un texte posthume « Essai en vue de résoudre un problème de la doctrine des sciences » qui pose ce qu’il est désormais convenu d’appeler le théorème de Bayes.

Ce théorème redécouvert en 1774 par le Marquis de Laplace – lequel fût le premier à prévoir les mouvements de planètes et insistait lourdement auprès de Napoléon Bonaparte sur le fait qu’il n’avait nullement besoin d’invoquer Dieu pour ce faire – ce théorème donc dit de Bayes correspond à une équation d’apprentissage statistique dont les applications très larges dépassent le cadre des mathématiques. On l’utilise dès que l’information disponible est limitée ou bien difficile à rassembler. Rien d’étonnant à ce que l’industrie pharmaceutique (développement de molécules) et les big-oils (prospection pétrolière) en soient friands et figurent parmi les utilisateurs intensifs après que les mathématiciens dans les années 1980 aient reconnus des fondements « sains » à l‘approche. Il faut noter également que la nouvelle économie avec les perspectives de gigantesques bases de données à traiter (Data Mining) constitue un champ d’application fabuleux pour une méthode capable d’apprentissage.

Pour les moins matheux d’entre nous :

Le théorème de Bayes prend en compte la vraisemblance d’un événement conjointement à sa probabilité d’occurrence. Il s’agit d’un raisonnement inverse où l’on cherche à déterminer la probabilité (vraisemblance) d’une hypothèse compte tenu d’un ensemble d’observations: si l’on connait les conséquences d’une cause (ou d’un ensemble de causes), l’observation des effets produits permet de remonter aux causes probables.

Pour les autres :

Le théorème de Bayes prend l’aspect d’une petite, toute petite formule qui permet d’évaluer la pertinence de ce que l’on croit savoir – une hypothèse (H) –  à l’aune de l’information apportée par une observation (O).

On appelle :

– P(O) et P(H) les probabilités respectives de H et O

– P(O|H) la probabilité de O sachant H : si l’hypothèse H est vraie alors on devrait observer O avec une certaine probabilité

– P(H|O) la probabilité de H sachant O, résultat de la formule de Bayes constitue une mesure de la pertinence de l’hypothèse H ayant observé O – ceci permettra de classer les différentes hypothèses possibles en vue de déterminer la plus vraisemblable (et non pas la plus probable).

La formule de Bayes s’écrit ainsi : 13 Bayes 1 Dans les probabilités classiques, on cherche à résoudre les problèmes directs : étant donné une urne avec 6 balles blanches et 4 noires, quelle est la probabilité de tirer 3 noires.

Le problème que résout Bayes concerne l’inversion du raisonnement : étant donné un tirage, que peut‐on dire sur le contenu de l’urne ? Autrement dit, quelle est la probabilité des tirages suivants? Par exemple, pour une urne dont on ne sait rien :

  • cinq tirages successifs d’une boule blanche conduisent à une vraisemblance  FORTE d’un sixième tirage blanc sans qu’il soit possible de prouver que l’urne ne contienne pas de boule rose ou bleue…. ou verte.
  • quatre tirages successifs d’une boule blanche suivis d’une cinquième noire conduisent à une vraisemblance un peu moins forte de blanc et une vraisemblance faible de noir On voit bien dans un tel contexte la capacité d’apprentissage à l’œuvre.

Pour aider un peu, un exemple emprunté à Stanislas Dehaene (professeur de Neuro Sciences): Un jeune patient rend visite à son médecin en Novembre parce qu’il tousse (O). Trois hypothèses:

  • H1=il a la grippe.
  • H2=il a un cancer du poumon
  • H3=il a une gastro‐entérite

Théorème de Bayes: p(H|O) = p(O|H) *  p(H) / p(O) En l’occurrence, p(O)= 1 car le patient tousse, c’est un fait. Bayes 2 Conclusion : le patient à la grippe.

Cet exemple reste simple car il y a alignement entre la probabilité et la vraisemblance de l’évènement. Mais concernant des phénomènes plus complexes, l’application du théorème de Bayes devient subtile.  Dans la pratique (et reprenant en cela une vieille idée de Turing), on travaille plutôt sur des logarithmes qui caractérisent l’évidence (mesurée en déciban tout comme le bruit en décibel), en fait une mesure de la vraisemblance d’une hypothèse par rapport aux autres.

Quelques champs d’application originaux :

  • ce n’est plus un secret que la résolution des messages cryptés de la machine Enigma lors de la seconde guerre mondiale par Alan Turing reposait sur une application judicieuse du théorème de Bayes (ceci étant, Turing fut grandement remercié pour sa contribution sous forme de castration chimique – l’homosexualité affichée dans les années cinquante n’était pas bien vue chez nos cousins grand-bretons),
  • les sciences cognitives commencent à percevoir le cerveau, tant du point de vue de l’apprentissage (capacité d’inférence Bayésiennes avérées chez l’enfant de huit mois), de la perception (capacité de notre système nerveux à ne nous donner « à voir » qu’une seule représentation du monde à un instant donné), que du point de vue de vieux débats (genre inné-acquis) comme reposant en grande partie sur des modes Bayésiens de traitement de l’information,
  • la recherche du lieu de crash de l’AF 447 (mais en fait, la quasi-totalité des systèmes de recherche fonctionnent sur les mêmes principes),
  • et même Henri Poincaré, en charge d’une énième expertise du fameux bordereau dans le cadre du procès en réhabilitation de Dreyfus, utilisa dans ses raisonnements (à l’inverse de ce plouc de Bertillon) ce que l’on pourrait appeler une méthode Bayésienne.

Reste l’extension du théorème de Bayes qui nous intéresse spécifiquement et sur lequel nous souhaitons vos avis – par mail ou par commentaire sur le blog.

Nous avons sélectionné un certain nombre d’assertions, issues de Sciences dures ou molles, qui illustrent une absence de preuve (probabilité faible ou nulle) mais une vraisemblance forte basée sur des observations répétées ou bien l’inverse. Est-il valide d’utiliser une approche Bayésienne et si oui, quelle est votre conclusion ?

  1. le dérèglement climatique est d’origine anthropique : Probabilité faible et vraisemblance forte.
  2. dès 1935, l’Allemagne se prépare à envahir la France : Probabilité forte et vraisemblance (perçue par les gouvernements) faible.
  3. les pesticides sont responsables de la disparition des abeilles : Probabilité faible et vraisemblance forte [nous traiterons spécifiquement des Abeilles dans le prochain post]

Nous sommes également intéressés de vos propres exemples…

Dans l’attente de vous lire, avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Marina Bas du Fort – Pointe à Pitre – Guadeloupe

28 février 2014

www.yodyssey.com

En vert et damnation

« Live for the future – Long for the past », soit « Vis tourné vers le futur avec la nostalgie du passé », vu en tag sur un mur à Hillsborough sur l’ile de Carriacou au bord de la mer des Caraïbes.

Retour vers le futur, car cela fait un mois et demi que nous avons quitté le Cap Vert, un mois que nous explorons les West Indies.  La majorité des ancêtres de la population actuelle des Antilles a transité par l’archipel du Cap Vert, utilisé comme zone de stockage et de tri, car seuls les plus forts, ceux en meilleure santé et les plus dociles pouvaient survivre aux périodes d’attente avant la traversée.

Des dix îles qui constituent l’archipel, nous en avons visité quatre du groupe Barlaventos (au vent), délaissant les îles du Sud réputées pour leur volcanisme et donc impropres au mouillage. Chacune possède sa personnalité propre.

L’ilha do Sal, un rocher, du sable et du sel, est coupée en deux, le sud est réservé aux touristes, un aéroport moderne permet de charteriser à tout va sur les resorts et les belles plages. Le nord revendique son statut « No stress ».  Grand mouillage à Palmeira, le seul mouillage bien abrité en fait,  comme souvent dans ce genre d’endroit, navigateurs au long cours côtoient pêcheurs et cargos vraquiers ; les autorités sont peu pressées d’honorer leurs obligations administratives, un samedi qui plus est, c’est donc l’occasion d’aller faire un tour à Espargos (afin de faire les formalités d’immigration à l’aéroport), capitale de l’ile où le poisson acquis âprement à l’arrivée des bateaux à Palmeira est revendu au détail dans des bassines au coin des rues.

Atterrissage Cap Vert

Atterrissage Cap Vert

Le mouillage de Tarrafal sur l’ile de Sao Nicolau nous a abrités quelques jours. C’est une ile montagneuse et donc humide. Riche par la récolte de fruits, légumes et canne à sucre, elle est pourtant restée à l’écart de tout développement économique. Au 19eme siècle, elle est devenue le centre du rayonnement intellectuel et spirituel de l’archipel. C’est dans sa capitale Ribeira Brava que fut installé le séminaire du Cap Vert dans la maison du fils philanthrope du gouverneur de l’ile de retour de ses études de médecine en Europe. L’école attaché au séminaire a formé de nombreux iliens devenus prêtres ou fonctionnaires au Portugal.

Cette ville minuscule a ainsi servi de point de départ à l’évangélisation de l’Afrique de l’Ouest par le Portugal. Le séminaire a fermé lors de la séparation de l’Eglise et de l’Etat par décision de la nouvelle République démocratique du Portugal au début du 20eme siècle. Le bâtiment a été reconverti en centre d’accueil des déportés politiques portugais ce qui a fait fuir l’évêque à Sao Vicente.

2 The mission - 3 -  L'église

Nous étions ignorants de ces faits et pourtant c’est auprès de la communauté religieuse de l’ile que nous avons choisi de réaliser notre « mission ». En retour de services rendus, un médecin ami nous avait confié 4 caisses de médicaments destinées à être remises là où il y en aurait le plus besoin. Des médicaments de base plus quelques « bombes atomiques » parfois bien difficiles à trouver.

Ce fût, incidemment, l’occasion de se renseigner en France avant de partir, sur le statut des médicaments ‘périmés’.  Et bien, ce n’est guère brillant :

–          tous les médicaments ont une date de péremption, celle-ci n’est pas forcément liée à un vieillissement des molécules mais à une logique de renouvellement des stocks,

–          les pharmaciens et les laboratoires refusent de discuter de la stabilité des molécules au-delà de la période d’utilisation – clairement certaines deviennent juste moins efficaces (comme les antibio), d’autres ne bougent pas (comme le sulfate de morphine) certaines peuvent se dégrader (comme les béta-bloquants) – cette information n’est simplement pas disponible,

–          les médicaments périmés (en Europe) doivent être détruits, il est hors de question de les trier et expédier dans des endroits où le besoin est fort  sous l’argument massue : en cas de pépin les laboratoires ne peuvent pas assumer cette responsabilité (lire, il faut bien maintenir les marges bénéficiaires dans les pays pauvres),

–          de sorte que l’une après l’autre, les associations qui se faisaient un plaisir, un enjeu, de livrer quelques médicaments d’utilité ont mis la clef sous la porte, menace de procès etc….

The mission : après leur avoir fait traverser une partie de l’océan, distribuer au mieux quatre caisses de médicaments.

Nous avons agi avec la prudence du raton laveur ; nos approches successives ont suscité l’intérêt de nombre d’individus, certains tibulaires, d’autres pas-tibulaires, tous offrant avec gentillesse de servir d’intermédiaires…. Plus perturbant, nous avons été mis en garde contre l’indélicatesse éventuelle de médecins et/ou infirmières et/ou pharmaciens locaux (« ils vont les revendre »).

Dans le village endormi de Tarrafal, nous avons trouvé un besoin apparent clairement établi mais sans les dérives associées aux grandes villes. Après réflexion, nous avons décidé d’approcher le prêtre en se disant que, sans être fondamentalement désintéressé, nous pouvions lui faire le crédit d’un zeste de sens moral. Cap sur l’église, il fallut revenir « mas tarde ». Douze heure trente, nous l’attrapons pendant le repas qu’il prend dans la salle commune du presbytère en compagnie (nous le découvrîmes plus tard) du bedeau, de son prédécesseur en semi-retraite et d’un fidèle d’origine italienne de bon aloi. Tout ce joli monde s’exprime dans un sabir étrange, mélange de Créoulo, Portugais, Espagnol, Italien, Français et une pointe d’Anglais (qui n’est pas dominant en l’occasion). Bref, on discute le bout de gras, l’intérêt est clair, les quatre en parlent entre eux (déjà nous sommes contents car aucun ne pourra se tirer avec les caisses sans que les autres ne surveillent) et nous disent pouvoir gérer le machin en faisant passer aux personnes dans le besoin soit en direct pour ce qui est simple, soit à travers leurs copines de bonnes-sœurs qui tiennent un dispensaire ; ils sont aux anges, la classe pour des religieux, hi, hi. Ce serait mieux de ne pas traverser la ville avec nos caisses, rendez-vous est pris pour le lendemain matin 9h avec le bedeau qui viendra nous chercher en voiture au bord de la plage et effectuera le transport terrestre. Chose dite, chose faite, sidération des locaux au vu de ce transbordement exotique via l’annexe sur le plateau arrière d’un 4×4 immaculé (conception de son prénom), étonnement de voir deux « arrivado » avec de si importantes relations, etc… bref, nous avons bien ri.

transbordement

transbordement

Nous avions passé un long moment à trier le contenu des caisses afin d’isoler dans une les machins un peu lourds (Ixprim, Cortisone etc…) et bien repéré celle-ci. Instructions passées au Padre (et bien comprises) de ne pas jouer avec cette caisse sans avis médical. Partage du café avec le bedeau et le prêtre retraité, barbiche blanche et physique sang-mêlé indien, on découvre l’organisation des communautés Capucines au Cap Vert, les parcours des uns, des autres…. puis bye-bye…

Baie de Mindelo

Baie de Mindelo

Qu’ont en commun la Somalie, l’Erythrée, le Soudan, le Tchad, le Niger, le Mali, le Sénégal, la Mauritanie et le Cap Vert ? Tous ces pays africains se situent sur le 15eme parallèle, route des caravanes trans-saharienne depuis les temps bibliques et nouvelle désignation de la route du trafic de cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Europe.

Quel est le point commun entre le Ghana et le Cap Vert ? Ces deux pays sont des success story économiques du continent Africain avec un haut taux d’alphabétisation, un revenu par tête relativement élevé et des indicateurs de santé satisfaisants, et en même temps de plus en plus empêtrés dans la corruption liée au trafic.

L’Europe représente le second marché mondial pour la cocaïne à 36 milliards de $/an, juste derrière les US à 40 M$/an. Depuis le début des années 2000, le marché US diminue (répression) et les routes à travers le Mexique deviennent plus difficiles, le marché Européen a ainsi été développé, profitant de la route Vénézuélienne et du statut « ouvert » des Antilles Françaises et Néerlandaises – corrélation forte avec les taux de criminalité dans le milieu des années 2000. Mêmes causes produisant mêmes effets, l’Europe mettant en place des moyens permettant de limiter ce trafic via les Antilles, le passage se fait par l’Afrique de l’Ouest où s’effectue une partie du blanchiment (d’où les économies en apparence florissantes), puis transit via le Sahara jusqu’au Nord Marocain et le Sud de l’Espagne… partie gagnée. La communauté Européenne ne s’avouant pas vaincue réfléchit à accorder au Cap Vert un statut spécial de membre de l’Union – encore un avant poste…

5 Mindelo bar

On nous avait décrit Mindelo, capitale de l’ile Sao Vicente comme douce à vivre avec les langueurs de saudade popularisée par Cesaria Evora s’échappant des bars et quelques relents de ganja. Ce n’est pas ce que nous avons trouvé. Certes, les rastas ne guettent plus le chaland et subsiste un magnifique marché aux poissons mais la ville semble avoir perdu son âme : la dope y est bien pour quelque chose, yeux tête d’épingle, tension, ville sécurisée sur le périmètre portuaire, au-delà, frontière immatérielle à ne pas franchir, dans certaines baies désertes de l’ile, une vedette bien motorisée vient expliquer que c’est une réserve et qu’on ne peut pas rester, ou bien le fils ainé reste pudique sur les sources de financement de son 4×4 rutilant…

Fish market Mindelo

Fish market Mindelo

Enfin, l’ile de Santo Antao en face de Mindelo, une forteresse rocheuse perdue dans les nuages, inaccessible. Le plus simple est de prendre le ferry (lorsqu’il n’est pas en panne ou en réparation, sinon le transfert s’effectue en bateau de pêche sur lequel chacun est libre de vérifier la concordance entre le nombre de gilets de sauvetage et de passagers) et de traverser en crabe (effet venturi oblige) le chenal en une heure environ.

Alors que l’Allemagne a subventionné Sao Vicente, la France Sao Nicolau, le Luxembourg s’est chargé de Santo Antao. Le ferry atterri à Porto Novo  qui est effectivement de béton tout neuf avec une surprenante gare maritime (et même des escalators – on croit rêver). Plus haut dans la montagne nous trouverons l’illustration d’un des dilemmes auxquels sont confrontés les organismes d’aides (souvenez-vous de Jean Daniel Rainhorn –Accroissement des inégalités –qui affirmait clairement  que l’aide à destination d’Haïti avait été inutile voire contre-productive si l’on intègre le choléra amené par un militaire des Nations Unies). En 1997, dans un village accroché sur un piton et entouré de cultures en restanques , à 40 minutes à pied de Ponta do Sol, le Luxembourg amène de l’argent et implante au centre du village un ‘centre sanitaire’, remplaçant la traditionnelle fontaine par une installation en dur avec lavoir, toilettes, douches etc… 15 ans plus tard… la place du village qui avait été bétonnée pour les besoins de la cause est vide, une nouvelle fontaine avec de l’eau courante tirée du ruisseau sert de lieu de rendez-vous, on pisse en aval et le ‘centre sanitaire’ est désaffecté…

Utilisation fonds Européens

Utilisation fonds Européens

Les vallées profondes (Ribeiras) du Nord-Est bordées de forêts de pins (replantés grâce aux fonds luxembourgeois pour compenser la déforestation mais négligeant le fait que les aiguilles, si elles favorisent la récupération d’eau, par leur acidité empêchent la formation d’humus indispensable à la diversité de la flore), d’eucalyptus ou de mimosas sont historiquement cultivées et habités.  Le Sud-Ouest est perdu, sauvage, il est recommandé d’y aller avec prudence.

Ribeira de Paul

Ribeira de Paul

A l’arrivée du ferry, un aluguer (taxi) nous dépose à Villa das Pombas à l’entrée de la Ribeira do Paul que nous remontons jusqu’au village de Manuel dos Santos à l’a pic du cratère « Cova Paul » (prononcer Pa-oul).

Le lendemain, 500 mètres de dénivelé à grimper par un chemin de mule – mais pavé, construit par des générations d’esclaves aux ordres des colons juifs-portugais d’abord (virés du continent à l’époque de l’Inquisition) puis portugais dès lors que la rentabilité du trafic d’esclave a été suffisamment bien établie – au milieu des plants de cannes à sucre, des papayers, manguiers, caféiers, bananiers, haricots, courges, cresson. Au détour du chemin qui tournicote, grimpe le long de la paroi verticale, des petites vieilles hilares proposent un verre de grogue, la principale production et consommée presque en totalité sur l’ile, un grand père nous raconte qu’il a travaillé sur le port de Rotterdam et qu’au printemps, il prend l’avion pour New York voir sa fille. Maintenant nous savons qui sont ces voyageurs que l’on rencontre dans les grands aéroports internationaux si différents  des touristes dépenaillés et des hommes d’affaires stressés : des visiteurs. Les calculs varient mais il semble que la communauté expatriée du Cap vert soit plus importante que la population de l’archipel, le principal pays d’accueil étant les USA. L’argent reversé au pays (remittance) représente 20 % du PNB.

la verticale est vraiment verticale...

la verticale est vraiment verticale…

Le chemin grimpe, grimpe, traverse les nuages et soudain s’ouvre sur le cratère : grand soleil, calme, verdoyant, des vaches dont les cloches tintinnabulent, on se croirait dans les alpages. Nous sommes à 1 400 mètres d’altitude, en dehors du temps.

10 Cratère

Le tour du cratère fait environ 3km, au bout du bout, il n’y a rien, ou plutôt le vide qui s’enquille dans la Ribeira del Torre, la vallée d’à côté. La descente sur le flanc Nord-Est est à proprement parler vertigineuse à travers les nuages et des paysages incroyables. On aperçoit le petit village de Rasa Curto (quelques maisons posées sur une arête rocheuse), le rocher de Torre, la vallée qui se poursuit en pente dure sur XõXõ (prononcer Chu Chu) puis serpente en pente douce jusqu’à la mer où se trouve la plus grande ville de l’île Ribeira Grande.

tout simple

tout simple

Quelques kilomètres à l’Ouest, se trouve la station balnéaire de Ponta do Sol avec ses structures en béton d’hôtel abandonnées et sa piste d’aéroport désaffectée. En réalité, le développement s’est arrêté et ne subsiste que l’activité de pêche et quelques restaurants à touristes. La mer est tellement dure à cet endroit que sur chaque barque, un pêcheur est chargé de guetter l’état de la mer et d’indiquer l’instant le plus propice pour passer la barre à l’entrée du port. Le poisson est ultérieurement vendu au marché par les femmes, à un prix convenu, chacune sa spécialité (mérou, chinchard, thon), les profits (y compris ceux résultant de la vente de sacs plastiques) sont mis en commun. A l’extérieur de la ville nous tombons sur une nouvelle illustration de cette économie communautaire : installation de stockage de cochons (porcherie collective d’un point de vue infrastructure globale mais individuelle dans l’allocation des cellules de confinement des porcins).

on notera en petit sur la pointe, l'HLM à cochon..

on notera en petit sur la pointe, l’HLM à cochon..

Véritable forteresse par ses falaises noires, l’ile de Santo Antao n’est pas tournée vers la mer. Ses habitants sont résolument terriens et sédentaires. Ils semblent vivre reclus dans leur village, sans télévision, sans internet et sans téléphone mobile (le contraire de l’Afrique de l’Ouest) et ne se déplacent que peu. Les routes étroites sont peu fréquentées alors qu’en Ethiopie, pays de pèlerins et de nomades qui a engendré de nombreux marathoniens, la vie est au bord de la route. La route de la Corde qui traverse l’ile du Nord au Sud et emprunte la crête de Delgadim est abandonnée au profit de la nouvelle route goudronnée, plus large qui longe la côte, ce qui rend encore plus prégnant l’isolement des villages perchés.

13 Fontainhas 2

La seule voie de développement entrevue par les politiques et les locaux est le tourisme. Pourtant rarement ailleurs, le degré d’investissement des sociétés étrangères ou d’implication de la population ne nous a paru aussi faible. L’absence de réalité est aberrante,  comme si on souhaitait créer une bulle spéculative au bout du monde. Tous les prix sont déconnectés du niveau de revenus des locaux et élevés pour les touristes, du kilo de tomate à la parcelle de terrain en ville en passant par le plat de poisson ou la course en taxi, comme si on cherchait à créer deux niveaux d’économie tout en espérant tondre les touristes sans offre aucune avant qu’ils ne deviennent trop nombreux .

Mindelo 12 décembre 12 heures 12 minutes, les voileux arpentent les pontons, y aller ou pas, discussions en boucle, la météo inhabituelle, les auspices, etc.? To Go or Not To Go ? Pour nous, ce sera simple, let’s go to bago, ha, ha…  Vous connaissez la suite.

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Bequia – Saint Vincent et les Grenadines

31 Janvier 2014

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To Go or To Bago, that is the question

Quelques mots rapides et nos meilleurs vœux pour cette année 2014, qu’elle vous apporte joie et douceur de vivre.

Vendredi 27 décembre 2013 tombée du jour, sommes mouillés par 20 mètres de fond à Man of War Bay –Charlotteville – Tobago 11°N19.8 – 60°W33.4.

Man of War Bay

Man of War Bay

Charlotteville

Charlotteville

Que d'eau, que d'eau

Que d’eau, que d’eau

Ca y est, on l’a fait ! On a traversé l’Atlantique !

L’arbitrage du départ ayant été contraint par la présence intrusive du vendredi 13 dans le planning (pas vraiment superstitieux, mais enfin d’aucun ont entendu parler du pari de Pascal), amarres larguées le jeudi 12, 14h. La navigation s’est effectuée sur quinze jours (et 6 heures pour être précis), un total de 2 300 miles parcourus pour une route optimale (orthodromie) de 2  100nm soit 200 nm de trop (bords de largue pour suivre le vent ou bien fuite lorsque la brafougne montait). Cette navigation pourrait être qualifiée de velue compte tenu des conditions avec une rafale ayant tiltée les 51 noeuds mais surtout des vents moyens aux alentours de 30 nœuds et de la grosse zoule. En bref, pas pour les petites filles.

Route Yo!  12-27 Décembre 2013

Route Yo! 12-27 Décembre 2013

Des ciels magnifiques, des grains magistraux, des trombes d’eaux, des baleines etc… et même le père Noël qui nous rendit visite, nous sommes prêts à recommencer.

Environ 1000 voiliers traversent tous les ans, soit 5000 personnes (proxy d’un équipage moyen), sur une durée de vie « utile » de 20 à 70 ans, cela représente 50 ans d’opportunités pour un individu d’où une estimation du nombre de transateux de 250 à 300 000 dans la population Européenne – 0.1% de la population, un club très fermé (Nicolas aurait même dit à Carla que celui qui, a 50 ans, n’a pas fait la transat est….)

Ce post intermédiaire (le révérend Tom ainsi que le Cap Vert sont pour Janvier, si, si promis) afin de présenter en avant-première dans le cadre de notre Chaire d’Ethnologie Nautique, les premiers résultats relatifs à la fin du mythe de la Transat :

1 – En Atlantique, il y a toujours du vent. FAUX.

Nous avons assisté à Mindelo au détour de nombre d’équipages du rally de l’Arc épuisés et écœurés, à sec de gasoil et de bière après une semaine de pétole noire pour venir des Canaries. La palme revenant à un catamaran qui a chargé avant de partir aux Antilles 4 énormes futs de 220 litres de gasoil sur la plage arrière. En fait l’anticyclone des Açores est allé se faire une virée dans la zone rouge de Hamburg pendant quinze jours fin Novembre d’où la panique sur les régimes de vent généralement bien établis.

2 – Les alizés du Père Noel, cléments, s’établissent en décembre aux alentours de force 5 à 6. FAUX.

Notre traversée s’est effectué  force 7 et rafales à 8.

3 – Pendant la Transat on a le temps de lire, réfléchir, regarder les étoiles. FAUX.

Nous, équipage réduit, nous n’avons pas eu une minute. L’emploi du temps de la première semaine s’est résumé au 3B : Bouffe/Barre/Banette.

4 – La Transat, c’est l’occasion de s’initier ou se perfectionner à la navigation astronomique. FAUX.

Comment fait-on pour faire descendre le soleil sur l’horizon dans des creux de 3 à 4 mètres ?

5 – Au petit matin on trouve des poissons volants partout sur le pont. FAUX.

Nous en avons ramassé très peu. Il faut dire que, compte tenu des creux et du vent, les pauvres bêtes peinaient à décoller, s’écrasant lamentablement (produisant de délicats « plouic ») sur la coque avant même que de parvenir à franchir le franc-bord. Par contre, nous avons failli ramasser  une baleine magistrale d’une dizaine de mètres, aïe, aïe,  en fait cette dernière est venue sauter à plusieurs reprises à la verticale devant nous, un spectacle magique.

6 – Il est recommandé de ne pas charger de régime de bananes, car elles murissent toutes en même temps. FAUX.

Notre avitaillement en comportait une douzaine. Elles n’ont jamais muries. Peut-être avons-nous été trop rapides ?

4 Avit

7 – Pendant la Transat, la ration protéique est assurée par la pêche de daurades coryphènes que l’on est assuré d’attraper. FAUX.

Nous n’avons eu aucune envie de mettre une ligne ; compte tenu de l’état de la mer il aurait été impossible de remonter la bête.

8 – Pendant la Transat, on ne rencontre jamais personne. La nuit on peut mettre le pilote et aller se coucher. FAUX.

Nous nous sommes trouvés en route de collision avec un cargo et avons dû nous dérouter. Nous avons proposé par radio une bouteille de vin français à un navire militaire Américain qui a poliment refusé et observé un sous-marin venu faire surface le soir de Noël.

5 Big ship

9 – Comme Samantha Davies, on barre en maillot de bain et comme dans la pub OBAO, on se douche sous les grains. FAUX.

6 Grain 1

Pendant des jours nous n’avons pas quitté les cirés et pendant quatre heures de suite à enchainer les grains, franchement on est suffisamment rincés.  Au passage, il est bon de noter que nous avons expérimenté une typologie particulière de grain (par rapport à la terminologie conventionnelle de précipitant ou non précipitant), les maléfiques : il s’agit en l’occurrence d’un grain très large, sec, et lourd, le vent vire de 90° dans un sens ou l’autre en forcissant de 10/15 noeuds avant de tomber à zéro (laissant une mer croisée) puis de revenir subitement lorsqu’on commence enfin à se dire que c’est fini… et hop cela repart pour un tour…  irritant.

7 Grain 2

10 – On a beaucoup aimé. On s’est régalé. VRAI.

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Charlotteville – Tobago

30 Décembre 2013

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Montagnes célestes

0 Montagne Celeste

Avant de partir vers le nouveau monde, Christophe Colomb  avait l’habitude de faire une ultime escale à la Goméra, avant-dernière île à l’Ouest de l’Archipel des Canaries. On imagine très bien les trois caravelles se balancer langoureusement dans l’abri naturel du port de San Sebastian alors que les vents dans le chenal entre les îles de la Goméra et de Tenerife sont renforcés d’une dizaine de nœuds. La légende dit qu’il profita des faveurs de la veuve du gouverneur. On raconte surtout qu’elle lui donna de l’eau, du bois et des fromages de chèvre qui se sont gardés jusqu’à Hispaniola (Saint Domingue-Haïti de nos jours) et des petits cochons noirs dont on imagine aisément les descendants peupler une certaine baie au sud de Cuba.

Aujourd’hui le tribut des autochtones au seul héros de l’île est visible à travers les quelques boutiques d’inspiration cubaine ou andine, nombre de paysans ayant immigré en Amérique du Sud au début du XXe siècle. L’île en échappant à la surexploitation touristique commune à ses voisines est très douce à vivre.

1 Hermigua

Elle respire au rythme des débarquements de ferrys 4 à 5 fois par jour pour des visites à la journée. Les routes en lacet découragent les parcours en voiture. La température diminue d’un degré tous les 100 mètres et le point culminant est à 1 400m. C’est un nain comparé au Pico del Tiede sur l’île de Tenerife, le plus haut sommet d’Espagne, couvert de neige en hiver et que l’on aperçoit au loin.

Sur les sentiers du Parc Garajonay, une des dernières forêts de Laurasilva (forêt humide de lauriers rescapée du Tertiaire).

Laurasylva - Rasta Tree

Laurasylva – Rasta Tree

Puis les nuages s’amusent à découvrir lentement les vallées que l’on prend un instant, culture en restanque oblige, pour un reflet d’Asie.

Parfums d'Asie

Parfums d’Asie

Mais ici, il ne s’agit que de quelques terrasses qui mélangent la culture de bananiers, de palmiers, de choux ou de cresson.

4 jardin

Dans les jardins poussent des oiseaux de paradis et des hortensias, une flore mixte favorisée par la pluie horizontale qui s’accroche aux sommets et ruisselle partout sur l’île.

Pluie (mouillée) horizontale

Pluie (mouillée) horizontale

Cache Cache

Cache Cache

Une île si tranquille que nous décidons d’y rester 3 semaines ; en fait le choix est un peu contraint par Pôle Emploi qui insiste lourdement pour une présence physique lors d’un entretien sans intérêt en vue de conclure « nous ne pouvons faire grand-chose pour vous ». Le système de protection sociale est étrangement conçu, couplant des allocations généreuses (à l’aune de la majorité des pays), des prélèvements en vue de le financer extrêmement élevés, une performance ridiculement basse en ce qui concerne le recasement des individus et une lourdeur administrative kafkaïenne pour le non-initié. Le système est étrange dans la mesure ou sur une tranche d’âge de 800 000 personnes, il n’y a vraiment de travail que pour 5 ou 600 000, d’où le stockage tampon des individus dans des formations longues permettant de bénéficier de bourses (dévoiement du concept d’éducation au profit d’une garantie ‘cachée’ de minimum vital) jusqu’à ce que l’on puisse enfin enclencher, à 25 ans, les systèmes de minima sociaux et ainsi ne plus devenir ‘visible’ pour la société, rasant les murs, taxé de ‘profiteur’… tout cela comme si les aspirations de la majeure partie des individus n’étaient pas une vie simple, un logement décent, un boulot permettant de faire vivre une petite famille sans trop d’inquiétude. Des problématiques similaires apparaissent dans les ruches où des abeilles hyperactives s’emparent, au fil de l’eau, de toutes les tâches, ne laissant rien à faire à leurs ‘collègues’ plus lentes ; à la disparition des hyperactives, les lentes reprennent le travail sans souci comblant le vide.  La principale différence réside dans le fait que lentes ou hyperactives, les abeilles participent de la même organisation sociale et accèdent de manière similaire aux produits de la ruche ; à l’inverse, notre espèce s’échine à maintenir des systèmes de castes multiples et divers, reléguant sans pitié ceux qui ne peuvent courir assez vite (n’ont pas de Rolex à 50 ans) dans les limbes d’un assistanat humiliant. Il n’est que temps de débattre de l’opportunité de déconnecter rémunération et activité.

La contrainte Pol donne l’occasion d’effectuer un voyage éclair en France, drôle et ironique manière d’aller pointer si ce n’était si triste, d’ajouter quelques pièces indispensables dans les coffres et d’évaluer notre niveau de préparation pour la Transat prévue avant la fin de l’année. « Yo ! » n’a jamais côtoyé autant de bateaux de grand voyage, dont 3 Ovnis. Le port de La Goméra est un lieu de passage très fréquenté sur la route vers l’Ouest, moins contraignant ou tape à l’œil que les grandes marinas d’Arrecife ou de Las Palmas qui rassemblent les bateaux inscrits au rallyes de l’ARC (Atlantic Rallye for Cruisers). Ces rallyes ont été initiés par Jimmy Cornel, ponte de la Grande Croisière. Ils offrent un sentiment de sécurité aux bateaux présents : pré-réservation dans les marinas au départ et à l’arrivée, audit technique, suivi par balise, formation, veille météo, networking et évènements sociaux. Trois départs regroupant près de 200 voiliers sont prévus d’ici fin Novembre, ce qui permet d’assurer une arrivé à Rodney Bay (Saint Lucie) ou au Marin (Martinique) avant Noël, avec une option d’escale à Mindelo dans l’archipel du Cap Vert.

Un relevé de statistiques d’ouragans depuis une vingtaine d’année récupéré sur le site www.cyclonextreme.com, le départ retardé du départ de la mini transat pour cause de tempêtes continues sur le Golfe de Gascogne depuis un mois et la violence du typhon Haiyan nous incite à réfléchir (à nouveau) sur la cyclogenèse.

Dans l’Atlantique Nord, les cyclones se forment pour la plupart au large des îles du Cap Vert, puis se déplacent relativement lentement à la vitesse de 5 à 15 nœuds vers l’Ouest. Ils de développent à  partir de perturbations qui prennent naissance dans le pot au noir (ZICT). Les conditions de formation sont assez strictes :

–          La température de la mer doit être supérieure à 26° sur au moins 60 mètres d’épaisseur (la couche d’Ekman).

–          Une forte humidité et une instabilité sont nécessaires à la formation des cumulonimbus (ok proximité du Pot au noir).

–          La force de Coriolis doit être suffisamment importante pour amplifier le mouvement tourbillonnaire (la ZICT doit s’élever au-dessus de l’équateur de manière significative).

–          Il ne doit pas y avoir de contraste trop important entre les vent de basse et de haute altitude qui empêcherait la formation de la colonne d’air chaud nécessaire à l’amplification du phénomène.

Une énorme masse nuageuse d’un diamètre moyen de 500 km, parfois jusqu’à 1000 km, organisée en bandes spiralées convergeant vers un anneau central au centre duquel se trouve l’œil, d’une épaisseur de plusieurs kilomètres de diamètre et jusqu’à 15km d’altitude avec des vents atteignant les 300 km/h (en rafales) et des pluies souvent diluviennes. Au final une puissance équivalente à plusieurs bombes atomiques par seconde se déplaçant sur l’océan à une vitesse comprise en général entre 0 et 20 km/h. ll peut être ainsi comparé à une énorme cheminée, aspirant à la base de grandes quantités d’air chaud et humide et les rejetant en altitude, bref une sorte de machine à vapeur infernale qui se déplace vers l’Ouest avant de bifurquer selon une trajectoire parabolique vers le pôle de son hémisphère.

Historique de trajectoires cycloniques dans les vingt années précédentes

Historique de trajectoires cycloniques dans les vingt années précédentes

La saison en Atlantique Nord se situe entre Juin et Novembre. En moyenne (arrondi), on a observé 9 systèmes dont 2 ouragans de 1985 à 1994, 14 systèmes dont 4 ouragans de 1995 à 2004 et 17 systèmes dont 8 ouragans entre 2005 et 2012. D’aucun estimeront que l’origine anthropique du réchauffement climatique est encore à prouver… notre piffomètre cependant crie Achtung !!! Nous en reparlerons la fois prochaine, l’occasion de s’amuser avec la théorie Bayesienne du révérend Père Tom.

Les systèmes sont repérés (et prénommés alternativement fille ou garçon) lorsque les vents sont supérieurs à 33 nœuds. Les ouragans présentent des vents supérieurs à 63 nœuds. Nous avons pour l’instant en 2013, 13 systèmes cycloniques dont 2 ouragans : Humberto et Ingrid – trajectoires ci-après.

8 Atlantique Nord 2013

Si les scientifiques agréent tous une élévation de la température des océans depuis 30 ans, cette variation n’est pas uniforme. Elle est cette année anormalement élevée dans le Pacifique, ce qui pourrait expliquer une augmentation du nombre et de la violence des phénomènes dans cette région compensée par une légère tendance à la baisse dans l’Atlantique. De plus, le nombre varie avec l’état global de l’atmosphère ainsi que les conséquences des effets amplificateurs et/ou modérateurs résultant des phénomènes d’oscillation océanographique type El Nino/La Niña (chaud/froid) à la Noël sur la côte Ouest de l’Amérique du Sud. Il semble qu’aucun impact ne soit sensible en 2013, année neutre, pourtant le treize…..

En tout cas,  nous espérons que Nestor ne pointera pas le bout de son nez au milieu de la flotte de l’ARC qui vient de s’élancer alors que la fin de la saison des cyclones n’a pas encore été annoncée (en principe fin novembre) et que les alizés ne sont pas clairement établis (plutôt à partir de décembre).

Il est permis de remarquer, que Christophe Colomb a eu de la chance. Et si le temps de ses traversées, une vingtaine de jours ne sont pas ridicules si l’on compare la physionomie des caravelles à celle de nos barques, il les a réalisées en plein dans la saison des cyclones en totale ignorance.

Ce qui est sûr, c’est qu’il ne disposait d’aucun outil de veille météorologique, qui constitue le premier moyen de prévention. C’est dans cette optique –et aussi pour dire à nos parents que tout va bien-  que nous avons choisi d’investir dans un téléphone satellitaire avec pour fonction : de téléphoner (1€ la minute, aïe, aïe), de communiquer par SMS, d’envoyer et de recevoir des mails (format texte et sans pièces jointes volumineuses). Forts de l’expérience en Mer Rouge (Iridium vs Turaya), nous estimions que le paramétrage serait simple et rapide. Dans les faits, nous avons passé des jours à explorer les arcanes des protocoles de communication, égarés entre les ISP et les services de messagerie packagés tels gmail, free, hotmail pour découvrir que depuis 5 ans le monde s’était durci et que, sous de fallacieux  prétextes de garantie d’une meilleure sécurité, les infos relatives aux grandes oreilles ne relevaient pas uniquement de la théorie de la conspiration. Sinon, comment expliquer que pour envoyer un message de quelques kilo octets, on en échange jusqu’à 20 fois plus à travers des processus d’authentification et de contrôle tout en multipliant les temps de communication et les risques de déconnexion ? Afin de revenir à des temps de réponse raisonnables, il existe un moyen autre que l’acquisition d’un serveur privé (just do it) : il suffit de passer par un prestataire qui commercialise un service garantissant les échanges de mail rapides et sécurisés à travers un protocole d’identification simple. Il suffit donc de payer un abonnement et d’accepter la dépendance à un tiers ! C’est fait. Ça marche.

Un des charmes de la navigation à la voile est la complexité, l’imprévisibilité et la diversité des domaines à explorer, des plus poétiques au plus prosaïques. Et c’est souvent sur ces derniers sujets que l’équipage doit faire preuve de son plus grand sang-froid et se montrer le plus créatif : pourquoi est-ce à l’entrée d’un port inconnu, la nuit avec des rafales à 35 nœuds et un ferry en train de manœuvrer, que le circuit de refroidissement eau de mer du moteur ne s’amorce pas ? Question immédiate : Combien de temps le moteur peut-il tourner sans refroidissement eau de mer avant de s’abimer irrémédiablement ?

Une fois arrimé sans dégât dans la marina et suivant les recommandations de notre auditeur favori, le capitaine s’est plongé dans de mystérieux calculs d’enthalpie (évaluation de l’énergie d’un système thermodynamique) et nous avons fait un REX (Retour d’EXpérience. Ouarf ! Ouarf !). Conclusion : l’élévation en température du moteur est estimée à 5 degrés par minute. Il peut donc tourner 10 minutes sans risques démesurés, s’il n’avait pas tourné préalablement et était donc froid.

Yo!

Yo!

Les escales sont aussi l’occasion d’échanger sur l’intérêt d’un stock de pâté Hénaf, d’un filet à fruit suspendu au portique ou de la quantité indispensable de citrons verts pour lutter contre le scorbut lors de la Transat. C’est surtout l’occasion de raconter des histoires. Celle du navigateur au bateau customisé qui va tellement vite qu’il fait 18 nœuds même au port. Ou l’échange capté par vhf de nuit sur le canal 16 entre un voilier de 34 pieds (parlant Français) et un cargo dont l’homme de quart, Philippin semble-t-il,  dans un pidgin approximatif affirme que : « Oui, oui, il a bien vu le petit voilier qui est en route de collision avec lui et qu’il va se dérouter. ». Et alors de vérifier que tout un chacun connait le canular de la flotte américaine et des gardiens du phare de la pointe de Galice et leur canari, pour mémoire ci-après.

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété,

Stéphanie / Christophe

Ilha Sao Nicolau – Tarrafal

28 Novembre 2013

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La petite histoire pour rire :

Galiciens (bruit de fond) : Ici le A-853 merci de bien vouloir dévier votre trajectoire de 15 degrés au sud pour éviter d’entrer en collision avec nous. Vous arrivez directement sur nous à une distance de 25 milles nautiques.

Américains (bruit de fond) : Nous vous recommandons de dévier vous-même votre trajectoire de 15 degrés nord pour éviter la collision.

Galiciens : Négatif ! Nous répétons : déviez votre trajectoire de 15 degrés sud pour éviter la collision.

Américains (une voix différente de la précédente) : Ici le capitaine ! Le capitaine d’un navire des Etats-Unis d’Amérique. Nous insistons, déviez votre trajectoire de 15 degrés pour éviter la collision.

Galiciens : Négatif ! Nous ne pensons pas que cette alternative puisse convenir. Nous vous suggérons donc de dévier votre trajectoire de 15 degrés pour éviter la collision.

Américains (voix irritée) : Ici le capitaine Richard Jones Howard, au commandement du porte-avion “USS LINCOLN” de la marine des Etats-Unis d’Amérique, le second plus gros navire de guerre de la flotte américaine ! Nous sommes escortés par deux cuirassés, six destroyers, cinq croiseurs, quatre sous-marins et de nombreuses embarcations d’appui. Nous nous dirigeons vers les eaux du Golfe Persique pour préparer des manœuvres militaires en prévision d’une éventuelle offensive Irakienne. Nous ne vous suggérons pas, nous vous ordonnons de dévier votre route de 15 degrés nord ! Dans le cas contraire, nous nous verrions obligé de prendre les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité de cette flotte de de la force de cette coalition. Vous appartenez à un pays allié membre de l’OTAN et de cette coalition. S’il vous plait, obéissez immédiatement et sortez de notre trajectoire.

Galiciens : C’est Juan Manuel Sales Alcántora qui vous parle. Nous sommes deux personnes, nous sommes escortés par notre chien, par notre bouffe, deux bières et un canari qui est actuellement en train de dormir. Nous avons l’appui de la radio de la Corogne et du canal 106 ‘urgences maritimes’. Nous ne nous dirigeons nulle part, dans la mesure où nous vous parlons depuis la terre ferme… Nous sommes dans le phare A-853, au Finistère de la côte de Galice. Nous n’avons pas la moindre putain d’idée de la position que nous occupons au classement des phares espagnols. Vous pouvez prendre toutes les mesures que vous considérez opportunes car nous vous laissons le putain de soin de garantir la sécurité de votre flotte de merde qui va se ramasser la gueule contre les rochers ! C’est pour cela que nous insistons à nouveau et vous rappelons que le mieux à faire, le plus logique et le plus raisonnable serait que vous déviiez votre trajectoire de 15 degrés sud pour éviter de nous rentrer dedans !

Américains :Bien reçu. Merci ….

Au dessous du volcan

0 Manrique

Déboulée sur Lanzarote par un petit « force 5/6 Beaufort » bien enlevé, tentative de mouillage à Arrecife (à éviter, fond de mauvaise tenue), et voilà « Yo! » amarré dans la marina de Puerto Calero sur l’île de Lanzarote dans l’archipel des Canaries. Notre premier trajet dans l’Atlantique aura duré 12 jours avec une escale imprévue de 4 jours à Mohammedia, quelques miles au nord de Casablanca, histoire de ressortir babouches, voiles et fichus….

Le 24 septembre nous avons franchi les colonnes d’Hercule, la limite pour le monde antique du monde connu. Hercule aurait séparé les collines de ses mains créant ainsi le détroit. Les deux colonnes symbolisent le lien entre la Terre et l’Océan. Le mont Calpe de l’Antiquité correspond à l’actuel rocher de Gibraltar. Sur la rive sud, le mont Abyla des anciens est le Djebel Moussa, situé au Maroc près de Ceuta
C’est exactement entre les colonnes d’Hercule que passe le « premier parallèle », sorte d’équateur des régions tempérées maitrisées par les savants antiques. A la sortie du détroit et baignant dans les eaux de l’océan Atlantique se trouvent les deux villes antiques de Gades (Cadix en Espagne) et Lixus (Larache au Maroc). Ces deux villes déterminent une ligne Nord/sud, sorte de méridien qui constituait alors la limite occidentale de la terre habitée, l’Ecoumène. Ces deux lignes imaginaires se croisent aux environs de Tanger. Les 3 sites correspondent à trois exploits relatés dans la légende d’Hercule : à Lixus, Hercule s’empare des pommes d’or des Hespérides, à Tanger il soulève le géant Antée et à Gades, enlève les bœufs de Géryon.
Les Grecs plaçaient au-delà de la limite occidentale du monde connu et des travaux du héros, les puissances terribles comme les Gorgones, le géant Atlas ou l’Île des Bienheureux où séjournent éternellement les morts, île placée au niveau du Cap Vert par Ptolémée.
Christophe Colomb premier navigateur à vouloir rejoindre « le Levant par le Ponant » – comme nous – est quant à lui parti des environs de Cadiz.


Dans nos atlas modernes, la frontière imaginaire entre la Mer Méditerranée et l’Océan Atlantique est tracée entre le cap Trafalgar à l’Ouest de Gibraltar et le cap Espartel, à l’Ouest de Tanger. Son franchissement est l’occasion de fêter l’entrée de « Yo! » en Atlantique et d’ouvrir la bouteille de champagne « Atlantique » prévue par Vincent :

Vince ce héros

Vince ce héros

Alors, nous prenons des relèvements tout en louvoyant entre les cargos du rail sortant et ceux du rail entrant, attendons patiemment d’avoir le phare du Cap Espartel par le 165° pour réputer le franchissement.

2 Détroit

C’est long, celui-ci se fait attendre. Heureusement la prise de conscience subite que la déclinaison magnétique de + 5° nous est favorable permet d’anticiper l’évènement : Ca y est! Nous sommes dans l’Atlantique! Vive l’inconnu! A nous la longue houle! Fini l’absence de vent, fini la météo inconstante de la Méditerranée! Enfin!

En fait, ça ne s’est pas du tout passé comme prévu. Partis précipitamment de Gibraltar pour échapper aux dépressions qui s’abattaient sur les côtes Portugaises et risquaient de verrouiller le détroit pendant 15 jours, nous avons longé les côtes Marocaines dans une absence de vent type pétole molle, puis nous sommes retrouvés contraints à relâcher à Mohammedia afin de nous abriter de la queue d’une dépression chargée de pluie qui a même inondé Marrakech, c’est dire.


La marina de Casablanca, dont les travaux de réfection ont débuté en 2000 est opérationnelle depuis 2005, euh, non pardon, 2010, euh, 2015….. de ce fait, le port de Mohammedia, est la seule marina Marocaine Atlantique hors Agadir ; c’est un bel exemple de mixité : protégé de la houle du Sud-Ouest par une immense digue, un terminal pétrolier construit dans les années 70 pour LA raffinerie Marocaine, côtoie un port de pêche vrombissant qui abrite dans un coin une minuscule marina.

3 Rencontres des trois types

Accueil simple et très sympa. Nous nous sommes régalés d’observer les va et vient des uns et des autres à l’abri de la grande digue dans la plus grande indifférence. Nous nous sommes également régalés de partager les sardines grillées dans la rue avec les familles du tout Casa qui descendent à la plage le dimanche après-midi, tout comme de faire la « closing-party » du roof top du restaurant Le Port avec la jet-set locale. Une bonne occasion d’observer un Islam tolérant où des femmes voilées et coquettes sont attablées avec des femmes en t-shirt et où l’alcool coule à flot. Pourtant, l’Islam est omniprésent, comme en témoigne la grande mosquée de Casablanca construite sous le règne et les directives du roi Hassan II. Erigée en partie sur la mer, elle comporte le minaret le plus haut du monde.
La monarchie, son rôle, ses objectifs, beaucoup de discussions intéressantes. Le Janus du changement, la position de la femme est parmi les plus libérées du Maghreb, les cellules familiales se délitent. Excellent niveau d’éducation, peu d’activités offertes, il ne reste que l’expatriation.

4 L'heure de la prière

S’en suit une lente descente des côtes marocaines, de longues nuits au large de Safi puis d’Essaouira à guetter les bateaux de pêcheurs éclairés ou non, aux mouvements erratiques, assurément et des moments à méditer sur la phrase attribuée à Aristote (?) : il y a trois sortes de gens, les vivants, les morts et ceux qui vont en mer.
Dans le pilote des Iles de l’Atlantique Nord, un des dangers signalés concerne le heurt de « cayucos » qui auraient chavirés incognito. L’archipel des Canaries est situé à moins de 100 miles des côtes marocaines et la situation politique trouble du Sahara Occidental attise la tentation de migrants qui vont rejoindre les camps de réfugiés de Fuerteventura ou de Tenerife, espérant passer en Europe.

L’Espagne s’est retirée du Sahara Occidental en 1976 et estime que depuis, sa responsabilité n’est plus engagée. Considérant que le processus de décolonisation du Sahara Occidental n’est pas achevé l’ONU a placé ce territoire sur la liste des territoires non autonomes, sans administration.
Depuis 2003, le Maroc et la République Arabe Sahraoui Démocratique (RASD) se considèrent chacune puissance administrante, l’Union Africaine reconnait le RASD, de ce fait le Maroc se trouve à être le seul pays Africain qui ne fasse pas parti de l’Union. Le Maroc souhaiterait intégrer le Sahara Occidental dans ses provinces du Sud, ce qui semble constituer un élément de stabilité politique au sein de la population Marocaine et a l’aval des puissances du « Monde Libre » pour lequel le front indépendantiste Polisario est perçu comme un outil de l’Algérie (cherchant à se garantir un accès à l’Atlantique et aux ressources naturelles). Le spectre d’un lien entre les jihadistes d’AQMI et les Sahraouis est également présent. Le référendum d’auto-détermination revendiqué par le RASD et l’Algérie n’a pu être mis en place depuis 1988, c’est si difficile.
En attendant, Les zones de contrôle du Maroc (80% du territoire) et du Polisario sont séparées par un mur de sable de 2500 km construit en plusieurs étapes par les Marocains dans les années 1980. La zone sous contrôle marocain se trouve à l’ouest du mur, la zone sous contrôle du Polisario à l’est.

The Saharaoui Wall

The Saharaoui Wall

Les perspectives économiques éclairent les enjeux. Le Maroc (en incluant le Sahara Occidental off course) détient la plus grande réserve de phosphates du monde et la production de primeurs sous serre connait un fort développement….

Maintenant que la Grèce, en dépit de son passé Homérique est tombée, le rôle de gardien des marches de l’Empire est dévolu à l’Italie (cf Lampedusa) et à l’Espagne (cf Melilla, Ceuta et les Canaries). Le Maroc tient également sa place dans ce dispositif, zone tampon que l’on veut bien utiliser mais pas intégrer, tout comme la Turquie que l’on aime mais dont on ne veut pas. Nul doute que l’Empire ne soutienne les deux filles de l’Eglise dans cette mission de protection contre les barbares ; cependant ses ressources étant massivement allouées :
– au profit de la satisfaction des moindres désirs d’une petite minorité qui roule dans de belles voitures, habite de charmants appartements, se nourrit de mets très fins (langues de rossignols farcies à la graisse d’urus dans Astérix – civelles et foie gras truffé de nos jours)…
– au contrôle des pulsions et à l’assouvissement du besoin infini de sécurité de l’écrasante majorité, suite ininterrompue de coupes du monde, de championnats, saturation de biens culturels et débats frelatés autour du thème récurrent de l’autre cet inconnu que l’on préfère exiler ou pudiquement recouvrir d’une cape d’invisibilité, perspective d’augmentation continue d’espérance de vie…
Ces ressources donc, tendent à se réduire, conduisant à ne plus pouvoir tenir le « Limes ».
En effet, durant la période de croissance de l’Empire, des grandes découvertes à la fin des trente glorieuses, les comportements de prédation permirent d’alimenter l’expansion à moindre coût, razzia sur l’or noir (esclavage, pétrole) par exemple, ce n’est plus trop le cas désormais.
On imagine sans peine une suite tirée des livres d’histoire, en est-il d’autres ? Vos suggestions sont les bienvenues…

L'île aux 320 volcans

L’île aux 320 volcans

Quelques centaines de kilomètres à l’Ouest, les Canaries: un archipel volcanique, situé juste au-dessus du tropique ; l’île la plus Nord, Lanzarote dont on connait principalement les troupeaux d’Anglais en vacances et le roman homonyme de cet écrivain parisien dépressif, frustré et voyeuriste Houellebecq. Ce qui frappe d’emblée est l’aspect désertique et désolé de cette île basse d’où dépassent une multitude de cratères. Lanzarote est soumise aux alizés et au courant froid des Canaries qui adoucissent le climat plus que la latitude ne le laisse imaginer : les températures ne dépassent pas 25° sauf pendant les épisodes de Sirocco. Du fait de la faible altitude de l’île les vents de Nord-Est qui arrivent chargés d’humidité n’ont que peu de conséquences sur le niveau de précipitations inférieures à 200 mm et dont une grande partie s’écoule dans la mer sans être récupérée par aucune infrastructure hydrique hormis dans les zones cultivées.
De plus, le vent souffle presque constamment, ce qui favorise encore l’érosion des sols.

Flower power - un alternative

Flower power – une alternative

Ces conditions climatiques ont une grande influence sur les disponibilités en eau de l’île, à l’origine, quelques sources et puits. Aujourd’hui 100 % des ressources en eau douce proviennent de quelques barrages et surtout des usines de désalinisation. Ces installations rendent possible l’accueil massif de touristes à qui on propose spa, piscines, jardins, golf… Le prix de l’eau est aux environs de 0.60€/m3 pour les 10 premiers m3 puis grimpe aux alentours de 3 à 4€/m3 au-delà de 40m3 ou bien pour les usages récréatifs, il en résulte un autocontrôle important de la consommation. D’aucun ne pourront s’empêcher de mettre en regard le prix moyen pratiqué en France (3.4€/m3 en 2012 pour une consommation typique de 120m3…).
La végétation naturelle de l’île très pauvre, est directement liée à la géologie, aux types de sols et aux conditions climatiques. Mais on ne peut s’empêcher de chercher dans quelles mesures elle résulte aussi de l’action de l’homme.
Les premières occupations humaines remontent aux 3ème-2nd siècles avant JC, par des immigrants probablement d’origine berbère ; à l’issue de cette vague de colonisation, peu d’indication de contacts intra-îles ou bien avec le continent jusqu’à l’arrivée des Espagnols au XVe siècle. On retrouve aujourd’hui tous les signes cités par Jared Diamond (Effondrement – 2006) comme favorisant la désertification et aboutissant à une catastrophe écologique : déforestation pour permettre les cultures, introduction & élevage de chèvres et de moutons, utilisation du bois pour les fours à chaux et l’élaboration d’eau de vie de treille, introduction d’espèces végétales exotiques d’Amérique du Sud. Auxquels s’ajoute l’enlèvement de la population locale pour l’esclavage. La situation est déjà alarmante au XVIIe siècle. C’est alors que les « Montañas del Fuego » se sont réveillées. Les éruptions ont duré 6 ans entre 1730 et 1736. La dernière éruption a eu lieu en 1824. Au regard de la quantité de lave rejetée et de la durée de ces éruptions, celles-ci figurent parmi les éruptions les plus importantes de l’histoire du volcanisme. Elles ont recouvert de millions de m3 les terres les plus fertiles et de nombreux villages ont été ensevelis. Ce n’est que très lentement que la végétation s’est peu à peu reformée.

Lave toi et marche

Lave toi et marche

Puis, nouvelle phase de déforestation dès le milieu du 19ème siècle, afin de servir l’industrie naissante de la canne à sucre, du développement « industriel » résulta une augmentation sensible de la population ce qui couplé à une économie de subsistance ne laissa d’autre choix que d’allouer d’encore plus grandes surfaces à la culture de grain ce dès le début du 20ème. De cette époque datent les nombreux aménagements en terrasses, restanques etc retenant le sol et l’eau, que l’on voit du ciel.

9Restanques abandonnées

Dernière étape en date, les années 60-70, réorientation du modèle d’agriculture de subsistance au profit du tourisme et des services conduisant les habitants à abandonner leurs pratiques agricoles et par conséquence à arrêter d’entretenir les structures existantes de conservation du sol. L’érosion repartit de plus belle… on cite sur l’île voisine de Fuerteventura le réservoir de stockage d’eau de Las Peñitas, construit en 1943 et d’une capacité de 350 000m3. Il contient aujourd’hui 300 000m3 de boues.

10 Salin

Hormis quelques potagers qui bénéficient du goutte à goutte, la seule culture est la vigne qui produit le vin de Malvoisie. Chaque pied d’arbre à pinard est planté au cœur d’une cuvette de terre noire abritée du vent par un petit muret de pierres volcaniques. Celui-ci permet de récupérer la moindre goutte d’humidité nocturne.

Forêt d'arbres à pinard

Forêt d’arbres à pinard


Aujourd’hui l’île est exclusivement dépendante de l’activité touristique, ce qui accroit encore le stress sur l’environnement, malgré la déclaration par l’Unesco du parc de la Timanfaya comme réserve de biosphère et la défense du paysage traditionnel par l’artiste César Manrique interdisant tout panneau publicitaire sur l’île ou toute construction supérieure à 2 étages. Les visiteurs (plus de 100 000 par semaines en moyenne soit autant que de population locale) sont parqués dans des « resorts » blancs sur la côte Est et ne sortent qu’en bus pour aller visiter les volcans. Il faut dire que l’expérience d’un trek dans la mer de lave n’est pas pour les petites filles, bien plus extrême qu’une marche dans le Sahara. La soif, terrrrrrrrrrible….

Mer... de lave

Mer… de lave

13 MdL4

Sur le point de vous quitter, un rapide sondage, merci par avance de vos réponses car nous sommes perplexes :
La question est venue sur le tapis suite à la sortie du système solaire de Voyager 1 (après 35 ans de promenade ce qui nous laisse de la marge). La sonde fournit toutes les informations nécessaires à une éventuelle civilisation extra-terrestre afin de nous retrouver – y compris un enregistrement vocal de Jimmy Carter dont on aurait pu faire l’économie.
Au vu de la vitesse de développement de l’espèce humaine sur notre foutue planète – très lent dirons-nous jusqu’au moment où le grand éléphant blanc féconda la mère de Bouddha il y 2500 ans puis extrêmement rapide à tendance exponentielle, la période de « conscience technologique » de notre espèce est infiniment petite par rapport aux quatre milliards d’année d’existence de notre berceau.
Adoncques, les possibilités auxquelles Voyager 1 est confrontée sur son passage sont les suivantes :
a) il n’y a rien – probabilité forte – pas de conséquence
b) quelques formes de vie peu développées – probabilité faible – peu de conséquences à très court terme, fort intérêt scientifique
c) formes de vie dans une phase de développement similaire à la nôtre, c’est-à-dire aussi prédatrice – probabilité très faible – grosses conséquences, on va se faire croûter
d) formes de vie très développées ayant déjà connaissance de l’existence de notre planète/humanité – probabilité encore plus faible – un stage à Bugarach s’impose.

D’avoir configuré la sonde avec toutes les informations permettant de localiser notre planète revient à avoir établi un parcours fléché du genre « mange-moi », est-ce une si bonne idée que cela ? Votre avis nous intéresse.
[nous avons baptisée cette problématique du petit nom de « la blonde et les Touaregs » par référence à une hypothétique blonde perdue au cœur du Sahara et qui de nuit aperçoit un campement de Touaregs…. nous pensons qu’elle ne se précipitera pas pour demander son chemin]

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété.

Stéphanie / Christophe
Puerto Calero
22 Octobre 2013

Gigue à Gib

Depuis le 1er septembre, Yo! est amarré à la Marina Ocean Village de Gibraltar. Point final de l’étape méditerranéenne : 5 ans depuis le retour de Mer Rouge, un 31 Août à Canet – 1 mois de descente des côtes espagnoles en Août 2013 – un peu plus de 1000 nm.

Et un lieu d’atterrissage original.1 Rock

Le rocher continuellement couvert de nuages par vent d’Est et qui culmine à 426 mètres constitue un amer remarquable.  Il s’agit pour s’approcher de veiller aux heures de marée. Quitter Porto Duquesa  quatre heures avant la Pleine Mer à Gibraltar permet de bénéficier d’un courant portant, dans le cas contraire, c’est 1 à 2 nœuds de courant dans le nez, pas glop.  Le contournement de la pointe Europa s’effectue avec des rafales à 7 et au milieu d’une mer croisée vent contre courant dans tous les sens ; par contre le pilotage est très simplifié, il suffit d’aligner le phare, la mosquée Ibrahim al Ibrahim dite du gardien des mosquées saintes  – 5 millions de livres sterling par l’Arabie Saoudite en 2007 – et le sanctuaire catholique Notre Dame de l’Europe, dédié à la vierge depuis l’expulsion des maures en 1309 – statue couronnée à Rome en 2002 par Jean Paul 2 -.

Un des pères fondateurs de l’Amérique, un certain Benjamin Franklin, avait coutume de dire : « Les phares sont plus utiles que les Eglises », ici, c’est le phare ET les églises, on ne sait jamais…

2 Europa

Passé la pointe Europa, Yo ! vogue à l’ombre du rocher dans un immense golfe bordé au Nord par la raffinerie d’Algésiras et à l’Ouest par les énormes installations de containers (tout cela en en Espagne) et encombrée de gros, très gros bateaux au mouillage, bien plus dans la partie Anglaise, Gibraltar en effet bénéficie d’un statut de port franc, hors-taxe, les cargoes y font stockage temporaire le temps de se vendre au plus offrant.

3 top rock

Pour l’entrée de la Marina, point de balise, il suffit de suivre les avions en train de se poser sur la piste de l’aéroport qui sert de frontière avec l’Espagne. La Marina est juste au sud ! le mouillage au Nord et il est fortement recommandé d’éviter de mouiller dans l’axe…

La liste des territoires non autonomes établie par les Nations Unies contient 17 noms. Le seul territoire qui se trouve encore en Europe est Gibraltar. Situé à l’extrême sud de l’Espagne, Gibraltar dont la superficie inférieure à 7 km² est occupé par un immense rocher et peuplé de 30 000 habitants a le statut de territoire britannique d’outre-mer.

La frontière est de 1200 mètres. C’est la plus courte du monde. Elle est pourtant le lieu d’âpres discordes qui se sont envenimées cet été depuis que les autorités de Gibraltar ont jeté 70 blocs de béton  dans le but d’édifier un récif artificiel destiné à la préservation des espèces sous-marines. Les pêcheurs espagnols ne pouvant plus jeter leurs filets sans craindre de les déchirer estiment qu’il s’agit d’une grave entrave à leur travail. Par ce geste, Gibraltar souligne que cette zone relève de ses eaux territoriales alors que l’Espagne considère que la colonie ne jouit d’aucune souveraineté sur la mer qui borde ses côtes. Les douaniers espagnols ont immédiatement enclenché une grève du zèle pénalisant ainsi les « Llanitos » (les habitants de Gibraltar dont 6 700 ont une résidence côté espagnol), les vacanciers et les Andalous qui travaillent sur le rocher (10 000), îlot de prospérité adossé à un pays en récession (2,5 % de chômeurs à Gib contre 35,8 % en Andalousie).

Il faut ajouter que la circulation n’est quand même pas aisée puisque la route coupe la piste de l’aéroport et qu’elle est interrompue à chaque fois qu’un avion décolle ou atterrit. Heureusement, ils ne sont pas si nombreux : aucun avion en provenance de Gibraltar n’est autorisé à se poser en Espagne !

4 Customs

La justification des douaniers est toute trouvée : Gibraltar ne fait pas partie de l’union douanière, de la zone Euro ou de l’espace Schengen,  il s’agit donc de contrôler le trafic des contrebandiers et des délinquants financiers.

Gibraltar qui n’applique pas de TVA est sortie fin 2009 de la « liste grise » établie par l’OCDE. Mais Madrid continue d’affirmer que le Royaume-Uni a un certain nombre de paradis fiscaux dans sa juridiction, comme l’ile de Jersey, l’ile de Man, les Bermudes et … Gibraltar.

L’économie de Gibraltar repose sur les services bancaires et financiers, le tourisme, l’activité portuaire et les jeux en ligne (les trois premiers apportent 25 à 30 % du PIB, le dernier autour de 15 %).  Les autorités de Gibraltar refusent l’appellation de paradis fiscal, mais reconnaissent toutefois que les impôts sur les revenus et sur les entreprises sont « légèrement inférieurs à ceux de nombreux pays européens ».

En fin de compte, ce serait aux habitants de Gibraltar de décider de leur futur par un référendum, tel que l’ONU le réclame à Londres. La reproduction du scénario de rétrocession de Hong Kong  à la Chine en 1997 semble ici peu probable, tel que l’illustrent les nombreux Unions Jacks accrochés aux fenêtres et les îlots persistants de chauvinisme britannique : pubs, affiches du meilleur Fish & chips, Marks & Spencer…,  jusqu’à la date de la fête nationale du 10 septembre qui commémore le référendum de 1967, premier acte d’autodétermination du peuple de Gibraltar qui a rejeté l’annexion par l’Espagne. La petite histoire dit que lorsque les macaques berbères qui peuplent le rocher partiront, les anglais aussi… Pour l’instant, l’enclave britannique est régie par la règlementation de la reine Elizabeth II, jusqu’à l’heure qui est identique à celle de Londres et donc non partagée par le reste de l’Europe.

5 Macaque

« Quelle heure reptile, je n’en saurien »… Ce mauvais refrain de rock belge fera office de transition car Stellla reprenait aussi :

« Il y a une ville à la Costa del Sol

Ou il y a plus de Belges que d’Espagnols

Ou il y a plus de Leonidas

Et de Bata que de gambas

On ira tous, tous, tous à Torremolinos »

Et ben nous NON. Ou plutôt si, nous avons vu Torremolinos et nous n’irons plus à Torremolinos, ni à Benidorm, ni à Porto Banus, ni à Estepona, ni à Fuengirola et non plus à Malaga. Tout simplement parce que c’est le pire que l’Espagne a pu produire en 25 ans.

6 Torremolinos

La Costa Blanca est la section de la côte la plus urbanisée d’Espagne avec près de 96 % de son linéaire bétonné. Seules les zones rocheuses ou humides sont épargnées. L’arrière-pays est entièrement bâché, la campagne mise sous plastique. Nous naviguons au large d’un paysage blanc et on pourrait presque que se croire au ski.  Les légendes urbaines laissent croire qu’en cas de tempête des bâches de 100 m de long s’envolent et se prennent dans les mâts des bateaux qui croisent au loin.

7 Plastic

Plus au sud, ce n’est pas mieux, 80 % de la population de la région de Malaga habite sur le littoral depuis que le tourisme s’est développé à la fin des années 50 appuyé par le slogan « Costa del Sol : plus de 300 jours de soleil par an ». Progressivement, les subventions Européennes ont permis la construction d’infrastructures routières et d’aéroports pour l’accueil d’environ 36 millions de touristes en 2013, de retraités des pays du Nord et d’investisseurs de toute nature.

Pour les touristes et les résidents expatriés à la retraite, c’est « todo incluido » pour les autres, c’est « sea, sex & sun… & corruption ».

Dans les années 1980, les tabloïds Anglais nommait déjà la région « Costa del Crime » car circulait l’idée que les criminels échappaient à la justice Anglaise en venant se réfugier dans le luxe Espagnol et continuait ainsi à faire prospérer leur business par la spéculation immobilière.

De cette situation, les autorités locales n’y voient que du bénéfice : occuper la population issue de l’exode rural et en plein essor démographique, favoriser l’économie locale en coulant des millions de tonnes de béton et s’enrichir personnellement. En juin 2012 a débuté le procès de « l’affaire Malaya », un immense réseau de blanchiment d’argent et de corruption urbanistique à Marbella. Le procureur a demandé un « verdict exemplaire » pour ce qui fait figure de symbole de la corruption municipale : plus de 90 personnes impliquéesdes côtes espagnoles en Ao%seillers municipaux et une armée de constructeurs accusés d’avoir reçu pour €670 millions de pots de vin en échange de permis de construire. Les ramifications au niveau de la jetset mondiale semblent stupéfiantes (si, si).

Il est difficile de deviner aujourd’hui quels vont être les attendus d’un tel procès tellement il est admis que la corruption en Espagne et plus particulièrement sur la Costa del Sol est aussi inévitable qu’un coup de soleil ! Il n’a suffi que de 2 hivers pour oublier les Indignés : « No hay pan para tantos chorizos » (pas assez de pain pour tant de voleurs).

Surtout qu’aujourd’hui rien ne semble arrêter la frénésie des promoteurs immobiliers qui ont su s’adapter. La clientèle Russe est très  convoitée : produits Russes dans les supermarchés, vols directs de Moscou à Malaga, panneaux d’information en cyrillique, agences immobilières spécialisées… En 2012, une acquisition immobilière sur 10 a été réalisée par des Russes pour un montant supérieur à 1 million d’euros. Une grande partie d’entre elles représenterait des opérations de blanchiment réalisée par la mafia…. à suivre….

8 Cyrillic

Venant de l’Est, la Costa del Sol commence au Cabo del Gata, seule portion de côte non bétonnée, protégé par un statut de parc régional « le plus sauvage d’Andalousie, à vrai dire le cap est tourmenté, se jette dans la mer, première balise naturelle séparant la Méditerranée proprement dite de la mer d’Alboran,  les effets de courant de marée de Gibraltar se font sentir à partir de là. Peu de touristes sur le cap, il faut dire que la marche sur les sentiers naturels par 35° ne correspond guère aux aspirations communes. Un abri raisonnable à la Cala San Pedro, un des berceaux historique de la  culture « freaks », ceux que l’on appelait des baba-cools au siècle dernier, un vieux château, un vallon et un cours d’eau. Le propriétaire met tout cela à disposition des uns et des autres, certains se sont installés dans des cabanes à l’année (avec panneaux solaires et paraboles quand même) mais l’immense majorité campe sur la plage vivant simplement d’amour et d’eau fraîche (et d’un peu de ganja), « flower power ».

9 Freaks

Léger problème de sanitaires, il faut malheureusement attendre les tempêtes d’hiver pour le nettoyage. Ici aussi, les stupas sont cultivés assidument, selon une variante locale, en abri sous grotte (compte tenu de ce qui précède, on évite de marcher dans la grotte, sorry).

10 Stupas sous grotte

En amont du Cap de Gata, pas très beau pourtant de beaux noms qui remontent aux Phéniciens, Carthagène par exemple ferait bien rêver, un magnifique abri naturel, genre Marseille, Mahon ou bien Syracuse, l’ensemble se révèle industrieux et commercial, le mouillage est interdit etc…

Par contre, une rencontre magnifique avec un méthanier abominablement laid, au mouillage pour livrer le gaz du Quatar sur l’Espagne (encore une fois l’impact des Gaz de Chite qui perturbe les flux standards de logistique). Laid au point qu’on le photographie, que l’on recherche sur le Web sa trace, il s’agit du « Berge Arzew » de son petit nom, un LNG Carrier et là, joie suprême, deos gratias, nous découvrons que nous ne sommes plus seuls, au moins un autre être vivant sur cette planète s’intéresse à la démesure dans la laideur nautique, son site : http://uglyships.wordpress.com/

11 Berge Arzew

Jouant aux poupées Russes, la « Mar Menor » est une mer intérieure – un très grand lac salé en fait –  séparée de la Méditerranée par une bande de terre, La Manga. Un petit port, Thomas de Maistre, en plein milieu, avec un chenal dragué à 2m50 et un pont ouvrant à heures fixes (« la nourrice montre son sein et le pont s’affaisse », sic).

Dans la Mar Menor, des îles, une profondeur qui ne dépasse pas les 5m, on mouille ou on veut, du vent et pas de mer, le paradis pour la glisse. Sur tout le pourtour, des immeubles, surprise, surprise….

Parfois suspectés de ne relever que les aspects les plus sombres des régions que nous traversons, nous nous inscrivons en faux et à ce titre, pêle-mêle une partie de ce qui nous a fait très plaisir :

–          Les petites marinas de Porto Duquesa et de la Herradura dans laquelle nous avons essuyé un violent orage de grêle.

–          Une soirée en compagnie de Miguel et sa famille à Campello au nord d’Alicante (occasion entre autre de traiter le 3ème tentacule du poulpe… nous y reviendrons ultérieurement dans les pages « comme des bêtes ») .

–          La remontée d’une horde sauvage de bateaux de pêche à la tombée du jour.

13 La horde pecheresse

–          BB initials : Agitant ses grelots/Elle avança/Et prononça ce mot:/Alméria ! (Gainsbourg).

–          Les essais de génois tangonné, ça marche bien.

–          Comprendre que sur terre ils avaient aussi des feux rouges et verts et que ceux-ci n’indiquaient par toujours l’entrée d’un port mais arbitraient la circulation des voitures. Merci Tchako !

–          Tout droit sorti d’un vieux Tarantino, « Une soirée en enfer » à Aguadulce : goules, pieds nus, musicos et gin tonic………..

14 From Dusk Till Dawn

Avec nos meilleures pensées, Santé et Sobriété.

Stéphanie / Christophe

Londres

18 Septembre 2013